Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 10:00

gaston-et-gustave-01.jpgOlivier Frébourg est un écrivain qui s'apprêtait à être père. Mais c'est trois mois avant terme que les jumeaux que sa femme attendait sont arrivés. Arthur est mort. Gaston, lui, a survécu. Mais c'est une douloureuse attente que les parents s'apprêtent à vivre. Soigné dans un service de néonatalité, le jeune prématuré doit se battre pour survivre. Entre espoir et cauchemar, le père tente de maintenir la tête hors de l'eau en convoquant la grande figure de Flaubert, dont la statue orne l'entrée de l'hôpital. Un auteur qui a toujours refusé la paternité pour mieux écrire et auquel s'est beaucoup nourri Olivier Frébourg.

 

Olivier Frébourg n'est pas le premier auteur à se pencher sur le deuil d'un enfant.

 

"Alors pourquoi s'entourer de ce petit tas de livres sur les enfants morts ? Quand je parviens à en lire quelques lignes, ils me paraissent étrangers : j'essaie de trouver en eux une improbable consolation. La mort d'un enfant est devenu un genre littéraire. Il est impossible pour un écrivain qui subit une catastrophe de ne pas en faire un linceul de papier. Combien de parents ont perdu leur enfant sans encombrer les librairies ?"

 

Cette tragédie qui le frappe de plein fouet est un véritable naufrage pour l'auteur qui va développer une culpabilité certaine. Cette escapade à Saint-Malo était-elle une bonne idée ? N'a-t'elle pas involontairement provoqué cet accouchement prématuré ? A-t'il fait les bons choix dans sa vie ? Cette vie voyageuse et aventureuse qui a toujours été la sienne est-elle compatible avec la vie de famille ? Père heureux de 3 grands enfants, l'auteur s'interroge pourtant sur la figure du père et de l'écrivain. Peux-t'on porter les deux rôles en même temps ? Pour Flaubert, la réponse est non. Le prolifique écrivain a, pour sa part, fait le choix de l'écriture alors que Frébourg a pris les deux casquettes. A tort ?

Entre confession douloureuse et réfléxion littéraire sur l'écriture et sur Flaubert, Gaston et Gustave n'échappe pas à une certaine forme de voyeurisme. Frébourg n'hésite pas à confier ses peurs, ses sentiments, sa colère, son quotidien de père de prématuré. Il nous narre l'infini de ces journées, à attendre un signe de bien portance de l'enfant survivant, à craindre les rechutes, nombreuses, à refuser le coup de fil du matin qui annoncerait le pire. Il décrit l'horreur d'avoir à faire le deuil de celui qui n'eut pas le temps de vivre, l'organisation de sa crémation, sa solitude face à sa douleur, l'équilibre de la famille qui est brisé.

Il s'interroge sur sa vie, sur la manière dont il l'a conduite faisant peu à peu le lien avec celle de Flaubert. Tissant des parallèles entre eux deux, il nous conduit peu à peu dans l'intimité du grand homme, détaillant parfois des pans biographiques de l'auteur, explicitant certain faits d'écriture, certaines conduites qui le ramène à son propre statut d'écrivain.

S'il parle de lui en toute sincérité, Frébourg garde pourtant une certaine pudeur. Rien ne sera dit ou presque de ses relations avec la mère des jumeaux, de son propre ressenti à elle. Une femme qui semble un peu absente ici et qui d'ailleurs finira par l'être tout à fait envers l'auteur. Un point de vue que l'on pourrait regretter sauf que le sujet n'est pas là.


Se penchant sur sa propre douleur, sa propre culpabilité, Frébourg nous oblige malgré tout, d'une certaine façon, à voir le délitement de sa vie, à partager peut-être une part intime qui ne nous concerne pas. Comme pour le "roman" de  De Vigan qui m'avait gênée, le lecteur se voit plongé dans la vie d'un homme qu'un bouleversement soudain plonge dans une terrible souffrance. S'il est impossible de rester de marbre devant ce drame humain, il n'empêche qu'on assiste à une période très personnelle de l'auteur. C'est un homme plutôt bourgeois qui fréquente des milieux intellectuels élevés, à qui la vie réussit et qui semble mener une vie facile ponctuée de belles amitiés et de nombreux voyages. Jusqu'au jour où la machine se grippe et le conte de fées se termine.

Néanmoins, Frébourg réussit peu à peu à donner de l'ampleur à son récit. Se soustrayant quelque peu à son histoire personnelle, le livre prend un tour plus intéressant lorsque ce dernier pénètre plus profondément dans la vie de son auteur fétiche. Animé d'une belle plume qu'on ne peut lui enlever, Frébourg m'a beaucoup plus convaincue dans sa réflexion littéraire que sur sa propre expérience de la prématurité.

C'est donc un axe d'écriture assez original que de mettre en echo sa propre vie avec celle d'un grand auteur. Si le décalage est grand entre les deux auteurs, les passerelles m'ont semblées pertinentes tout en laissant malgré tout un sentiment ambigu de mélange des genres.

Gaston et Gustave est donc un document qui ne remportera pas l'adhésion de tout le monde.

 

 

D'autres avis : 

Leiloona qui s'est, au contraire, ennuyée avec les passages flaubertiens - Lucie -Claire -

 

 

 

 


Titre : Gaston et Gustave

Auteur : Olivier Frébourg

Editeur : Mercure de France

Parution : Septembre 2011

    233 pages 

Prix : 17,90€


 

prix lectrices ELLE

Partager cet article

Repost 0
Published by Choco - dans Essai
commenter cet article

commentaires

Leiloona 18/03/2012 08:26


Même ressenti sur le mélange ambigu de deux genres ... Mais c'est intéressant de confronter nos points de vue, complètement différents pour le coup. ;)

Choco 19/03/2012 20:52



Oui, on a été à peu près synchro sur ce coup-là tout en ayant une lecture bien différente ! J'ai été vraiment peu sensible à son histoire de père meurtri... Au moins avec Flaubert, on s'échappait
un peu du truc !



jerome 18/03/2012 08:15


PAs certain d'apprécier. C'est une sorte d'autofiction quelque peu déguisée et j'avoue que ce genre me sort par les yeux !

Choco 19/03/2012 20:48



Comme je te comprends !! D'ailleurs, pour le prix, il est mis dans les documents et non les romans.



Aifelle 18/03/2012 08:11


J'ai vu l'avis de Leiloona hier. C'est un titre qui me faisait envie, mais pour le moment j'ai son livre sur Maupassant dans ma PAL, je commencerai donc par lui. C'est un exercice difficile
d'exposer sa vie, un peu trop envahissant dans cette rentrée littéraire. D'ailleurs, je n'ai toujours pas lu le Delphine de Vigan.

Choco 19/03/2012 20:47



Comme tu peux le voir, je ne suis qu'à moitié convaincue... Tous ces textes tournés vers le moi intérieur commence vraiment à me lasser, je dois dire... S'ils n'avaient pas été dans le prix, je
ne les aurait jamais ouvert.



Kathel 17/03/2012 11:44


Je suis contente de te voir de retour ! J'espère que tu pourras très bientôt te connecter à ton gré... C'est fou comme on devient dépendant de ces petites boîtes !

Choco 19/03/2012 20:37



Un retour encore aléatoire... mais merci beaucoup Kathel ! Je suis un peu frustrée en ce moment de ne pouvoir être aussi présente parmi vous que je le souhaiterais.



Humeur

Le 26 Août 2013 :
Le grenier de choco n'est plus...
Ce blog sera à terme supprimé.
Suivez moi désormais sur :

 

Rechercher