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2 septembre 2011 5 02 /09 /septembre /2011 07:00

Ldernier stade de la soif 01es Editions Monsieur Toussaint Louverture continuent leur travail d'édition hors-norme en éditant pour la première fois en France, 43 ans après sa parution américaine, le texte de Fréderick Exley, A fan's notes.

 

Le dernier stade de la soif est un étonnant texte d'inspiration autobiographique qui tend vers le roman. Son auteur, alcoolique patenté et inadapté social notoire qui passe de fréquents séjours en hôpitaux psychiatriques, nous narre ses aventures pour le moins aberrantes. Voguant entre bars miteux où il laisse s'épancher sa passion pour le football et un certain joueur nommé Frank Gifford, jobs improbables où il ne fait rien, squats et échouages divers chez des amis, quotidien vissé au canapé maternel, Exley a tout du perdant qui ne trouve pas sa place dans l'Amérique conquérante du XXème siècle.

 

Sans suivre la chronologie de sa vie, l'auteur retrace les périodes de sa vie : sa jeunesse auprès d'un père admiré, grand footballeur adulé ; ses années d'étudiant où, rêvant à un avenir littéraire grandiose, il passe plus de temps à deviser avec les amis ; ses premiers emplois décrochés par hasard ou par culot en construisant un faux CV. Puis il sera question de sa douce folie, de son goût immodéré pour l'alcool et les femmes ; de la déroute de son couple avec Patience qui lui donnera 2 jumeaux dont il ne sait que faire ; de ses différents séjours en hôpitaux psychiatriques enfin où il croit trouver l'apaisement sans faire le point sur lui-même.

 

Loin d'être une autofiction pourtant, Le dernier stade de la soif est le parcours romancé d'un homme qui se voit tomber dans tout ce que l'Amérique exècre : une déchéance lucide que son protagoniste lui-même suit et décrit avec ironie. Texte très écrit, emprunt de nombreuses références littéraires et culturelles,nous sommes devant une sorte de confession, de testament littéraire d'un homme qui transforma sa vie chaotique en oeuvre.

 

dernier-stade-de-la-soif-02.jpg

 

Fils d'un père fort admiré, Exley semble se sentir inférieur à ce père disparu. Il reporte sa personne dans la figure d'un joueur de football qui va désormais représenter tout ce qu'il n'est pas.

 

"Là où je ne pouvais, avec des mots, donner forme à mes fantasmes, Gifford, par sa maitrise exceptionnelle, ses mains en or et ses feintes imprévisibles, réalisait les siens. C'éait même plus que ça : je débordais d'un tel enthousiasme, mon désir fusionnait si puissamment avec son envie d'échapper au triste anonymat de l'existence, qu'au bout d'un moment il devint mon alter ego, cette part en moi qui avait sa place dans le monde de la compétition masculine ; "


"C'est cela que Gifford me fit comprendre. Avec ce sourire - ce sourire qu'il avait sans doute déjà oublié, et quelle que soit sa valeur - , il me signifia, malgré l'engourdissement de ma confusion, qu'il est lâche de faire porter aux autres le fardeau de sa propre douleur."

 

Loser, écrivain raté qui fait semblant de noircir des pages, alcoolique qui réclame à tout le monde de l'argent pour se saouler et oublier ce monde qui lui déplaît tant, Exley est une figure pathétique et désabusé qui provoque la pitié.

 

"Je voyais le monde avec une telle acuité que cela en devenait insoutenable, j'étais maladivement clairvoyant, avec des aperçus de l'univers dont je me détournais immédiatement."

 

Un homme détestable parfois par son parasitisme, sa vulgarité, son laissez-aller, sa violence raciste et homophobe même. Exley se décrit sans concessions, sans pudeur avec un égoïsme qu'il abandonne parfois pour reconnaître qu'il en fait baver aux siens.

 

Le dernier stade de la soif est finalement le livre de l'échec d'une vie, un échec qui pourtant se transforme bien malgré lui en succès littéraire. N'est-il pas le plus beau pied de nez que l'auteur, mort en 1992 de ses affres passées, pouvait faire à l'Amérique ?


"Franchement, à quoi servent les rêves s’ils deviennent réalité ?" 

 

dernier-stade-de-la-soif-03.jpgContrairement aux apparences, l'ouvrage est loin d'être plombant dans sa narration. L'auteur y introduit beaucoup d'humour, de par le regard un peu cynique qu'il porte sur sa vie et sur ce qui l'entoure de manière générale. Il est bourré de personnages tous plus improbables les uns que les autres et transforme une vie de déchéance en épopée coloré.

Je conseille néanmoins de ne pas ingurgiter en une fois la somme de cette vie qui, à la longue, finit par devenir un peu lourde.

 

Bref, voilà un ouvrage hors-norme, délicat à conseiller, par son étrangeté et son parti-pris extrême que les curieux, les amateurs de bukowski et autres amateur de curiosités littéraires devraient découvrir !

 

il est à noter une fois de plus, un remarquable travail d'édition sur l'objet livre lui même avec une magnifique couverture cartonnée(  "en carton gris de 400 grammes imprimé en offset, puis durement foulé pour lui donner la vie" ) enrichie d'une illustration très graphique reprenant le visage de l'auteur fabriqué avec le nom de son joueur de football préféré, Gifford.

 

Extraits :

 

" Dans un pays où le mouvement est la plus grande des vertus, où le claquement rapide des talons sur le bitume est érigé en sainte valeur, rester allongé pendant six mois relève du geste grandiose, rebelle et édifiant. "

 

" Je ne suis pas mêlé à tout cela, ma vie n'est que détachement, ironie et frivolité, ce qui n'est peut-être pas une posture particulièrement noble, mais elle a au moins le mérite de ne pas prétendre savoir ce qui est bien pour autrui ".

 

(parlant des autres pensionnaires de l'hôpital)

" Ces gens étaient grotesques. A présent, j'étais persuadé de comprendre : ils n'avaient pas leur place dans l'Amérique d'aujourd'hui. Cette Amérique était ivre de beauté physique. L'Amérique était au régime. L'Amérique faisait du sport. L'Amérique, en effet, élevait au rang de religion son culte du teint frais, des jambes droites, du regard clair et dégagé, et d'une séduction éclatante de santé - un culte féroce et strident. (...) Nous rendant la monnaie de leur pièce, ils jouissaient de pouvoir nous rendre hideux à notre tour. Si nous ne faisions pas preuve de l'humanité de base telle que l'Amérique la prônait (...), alors ils nous transfigureraient par la laideur du désespoir, et une fois atteint ce piteux niveau, nous nous rejoindrions et nous unirions à tout jamais. "


D'autres avis :

L'accoudoir -

 


Titre : Le dernier stade de la soif

Auteur : Frederick Exley

Editeur : Monsieur Toussaint Louverture

Parution : Février 2011

  448 pages 

Prix : 23,50€


 

Merci à Bibliofolie et aux éditions Monsieur Toussaint Louverture pour cette découverte !


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commentaires

petitsachem 02/09/2011 22:35



Effectivement, ce livre est une bombe! je ne l'ai pas encore fini (j'en ai lu ma moitié) et c'est vraiment étonnant, drôle et triste à mourir...Quelle vie tout de même! incroyable que d'un tel
chaos intérieur une oeuvre pareille puisse émerger...



Choco 03/09/2011 11:56



Une bombe, je ne serais pas allée jusque là mais un destin incroyable, c'est clair, que de sortir une grande oeuvre sur un vie aussi déchue !



Bene 02/09/2011 22:05



Tu confirmes mon hésitation ! Je vais essayer de me le dégoter ! 



Choco 03/09/2011 11:54



Tu as amplement raison ! (Dis, au fait, tu as bien reçu mon mail ?)



Dominique 02/09/2011 11:28



Vendu !!   pas tout de suite mais il est certain que je lirai ce livre pour le sujet, j'aime ce type de récit et ce type de personnage  toc dans mon escarcelle  meric à toi



Choco 02/09/2011 12:55



Contente de t'avoir convaincue ! C'est un livre atypique et ça change des titres de la rentrée, n'est-ce pas ?



Joelle 02/09/2011 09:39



Cela m'a l'air assez spécial ! Je ne suis pas sûre d'être très intéressée par les pérégrinations d'un alcoolique mais le côté cynique me tenterait bien !



Choco 02/09/2011 12:32



ça l'est mais c'est malgré tout un texte passionnant où il se passe peu de choses. C'est le regard d'un homme en train de tomber sur sa propre vie... tout un programme !



Kactusss 02/09/2011 09:00



Etant un grand fan de Bukoski ce livre ne devrait pas me faire peur ! Il est sur ma table de nuit, par contre le billet ne sera pas pour tout de suite, il n'est pas le seul livre à lire
rapidement ! Va falloir que tu surveilles ! Par contre ton billet est très bien écrit (comme d'habitude !)



Choco 02/09/2011 12:28



Perso, je n'ai jamais lu Bukowski mais je pense que l'écriture est tout de même différente. Malgré tout, ça devrait te plaire. Prend ton temps pour le lire :) T'inquiète, je surveille bien, ton
blog est dans mes listes du GR même si je ne commente pas souvent tes billets !


Pas totalement satisfaite de ce j'ai écrit, je me rends compte que je n'ai pas assez souligné la critique qui est faite de la société américaine... mais bon tant pis, à vous de le découvrir !
Merci en tout cas, c'est encourageant



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