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28 janvier 2010 4 28 /01 /janvier /2010 23:50

lion 1


" Il me semblait que j'avais retrouvé un paradis rêvé ou connu par moi en des âges dont j'avais perdu la mémoire. Et j'en touchais le seuil. Et ne pouvais le franchir.
De rencontre en rencontre, de désir en désir frustré, le besoin était venu - sans doute puéril, mais toujours plus exigeant - de me voir admis dans l'innocence et la fraicheur des premiers temps du monde. "


Ainsi parle le narrateur, voyageur au long cours qui a décidé cette fois-ci de s'arrêter au Kenya pour toucher du doigt la faune, libre et innaccessible qui le fascine.
Dès les premières pages, nous voici donc plongés dans la poussière et la chaleur de l'Afrique qui abrite en son sein des territoires presque vierge de l'influence humaine.
Son premier réveil est déjà une révélation :

" Je ne m'appartenais plus. Je me sentais appelé par les bêtes vers un bonheur qui précédait le temps de l'homme. "

lion-2.jpg

Alors qu'il s'apprête à suivre ses instincts du début des temps et à s'approcher des bêtes au mépris de toute prudence, il est arrêté par une petite fille, Patricia, fille de John Bullit, l'administrateur du parc.
Elle semble posséder un certain pouvoir sur les animaux qu'elle comprend et qui la comprennent, et plus particulièrement sur King, un lion sauvage que sa famille a sauvé et élevé.
Dès lors, nous allons suivre le narrateur sur les traces de Patricia et de son étrange relation fusionnelle avec le roi des animaux et découvrir sa famille.
Alors que la petite fille préfère passer tout son temps dans la brousse, son père oublie son passé de chasseur en gérant "sa" réserve avec toute la protection possible envers les animaux et en surveillant les conflits avec les Massaïs. Sybil, la mère, préfère quant à elle s'enfermer dans sa villa : la brousse et King lui inspire désormais une peur panique et elle cherche à tout prix à en éloigner sa fille.
Le narrateur suivra les conflits familiaux de cette famille malgré tout aimante et ne pourra qu'être spectateur du drame qui se profilera au fur et à mesure.


lion-3.jpgLe roman est tout d'abord une formidable plongée dans la vie africaine et plus particulièrement kenyane. L'intrigue se passe au pied du Kilimandjaro et on ne pourra que s'émerveiller devant de très belles descriptions de la savane et des animaux. On y découvrira ses habitants, les massaïs et les autres tribus, leurs moeurs, leur fierté, leurs fêtes. Bref c'est une véritable ode à l'Afrique et à sa vie sauvage.

L'Afrique, certes, mais l'Afrique coloniale surtout. Les blancs restent ceux qui ont le pouvoir et dirigent. Les postes de chauffeurs et de serviteurs leur sont réservés. La famille Bullit et le narrateur les respectent pourtant, connaissent leurs traditions et leurs qualités, participent à leur vie communautaire mais une certaine condesdence point malgré tout.

"Les Masaïs ne vendent et n'achètent rien. Ils ont beau être noirs, il y a du seigneur en eux."


        Jeune guerrier morane

"Les noirs ne souffrent pas d'être laids. Et chez eux, les chasseurs sont fiers des marques de la chasse"


Le roman tournera pourtant autour de la relation très particulière de Patricia avec King. Faite de complicité, d'amour et de fidélité, elle est fascinante par son caractère irréel et presque impossible.

" King lécha le visage de Patricia et me tendit son mufle que je grattai entre les yeux. Le plus étroit, le plus effilé me sembla, plus que jamais, cligner amicalement. Puis le lion s'étendit sur un flanc et souleva une de ses pattes de devant afin que la petite fille prît contre lui sa place accoutumée. "

Comme le narrateur qui n'arrive pas à se détacher de la vision de cette petite fille qui parle aux animaux d'une manière quasi magique, les massaïs pensent que le père de Patricia est un lion. Oriounga, un jeune guerrier morane s'interessera plus particulièrement à elle et servira de déclencheur du drame.

lion-4.jpg
Patricia fait la loi dans la réserve et fait plier tout le monde a ses quatre volontés, son père le premier. Elle semble avoir une dizaine d'années mais fait preuve d'une maturité rare et presque peu crédible par ses remarques et son analyse des choses. Malgré son orgueil, elle perçoit la souffrance qu'elle provoque chez sa mère et cherche à s'amender en se pliant à ses désirs lorsque la crise de nerfs menace chez cette dernière.
La famille est en effet sous tension. Chaque membre a conscience de faire souffrir l'autre en étant soi-même. Bullit, ainsi que sa fille, savent que Sybil est malheureuse dans la brousse mais ne sauraient concevoir vivre ailleurs. Sybil en a bien conscience et essaie de réprimer ses accès de nerfs tout en essayant de soustraire Patricia à cette vie dangereuse et en faisant bonne figure.

Ce roman est finalement un roman d'amour : amour entre des êtres qui éprouvent des difficultés à vivre ensemble, amour entre l'Homme et l'Animal, amour de l'Afrique éternelle. Un amour orgueilleux qui mènera Patricia à perdre tout ce à quoi elle tenait.


Bullit s'interrogera d'ailleurs sur l'amour un peu extrême des animaux :

" Pour bien tuer les bêtes, il faut les bien connaitre. Pour les connaitre, il faut les aimer, et plus on les aime et davantage on les tue. C'est même pire que cela en vérité. C'est exactement dans la mesure où on les aime qu'on éprouve le besoin et la joie de les tuer. Et alors qu'on ait faim ou non, que cela rapporte ou que cela coûte, avec ou sans licence, en terrain permis ou défendu, que l'animal soi dangereux ou sans défense, peu importe. S'il est beau, noble ou charmant, s'il vous touche au plus profond du coeur par sa puissance ou sa grâce alors, on tue, on tue, on tue... Pourquoi ? "

Vous aurez compris que cette lecture a été un coup de coeur pour moi et que je regrette de ne pas avoir découvert bien avant. L'écriture est merveilleuse et l'histoire fascinante.
Je vais devoir lire très prochainement l'autre roman de Kessel qui patiente dans ma PAL : "Les cavaliers" ...


Note : *****


Editions Folio ou Folio plus classique - 6,10€
Editions Folio Junior - 7,60€

Editions Galliamard - épuisé

lion-5.jpg


Lu dans le cadre du challenge "J'aime les classiques" 


j-aime-les-classiques.jpg

Et il s'avère que c'était aussi le coup de coeur de Bladelor !


challenge-theoma.jpg

Et qu'en plus ça trainait dans ma PAL...


Objectif-PAL.jpg
Objectif PAL : # 14




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commentaires

Jeorge 08/09/2010 15:06



merci javais compte rendue a faire en francais =) mais jvais pa me casser la tete ta tous mis thank ;]



Choco 10/09/2010 13:23



ça ne me ravit pas... Tu ferais mieux de le lire pour ta culture... En plus, c'est un très beau roman et je suis loin d'avoir tout mis, comme la fin par exemple...



Antoni 28/04/2010 20:08



Salut Choco, je tenais à te féliciter pour cet article qui est criant de vérité. Je me suis permis de l'ajouter en lien de l'article que j'ai rédigé sur le roman de Joseph Kessel. Je te laisserai
aller le découvrir sur mon blog, si le coeur t'en dit...


Bonne soirée et à bientôt.


Amicalement,



Choco 29/04/2010 23:04



Merci pour le lien Antoni !



silvi 01/04/2010 20:19



un roman que j'ai adoré !



Grominou 27/02/2010 23:32


Gros coup de coeur pour moi aussi! Les photos que tu as incorporées à ton billet sont superbes!


Choco 27/02/2010 23:58


Difficile de rester insensible à un tel roman ! Ces masais sont superbe en effet !


Lounima 07/02/2010 15:40


Encore un classique que je n'ai pas lu ! ;-)
J'aime beaucoup ton article, particulièrement les illustrations que tu as choisies ! ;-)


Choco 07/02/2010 16:21


J'avoue que cette lecture là a été une vraie surprise pour moi ! J'ai du me battre pour limiter les photos ! mais je trouve ces massais tellement beaux !


Humeur

Le 26 Août 2013 :
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