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Mardi 19 juin 2012 2 19 /06 /Juin /2012 20:20

chien-de-don-quichotte-01.jpgHugo, un ancien flic, est désormais l'homme de main,  et accessoirement le tueur à gages, d'Esteban, riche patron d'une multinationale. Voilà déjà quelques années qu'il travaille pour lui mais depuis quelque temps, Hugo semble perturbé. C'est qu'il a adopté un chien, Bion, qu'il trimballe désormais partout et qu'il a fait connaissance d'un prêtre alcoolique aux pensées fort peu catholiques  ! Ces rencontres vont révolutionner sa vie : désormais Hugo ne veut plus tuer ! Hélas, c'est sans compter le mauvais sort et ce mystérieux groupe de hackers dénommé Vendredi 13 qui sème la zizanie dans les affaires véreuses d'Esteban...

 

Esteban, puissant homme d'affaire à la colle avec le pouvoir, est furieux. Une bande d'adolescents a piraté ses comptes et lui a piqué de l'argent, pour le reverser à une bonne cause. Il va dès lors mettre ses hommes sur le problème. Eric, en informatique, ainsi que Hugo et Boris, un ex-mercenaire soviétique, sont missionnés manu militari. La pression monte. Eric semble cacher ses liens avec Vendredi 13. Boris est prêt à tout pour évincer Hugo tandis que ce dernier semble partir dans un délire très personnel.

Un curé complètement saoul qui ne croit plus en Dieu lui a donné un livre dont nous ne saurons pas le nom (On le devine à la fin !) mais qui raconte l'histoire d'un homme qui fait le bien autour de lui. Et depuis Hugo se pose beaucoup de questions. Celui qui tuait sans problème de conscience va désormais chercher à prêcher la bonne parole et tenter de régler les problèmes de manière pacifique. Mais il est bien difficile de mener de front son travail de tueur à gages et sa mission de faire le bien. Surtout quand le sort s'acharne à vous faire tuer malencontreusement ceux que vous souhaitiez sauver !

 

Après le chouette Samedi 14, de Pouy , encore une belle pépite dans cette sympathique collection Vendredi 13 ! Cette fois-ci, c'est une auteur danoise écrivant en français qui rejoint les Éditions La Branche.

C'est tout d'abord une belle série de personnages que nous offre l'auteur. Entre le curé qui passe sa vie aux comptoirs des bars et voue aux gémonies tout ce qui a un lien avec Dieu et va se retrouver mêler à cette histoire de hackers bien malgré lui, le silencieux Boris qui cherche à tirer son épingle du jeu, le groupe de hackers, jeunes inconscients qui pensent changer le monde avec leurs piratages et vont se retrouver face à plus fort qu'eux, et surtout Hugo qui, armé de son chien, de son flingue et de son livre, cherche à changer sa vie en ratatinant par erreur ses cibles, inutile de vous préciser qu'on se régale !

Les dialogues sont bourrés d'humour noir, d'ironie et de second degré. Si l'action est un peu lente à démarrer, le rythme s'accélère rapidement et le lecteur assistera à une montée en flèche du scénario qui, s'appuyant sur la "folie" et le décalage d'Hugo de plus en plus importants, se terminera sur un final sanglant en apothéose !


Si l'histoire est relativement classique et sans grand suspens, on retiendra surtout son traitement pour le moins original. Le chien de Don Quichotte est un roman tragi-comique savoureux et quelque peu déjanté qui, mine de rien, pointe du doigt les contradictions de notre société : des activistes utopistes prêts à se vendre, un tueur qui ne veut plus tuer, le curé qui ne supporte plus le genre humain, ...C'est drôle, c'est enlevé. J'aurais presque aimé que l'auteur aille encore plus loin dans l'improbable ! :)

 

 

D'autres avis :

Livrogne - Yv - Action suspense -

 

Extrait :

 

" Il songea qu'il devait rentrer, il était tard et il n'y avait plus personne dans le bar, personne à part lui et un prêtre qui tenait à peine sur ses jambes et un barman au teint blafard. Il regarda le miroir derrière le comptoir dans lequel se reflétait la salle. Le bistrot était sinistre. Hugo était accoudé au comptoir à côté de l'homme d'église qui se saoulait au whisky et qui observait son verre vide. Il marmonnait que depuis le temps qu'il fréquentait Dieu, celui-ci aurait pu le lui remplir, il en avait le pouvoir, enfin, s'il existait il en avait le pouvoir et c'était sûrement la raison pour laquelle les gens croyaient en lui. Les gens le prenaient pour un magicien. Tu te rends compte ? Il suffirait qu'il remplisse ce verre et ce serait la preuve de l'existence de Dieu. Il m'emmerde, enchaîna le prêtre. A côté du verre, un livre épais. Le prêtre posa sa main sur son verre et le poussa en direction du barman qui le remplit à ras bord. Le prêtre n'attendit pas, il le but d'un trait et en réclama un autre puis il regarda Hugo et lui demanda s'il voulait se confesser. Ça fait du bien la confession. Une vraie douche intérieure, un coup de propreté, rien que ça. Hugo le remercia mais non, il n'avait rien à dire. Hugo ne parlait jamais de lui ni de son travail, parce qu'il ne voulait pas effrayer les gens. Le jour où sa mère avait appris comment il gagnait sa vie, elle avait eu peur. Il n'oublierait jamais son visage affolé quand elle vit les pistolets et le couteau sur la commode de sa chambre. Le barman remplit à nouveau le verre du prêtre qui continuait à marmotter. Tout le monde a quelque chose à confesser. Des saloperies. Les gens sont mauvais. A l'image de Dieu. L'être humain est une espèce ratée. Le prêtre buta sur le mot raté et dut se répéter plusieurs fois. Hugo l'écoutait poliment. Le prêtre ne le dérangeait pas et de toute façon il n'avait rien d'autre à faire, il avait réglé un problème délicat et il buvait un verre parce qu'il ne voulait pas rentrer chez lui, c'était bientôt son anniversaire et ça lui faisait drôle. En descendant de sa chaise pour gagner la sortie, le prêtre s'agrippa à son épaule. Pour toi, dit-il en lui filant le livre sur le comptoir. Cadeau. Il empestait l'alcool. Lis ça. C'est pas mal. Il avala son dernier verre et chancela en se dirigeant vers la porte et quand il ouvrit le battant pour sortir, un courant d'air froid et sec pénétra dans le bistrot. Hugo frissonna. Le barman qui avait suivi le prêtre des yeux expliqua qu'il venait de l'église un peu plus loin et aussi qu'il ne croyait plus en Dieu, qu'il ne croyait plus en rien. Comme tout le monde. Le barman avait la voix amère. Lui non plus ne croyait en rien. Tout ce qu'il savait c'est qu'il fallait travailler pour payer les taxes et bientôt ce serait tout ce qu'il pourrait payer à force de filer du fric aux riches et en plus il faisait mauvais, il neigeait par intermittence depuis deux jours."

 

 

 

 


Titre : Le chien de Don Quichotte

Auteur : Pia Petersen

Éditeur : La Branche, Vendredi 13

Parution : Mars 2012

  224 pages 

Prix : 15€ 


 

Merci aux Agents littéraires et aux Éditions La Branche !

 

Par Choco - Publié dans : Polar - Communauté : Salon Lecture
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