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15 juin 2010 2 15 /06 /juin /2010 09:30


barberousse 1

 

Auteur : YAMAMOTO Shugoro

Editeur : Rocher
Date de parution : Mars 2009
Prix : 19 Euros

 

 

 


1820, Edo (Tokyo) - Japon.
Fraichement sorti d'une école de médecine hollandaise à Nagasaki, Noboru Yasumoto espère une carrière prestigieuse auprès du Shogun, grace à ses appuis. Pourtant à sa grande déception, il est affecté dans un dispensaire qui soigne gratuitement les indigents, auprès de Kyojo Niide, surnommé Barberousse.
Le jeune ambitieux refuse de s'impliquer et se plaint des conditions de vie.

" Il n'avait aucune intention de rejoindre l'équipe de médecins stagiaires. Il suffisait d'ouvrir les yeux pour se rendre compte que travailler dans ce cadre était salissant et peu stimulant, pour ne pas dire fort ennuyeux."

" On a beau être dans un établissement de soins gratuits, la moindre des choses serait de nous faire dormir sur des tatamis comme tout le monde."

Barberousse, autoritaire et bourru, ne dit rien et décide d'emmener Noboru avec lui dans ses consultations. Peu à peu, le jeune homme découvre des cas divers de maladies souvent liés à des difficultés sociales ou financières. Sa révolte s'assouplit et il devient admiratif devant le travail de son mentor.

barberousse2Ce roman est une formidable approche de la basse société japonaise de l'époque. A travers les portraits des différents patients, on découvrela misère humaine des petites gens : des jeunes filles exploitées pour la prostitution au détriment de leur santé, Oyumi la nymphomane qui tue ses amants suite à différents traumatismes, un garçon de  ans qui vole pour nourrir sa famille, le suicide d'une famille entière pour échapper à la honte et à la misère, un homme qui fait des demandes de mariage compulsives, un vieil homme qui sacrifie sa vie et sa santé pour expier une ancienne faute, ...


Les situations sont dramatiques et on ne peut rester indiférent devant tant de détresse.
Noburu s'éveille à la compassion et finit par adhérer aux réflexions humanistes du médecin.

"Il n'y a rien de plus précieux, de plus beau, de plus pur qu'un être humain. En même temps, rien n'est plus abject, plus infâme, plus stupide, plus pervers, plus avide et plus cruel."

"Pour moi, l'humanité authentique se trouve plutôt chez ceux qui souffrent de la pauvreté et de l'ignorance que chez ceux qui s'enrichissent et mènent des vies prospères ; ce sont les premiers et non les seconds qui ont véritablement espoir en l'avenir."

On y découvrira aussi une critique des politiques de l'époque qui vont réduire les "subventions" du dispensaire pour vivre plus largement, signifiant ainsi la mort de nombreuses personnes, qui ne peuvent payer les consultations.

barberousse3"- Ce que nous pouvons faire actuellement, ce que nous devons commencer à faire, c'est lutter contre la misère et l'ignorance pour pallier les insuffisances de la médecine, tu comprends ? […] Tu peux toujours dire que c'est un problème politique, c'est la façon habituelle de se débarrasser de la question ! Mais qu'est-ce que la politique a fait jusqu'à présent pour éradiquer la misère et l'ignorance, hein ? Prends la misère, simplement : depuis le début du gouvernement d'Edo, il y a eu je ne sais combien de lois et d'ordonnances, mais peux-tu me citer un seul article interdisant de laisser les êtres humains vivre dans le dénuement ? "

Des réflexions qu'on pourrait encore ressortir aujourd'hui....

Le style du roman est simple, sans fioritures mais Yamamoto se reclame du genre de "littérature populaire" et refuse que ses écrits soient considérés comme de la littérature.

Il est à noter que ce roman a été adapté par le célèbre Akira Kurosawa sous le même titre en 1965 avec le légendaire Toshiro Mifune dans le rôle titre. Kurosawa a d'ailleurs repris d'autres titres (non-traduits) pour les films : Sanjuro et Dode's Kaden.

barberousse5(Photos tirées du film de Kurosawa)


Une plongée dans le Japon du 19ème et ses bas fonds à découvrir pour son réalisme et son humanisme.



 
 

Edit du 15 juin :


 

Je ressors ce billet du 7 janvier pour intégrer ce chouette bouquin et son adaptation ciné dans le challenge lunettes noires pour pages blanches !

 

Comme je vous en parlais précédemment, ce roman a été adapté par le grand réalisateur japonais Akira Kurosawa, en 1965. 

On retrouve exactement la trame du roman, que Kurosawa a abrégé à certains endroits mais sans amputer le sens et la densité du texte. Le jeune Yasumoto est envoyé contre son gré auprès de Barberousse pour l'assister dans sa tâche de soigner les plus pauvres. Réfractaire et bien décidé à quitter au plus tôt la clinique, Yasumoto va peu à peu découvrir l'humanité et la générosité de son maître.


Si les anecdoctes médicales sont moins importantes que dans le roman, Kurosawa a su parfaitement les mettre en valeur pour souligner leur caractère poignant.

Chaque malade est prétexte à une histoire édifiante où la misère mène à des actes extrêmes, où les riches vivent dans un excès d'opulence alors ques les pauvres meurent.


barberousse4L'acteur fétiche de Kurosawa, Toshiro Mifune, qui interprète Barberousse donne au personnage un charisme et une prestance sans faille. Mais, alors que le roman nous offrait un personnage complexe et torturé, Mifune interprete un héros plus inébranlable.


Kurosawa déclarera d'ailleurs :

"C'est dans cette direction que j'aurais voulu pousser le personnage. Malheureusement Mifune n'a rien voulu entendre. Il a voulu jouer le personnage qu'il avait en tête, une sorte de héros sublime sans peur et sans reproche, et donc fatalement aussi sans humanité. Son interprétation héroïque, granitique, austère, a faussé le personnage. Mifune n'a pas voulu m'écouter. Alors j'ai décidé de ne plus travailler avec lui. Quand un acteur commence à jouer son propre personnage, c'est fini."

En effet, Barberousse scellera la fin de la collaboration entre Mifune et Kurosawa au bout de 17 ans de travail ensemble...

ça sera aussi sa dernière réalisation en noir et blanc qui se présentera comme un tournant dans son oeuvre.

 

S'il n'est pas, selon moi, le film le plus fort de Kurosawa, entaché surement par la mésentente entre ces 2 figures du cinéma japonais, "Barberousse" reste un film incontournable bourré d'humanisme, pour tout amateur de cinéma japonais !


 

challenge litt et cinema

 

Objectif-PAL.jpg

 

Objectif PAL : # 10

 


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commentaires

Schlabaya 28/07/2010 11:20



Le roman et le film sont très tentants... Quand ma PAL aura dégonflé, pourquoi pas !



Choco 30/07/2010 00:56



Ce sont des références, en plus ! A ne pas oublier donc !



chiffonnette 17/06/2010 08:34



C'est amusant, j'hésitas à emprunter ce film de Kurosawa, un peu par peur de ce que j'allais y trouver! Je vais filer l'emprunter! Et en profiter pour lire le roman!



Choco 17/06/2010 13:00



On ne peut pas décemment hésiter à voir un film de Kurosawa !


Celui-là est une référence dans sa filmographie !


Maintenant, je fais ma fine bouche car j'en ai vu tout plein du réalisateur et que d'autres m'ont procuré plus d'émotions mais si tu aimes les vieux films en noir et blanc et un tant soit peu le
Japon : courre l'emprunter, en effet !! (et à voir en VO hein sinon c'est pas la peine !!)



Restling 10/01/2010 15:37


Voui... J'ai peur de tout "sauf du ridicule".


Choco 11/01/2010 12:12


meuh non n'exagère pas !


Restling 09/01/2010 21:00


Non c'est les photos qui me font peur... *Cécile chochotte*


Choco 10/01/2010 11:16


Rhôôô ! T'exagères !!! Mais il est sympa comme tout ce vieux bonhomme !
Cécile super chochotte même !


Restling 09/01/2010 16:45


Je vois que je ne suis pas la seule à être effrayée par Barberousse, me voilà rassurée !!!


Choco 09/01/2010 20:39


mais qu'est ce que vous avez toutes avec ce pauvre barberousse ?! Vous confondez avec le corsaire ou avec barbe bleue ou quoi ?!



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