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Littérature américaine

Samedi 19 janvier 2013 6 19 /01 /Jan /2013 07:00

b comme biere 01Gracie, du haut de ses 6 ans, se pose beaucoup de questions. Pas sur comment on fait les bébés ou d'autres bêtises du genre, Non. Ce qui intéresse Gracie, c'est cette curieuse boisson blonde que les adultes semblent boire avec délectation : la bière ! Le seul problème, c'est que personne ne semble répondre à ses questions. Personne, excepté son oncle Moe, un original qui lui promet de l'emmener visiter une brasserie. Le rendez-vous tournera court et la petite fille, déçue et en colère, décide alors d'engloutir une canette de bière qui la laisse chaos. Mais bientôt, apparaît la fée de la bière qui va s'attacher à tout lui dévoiler !

 

Tom Robbins est un de mes auteurs chouchous. Ses histoires sont toujours plus abracadabrantes les unes que les autres, comme Une bien étrange attraction, ou Un parfum de Jitterbug. Aujourd'hui, fidèle à lui-même, il nous propose une sorte de conte pour adultes ou enfants curieux.

Gracie Perkel est donc une petite curieuse qui s'entête à vouloir découvrir le secret de ce truc jaune "qui ressemble à du pipi". Alors que sa mère la renvoie à son père, alors que son père élude les questions en lui affirmant que cette boisson est réservée aux adultes ("La bière, c'est pour les grands."), l'oncle Moe se fait un devoir de lui expliquer son grand intérêt pour cette dernière. Il va même lui promettre de l'embarquer discrètement le jour de ses 6 ans à la brasserie du coin. La petite trépigne. Son anniversaire arrive. Hélas, l'oncle blessé (par une canette de bière) se voit obligé de repousser la sortie. Hélas, plus tard, notre homme ne tiendra pas plus sa promesse, parti définitivement (ou pas) pour le Costa rica, en compagnie de la belle pédicure qui l'a soigné. C'en est trop pour Gracie qui s'ouvre une canette ! Et découvre à son réveil une petite créature ailée.


" - Et qu'est-ce que tu crois que je suis ? Un témoin de Jéhovah ? Est-ce que j'ai l'air d'être une éclaireuse qui vend des cookies ? (...) Ce que je suis ? Mais la fée de la bière, bon sang de bonsoir ! "

 

 

Accompagné de la fée de la bière, Gracie va passer la "couture" et découvrir tous les secrets de la bière, de sa fabrication à sa consommation.

 

b-comme-biere-02.jpg

 

Entre la petite fille naïve qui ne tarit pas de questions, l'oncle Moe qui semble sortir d'un roman de Tom Robbins (oh ben tiens, ça tombe bien) et une fée de la bière aux réparties piquantes, le lecteur ne peut que savourer son incursion dans l'univers de la bière !

Si l'actrice principale de ce roman est une petite fille, on ne tombe pourtant pas dans la mièvrerie enfantine et voir une enfant de cette âge associée à l'alcool pourra choquer les biens-pensants ! Gracie, obnubilée par son obsession houblonneuse, ne manque d'ailleurs pas de brandir à tout va, à l'école, au catéchisme, les paroles de son oncle Moe et d'étaler sa science sur la bière, au grand dam des culs serrés. On retrouve ici les piques habituelles de l'auteur sur ce qui concerne la religion et la scène où la dame du catéchisme se fait clouer le bec par une mère protectrice se révèle particulièrement jouissive.

Pour autant, B comme bière s'avère particulièrement instructif sur le sujet de la bière et présente le parcours de cette boisson : la récolte de l'orge, la fermentation, le vieillissement,  ...etc. Mais notre petite fée va aussi lui ouvrir les portes du "mystère", lui faire découvrir ce qui entraîne les adultes à en boire toujours plus et parfois ce qui les conduit à de mauvaises actions.

 

Tom Robbins signe donc ici une petite fable grand public qui, si elle reprend le côté décalé et légèrement subversif qu'on lui connaît, se lit avec beaucoup de facilité. On ne retrouvera pas ici le grand Robbins et ses célèbres métaphores plus tordues les unes que les autres mais on appréciera avec bonheur ce petit exercice qui se conclue sur une petite morale du bonheur.

Bref, un petit texte plein d'humour et de fantaisie dont on peut abuser sans modération, qu'on soit amateur de bière ou pas !

 

 

Liens :

Les premières pages à lire 

 

 


Titre : B comme bière

  Auteur : Tom Robbins

Éditeur : Gallmeister, Totem

Parution : Novembre 2012

  160 pages 

Prix : 8,90€


 


Par Choco - Publié dans : Littérature américaine - Communauté : Salon Lecture
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Lundi 19 novembre 2012 1 19 /11 /Nov /2012 07:00

vie-inachevee-01.jpgJean et sa fille Griff vivent dans la caravane de Roy. Une vie pas très reluisante ponctuée par les différents amoureux de Jean, et les nombreux départs qui s'en sont suivis. Roy, le nouveau compagnon de Jean, n'est pas mieux que les autres. Il manifeste parfois son amour par des coups et Griff, du haut de ses 9 ans, n'en peux plus de voir souffrir sa mère et la presse de lever les voiles. Ce qu'elle finit par faire, un jour. Mais pour aller où ? De fil en aiguille, elles arrivent à Ishawooa, dans le Wyoming. Une destination non anodine. Car c'est là que Jean a grandit et a rencontrée le père de Griff. C'est là aussi que c'est joué le drame qui couta la vie à ce dernier. Un drame dont Einar la rend responsable. Pourtant c'est auprès de lui que Jean va chercher refuge. La cohabitation se fait difficile, bon gré mal gré et alors que les adultes continuent de se déchirer, Griff s'attache à ce grand-père silencieux et bourru qu'elle découvre et, par sa naïveté, sa franchise et ses questions, va peu à peu devenir le lien commun entre ces êtres cabossés.

 

C'est à une histoire familiale tourmentée que nous assistons ici dans Une vie inachevée. Einar est un vieil homme solitaire depuis la mort de sa femme et de son fils. Et ce n'est pas la présence de Mitch, son vieil ami blessé par un ours dont il s'occupe patiemment qui atténuera la rancoeur qu'il garde envers sa belle-fille Jean. Son arrivée est loin de le réjouir et s'il accepte de les accueillir pour un temps donné, c'est pour cette petite-fille qu'il n'avait jamais vu et ressemble tant à son fils. Griff illumine son quotidien par sa fraîcheur et son innocence. Très intelligente, comprenant tout en silence, elle n'hésite pourtant pas à faire face en posant les questions qui dérangent. Plus équilibrée, plus forte que sa mère, Griff découvre dans la demeure de Einar et Mitch, le foyer qu'elle n'a jamais eu. Ce chez-soi où elle se sent enfin à sa place.

 

" Les marches ne sont que des rondins coupés en deux dans le sens de la longueur. Toute la maison est en rondins. On croirait une forêt qui serait tombée et qu'on aurait empilée sur les côtés. Non seulement  'est beaucoup mieux qu'une caravane, mais c'est mieux que tous les endroits qu'elle a pu voir. C'est une vraie maison, du genre qui ne va pas s'user avant que ses habitants soient usés, eux aussi. "

 

Pourtant, rien n'est plus incertain que leur place chez Einar. Jean tente de se reconstruire et d'oublier Roy avec le shérif du coin, mais Einar ne se lasse pas de lui renvoyer sa culpabilité à la figure. Une culpabilité bien lourde à porter qu' Einar garde lui aussi en son coeur pour un autre drame avec Mitch. 

Les personnages sont, à leur façon, tous torturés par que blessure physique ou morale. Bientôt, Griff servira de catalyseur à une rédemption qui les touchera tous.

 

vie-inachevee-02.jpg ©patrick ageneau


Si le scénario s'avère plutôt classique, on ne peut malgré tout qu'être touché par cette histoire poignante d'êtres en mal d'amour et de reconnaissance. En dépit des conflits, on assiste à de très belles scènes d'amour filial et d'amitié envers et contre tout. Les relations empreintes de silences et de non-dits laissent pourtant filtrer énormément d'émotion. Les dialogues, rares, sont percutants, sans un mot de trop, et la narration nous laisse pénétrer en focalisation interne dans l'esprit de chacun des personnages.

Une vie inachevée est un roman simple, humain, qui renvoie chacun à sa propre vision de la famille et surtout qui n'hésite pas à souligner l'importance du pardon et de faire table rase pour mieux avancer et se construire.


Une belle lecture dont la réédition par les Éditions Gallmeister est tout à fait bienvenue !

 

 

D'autres avis :

Keisha -

 

A noter :

- Un film a été tiré de cette histoire avec Robert Redford, Morgan Freeman et Jennifer Lopez.

- Une suite à ce roman vient également de paraître chez Gallmeister sous le titre De flamme et d'argile.

 

 

 


Titre : Une vie inachevée

  Auteur : Mark Spragg

Éditeur : Albin Michel / Livre de poche / Gallmeister, Totem

Parution : 2005/2007/Octobre 2012

  296 pages 

Prix : 10€


 


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Par Choco - Publié dans : Littérature américaine - Communauté : Salon Lecture
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Vendredi 17 août 2012 5 17 /08 /Août /2012 07:00

home-01.jpgFrank Money revient de Corée où il a été envoyé comme soldat. Le retour à la vie civile ne se fait pas sans difficulté. Il est sans le sou et obsédé par certaines images de son passé guerrier. Mais sa petite soeur Ycidra, dite Cee, est malade. Un appel au secours le pousse à prendre la route pour rejoindre cette dernière et la ramener à Lotus, la ville de leur enfance. Un voyage initiatique au coeur de l' Amérique raciste des années 50, qui sera le début de la reconstruction pour Cee et Frank.

 

Ce 10ème roman de Toni Morrison qui reprend les thèmes habituels de l'auteur est, une fois de plus, un excellent cru !

Nous sommes dans les années 50 et la ségrégation fait encore rage dans cette Amérique meurtrie par la guerre. Celle de Corée vient de se terminer et les soldats rentrent chez eux, traumatisés. C'est le cas de Frank Money, un noir-américain, qui subit régulièrement des crises d'angoisse paralysantes et garde une rage au fond de lui dont il ne sait que faire. Isolé, solitaire malgré la présence d'une petite amie et surtout sans le sou, il doit se contenter de la médaille reçue pour ses loyaux services et regarde d'un oeil extérieur les commémorations des braves soldats. Franck est extérieur à tout ça. Il est noir et personne ne voit en lui un de ses héros qui a combattu pour le pays. Parti à la guerre en compagnie de ses amis d'enfance, il est le seul survivant de ce groupe de copains et culpabilise d'être rentré vivant. Alors que sa relation avec sa petite amie lassée de son laissez-aller prend fin, Franck part chercher sa petite soeur, lorsque le courrier d'une amie l'alerte de sa situation.

Cee est ce qu'il a de plus précieux. Sa seule vraie famille. Il l'a toujours protégé jusqu'à son départ pour la guerre. Les deux enfants ont grandi à Lotus, sous la coupe d'une grand-mère détestable qui hébergea à contrecoeur la famille fuyant le Texas et ses menaces raciales. Dès qu'il l'a pu, Frank a fuit cette ville et cette maison haïes. Et pourtant, il y reviendra. Avec Cee, sauvée des mains d'un médecin qui l'utilisait impunément pour ses expériences médicales. Il y reviendra et trouvera, en compagnie de sa soeur et contre toute attente, la rédemption et surtout cet apaisement inhérent à ce foyer, à ce "home" où chacun retrouve ses racines et cette plénitude qui vous fait dire : je suis ici chez moi, à ma place.

 

home-02.jpeg

Toni Morrison nous fait pénétrer dans l'intimité de son personnage principal avec beaucoup de finesse et de subtilité. Le roman se constitue d'une double narration qui alterne entre un narrateur omniscient et un Franck Money qui s'adresse directement à vous, dans des pages particulièrement fortes. Impossible de ne pas avoir une pensée empathique pour cet homme dont nous ressentons pleinement la solitude et le décalage envers ses congénères grace à l'écriture de l'auteur. Des sentiments liés à la ségrégation dont est victime Frank Money ainsi que le reste de la population noire.

Car, ici, le thème principal est bien ce racisme qui occupe toujours les esprits blancs et Toni Morrison réussit la gageure d'en faire son sujet sans nommer une seule fois la couleur de peau de Frank. La compréhension et les informations autour de ce "détail" se font avec intelligence à travers les scènes qui sont rapportés et que le lecteur pourra interpréter aisément. La puissante scène inaugurale, qui hantera le roman à de nombreuses reprises et rapporte le lynchage d'un homme jeté dans un fossé vu par Frank et sa soeur, est l'exemple phare. Plus loin, c'est le Green book qui est cité. Ce fameux guide de voyage, édité de 1936 à 1964, était destiné aux noirs et rapportaient les hôtels, restaurants, ... où ils seraient bien reçus. Ce parti-pris de ne pas citer nommément ce racisme renforce d'autant plus l'horreur et l'injustice de ces brimades. Alors quoi, ces hommes sont semblables : pourquoi sont-ils stigmatisés ? Bref, le procédé est admirable d'intelligence et de force.

Si le personnage de Frank est remarquable, les femmes ne sont pas moins fortes dans cette histoire. Cee, brisée par le médecin qui se joua d'elle, va se révéler à elle-même, en prenant en main son destin. Guidée et soutenue par d'autres femmes, elle sortira plus forte de cette histoire et montrera, à son tour, le chemin à Franck. L'idée d'entraide et de communauté est ici très forte. Si Cee trouvera l'appui auprès d'autres femmes noires, Franck trouvera sur sa route de nombreuses mains secourables qui l'aideront à retrouver sa soeur.

 

Violent, sombre, Home n'en est pas moins un roman lumineux qui se ferme sur l'attachement de ses habitants à cette terre envers et contre tout, sur cette liberté de choisir sa vie. A l'image de Frank et de Cee qui, bientôt, prendront en main leur destin, les noirs américains lutteront pour leur identité et leur droit d'appartenir aussi à ce pays. Blessés mais vivants.

 

Le roman se termine sur ces quelques mots qui résume à merveille le fond de ce roman :

 

" Je suis resté un long moment à contempler cet arbre.

Il avait l'air tellement fort

Tellement beau.

Blessé pile en son milieu

Mais vivant et bien portant.

Cee m'a touché l'épaule

Légèrement.

Franck ?

Oui ?

Viens mon frère. On rentre à la maison. "

 

Home est sans aucun doute le premier roman de la rentrée à ne pas rater. Tenez-le vous pour dit.

 

 


Titre : Home

Auteur : Toni Morrison

Éditeur : Christian Bourgois

Parution : 23 août 2012

  153 pages 

Prix : 17€


 

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Par Choco - Publié dans : Littérature américaine - Communauté : Salon Lecture
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Vendredi 3 août 2012 5 03 /08 /Août /2012 07:00

nashville-chrome-01.jpg Qui se souvient aujourd'hui du groupe country The Browns ?

Contemporains et amis d'Elvis Presley, les 3 membres du groupe connurent une ascension fulgurante, avant de retomber dans l'anonymat. Si aujourd'hui, leur réputation n'est plus la même, Rick Bass, qui nous avait plutôt habitué aux grands espaces, revient sur leur parcours qu'il retrace dans une version romancée et se penche sur un destin à la croisée de la gloire et de la chute dans une grande fresque familiale autour de la musique.

 

Maxine, Bonnie et Jim Ed ont grandi dans les années 30 dans une famille pauvre de l'Arkansas. Vivant au milieu de la forêt pour les besoins de l'acierie familiale, les enfants développèrent une ouie incroyable qui leur permettaient de déterminer si les scies étaient bien affutées.

 

" Quand la lame avait atteint l’affûtage parfait, absolu, la scie émettait un son particulier, et cette harmonie aiguë n’était guère différente de l’harmonie tempérée que les Brown s’efforçaient de réaliser avec leurs voix. "

 

Après avoir chantés dans les coeurs d'église et le restaurant familial, ils deviennent bien vite des petites vedettes de la radio, avant d'être attachés (et exploités) à un producteur avare qui les fit travailler sans relâche et sillonner les routes pour donner des concerts à tout va. Peu importe, naifs et ennivrés par la musique, les Browns ne pensent qu'a chanter.

 

"Ils ressemblaient à des chevaux de course avec des oeillères, fonçant sur la piste de terre. Un jockey les fouettait et ils se rendaient vaguement compte qu'il y avait du monde dans les tribunes, mais ils ne s'interrogeaient pas sur le tracé de la piste",

 

nashville chrome 03Le restaurant et la demeure des Brows devient un arrêt obligatoire pour les musiciens de l'époque et bientôt le groupe sympathise avec un certain Elvis Presley (17 ans) qui se fiancera avec Bonnie avant de se perdre dans la gloire. Sous la tutelle de Chet Atkins, le groupe libéré prend une autre envergure et enchaîne les succès. Mais bientôt, le temps de la country passe et The Browns, fatigués, décident d'arrêter en dépit de la volonté et de la recherche de gloire de Maxine.

Une Maxine dont la voix contemporaine s'entremêle à la chronologie du passé des Browns. Une Maxine vieillissante qui, à 80 ans, continue à croire au succès.

 

" Certains des auditeurs passaient de la country à la pop…. Le public s’éloignait d’eux, il en suivait un autre à présent. Ce qui avait valu aux Brown une pareille adulation –leur capacité à camoufler leurs émotions sous une façade parfaitement lisse - serait en définitive leur faiblesse, mais ils seraient les derniers à le savoir. Il faudra un demi-siècle à Maxine pour le comprendre… "

 

Nashville chrome est un ouvrage multiple.

Roman quelque peu biographique, il nous permet de découvrir le parcours de ce groupe célèbre et son histoire intimement liée à une époque, celle des années 50 qui transparaissent en filigrane. La chronologie et les détails sont précis et s'attachent à rendre le quotidien et l'atmosphère de ces vies exceptionnelles, entre les difficultés, les drames familiaux et la légereté de la gloire musicale. On y croise un surprenant Elvis, profondément modeste et humain, et l'auteur nous gratifera de scènes particulièrement belles entre Bonnie et ce dernier. Leur rupture est bouleversante, inaugurant le gouffre dans lequel Elvis plongera bientôt, ennivré par le succès.


Mais sans avoir l'air d'y toucher, Rick Bass fait glisser son récit vers un véritable roman. En s'appuyant sur des éléments véridiques, l'auteur réussit à construire une histoire avec du souffle, imaginant scènes, émotions et situations, d'une manière telle qu'il transcende la réalité, faisant des Brown de véritables personnages de fiction. S'attachant plus particulièrement aux 2 soeurs, Maxine et Bonnie, il décrypte le mirage de la gloire et met en parallèle les réactions opposées des 2 soeurs. Alors que Bonnie, amoureuse, semble heureuse et satisfaite de son sort et de la petite vie tranquille qu'elle s'est construite, Maxine, au contraire, reste profondément amère de la fin prématurée du groupe et ressasse la gloire perdue qu'elle espère toujours regagner pendant ses vieux jours. Ses interventions scandent régulièrement le texte et le lecteur découvre une vieille dame affaiblie qui vit dans son passé et attend éperdument celui qui lui offrira la reconnaissance méritée. Viendra un petit gamin, armé d'un camera, qui montera un film sur cette Maxine âgée et qui lui offrira ce rêve tant attendu. Cette vieillesse décrite sans concessions avec tout ce qu'elle a de ridicule, de misérable et de dérisoire mais aussi de touchant, furent pour moi les séquences les plus bouleversantes de ce roman, tant j'aurais pu voir le film se dérouler sous mes yeux.

 

« Elle comprend qu’elle sera la dernière à partir – elle le sait depuis des décennies – mais elle n’en saisit toujours pas le sens ni la signification, ni la responsabilité que cela implique. La solitude de celui qui reste est infinie. »

 

nashville-chrome-02.jpg

 

Loin d'être la simple biographie romancée qu'elle parait, Nashville chrome est d'une toute autre trempe, d'une toute autre ampleur. Rick Bass parle avec force de ces destins brisés (ou pas), de l'innocence perdue, du tourbillon de la musique, avec une psychologie prononcée et une langue travaillée qui réussit à saisir l'ambiance d'une époque où tout semblait possible, à capter les émotions personnelles tout comme les paysages.

Mais surtout l'auteur réalise, à sa manière, le souhait de Maxine, en rendant hommage à ce groupe oublié qui fut, rappelons-le, le groupe préféré des Beatles.

Inutile de connaître le groupe ou d'être spécialiste de la musique country : vous aurez compris que ce livre est à lire comme un roman ! Une grande réussite, à n'en pas douter !


 

Liens :

Le site de Maxine Brown.

Les Browns à découvrir en vidéo :



 


Titre : Nashville chrome

Auteur : Rick Bass

Éditeur : Bourgois

Parution : Mars 2012

  378 pages 

Prix : 25€

 


 

Merci à Babelio pour ce masse critique si intéressant !


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Par Choco - Publié dans : Littérature américaine - Communauté : Salon Lecture
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Samedi 12 mai 2012 6 12 /05 /Mai /2012 07:00

club-de-chasse-01.jpgComme tous les étés, James Quinn vient passer quelque semaines au Club du centenaire, fréquenté par divers hommes d'affaires ou riches rentiers. Il y retrouve entre autres son ami Vernon Stanton, un fanfaron qui aime semer la zizanie et provoquer en duel ses comparses. Alors que chacun tente de chasser, pêcher, profiter des vacances en toute quiétude, l'ambiance se dégrade peu à peu, sous les coups de butoir de Vernon.

 

Voilà longtemps que je n'avais pas autant peiné à lire un ouvrage... Ma découverte de Thomas McGuane, par l'intermédiaire de son tout premier roman réédité par les Éditions Bourgois s'est faite sous le signe de la déception. J'avais lu une vingtaine de pages auxquelles je n'avais rien compris avant de l'abandonner lâchement. Engagée auprès de Babelio, j'ai fini par reprendre ma lecture du début et à la mener à bien. Hélas, je crois bien que le but, le sujet de ce texte m'a totalement échappé.

 

Nous suivons donc les différents membres de ce club de chasse fondé par leurs aïeux et dont la carte se transmet de génération en génération. A son arrivée, Quinn appréhende de rencontrer Vernon, certain que ce dernier n'hésitera pas à le ridiculiser une fois de plus. Et de fait, Vernon écrase avec orgueil et souffrance son ami à l'occasion de plusieurs duels au pistolet. Car oui, contre toute attente ces deux-là sont amis de longue date alors que tout portait à croire que les deux hommes se détestaient.

Il est difficile de saisir quelles sont les relations entre eux deux, tout comme le pourquoi des actes et des paroles de Vernon qui n'hésite pas à semer les graines de la mésentente entre les membres du club. Il réussit à faire virer l'intendant, remplacé par un incompétent notoire qui mettra bientôt le club sens dessus dessous.

 

Bref, la narration m'a semblée franchement obscure et même décousue. Si on finit par comprendre quelque peu le but inavoué de Vernon à la toute fin de l'histoire, le ton censément ironique m'a laissé de marbre, les personnages m'ont ennuyés au possible, l'action m'a paru très statique malgré les fantaisies de Vernon.

Au final, je n'ai rien compris à ce roman que je trouve mal fichu et serais ravie que quelqu'un m'éclaire sur le sujet...

 

 

 


Titre : Le club de chasse

Auteur : Thomas McGuane

Éditeur : Bourgois, Titres

Parution : Janvier 2012

    248 pages

Prix : 8€

 


 

Je m'excuse auprès de Babelio d'avoir, pour la première fois, tant tardé à rendre mon avis...

 

 

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Par Choco - Publié dans : Littérature américaine - Communauté : Salon Lecture
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