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26 septembre 2011 1 26 /09 /septembre /2011 07:00

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Nous sommes en Israël, un pays où la tension entre arabes, palestiniens et juifs est toujours autant d'actualité. Le narrateur (dont nous ne connaîtrons pas le nom) est un agent des services secrets israéliens. Chargé de déjouer les attentats suicides, son service est à cran depuis qu'un suspect susceptible de tout faire sauter a été identifié. Son implication est telle qu'il délaisse depuis quelque temps sa femme et son fils pour se consacrer à plein temps à son travail. Planques nocturnes, interrogatoires musclés, coups de fil à toute heure, absences du domicile plusieurs jours à la suite, la vie n'est pas simple.

Notre agent est, de plus, chargé d'une autre mission : il doit s'infiltrer auprès d'une romancière israélienne, Dafna, pour se rapprocher du fils d'un de ses amis, tueur patenté.

 

La 4ème de couverture annonce un "thriller captivant" : oubliez-ça. Loin d'être un de ces récits trépidants, il s'agit plutôt ici d'un roman noir qui nous plonge dans la noirceur et les difficultés d'une société qui vit au quotidien avec la violence. A travers le narrateur qui navigue entre le monde civil et les terroristes, voici le portrait sans concession d'un homme noyé sous ses contradictions, à l'image du pays qu'il habite.

 

Le lecteur suit le quotidien de cet agent qui s'organise donc entre ses différentes missions et obligations. D'un côté, il se fait passer pour un apprenti-écrivain qui cherche à apprendre auprès de Dafna les clés de l'écriture. Peu à peu, au fur et à mesure de leurs cours, il se rapproche d'elle et noue des liens affectifs. Le but : la mettre en confiance pour pouvoir lui proposer d'organiser le retour en Israël de son ami Hani coincé à Gaza, mourant du cancer, et surtout de son fils, militant palestinien. En échange, l'agent s'engage à sauver le fils de Dafna des profondeurs de la drogue et de des dettes contractés auprès de trafiquants. Une charge supplémentaire à un homme qui n'en manquait pas.

Car mis à part, ces séances hebdomadaires, le narrateur est mis sous pression : il doit absolument débusquer le futur poseur de bombes. Les interrogatoires se succèdent et se terminent mal pour certains. Notre homme est quelque peu écarté et se doit de passer chez le psy. Ce dernier le vis mal, surtout que sa femme tente désespérément de l'éloigner un peu du travail pour qu'il se consacre un peu plus à sa famille.

  poete-de-gaza-02.jpg

Au final, il s'agit ici d'un homme ordinaire, ni surhomme, ni je m'en foutiste qui tente de se battre et d'apporter la paix... en usant parfois de violence. Un homme devenu presque une machine sans états d'âme afin de mener à bien son objectif d'éliminer les terroristes. Un homme qui a dû enfouir ses propres émotions pour mieux affronter le monde. Un homme qui se bat au quotidien pour la sûreté de civils qui le lui rendent parfois bien mal. Paradoxalement, sa femme lui reproche son absence sans comprendre qu'il le fait aussi pour la sécurité de sa famille.

 

" J’ai jeté ma serviette sur la table et j’ai dit quelques choses sur le fait que je les protégeais, elle et toutes les enflures merdiques assises autour de nous, que je leur évitais de se retrouver en fin de soirée transformées en chair à saucisse dégoulinante sur les murs, laissées aux bons soins des gars de l’unité d’identification des victimes d’attentat."

 

Lui-même s'est perdu et a oublié ses valeurs dans l'engrenage policier. Il est presque honteux de celui qu'il est devenu.

 

" J’avais honte de moi et les paroles qui sortaient de ma bouche me dégoutaient à tel point que le suspect assis en face de moi m’a paru, lui, d’une grande dignité. Si jamais je me retrouvais dans sa situation me suis-je encore dit, j’espère que j’aurai la force de me conduire comme lui. "

 

Ancien pacifiste, il use aujourd'hui de la violence comme ceux contre lesquels il se bat. Étrange paradoxe.

Sa mise à pied, ses visites à Dafna, sa présence auprès du poète mourant, le départ probable de sa famille à l'étranger provoquent en lui questionnements et remise en question. Il perd ses certitudes et se sent totalement déstabilisé, essayant de se raccrocher à ce qu'il connaît.

Bref, c'est à une vision très désabusée que nous avons de l'homme et même d'Israël. Le pays est en guerre depuis tant d'années qu'on en oublie la date de commencement. La population se débat avec les risques quotidiens, se déplace en passant des barrages policiers. Les jeunes sans espoir qui n'attendent plus rien du futur tombent dans la drogue et se fichent de la famille.

 

poete-de-gaza-03.jpgVoilà donc un roman plutôt différent de ce que l'on lit habituellement, pourtant je ne suis pas totalement rentrée dedans. Israël est peut-être un univers qui m'est un peu lointain et peu attirant (malgré un voyage qui date de ma jeunesse). Peut-être qu'il me manquait des clés historiques pour en apprécier toute la finesse. Je m'attendais à un vrai roman policier mais c'est plutôt à un portrait de la société israélienne auquel j'ai eu droit. Un portrait intéressant mais qui m'a laissé un goût d'inachevé. Car nous découvrons tout sous le prisme de l'agent et le récit se limite finalement à son propre quotidien. J'aurais aimé que l'incursion dans la société israélienne soit plus prononcée. Si le portrait psychologique est assez bien amené, j'aurais également souhaité aller un peu plus en profondeur.

Le rythme de l'intrigue est donc assez lent : pas de gros rebondissements même si l'on sent que la pression sur les épaules du narrateur s'accentue. La conclusion du roman ne m'a pas non plus totalement convaincue. Ne refermant pas totalement les faits, il laisse un goût amer dans la bouche, reflétant en ça certainement les sentiments du personnage principal.

 

Le poète de Gaza est donc le portrait d'un homme en pleine remise en cause, d'une génération déçue qui a dû sacrifier ses aspirations de paix, ses espoirs pour assumer le quotidien. Un roman qui pose de nombreuses questions sur l'avenir d'un pays et de ses habitants. Un avenir dont il reste tout à construire.

Un roman sans manichéisme qui ne m'a pas totalement emballée mais qui me semble important à lire pour tout ce qu'il montre sur les relations israélo-palestiniennes et sur la complexité de se situer dans le conflit en gardant ses valeurs et sa propre humanité.

 

D'autres avis :

Claude Le Nocher - Lucie - Leiloona

 

Liens :

Premières pages à lire

 

Photos : ©Steeve Iuncker

 


Titre : Le poète de Gaza

Auteur : Yishaï Sarid

Editeur : Actes sud, Actes noirs

Parution : Janvier 2011

  220 pages 

Prix : 20€


prix lectrices ELLE

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Published by Choco - dans Polar
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commentaires

Nanne 01/10/2011 18:44



Assez paradoxalement, et malgré ce sentiment mitigé à l'issue de ta lecture, j'aimerais bien lire ce roman. Même s'il est incomplet et montre peut-être Israël sous un seul angle, il est assez
tentant dans la mesure où il n'y a pas tant de livres qui traitent de cette société, de ses ambiguïtés, de ses problèmes que cela ! C'est un pays tellement paradoxal et dual qu'il doit être assez
difficile pour les auteurs d'en parler avec objectivité, impartialité et avec le recul nécessaire pour en donner un aperçu exact ... C'est ce qui est intéressant, au final !



Choco 02/10/2011 12:17



Oui je suis d'accord avec toi. J'ai eu du mal à être très tranché. J'ai apprécié cette vision originale sur ce pays. De plus, pas de bons contre les méchants. Chacun a sa part d'ombre et c'est
très important de le souligner quand les 2 camps continuent de s'affronter aujourd'hui...



kathel 26/09/2011 19:02



Ce roman commence à m'intriguer mais j'ai déjà Adieu Jerusalem d'Alexandra Schwartzbrod à lire avant ! 



Choco 27/09/2011 13:33



ça pourra être intéressant de confronter les 2 visions sur le sujet !



Céline72 26/09/2011 09:05



Celui-ci ne me tnte pas. Bonne journée !



Ys 26/09/2011 09:01



Comme toi, je n'ai pas les clés pour lire ce genre de livre. Mais il vient d'obtenir le prix des littératures policières (catégorie "étranger").



Choco 26/09/2011 12:55



Merci pour l'info ! Je pense qu'il n'est pas si compliqué que ça à aborder malgré tout...



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