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20 juin 2012 3 20 /06 /juin /2012 07:00

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Une jeune femme est missionnée dans le quartier des plaisirs de Yoshiwara auprès d'un chef yakuza. Elle réussit à prendre part à un de leur jeu de dés et prend la place du croupier. Mais rapidement démasquée pour tricherie, la belle Yuki dévoile alors ses intentions meurtrières : tuer le parrain. Au terme d'un combat au sabre qu'elle conduit entièrement nue, Yuki apparaît alors comme Lady Snowblood, une meurtrière froide et déterminée, qui n'hésite pas à utiliser ses charmes pour mener à bien ses contrats et sa vengeance.

 

C'est en 1972 que naît cette héroïne de l'imagination de deux grands auteurs japonais : Kazuo Koike et Kazuo Kamimura. Le premier est le scénariste de grandes séries devenues aujourd'hui mythiques comme Crying Freeman et Lone Wolf and Cub, tandis que le deuxième est un dessinateur très prolifique qui s'inscrit à contre-courant de la tendance de son époque et donnera ses lettres de noblesse au genre du Gegika (manga réaliste).

Après le début de sa série Lone Wolf and Cub où l'on suit un homme et son jeune fils dans une quête de vengeance sanglante, Koike propose à nouveau avec Lady Snowblood, une autre histoire de vengeance dont le héros est cette fois-ci une femme, reprenant ainsi les personnages fétiches de Kamimura.

A 20 ans, Yuki est déjà une tueuse professionnelle qui vend ses compétences de tueuse à gages mais aussi une femme qui porte le poids de la vengeance maternelle. Sayo, enfermée pour meurtre sans espoir de sortie pour le meurtre de l'un des 4 assassins de sa famille (mari et fils) envisage la maternité comme l'instrument de sa revanche. Née en prison des amours illicites de sa mère avec les gardiens, Yuki sera "l'enfant de la vengeance" et sa destinée toute tracée se fera dans le sang des bourreaux de sa mère. Reprenant le fardeau de sa mère, la jeune Yuki va dès lors apprendre dès son plus jeune âge à devenir une tueuse parfaite.

Déployée sur plus de 1000 pages, cette saga vengeresse est découpé en courts chapitres qui alternent à la fois, ses missions de tueuse à gages, sa quête meurtrière et le passé dramatique de sa famille.

Kamimura use d'un dessin réaliste et fort dynamique qui sublime particulièrement la beauté de l'héroine et les scènes de combats au sabre dont nous pouvons apprécier la chorégraphie à travers les arrêts sur images en plein mouvement, révélant ainsi toute la grâce et la beauté de cette danse de la mort.

 

Au-delà de la pure tradition des récits de vengeance, Lady Snowblood se veut également un témoignage particulièrement intéressant d'un point de vue historique. L'histoire de Yuki prend place à l'ère Meiji (1852-1912) et il s'agit d'une période phare pour le Japon qui est en pleine transition. Alors que le pays vient de vivre plusieurs siècles dans un relatif isolement, il commence à ouvrir ses portes à l'Occident sous la poussée de l'empereur Meiji, ardent défenseur des idées européennes. Le système de classe est détruit. Les samourais sont remplacés par une armée militaire munie de modernes armes à feu. L'état entre peu à peu dans un modèle de société capitaliste. Tout cela ne se fait pas sans heurts et la population manifestera son mécontentement en organisant des émeutes. Nous retrouverons bon nombre de détails historiques dans cette histoire : les émeutes des paysans qui donnent son origine au massacre de la famille de Yuki, l'occidentalisation, la montée des mouvements d'extrême-gauche, l'épidémie de peste de 1900, la guerre russo-japonaise, l'arrivée de la photographie, ...). Koike donne une trame fort bien documentée à son histoire et livre un excellent témoignage à rebours d'une époque clé.

 

Pourtant, ce que le lecteur retiendra certainement le plus, c'est cette figure féminine incarnée par la sublime Yuki, dite Lady Snowblood. Belle femme au fort pouvoir hypnotique, Yuki semble à la fois pure et glacée comme la neige, tout en portant en elle une forte charge violente et sensuelle (le titre d'origine Shurayuki Hime est d'ailleurs un jeu de mot sur les termes "blanche", "neige" et "enfer"). Une sensualité froide et vénéneuse qui prend les hommes dans ses filets. La féminité représenté par cette dernière est ici totalement inédite.  Dans une société fortement paternaliste et codifiée où la femme n'a pas de place de premier ordre, Yuki défie ici toutes les conventions. Femme née sans amour pour se venger des hommes, elle représente la prise du pouvoir par une figure féminine. Sa mère use habilement de ses charmes pour mener à bien sa vengeance, par delà sa mort. Sa fille Yuki fera de même pour mieux mystifier et subjuguer ses ennemis. Femme sexuellement libérée, elle n'hésite pas non plus à se laisser aller à des amours saphiques pour mieux arriver à ses fins et les quelques scènes de lesbianisme sont là pour en témoigner. Ainsi donc, les hommes n'ont ici pas le beau rôle et les femmes semblent les régenter selon leur bon vouloir. Le sexe masculin est tourné en ridicule : phallus en bois transperçé d'aiguilles, personnage au sexe surdimensionné incapable d'avoir d'avoir des relations sexuelles avec une femme, tentatives de viol sur Yuki qui n'aboutissent pas.

On notera d'ailleurs que cette série est parue dans "Weekly Playboy" dont le nom ne laisse aucun doute sur les scènes explicites que le lecteur pourra trouver dans cette histoire. Pourtant, sans crudité ni vulgarité, Kamimura réussit à envelopper cette histoire d'une aura érotique sans jamais montrer explicitement un seul sexe mais en suggérant tout acte à connotation érotique ou en floutant habilement les parties du corps concernées.

 

Lady Snowblood, femme à la fois sublime et cruelle, libre et emprisonnée par sa destinée se veut le mélange de tradition et de modernité d'un Japon en pleine transition. Combattant grâce à ses dons de tueuse à l'aide du sabre caché dans son ombrelle et du solide entrainement qu'elle a subi depuis son plus jeune âge, elle incarne la vengeance féminine dans toute sa splendeur. Une quête dure et difficile qui ne laisse pas de place aux sentiments et à la pitié mais rend d'autant plus attachante cette femme à la volonté si forte, capable de s'oublier et de sacrifier pour venger sa mère.

Véritable chef d'oeuvre, Lady Snowblood est un manga qui dépasse les époques et qui n'a pas pris une ride tant par son dessin soigné entre finesse et audace, que par son scénario qui se joue habilement des codes pour afficher une femme conquérante et fière qui, dans sa quête de justice, condamne les hommes au passé.

 

 

A noter :


lady snowblood filmDifficile de parler de Lady Snowblood sans évoquer le cinéma.

Manga adapté cinématographiquement par Fujita en 1973 et 1974, le personnage de Yuki est incarnée par l'actrice Meiko KAJI, déjà connu pour son interprétation dans la série des Sasori (La femme scorpion, Elle s'appelait Scorpion, Beast Stable), série de films de prisons de femme où la vengeance tient également un rôle majeur. Les Sasori et les Lady Snowblood sont aujourd'hui des classiques du genre et on pourra même retrouver son influence chez Tarantino qui s'inspirera de l'histoire de Lady Snowblood et du film de Fujita pour son désormais célèbre Kill Bill. Il reprendra d'ailleurs l'actrice Meiko Kaji dans son film (elle interprète 2 chansons de la bande originale et Lucy Liu en semble fortement inspiré), en forme d'hommage à celle qui l'incarna autrefois au cinéma. Si on présente souvent Lady Snowblood, comme le manga ayant inspiré Tarantino, il est de bon ton d'oublier cette étiquette pour mieux apprécier cette oeuvre majeure qui n'attendit pas Kill Bill pour rentrer dans la légende. Koike, lui-même, dira : "J"ai été déçu."

 

Enfin, il est à noter également que l'histoire de Lady Snowblood se présente en 3 tomes. Sachez que si les deux premiers forment un tout indispensable, le troisième volume de cette saga peut s'oublier sans problème ! Un tome qui semble être une suite plus discutable en rajoutant des scènes inutiles et brodant autour d'une Yuki qui cherche la rédemption en abandonnant la voie du sabre et se consacrant à la pratique de la gymnastique occidentale (!), après sa vengeance achevée.

 

 

D'autres avis :

Yvan - Du9 -

 

 

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lady snowblood t1 05

 


Titre : Lady Snowblood

tome 1 : Vengeance sanglante

Tome 2 : Qui sème le vent récolte la tempête

Tome 3 : Epilogue

  Scénariste : KOIKE Kazuo

Dessinateur : KAMIMURA Kazuo

Éditeur : Kana, Sensei

Parution : Novembre 2007 / Janvier 2008 / Août 2008

    512/510/384 pages

Prix : 12,70€ le tome


 

bd du mercredi

Chez Mango

 

ChallengeDragonFeu

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Published by Choco - dans Manga
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commentaires

Catherine 25/06/2012 00:34


Merci pour cette note de lecture dans le challenge, Choco ; ce manga a l'air plus intéressant (société, histoire...) que je ne le pensais.


Bonne continuation et bonne semaine.

Choco 27/06/2012 00:01



Demain, je te propose une autre lecture dépaysante... ;)



Marie 24/06/2012 14:31


J'ai un ami qui m'a beaucoup parlé des films, qu'il adore. Ca me donne envie de découvrir le manga.

Choco 26/06/2012 23:59



Perso, je me suis revu le film dans la foulée et même si ce dernier est culte, le manga m'a fait plus forte impression !



OliV / 22/06/2012 07:01


Shlak !

Yaneck Chareyre 20/06/2012 23:48


Bon, tu m'as décidé, je vais emprunter le tome 1 en bibliothèque, depuis le temps qu'il me fait de l'oeil...

Choco 23/06/2012 21:50



Ah !! Tant mieux car c'est vraiment un incontournable pour moi !



Mango 20/06/2012 22:34


Les dessins me plaisent infiniment et l'histoire de cette femme de glece et de feu ne me laisse pas indifférente. Je note avec force.

Choco 23/06/2012 21:49



Avec force, oui !



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