Mardi 3 janvier 2012 2 03 /01 /Jan /2012 07:00

veuf 01Jean-Louis Fournier a perdu sa femme. Le coeur de Sylvie s'est arrêté de manière inattendue, laissant l'auteur à sa solitude et à son chagrin.

Veuf, loin d'être un récit larmoyant sur la détresse d'un homme, est un véritable hommage à l'absente, à celle à qui il doit d'être ce qu'il est.

 

L'auteur nous raconte donc son veuvage, au gré de ses souvenirs. Il parle de leur rencontre, des moments de joie à ses côtés. Mais surtout, il se penche sur sa propre solitude et à travers elle, ne fait qu'évoquer un peu plus Sylvie.

Il y a le courrier qui arrive toujours à son nom, les catalogues de roses et les factures d'un téléphone qui ne sert plus. Il y a son nom dans le répertoire qu'il faut un jour effacer à tout jamais. Il y a les questionnaires stupides de satisfaction du crématorium ou pire encore, l'échelle de point de malheur qu'un grand psychologue dresse dans son "sortir du deuil".

 

« Celui qui a eu 10 contraventions, ça lui fait 110 points, donc il est plus malheureux que s'il avait perdu sa femme.»

 

Il parle de la gêne des proches, des mots de consolation qu'on ne trouve pas et qui ne servent, de toute manière, à rien.

Mais surtout, il nous raconte Sylvie, sa Sylvie. Celle qui avait tant de coeur, ce coeur qui l'a lâché injustement. Celle qui savait donner vie aux plantes, qui a su apprivoiser ses 2 enfants handicapés. Celle qui était attentive et l'aidait dans son travail.

Il s'adresse parfois à elle directement, souligne avec douceur les conséquences de son départ.

 

" Le plus terrible c’est que je vais mourir seul, tu ne seras pas là pour me rassurer, me tenir la main, me fermer les yeux. "

 

Mais loin d'être le récit plombant attendu, le texte contient la légèreté, l'humour aussi parfois dont l'auteur use ici avec pudeur et élégance. Il se moque de sa propre personne, dédramatise les faits tout en nous montrant par là toute la difficulté de continuer à être, tout simplement. Une litanie rythme ses mots, qu'il tente de faire sienne.


"Tous les jours, à tout point de vue, je vais de mieux en mieux."

 

L'humour et la dérision lui servent de garde-fou pour ne pas sombrer.

 

Mais à travers ses successions d'anecdotes, de souvenirs, Jean-Louis Fournier offre en fait un véritable hommage envers son aimée. Il ne pouvait lui faire plus beau cadeau que ce texte où l'auteur se met à nu avec ses failles, ses erreurs, et tout cet amour qui occupe souvenirs et objets qui se rattachent à elle. Un amour qui l'a grandi et dont il est reconnaissant de tout ce qu'il lui a apporté.

 

" Elle croyait en moi, et grâce à elle j’ai commencé à y croire. A l’époque, j’étais presque rien, maintenant je suis presque quelque chose."

 

Avec une économie de mots, une pudeur délicate et une élégance sans pareille qui se pare parfois de touches ironiques pour alléger son propos, Jean-Louis Fournier réussit avec brio à parler du deuil, de son propre deuil sous une forme originale qui ne pourra que toucher au coeur le lecteur. Un hommage vibrant et émouvant à une femme aimée comme chacun voudrait peut-être en être un jour l'instigateur. A mille lieux d'un récit nombriliste et larmoyant , Veuf nous confie le souvenir poétique de Sylvie afin qu'elle continue d'être à travers la mort. A nous de faire de même avec nos morts mais aussi nos vivants, en n'oubliant pas la valeur des petits bonheurs et de l'amour dans sa simplicité.

La vie continue et n'oublions pas qu'il "est poli d'être gai" comme nous le rappelle l'auteur avec cette exergue de Voltaire.

 

 

Extraits :

 

"Quand je regarde tes petits chapeaux, je pense avec une infinie tristesse à ton cerveau, tombé en panne sèche, de sang. Il est éteint définitivement. Tu ne penseras plus jamais à moi… J’ai regardé à l’intérieur des chapeaux s’il ne restait pas une petite pensée pour moi."

 

"Tu étais le pôle positif, j'étais le pôle négatif. ça faisait de la lumière , et souvent des étincelles."

 

"Elle n’aimait pas parler d’elle, encore moins qu’on en dise du bien. Je vais en profiter, maintenant qu’elle est partie."

 

" Depuis que la rayonnante Sylvie s'est éteinte, il fait sombre dans la maison , je vis dans la pénombre . J'ai eu beau changer les ampoules, j'ai eu beau en mettre des plus puissantes avec plein de watts , il fait toujours sombre."

 

" Tu as été ma plus belle qualité,j'espère ne pas avoir été ton plus gros défaut."

 

D'autres avis :

Cathulu -

 


Titre : Veuf

  Auteur : Jean-Louis Fournier

Editeur : Stock

Parution : Octobre 2011

    160 pages 

Prix : 15,50€


 

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Par Choco - Publié dans : Essai - Communauté : Salon Lecture
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