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4 octobre 2011 2 04 /10 /octobre /2011 07:00

deadwood-01.jpgdeadwood-02.jpgNous sommes en 1876, dans la petite ville de Deadwood située dans les Black Hills. Une ville en pleine expansion où tout est encore à faire. Les mines amènent tout un flot de nouveaux arrivants dont un certain Charley Utter, accompagné de Wild Bill Hickok, la légende de l'ouest. C'est à travers les yeux de Charley que nous allons suivre sur 2 ans l'histoire mythique de Deadwood jusqu'à l'incendie qui mit fin à son âge d'or.

 

Deadwood est une ville qui s'est créée illégalement sur un territoire indien. C'est le colonel Custer, qui mourra peu après dans la bataille de Little Big Horn, qui a découvert les gisements d'or entraînant ainsi l'arrivée massive de prospecteurs qui mourra bientôt . Quand le lecteur débute le roman, il va découvrir la ville avec l'arrivée de Charley et de Wild Bill. Cloaque de boue et d'immondices, la ville présente plusieurs maisons closes, bars à foisons, un quartier chinois de seconde zone, un théâtre tout de même et de nombreux magasins à destinations des chercheurs d'or.

 

deadwood-03.jpgDeadwood en 1876.


Maintenant, il faut souligner que ces Willd Bill et Charley, comme bien d'autres personnages dans le roman, ont réellement existés. En effet, Pete Dexter s'est appliqué ici à retranscrire de manière totalement réaliste l'époque avec ses habitants, son histoire et nous offre finalement ici un roman historique.

Certains auront bien évidemment reconnu le célèbre Wild Bill Hickok, as de la gachette, qui rencontrera la mort à Deadwood sous la personne de Jack Mc Call. Loin des étoiles de la légende, il est présenté ici comme un homme presque aveugle et dont la maladie l'empêche de pisser. Plus loin, c'est Calamity Jane que nous croiserons. Loin de l'image d'Epinal de femme intrépide, Jane Canary est ici une âme paumée qui fabule sur un mariage imaginaire avec Wild Bill et noit son désarroi dans un alcoolisme notoire. D'autres personnages se joindront à la liste (Seth Bullock, Sol Star, ...) mais nous nous arrêtrons sur Charley Utter, ami de Wild Bill dont l'histoire ne connait pas grand chose mais qui s'avère être le narrateur de cette histoire. Une histoire fort dense donc qui regorge d'une foule de personnages secondaires qu'il n'est pas toujours aisé de suivre.

Il y a des chercheurs d'or qui espèrent trouver fortune, il y a les tenanciers de saloon qui appâtent le client à l'aide de prostituées, il y a des putes chinoises qu'on traite comme des chiens, il y a le fou qui tient les bains publics et possède à son actif une impressionnante liste de tentatives de suicides. Il y a les rixes, les bagarres, les compromissions, le racisme ordinaire envers les noirs et les indiens. Il y a les agressions gratuites, les vengeances.


Deadwood se revèle ainsi le portrait croisé de dizaines de personnages qui tous contribuent à donner une couleur forte à ce récit qui oscille entre petite histoire et grande histoire.

Le portrait de la ville et de ses habitants est dense, fouillé, nourri de vastes recherches historiques qui fait coller le roman au plus près de la vérité historique. Le lecteur erre dans une ville corrompue où la violence et le pouvoir fait loi. La folie de certains personnages annonce la chute prochaine de la ville mais même les plus fous ont parfois plus de lucidité que les autres hommes...

Le rythme de la narration est lent et sur 600 pages peut parfois un peu lasser. Pourtant, Deadwood va bien plus loin que le portrait d'une ville mythique du Far West.

Véritable condensé de vie western qui fait l'impasse sur la plupart des clichés, la ville symbolise l'Amérique toute entière. Les filons aurifères ont provoqués une vague d'enthousiasme qui fait naître une vague d'optimisme dans la population. Avant que sa population ne sombre dans le mal, l'égoisme, la violence et ne détruise elle-même la ville qui devait leur apporter le rêve... A méditer.

 

En tout cas, Deadwood est un vrai grand roman américain dans tous les sens du terme. Les amateurs de western, d'Ouest américain, de grande fresque historique y trouveront leur bonheur. Ceux qui cherchent un vrai polar passeront leur chemin : il s'agit plus d'un roman noir historique, vous l'aurez compris.


 

A noter :

Les connaisseurs noteront qu'il existe également la célèbre série TV Deadwood.

Pour ma part, ce fut la frustation de terminer le visionnage de cette série inachevée qui m'a poussé à entamer le roman. Basée sur le roman, sachez qu'elle n'a pourtant strictement rien à voir.

Les éléments et les personnages sont en majorité les mêmes mais c'est comme s'ils avaient été mis dans un shacker pour donner totalement autre chose. Aussi les amateurs du charismatique Al Swearinger et ses innoubliables "Cocksucker" seront déçus !

 

Extrait :

 

 " Ils arrivèrent par le sud. Un cañon, long et étroit, creusait la montagne, en suivant la rivière Whitewood, et là où il y avait un espace suffisant pour y planter un panneau indiquant une ville, commençait Deadwood. On était le 17 juillet, à midi. La bourgade semblait faire des kilomètres de long sur seulement quelques mètres de large, et elle était pour moitié constituée de tentes. La Whitewood la traversait d’un bout à l’autre et, à l’extrême sud, elle faisait sa jonction avec un cours d’eau moins important, la Deadwood. La rue principale était tapissée d’une couche de boue d’un pied de profondeur, à laquelle se mêlaient tous les détritus de la création.
Les collines qui délimitaient la ville étaient dépourvues de végétation vivante, mais des milliers d’arbres morts aux troncs noircis gisaient pêle mêle sur le sol.
-Qu’est-ce que tu en penses ? demanda Bill.
Assis bien droit, il tenait les rênes et répondait aux saluts par un signe de tête. La nouvelle de son arrivée se répendit dans la ville avant qu’il ait parcuru cent mètres.
-Ca me fait penser à la Bible, dit Charley.
A mesure qu’ils avançaient, la boue s’agglutinait sur les roues et les sabots des mulets, puis se détachait sous son propre poids. La traversée de Main Street dura près d’une heure ; Bill était obligé de s’arrêter pour serrer des mains, et il accorda même une interview à un journaliste du Black Hill Pioneer. Bien qu’il fût un chaud partisan de la presse, Charley fit la grimace en apprenant qu’il existait déjà un journal à Deadwood.
En remontant vers le nord, la population changeait. Des putains, des voyous et des joueurs se tenaient sur le seuil des maisons, un verre à la main, ou tirant des coups de feu en l’air. Ce faubourg s’appelait le bas-quartier, et c’est là que firent halte les chariots des prostituées. L’environnement était assez minable, mais Charley trouva que les dames de l’endroit étaient plus attirantes que la cargaison qui arrivait. Il en vit quelques unes aux fenêtres, qui étaient pratiquement nues.
-A quel passage de la Bible ? demanda Bill à Charley quand ils se retrouvèrent seuls.
-Quand Dieu se met en colère. » "

 

 


Titre : Deadwood

Auteur : Pete Dexter

Editeur : Gallimard, La noire

Parution : Janvier 1994

  480 pages 

Prix : 22,87€

 

Editeur : Gallimard, Folio policier

Parution : Février 2007

  605 pages 

Prix : 8,90€


 


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Published by Choco - dans Polar
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commentaires

Manu 05/10/2011 09:07



Je ne connais pas la série Mais ma belle-mère m'a déjà conseillé un titre de cet auteur.



Choco 05/10/2011 14:13



Mazette, voilà qui m'étonne ! Je te croyais au taquet sur les trucs américains moi ^^


 



niki 04/10/2011 09:58



je connais surtout la série télévisée, mais j'ignorais qu'il y eût un roman 



Choco 04/10/2011 12:38



Héhé, j'ai débarqué aussi quand un pote m'en a parlé et prêté le livre ! Une très bonne surprise !



In Cold Blog 04/10/2011 09:27



Je ne connais ni la série, ni le roman, mais je crois que je commencerai par le roman tant je suis fan inconditionnel de Pete Dexter.



Choco 04/10/2011 12:37



Ah ben, ça me surprend ! Cette série Tv de 2004 est pourtant assez connue. Perso, je ne l'ai regardé que récemment et je pensais être l'une des dernières !


Toujours est-il que les 2 sont formidables ! et ne racontent pas vraiment la même histoire :)


D'avoir vu la série avant m'a aidé un peu à me repérer dans les personnages mais en même temps, j'avais encore beaucoup les images de la série en tête. Il a fallu que j'isole les 2 histoires.


Sinon, ça fait longtemps que je veux lire les romans noirs de Pete Dexter aussi ! Ils arriveront bien dans ma pile un de ces 4 ! :)



Joelle 04/10/2011 08:51



Tiens, moi qui suis dans une période Ouest américain depuis quelque temps, c'est un livre pour moi, ça ;) Et j'essaierai aussi de visionner la série !



Choco 04/10/2011 12:33



La série est tout aussi géniale ! Je ne peux que te la recommander, même si elle reste inachevée au bout de 3 saisons.



keisha 04/10/2011 08:25



Oh mais c'est complètement pour moi, ce bouquin! Pfou!



Choco 04/10/2011 12:31



Oui tout à fait ! J'ai pensé à toi en le publiant :)



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