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26 août 2011 5 26 /08 /août /2011 07:00

vie-immortelle-d-henrietta-lacks-01.jpgHenrietta Lacks : peu de gens savent qui elle est. Et pourtant, c'est une des femmes qui a permis de nombreuses avancées dans la recherche scientifique. Mais Henrietta n'était pas un de ces chercheurs, non. C'était juste une patiente, atteinte d'un cancer invasif de l'utérus. Des médecins ont prélevés quelques cellules afin de tenter de les cultiver en dehors du corps humain. Les expériences tentées jusqu'à présent sont fort peu concluantes, les cellules mourant rapidement. Mais ce qu'ils vont découvrir, c'est que les cellules d'Henrietta sont particulièrement tenaces et qu'elles vont être les premières à survivre en milieu externe et surtout à se diviser et à proliférer avec succès. Un grand pas de la médecine est en marche...

 

C'est à l'occasion d'un cours de biologie que l'auteur entend parler d'Henrietta. Ou plutôt de ses cellules HeLa, comme elles sont nommées d'après les initiales de la patiente.

 

" Il y a sur le mur, la photo d'une femme que je n'ai jamais rencontré . Le coin gauche est déchiré et recollé au ruban adhésif. Arborant un tailleurs impeccablement repassé, elle regarde droit dans l'objectif et sourit, les mains sur les hanches, les lèvres peintes en rouge vif. Nous sommes à la fin des années quarante et elle n'a pas encore trente ans. Sa peau brun clair et lisse, ses yeux encore jeunes et espiègles, semblent se rire de la tumeur, qui privera ses cinq enfants de leur mère, et bouleversera à jamais le cours de la médecine. Sous la photo une légende indique Henrietta Laks, Helen Lane, Helen Larson".

 

Rebecca Skloot entreprend alors des recherches qui vont durer des années pour découvrir la femme qui se vie-immortelle-d-henrietta-lacks-02.jpgcachait derrière HeLa. Henrietta est une femme noire de basse condition qui savait à peine lire, mariée très jeune et mère de nombreux enfants. Femme courageuse, Henrietta a subit des souffrances affreuses que son cancer provoquait sans piper mot. Elle mourra en 1951, à 30 ans, des suites de la maladie qui avait été mal diagnostiquée par les médecins.

A l'époque, de nombreux laboratoires médicaux s'essayent à des tentatives de culture in-vivo afin de cultiver des cellules humaines et de pouvoir réaliser toutes sortes d'expériences. C'est dans ce contexte que les cellules d'Henrietta ont été prélevées, sans qu'elle-même ou sa famille ne soit prévenue. Il va s'avérer que ses cellules feront preuve d'une longévité exceptionnelle et qu'elles se répandront dans tous les laboratoires existants, dans lesquels on les retrouve encore aujourd'hui. Chaque chercheur produit ses propres expériences et de nombreuses innovations vont en découler : congélation de cellules, vaccin contre la polio, composition de l'ADN, recherche sur le cancer et le sida, test et envoi de cellules dans l'espace, banque de cellules,  test des effets de la bombe atomique,  etc...

Pourtant, ce n'est que bien des années plus tard (20 ans !) que la famille Lacks découvre les bénéfices offertes à la science que leur mère leur a laissé en héritage. Un choc à rebours qui va bouleverser leur vie et les faire se sentir trahis et spoliés par les hôpitaux et les médecins qu'ils n'ont eux-même pas les moyens de s'offrir ! Étrange et malheureux paradoxe !

 

"Si notre mère est si importante pour la science, pourquoi est-ce qu'on a même pas le droit à être couverts par la Sécu ?"

 

Rebecca Skloot a entrepris de nous narrer de manière tout à fait accessible l'histoire d'Henrietta, de ses héritiers et celle de la médecine. Elle procède à une construction intelligente qui alterne les chapitres entre pans purement scientifiques de la recherche médicale, histoire familiale d'Henrietta et de sa maladie, et ses propres recherches sur la famille Lacks. Ces 3 pistes alternent à chaque chapitre évitant ainsi un ennui ou une overdose scientifique des faits. Le début de l'ouvrage sera plus concentré sur l'histoire d'Henrietta et sur la recherche scientifique de l'époque alors que la 2ème partie sera plus tournée vers les héritiers d'Henrietta et le "journalisme" (terme de la fille d'Henrietta) de l'auteur.


Pour ma part, l'histoire de la recherche cellulaire et de toutes les avancées scientifiques qui en ont découlées est ce qui m'a le plus intéressé. La journaliste réussit avec brio à expliquer des faits compliqués en ne se noyant pas trop dans un jargon scientifique abscons pour tout lecteur non initié. Comprendre à quoi tiennent les progrès médicaux d'aujourd'hui a été une vraie découverte. On apprendra que les progrès scientifiques n'ont pas toujours été roses et ce sont fait parfois au détriment de certaines personnes. On notera par exemple des cobayes humains ignorant des traitements qui leur étaient appliqués.

Au delà de l'histoire de la recherche en elle-même, on va découvrir les répercutions contemporaines et les grandes questions qui peuvent nous toucher aujourd'hui ou demain : utilisation de vos "déchets" organiques sans votre autorisation, commercialisation de tissus humains, éthique de la médecine,...

 

vie-immortelle-d-henrietta-lacks-03.jpgL'autre partie m'a moins convaincue. Rebecca Skloot raconte avec forces détails ses propres investigations pour entrer en contact avec la famille Lacks. Elle finit par les rencontrer tant bien que mal et noue une certaine relation avec sa fille Déborah. Si ces parties éclairent de manière constructive les répercutions négatives de HeLa sur la famille Lacks en évoquant l'ignorance des enfants sur leur mère, la marchandisation de parties de leur mère qui n'a jamais été partagé avec eux, l'ignorance totale des concepts et des avancées scientifiques par la famille peu cultivée, les difficultés de l'auteur pour construire son livre et retrouver des informations perdues, les atermoiements et les gémissements de la famille ont finis quelque peu par m'agacer et auraient nécessités d'être très légèrement coupés. L'auteur s'est peut-être un peu trop attardée sur l'aspect malheureux mais néanmoins légitime de cette famille et sur les aspects fastidieux de son enquête qui m'ont à la longue un peu ennuyée.

 

Néanmoins, ce document reste à mon avis extrêmement intéressant de par l'éclairage qu'il donne sur notre histoire médicale dont chacun devrait connaître les premières bases. (pourquoi n'apprend-t'on pas ceci à l'école ?) Savoir par quel chemin, quelles expériences mais aussi quels travers, les hommes en sont arrivés à un tel niveau de connaissance sur l'humain me semble important pour savoir à quoi et à qui nous devons notre santé, notre longévité, nos soins. Un ouvrage qui ne se contente pas de se pencher sur notre passé médical mais élargit également le sujet sur notre propre avenir. Quelle place donnons-nous à l'humain dans la recherche médicale ? Peut-on accepter des sacrifiés sur l'autel du bien-être général ?

 

La vie immortelle d'Henrietta Lacks est finalement un bon essai de vulgarisation sur les origines de la médecine moderne à travers l'histoire d'une femme qui a offert, bien malgré elle, la clé d'un progrès scientifique inattendue. Mais c'est aussi un traité sur les enjeux futurs de la recherche qui va devoir aussi avancer sur les concepts éthiques et financiers de la science.

 

 

D'autres avis :

Stephie - Estellecalim - Maggie - Livrogne -

 

 


Titre : La vie immortelle d'Henrietta Lacks

Auteur : Rebecca Skloot

Editeur : Calmann-lévy

Parution : Janvier 2011

440 Pages

Prix : 21,50€


 

prix lectrices ELLE

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Published by Choco - dans Essai
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commentaires

Joelle 29/08/2011 16:20



Voilà une histoire que je ne connaissais pas du tout et pourtant, j'adore tout ce qui a trait à la médecine (j'ai laissé tomber mes études de médecine à cause de leur longueur mais l'intérêt pour
la matière est resté !). Je note, bien évidemment :)



Choco 30/08/2011 11:51



VU comme ça, ça ne peux que t'intéresser en effet !



Stephie 29/08/2011 14:23



Gênée, oui. Mais au fond, pas étonnée. Et puis quand on pense à ce qui s'est fait à leur insu, malgré tout



Choco 29/08/2011 15:07



Oui c'est compréhensible mais j'ai trouvé que parfois, le côté misérabiliste était un peu trop appuyé...



Stephie 28/08/2011 21:44



Ce roman m'avait vraiment passionnée. Bon choix de ELLe !



Choco 29/08/2011 12:16



Oui, je comprends ! Mais tu n'as pas du tout été gênée par l'auto-apitoiement des descendants Lacks ?



Estellecalim 28/08/2011 18:45



J'avais trouvé aussi qu'il y avait un petit déséquilibre entre les deux types de chapitre. Malgré cela, c'état une belle découverte



Choco 29/08/2011 12:15



Finalement, nous sommes nombreuses à noter ce petit bémol !



Leiloona 28/08/2011 09:12



Le document m'a bien plu, et il pose au lecteur des questions sur le devenir de nos cellules et le fonctionnement de la recherche.


J'ajouterai ton lien. (Là, je pourrai le faire.)



Choco 28/08/2011 12:40



Oui, je suis bien d'accord ! Tu n'as pas été un peu lassée de l'attitude de la famille Lacks ?



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