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29 juin 2009 1 29 /06 /juin /2009 22:31





17ème siècle, dans une Amérique où la véritable ségrégation raciale n'a pas encore commençé.
Le principal sujet est l'esclavage, celui qui précède le racisme. En effet, l'esclavage n'est pas qu'une affaire de race et il touche en particulier les femmes vulnérables.
Nous allons suivre Florens, cédée à Jacob Vaark, pour une dette non remboursée, sous les supplications de sa mère esclave de la prendre, elle sa fille, plutôt qu'elle-même et son bébé. Malgré les années, Florens ne se remet toujours pas de cet "abandon". Florens, toujours qui s'amourache d'un jeune forgeron noir et libre et qui troque son asservissement pour un autre.
Jacob Vaark est un colon hollandais qui a émigré en Amérique et s'improvise fermier. Il veut construire une maison, bien supérieure à son rang, témoignage de son accomplissement et qui devient un joug pour toute la famille. un héritage dérisoise qui perd tout son sens quand il n'y a pas de descendants à qui le transmettre.
Il répugne d'abord au commerce de la chair mais se laissera tenter par des activités lucratives dans le commerce du rhum et du sucre. «Et il y avait bel et bien une profonde différence entre la proximité des corps des esclaves à Jublio et une main-d'oeuvre lointaine à la Barbade. Pas vrai ?>>
Rebekka, l'épouse blanche de Jacob Vaark, incarne une autre servitude. Elle a elle-même été plus ou moins cédée à son mari par la famille, après un long et pénible voyage en bateau à travers l'Atlantique, parmi les prostituées. C'est une femme dont les perspectives se limitent à «servante, prostituée ou épouse» du fait de son sexe et de son rang social.
Il y a aussi Sorrow, rescapée d'un naufrage et  Lina, achetée à des presbytériens qui l’ont recueillie après qu’une épidémie a dévasté toute sa tribu. Toutes deux, esclaves chez les Vaark.

C'est une belle mosaique de personnages que nous offre Toni Morrison.
Le lecteur pourra être un peu déstabilisé dans les premiers chapitres et se demander qui parle, qui sont les gens cités. Les "explications" viennent lentement au fil des différents narrateurs qui vont dérouler des pans de leur vie devant nos yeux.
La polyphonie des voix, l'alternance de point de vue sur un même évènement nous font ressentir au plus profond les sentiments et la détresse de chacun des personnages.
Le regard est souvent introspectif, tourné vers le passé et explique les blessures et les attentes de chacun.

"Un don" remonte aux origines d'une nation qui se constitue dans le chaos, la violence raciste, la persécution pour sorcellerie et les conflits religieux. Une nation, faite d'identités multiples, comme les personnages du roman formant pour un instant une "famille" mais qui va se déliter dans la mort et la perte de l'innocence pour un nouveau pays aux idéaux corrompus et où l'individualisme fera loi.
Le dernier chapitre, de toute beauté, laisse enfin entendre la voix de l'espoir, celle de la mère de Florens délivrant l'ultime message que sa fille n'a jamais réussi à entendre : le "don" du titre.

Un roman aussi fort que le sublime "Beloved" !


Note : *****

Edition Bourgois - 15€

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commentaires

Kincaid 05/08/2009 18:33

Je ne l'ai pas lu, mais Laeticia la liseuse en a fait un article dessus également. Deux avis élogieux sur un même livre, je crois que je vais l'ajouter à ma LAL

Choco 05/08/2009 19:52



oui j'ai vu sa chronique aussi ! Tony Morrison est un auteur que personnellement j'adore ! Si tu n'en as jamais lu, ça serait ptet mieux de commencer par "Beloved", son chef d'oeuvre ! En tout
cas, un auteur indispensable pour ta LAL lol !



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