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Littérature française

Lundi 28 mai 2012 1 28 /05 /Mai /2012 20:30

kosaburo-1945-01.jpg1945. Le Japon est en pleine guerre mondiale. Motivé par un désir de victoire et une fierté nationale, le gouvernement japonais et son empereur n'hésitent pas à envoyer à la mort des dizaines de jeunes hommes qui, par devoir de loyauté envers leur pays, acceptent avec fierté de participer aux combats. Parmi eux, quelques uns seront choisis pour se lancer dans des attaques suicides, destinés à faire le plus de dégâts possibles chez les américains.

Kosaburo est de ceux-là, ainsi que son ami d'enfance, Akira. Alors que Kosaburo, préparé à mourir, accepte cette mission avec ferveur, Akira, au contraire, s'enfuit dans la montagne, apportant ainsi l'opprobe et la honte sur sa famille. Pour éviter le déshonneur, c'est Mitsuko, la soeur du déserteur dont est amoureux Kosaburo, qui va prendre secrètement sa place.

 

Contrairement à toute attente, c'est une auteur belge qui nous livre ce roman japonisant nous conduisant tout droit dans l'enfer de la guerre.

L'empire du soleil levant est la cible des attaques américaines depuis longtemps et le Japon peine à rester maître des combats. Le pays est affaibli et la guerre est même en passe de se terminer. Pourtant, l'empereur japonais refuse toujours de capituler. Les journaux, la radio continent de faire prospérer de vaines paroles d'espoir et de victoires auprès de la population et d'exciter la fierté nationale, condition essentielle de tout japonais.

 

kosaburo-1945-03.jpgDépart de kamikazes japonais salués par des étudiantes


 

Nous allons donc suivre Kosaburo et Mitsuko dans leur préparation de kamikazes. Kosaburo appréhende son rôle de manière tout à fait sereine. La retraite solitaire qu'il s'est imposé précédemment l'a aidé à affronter ce sacrifice ultime qui ne lui fait pas peur. Mitsuko, de son côté,voit son engagement comme un acte d'honneur envers sa famille. La désertion de son frère est vécue comme une véritable trahison envers son pays et sa fuite rejaillit comme une honte intolérable sur tous les membres de sa famille.

Tous deux suivent donc un apprentissage étudié et deviennent des pilotes chevronnés. Mitsuko doit cacher son sexe mais aussi ses sentiments amoureux envers Kosaburo, qui doivent passer derrière sa loyauté envers le Japon. Jusqu'au jour où l'un d'eux est désigné pour partir en mission suicide.

 

On reconnaît dans ce roman une réelle imprégnation de la culture japonaise chez l'auteur. A travers cette histoire, Nicole Roland s'interroge sur les curieuses raisons qui ont poussées des jeunes gens à tout accepter pour sauver leur pays, avant leur propre vie. Héritier du code samouraï d'autrefois, la question d'honneur reste très forte dans la culture japonaise d'hier et d'aujourd'hui. Ces sacrifices humains volontaires paraissent d'un dérisoire absolu mais participaient d'une tradition qui mettait l'empereur du Japon au niveau des dieux et ses décisions, comme des ordres auxquels il n'était pas envisageable de désobéir.

Loin de l'image de jeunes fanatiques, les personnages semblent ici à la fois transcendés par ce don de soi, cet acte héroïque qui leur parait naturel et indispensable, et à la fois, pleins de doutes qu'ils étouffent en silence. La peur est palpable mais ils ne craignent pas la mort. Ils acceptent sans se rebiffer l'ordre de mourir mais derrière un enthousiasme et une fierté fortement exprimés, se cache aussi une certaine résignation et un "à quoi bon ?" qui pourrait être extrêmement dangereux et révolutionnaire s'il était avoué. La question de leur engagement, de leur ferveur est clairement posée et s'avère particulièrement intéressante. Morts pour leur patrie, on ignore tout de ces jeunes gens, de leurs sentiments face à ce suicide programmé qu'on leur vend comme un acte héroïque. Nicole Roland met en scène avec beaucoup de réalisme ces moments précédant le devoir ultime, où on sait la mort imminente, où on doit régler nos dernières affaires, dirent adieu (ou non) à nos proches.

 

kosaburo-1945-02.jpg Après des premières pages énoncées par Kosaburo, c'est bien vite la voix de Mitsuko qui conduit le récit. Une femme dans un monde d'hommes, un femme amoureuse et sensible qui semble s'interroger plus facilement que ses compagnons, une femme qui a fait le choix de se faire passer pour un homme. Une voix originale et inédite sur un univers qui ne laisse que peu de place aux sentiments mais qui, pourtant, m'a semblé ne pas utiliser aussi efficacement qu'attendu cette question de la différence des sexes, de leur rôle, de leur statut au sein d'une société où la place de chacun est très clairement définie.

 

Kosaburo, 1945 se révèle ainsi un roman particulièrement prenant sur un épisode tragique de l'histoire japonaise. S'appuyant sur une connaissance de la culture japonaise et plus particulièrement du fameux code d'honneur et de conduite des samouraïs, Nicole Roland réussit à nous plonger dans le quotidien de ces morts en sursis avec une écriture subtile, épurée, à la manière japonaise. Elle questionne la question de l'engagement et du devoir et offre des pistes intéressantes sur la notion de sacrifice et de loyauté, sur l'absurdité de la guerre et l'incurie de ceux qui la font, sur la valeur de la vie qu'on ne comprend que lorsqu'il est trop tard.

Un roman qui m'a plu mais me laisse malgré tout avec un léger sentiment d'inachevé, une sensation que l'auteur n'est pas allée au bout de sa réflexion et est restée peut-être trop collée à son histoire.

De plus, les dernières lignes où l'auteur fait le lien entre Mitsuko et ces jeunes gens fracassés trop tôt par le destin et sa fille décédée m'ont semblées totalement hors de propos et casse, pour moi, la portée plus universelle de cette histoire.

 

Une belle histoire à découvrir même si ce n'est pas un coup de coeur !

 

 

Extrait :

 

" J'avais ouvert le cockpit, l'air marin montait jusqu'à mes narines, je fermai les yeux. Je voyais les autres, mes compagnons, ceux qui étaient morts avant moi, ceux qui avaient quitté leurs hautes écoles, leurs universités pour ceindre leur front du bandeau du kamikaze. J'entendais leurs voix, leurs rires, et maintenant ce silence. Je les revoyais sur une photographie prise avant leur départ. Casques d'aviateur, lunettes ramenées sur le front, aucun d'eux ne souriait. Ils allaient mourir. Ils le savaient. Certains semblaient farouchement déterminés, d'autres, songeurs, portaient encore sur leur visage la marque de l'enfance. Leurs fantômes me rejoignaient et me demandaient des comptes. Il fallait que je meure."

 

 

"Avec les premières brumes vint le temps de rejoindre l'université.
Kosaburo recouvrit de terre les dernières braises de notre feu,je roulai les préceptes des samouraïs et les nouai d'un lien de soie et nous partîmes, non sans avoir mis en pratique une méthode secrète : mettre de la salive sur le lobe de nos oreilles, respirer profondément et briser un objet entre nos mains.
Nous étions prêts. Sil fallait un jour partir au combat, nous abattrions nos ennemis jusqu'au dernier. Jamais nous ne nous avouerions vaincus et si, par malheur, cela devait arriver, nous nous ferions sans attendre seppuku, nous ôtant nous-mêmes la vie.
Nous avions tous les deux fortifié notre esprit et, puisqu'il valait mieux en cas de défaite mourir de la main d'un ami plutôt que de celle d'un ennemi, nous avions pris la résolution de nous assister mutuellement dans le rite de la mort volontaire. Nous avions vingt ans, nous avions mille ans et sur notre coeur palpitait l'éclat d'une armure invisible."


"Il aimait la bonté, la vérité. Mais où étaient-elles ? Ce qu'il endurait à présent venait de leur absence, du pressentiment que la guerre, au lieu de rendre les hommes plus nobles, comme on le leur répétait sans cesse, pouvait en faire des chiens, empoisonner leur âme"

 

 

D'autres avis :

Anne que je remercie ! - Voyelle et consonne - Livrogne -

 

 

 

 


Titre : Kosaburo, 1945

Auteur : Nicole Roland

Éditeur : Actes Sud, un endroit où aller

Parution : Février 2011

    148 pages

Prix : 16€


 


Par Choco - Publié dans : Littérature française - Communauté : Salon Lecture
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Jeudi 29 décembre 2011 4 29 /12 /Déc /2011 07:00

retour-a-killybegs-01.jpgEirinn go Brach ! L'Irlande pour toujours !

 

C'est à travers la force de ces mots que Tyrone Meehan a grandit. Dans la petite ville de Killybegs. C'est aussi à Killybegs qu'il viendra attendre la mort et nous livrer son ultime vérité.

 

" Si je parle aujourd'hui, c'est parce que je suis le seul à pouvoir dire la vérité. Parce qu'après moi, j'espère le silence."

 

2006. Tyrone vient se réfugier dans la maison de son enfance. Il a trahi les siens et goûte désormais à la solitude. Une solitude qui le renvoie à lui-même, à son père, à ses amis de l'IRA, à sa vie passée. A ses choix, à ses erreurs.

Dans une narration alternant l'engagement des premiers temps et les derniers jours de traître, l'homme se confie.

Il y a le père tout d'abord. Violent, amer, avec sa guerre perdue contre les britanniques et la séparation de l'Irlande en deux en 1921. Il ne lui reste que la boisson et les coups. Et cette haine viscérale contre les anglais qu'il transmettra à son fils.

 

Quand mon père me battait il criait en anglais, comme s'il ne voulait pas mêler notre langue à ça. Il frappait bouche tordue, en hurlant des mots de soldat. Quand mon père me battait il n'était plus mon père, seulement Patraig Meehan. Gueule cassée, regard glace, Meehan vent mauvais qu'on évitait en changeant de trottoir. Quand mon père avait bu il cognait le sol, déchirait l'air, blessait les mots. Lorsqu'il entrait dans ma chambre, la nuit sursautait. Il n'allumait pas la bougie. Il soufflait en vieil animal et j'attendais ses poings.


A sa mort, la famille part pour Belfast. Là, on s'y bat contre l'Allemagne, au contraire de l'Irlande libre. Les irlandais, les catholiques sont brimés, repoussés dans des ghettos miséreux. A 16 ans, Tyrone choisit l'IRA.


" L'IRA. Ce n'était plus trois lettres noires, bavées sur notre mur à la peinture haineuse. Ce n'était plus une condamnation entendue à la radio. Ce n'était plus une crainte, une insulte, l'autre nom du démon. Mais c'était un espoir, une promesse. C'était la chair de mon père, sa vie entière, sa mémoire et sa légende. C'était sa douleur, sa défaite, l'armée vaincue de notre pays. Jamais je n'avais entendu ces trois lettres prononcées par d'autres lèvres que les siennes. Et voilà qu'un gaillard de mon âge osait les sourire en pleine rue.

L'IRA. Soudain, je l'ai vue partout. Dans ce fumeur de pipe chargé de couvertures. Ces femmes en châle, qui nous entouraient de leur silence. Ce vieil homme, accroupi sur le trottoir, qui réparait notre lampe à huile. Je l'ai vue dans les gamins qui aidaient à notre exil. Je l'ai vue derrière chaque fenêtre, chaque rideau tiré pour tromper les avions. Je l'ai vue dans l'air épais de tourbe. Dans le jour qui se levait. Je l'ai sentie en moi. En moi, Tyrone Meehan, seize ans, fils de Patraig et de la terre d'Irlande. Chassé de mon village par la misère, banni de mon quartier par l'ennemi. L'IRA, moi. "


Il devient un fianna puis un membre actif de l'organisation. Très vite, il découvre la prison. Ce qui l'érigera en héros sera aussi sa perte.

Comment un homme aussi engagé envers son Irlande, aussi respecté par l'IRA est-il devenu un traître ?

 

retour à killybegs 02

 

Nous avions découvert Tyrone Meehan dans Mon traitre où un petit français nous confiait son admiration et sa souffrance devant la traîtrise de Tyrone. Aujourd'hui, dans Retour à Killybegs, c'est à son tour de prendre la parole.

Un récit qui nous plonge véritablement dans l'histoire de l'Irlande que nous allons suivre à travers les années et le personnage de Tyrone qui fait corps avec son pays. Une histoire tourmentée, violente qui nous emmène de la guerre civile dans les rues irlandaises à la résistance dans les prisons anglaises sous forme de grèves de la faim et de la propreté. Une vie difficile donc où l'engagement politique se présente comme une évidence. Le récit a presque valeur documentaire. Le lecteur vibre à l'unisson des protagonistes, comprend la complexité de cette guerre où rien n'est simple que ce soit pendant ou après.

Pourtant cet engagement, cette vie consacrée à cette cause n'empêche pas les erreurs, les secrets. Tout cela est lourd, fatiguant pour les hommes.

 

" Alors, j'ai renoncé à mourir. A vivre aussi. Je serais ailleurs entre ciel et terre. Je les emmerderai tous! Les Brits, l'IRA, ces donneurs d'ordre! Je n'en pouvais plus de cette guerre, de ces héros, de cette communauté étouffante. J'étais fatigué."

 

Et Tyrone porte un fardeau au fond de son coeur. Un fardeau qui a fait de lui le héros respecté. Celui qui ne trahirait pas. Et pourtant... Chaque homme a sa faiblesse. Tyrone s'est laissé entraîné, malgré lui, à collaborer avec les britanniques, tout en se persuadant qu'il ne trahissait pas.

 

"Toute ma vie j'avais recherché les traîtres, et voilà que le pire de tous était caché dans mon ventre".

 


Quel roman que celui-là ! Sorj a écrit ici un roman extrêmement fort qui va au-delà d'un simple version romancée d'une expérience personnelle. Dans Mon traître, l'auteur réussissait déjà avec brio à réinterpréter avec ampleur son expérience de la traîtrise. Ici, il touche à l'art absolu du roman. Se mettant dans la peau du traître, de SON traître, Sorj donne la parole à celui qui l'a blessé, imaginant, interprétant les pensées de cet autre, tentant par là-même de le comprendre et pourquoi pas de l'absoudre. Quoi de plus difficile que de donner à voir un "ennemi" ? Cet homme qui a trahi devient sous sa plume un être très humain, une grande figure paternelle avec ses contradictions et ses failles. Un homme que l'on peut haïr et aimer à la fois. L'auteur y dresse le parcours d'un homme, de ce qui l'a fait et ce qui l'a défait. Un personnage complexe pris dans le tourbillon de l'Histoire, à la fois victime et coupable.


Son écriture est toujours d'une grande pureté, subtile, légère qui ne s'encombre pas de "trop de mots" tout en dégageant une grande force. Une écriture rythmée qui sait parfois se passer de verbes, qui ponctue de manière très intelligente la phrase en la stoppant, la reprenant.

 

Mais au-delà de tout ça, Retour à Killybegs est un hommage à la fois pudique et fort à une amitié perdue, au père protecteur qui tout en faillant reste d'une certaine manière admirable. Un roman où l'auteur tente d'offrir de manière juste et non manichéenne son Irlande qu'il aime tant et qu'il refuse d'oublier. Un roman où Sorj nous donne sa propre douleur, tentant par là-même d'en atténuer la force en l'enterrant dans un magnifique cercueil de papier. Un grand roman assurément.

 

 

( Je dédie cette modeste critique à ma chère Emmyne qui m'a tant ouvert les yeux sur cet auteur.)

 

 

D'autres avis :

Emmyne - Clara - Yv - Val - Maeve -

 


Titre : Retour à Killybegs

  Auteur : Sorj Chalandon

Editeur : Grasset

Parution : Août 2011

    331 pages 

Prix : 20€


 

Grand Prix du Roman de l'Académie Française 2011

 

1% littéraire 2011

 

prix lectrices ELLE

Par Choco - Publié dans : Littérature française - Communauté : Salon Lecture
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Lundi 19 décembre 2011 1 19 /12 /Déc /2011 19:05

rien ne s'oppose à la nuit 01Avec Rien ne s'oppose à la nuit, Delphine de Vigan écrit sa mère, sa famille mais aussi sa difficulté d'écrire sur soi, de prendre du recul sur sa propre histoire.

Ainsi donc, Lucile, la mère de l'auteur. Lucile s'est suicidée quelques années plus tôt. La douleur de cette perte est toujours sensible, d'autant plus que les relations entre les 2 femmes n'ont pas toujours été facile.

Delphine de Vigan choisit de se confronter à l'histoire familiale. Elle interroge les différents membres de sa famille, enregistre leurs confidences, lit correspondance et carnets. Peu à peu, elle reconstruit le passé de sa famille et de sa mère et livre un portrait très personnel de ses ancêtres tout en dévoilant à la fois sa propre intériorité.


On suit tout d'abord l'enfance de Lucille. Cette dernière a grandi dans une famille nombreuse, entourée de nombreux frères et soeurs (8). La jolie Lucille coure les séances photos pour des publicités de vêtements pour enfants. La mère leur laisse beaucoup de liberté et très tôt les laissent se prendre en charge eux-mêmes. Mais bientôt, les drames surgissent : un frère décède accidentellement. C'est le début de plusieurs disparitions qui toucheront la famille sur de longues années. Malgré les pertes, la famille reste soudée mais la douleur sourd à travers les silences plus nombreux.

Plus loin, l'auteur poursuit son portrait en y ajoutant ses propres souvenirs. Elle évoque le mariage de sa mère, sa propre arrivée, celle de sa soeur. On découvre les premiers problèmes de comportement de Lucille, ses séjours en maison de repos, le diagnostic de bipolarité. On assiste à ses multiples abandons, dérèglements et à la souffrance mais aussi la peur de ses filles.

Enfin, l'auteur conclut son portrait en donnant un regard distancé sur sa mère, analysant les conséquences à travers les générations des drames familiaux qui se répètent.

 

Comme ce livre dû être douloureux à écrire ! Douloureux mais nécessaire à la fois. L'auteur, en se penchant sur l'histoire de sa mère, tente d'exorciser sa propre douleur et de comprendre peut-être les raisons du geste fatal de sa mère. Une mère compliquée qui fut loin d'être exemplaire et dont la fille tente de reconstruire la vie pour mieux, peut-être, assumer la sienne.

De vigan fouille donc dans la mémoire des survivants de la famille. Elle interroge les oncles, les tantes, soulève certains secrets de famille (infidélité du grand-père, inceste sur Lucille possible). Les versions sont parfois différentes de l'un à l'autre mais l'auteur reconstruit sa propre vision, sa propre "Lucille".

Mais à travers ce portrait maternel, De Vigan se penche également sur le processus d'écriture. Le texte alterne régulièrement avec la voix de l'auteur en plein work in progress. Elle confie la difficulté de l'exercice, l'aspect plus terre à terre de ses entretiens familiaux, ses recherches personnelles, ses questions sur la vérité des faits. Elle fait le parallèle avec sa propre famille et ses enfants, se penche sur son propre rôle de mère.

 

Rien ne s'oppose à la nuit est donc à la frontière entre récit autobiographique et texte romancé. Delphine de Vigan recrée ici la personne de sa mère. Une mère qu'elle a tenté de nous offrir avec ses qualités et ses défauts, avec une certaine neutralité. Néanmoins, l'émotion affleure et on ne peut rester insensible à la souffrance partagée de cette famille qui a connu son lot de drames. L'auteur se dévoile ici avec beaucoup de pudeur tout en ne nous cachant rien des côtés sombres.

L'histoire est bien évidemment bouleversante. L'écriture s'est faite simple et assez épurée, évitant d'alourdir un peu plus une ambiance qui ne manquerait pas d'étouffer son lecteur dans le cas inverse.

Pourtant malgré toutes ses qualités, je garde une certaine réserve vis à vis de ce texte que j'ai pourtant aimé. Bien que je n'ai eu aucune impression de voyeurisme, j'ai malgré tout eu le sentiment que cette histoire ne m'appartenait pas. Cette famille, ces deuils, toute cette souffrance. Le tout est joliment raconté certes mais chaque famille a son lot de drames. Si j'avais lu ce texte comme une fiction, il en aurait certainement été autrement. Ici, je ne peux que constater que, une fois de plus, les auteurs trouvent du réconfort à se raconter. Je comprends parfaitement la démarche et trouverais plaisir et soulagement peut-être dans une démarche cathartique de raconter mes propres souffrances. Mais l'exercice reste peu innovant et, malgré la présence d'une narration de l'auteur se voyant en train d'écrire, Rien ne s'oppose à la nuit manque de la petite touche qui me permettrait de m'approprier le texte.

 

Au final, c'est véritablement un récit qui m'a beaucoup touchée par cette façon de se mettre à nu, de mettre à jour ses propres failles, de s'interroger avec recul sur son histoire familiale. Mais je regrette peut-être l'absence de portée plus universelle. Un texte qui toucherait tout le monde en dépit peut-être d'un parallèle avec sa propre histoire. Un très beau texte hommage donc mais pas le roman bouleversant de l'année pour moi... J'ai aimé mais je n'ai pas vibré.

 

D'autres avis :

Hérisson - Mango - Leiloona - Clara - Emeraude - Cathulu - Ankya - Marion - Kactusss - Hélène - Theoma - Val - Saxaoul - Irrégulière - La ruelle bleue - Lili -

 

 

 


 Titre : Rien ne s'oppose à la nuit

  Auteur : Delphine de Vigan

Editeur : JC Lattès

Parution : Août 2011

    440 pages 

Prix : 19€


 

1% littéraire 2011

 

prix lectrices ELLE

Par Choco - Publié dans : Littérature française - Communauté : La littérature au féminin
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Vendredi 18 novembre 2011 5 18 /11 /Nov /2011 07:00

le--silence-ne-sera-qu-un-souvenir-01.jpgSur une rive slovaque du Danube, vit une communauté rom. Alors qu'on célèbre les 20 ans de la chute du mur de Berlin et que les journalistes affluent, le vieux Mikluš, lui, est rongé par le passé. Un passé qu'il a toujours tu et dont le poids n'a fait que s'accentuer avec les ans.

Alors le vieil homme va raconter son peuple à l'un d'eux. Il lui narre l'histoire de sa communauté, son quotidien. Puis, peu à peu, sa langue se délie et bientôt c'est le profond secret autour duquel se joue un terrible drame familial que Mikluš confie à son interlocuteur.

 

" Je m'appelle Mikluš et je suis un truand. Aucun crime ne pèse sur ma conscience, mais mon délit ne mérite pas plus légère sentence que celui d'un tueur à gages. Je suis un malfrat de première classe, un vieux corsaire repenti sans navire, qui, honteux de son butin, a choisi de l'enfouir dans le sable avant de disparaître - en prenant soin de rouler la carte au trésor dans une bouteille, mais échouant à la jeter à la mer ; ce qui revient à porter un masque le reste de votre vie en espérant secrètement qu'un jour heureux de carnaval une main se hasarde à le lever et vous sauve. Personne n'a jamais débusqué la honte qui me ronge, et j'ai été trop lâche pour la regarder en face.
N'essayez pas de mettre un visage sur ma voix, je n'en ai plus, rongé par les vers, ce que vous penserez sans doute vous qui ne savez rien de la mort. Mais qu'importe. Une mauvaise grippe m'a finalement emporté, un méchant coup de froid vous expliqueraient les miens qui, escomptant chasser le mauvais oeil, m'ont patiemment veillé pendant dix jours et dix nuits. Ce qu'ils ne savaient pas, c'est que leurs incantations étaient inutiles puisque j'avais déjà décidé de mon sort, un privilège du grand âge sans doute que d'avoir le choix entre la vie et la mon : ou bien je restais encore un peu debout, mais je m'imposais de briser enfin le silence ; ou bien je choisissais de me taire et c'était pour toujours. Le courage m'a manqué, le «pour toujours» l'a emporté."

 

Les éditions Gaïa, connues pour leur catalogue nordique, propose ici leur premier roman français. Et quel roman !! Autant vous le dire de suite, il s'agit pour moi de LA perle de la rentrée qui passera certainement entre les mailles des journalistes mais s'avère pour un premier roman totalement abouti et réussi !

 

" N’allez pas chercher fleurs bleues et longs jupons ourlés d’or, on vous rirait au nez, et laissez les roulottes dans leur cimetière, ça fait une paye que le joli folklore n’est plus d’actualité. De la vie de bohème avec lequel votre inconscient continue peut être de nous marier, vous savez bien qu’il ne reste presque rien, quelques vieilles ritournelles et les cheveux bouclés de Carmen, tout ça ne pèse pas bien lourd dans l’héritage laissé aux suivants. Ce qui fait le poids, c’est tout le reste, tout ce qu’on met sur le dos du Rom avant même qu’il sache se tenir droit. Le nourrisson n’a pas poussé son premier cri qu’on lui demande de se taire, il n’a que trois cheveux sur le crâne qu’il est déjà pouilleux, et à peine parvient-il à aligner cinq mots qu’on l’accuse de mentir. Un jour ou l’autre il sera suspecté de vol, de violence et peut être même de crime. Vous trouvez que j’ai la main lourde ? Eh bien disons qu’il est de toute façon asocial et qu’à partir de ce constat, vous pouvez lui coller sur le front l’étiquette de votre choix."  

 

le--silence-ne-sera-qu-un-souvenir-02.jpg

 

Mikluš est donc le narrateur de cette histoire un peu déstabilisante dans ses premières pages mais très vite imposible à abandonner. Notre homme est mort et cette libération lui permet de se libérer du secret qu'il détient. Il s'adresse à la fois au lecteur et au journaliste. Il commence par évoquer sa communauté, les gamins de Supava qui font le singe devant les touristes pour récolter quelques sous, la défiance des gadjé qui les voit comme de "crasseux tsiganes et voleurs de poule".


" Le rom, il tient comme il peut, balloté d'un courant d'air à un autre, le vent s'engouffre partout où il pointe son nez. Il n'est attendu nulle part, vous le savez bien, on le refile à sn voisin ; à peine a-t-il posé sa famille qu'on le fait déguerpir, et on l'accuse de ne pas tenir en place. "

 

Il raconte leur tentative de les loger dans des immeubles les coupant de la Terre et de la collectivité amicale, de la stérilisation forcée des femmes, de l'école qui tente d'inculquer une autre culture aux petits roms. Il remonte l'histoire et parle de l'arrivée des nazis et de leurs méfaits sur les tsiganes : tontes, viols, raffles.

Et puis, à travers son récit, un petit garçon apparait par intermittence. Adam, dit le Petit, dit Dilino. Adam qui ne parle pas, qui n'a pas de famille, qui est le souffre-douleur des autres enfants, troublés par sa blondeur et par sa façon de trainer son violon envers et contre tout. On découvrira aussi Chnepki, désormais La vieille, à moitié folle.

 

le--silence-ne-sera-qu-un-souvenir-03.jpg Mikluš, bientôt, remonte l'origine du secret. Il raconte le drame de Chnepki qui lui fit perdre sa gaieté originelle puis l'arrivée de celui qui saura réouvrir ses barrières : Lubko, le vagabond violoniste qui lui donnera une jolie fille Maruska. Il raconte le destin qui s'acharne sur cette pauvre Chnepki, son homme qui s'enfuit avec sa fille pour la sauver de la folie de sa mère. Il raconte leur vie à deux, le travail du bois pour créer des marionnettes. Et le drame qui une fois de plus vient les toucher.

Mikluš raconte tout, il se vide de sa honte, de son immobilisme devant le petit Dilino dont il nous confiera l'origine. Un enfant qu'il n'a pas su protéger, aimer. Un enfant à qui il aura caché jusqu'à sa mort la tragédie qui conditionne son existence.

 

Vous l'aurez compris, ce roman fait le portrait d'une communauté défaite qui peine à survivre devant les soubresauts de l'histoire, la haine de ses voisins (sera évoquée les nouveaux cranes rasés qui errent dans cette Allemagne contemporaine), l'indifférence du monde devant les persécutions passées et non jugées (Nuremberg les a oublié...), tout comme les humiliations d'aujourd'hui. Mais c'est aussi le portrait d'un groupe qui vit au rythme des saisons, qui se refuse à toute porte entre les personnes, pour lesquelles l'entraide n'est pas un vain mot.


" Les portes étaient des intruses, (...) du silence et de la solitude qui nous empêchaient de respirer, et c'est justement de ça dont nous ne savions pas nous passer, la respiration de l'autre à proximité. "

 

C'est un peuple fier qui continue à vivre libre et à s'épanouir dans des travaux manuels et dans ces joyeuses orgies musicales où chacun s'oublie dans le flot des violons.

Le roman est aussi l'histoire d'une famille qui voit construire son histoire dans un drame perpétuel qui dépasse les générations. C'est l'histoire de ce petit Dilino et de ses ancêtres, bousculés par une vie faite de malheurs, d'intolérance et de misère.

 

Le silence ne sera qu'un souvenir est véritablement un roman magnifique que l'auteur a écrit dans une prose poétique qui reprend les lancinants sanglots du violon tsigane. Laurence Vilaine nous offre ici un condensé d'émotion qu'on penserait écrit par un tsigane lui-même tant cette communauté est si bien décrite et interprétée. Pour un premier roman, je le répète, c'est un coup de maître !

C'est une histoire à la fois dure et douce. Une histoire qui parle d'amour et de souffrance. Une histoire que personne ne pourra oublier après avoir tourné la dernière page de ce roman que vous devez ABSOLUMENT découvrir !

 

Mais " N'oubliez pas que les fins heureuses n'ont jamais été le fort des histoires tsiganes"...

 

Un grand merci à Gaïa d'avoir fait cette découverte !

 

D'autres avis :

Le très beau billet d'Actualitté -

 

Liens :

Fiche de l'éditeur où vous pouvez écouter un extrait du texte et une interview de l'auteur.

Photos : © Fab William alexander

 

 


 Titre : Le silence ne sera qu'un souvenir

Auteur : Laurence Vilaine

Editeur : Gaïa

Parution : Août 2011

    176 pages 

Prix : 17€


 

1% littéraire 2011

 

Un grand merci à Babelio et à son opération masse critique !

 

 


Par Choco - Publié dans : Littérature française - Communauté : La littérature au féminin
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Vendredi 21 octobre 2011 5 21 /10 /Oct /2011 07:00

tu verras 01

  "Tu verras". Une expression serinée par le narrateur mais qui parle pourtant d'un futur qui ne sera pas. Car contre toute attente, Clément est mort. Il avait 12 ans. Son père nous dit la douleur qui l'habite, ses regrets, son impossibilité à continuer quand ce qui donnait sens à sa vie disparaît. Divorcé, il vivait seul avec son fils qu'il ne savait pas toujours comprendre. Toujours prompt à le reprendre, à pointer du doigt ses défaillances, le père s'escrime désormais à retrouver ces petits riens, à replonger dans le flot de ses souvenirs, coupable de ne pas avoir assez montré son amour.

 

Malgré les apparences, Tu verras n'est pas un récit autobioraphique. L'auteur s'est juste appuyé sur une expérience personnelle où il a failli perdre son enfant, renversé par une voiture. Une expérience forte qui rejaillit dans ce roman poignant où l'auteur a mis toutes ses peurs et ses propres interrogations.

 

Ecrit à la première personne du singulier, Tu verras est conduit par le père, narrateur de sa propre vie, de ses propres sentiments. Dès les premières pages, le lecteur plonge dans la douleur qui l'habite. Aucun parent n'est prêt à perdre des enfants si jeunes et pourtant Colin doit faire face à cette absence. Chaque geste, chaque objet, chaque son est prétexte à le renvoyer à Clément : un emballage qui traîne dans la voiture, une musique qui passe à la radio,... 

Le quotidien n'est que douleur. La vie n'est que douleur. Une douleur et un vide constant que Colin tente de remplir à l'aide de ses souvenirs. Alternant entre le quotidien qui rattrape violemment le père et les souvenirs et anecdoctes filiales qui affluent, la narration nous plonge véritablement dans l'horreur du deuil.  

Nicolas Fargues traduit la torture de voir l'avenir de son fils s'effacer. Clément ne connaîtra pas l'amour, ni la joie des baisers, ni ces milliers de petites choses qui font les petits bonheurs d'une vie. Clément ne comprendra pas les fameux "Tu verras" quand tu seras plus grand de son père.

 

Mais au-delà de l'aspect émotionnel de la mort et du deuil, l'auteur se penche particulièrement sur le rôle d'un père, sur l'amour et l'éducation que nous donnons à nos enfants. Au fil des moments avec son fils qu'il se remémore, le narrateur s'interroge sur la manière dont il a élevé son fils, sur ses propres réactions, sur la vision idyllique que nous avons de la parentalité qui s'avère bien différente de la manière dont nous l'appliquons. Colin se montrait détaché vis à vis de son fils : il ne gardait pas ses dessins, ne le prenait jamais en photo. Il avait une attitude assez dure envers Clément qu'il n'hésitait pas à alourdir de sarcasmes pour mieux dénoncer cette façon ridicule qu'il avait de suivre ses copains, de s'habiller comme eux, d'écouter la même musique ridicule. Un père sans souplesse donc qui a, d'une certaine façon, oublié sa propre jeunesse.

Colin se sent coupable et ne s'épargne pas dans les descriptions. Il a oublié ses principes personnels, s'est compromis avec des femmes qu'il n'aimait finalement pas, incapable de donner la priorité à son fils. Il observe la société d'aujourd'hui avec ses nouveaux codes, ses familles recomposées, les jeunes amantes qui n'assument pas les enfants d'une première union, les pères qui tentent de rester jeunes et ne sont que des vieux cons dépassés par leur époque, et les enfants dans tout ça qui doivent faire avec et s'émancipent en secret du poids des parents.

 

Je n'avais jamais lu Nicolas Fargues. Je suis rentrée dans ce roman avec circonspection, sujette d'a-priori un peu "parisien". Et pourtant, ce roman m'a totalement emballé. Scotché même. L'auteur évoque avec une grande force et surtout avec justesse des sentiments pour lesquels le lecteur ne peut ressentir que de l'empathie. L'émotion est présente dans chaque ligne. On vibre à l'unisson du narrateur et on aimerait tant que sa douleur s'allège.

Je n'ai pas d'enfants et la perspective d'en avoir reste pour le moment très lointaine mais ce roman m'a totalement renvoyé à cette position. C'est quoi être parent ? Comment doit-on envisager le quotidien à leur côté ? Que voulons-nous transmettre à nos enfants ? Comment leur montrer notre amour tout en les éduquant de manière juste ? Des questions certainement universelles mais dont les réponses ne sont pas si évidentes. L'auteur ne donne pas de réponses : elles sont à trouver en chacun de nous.

 

Tu verras est une véritable plongée dans le gouffre du deuil, de toute la douleur dont on ne sait que faire. Une douleur qu'on peut choisir d'affronter ou pas. On peut décider d'arrêter notre propre vie, fuir dans des paradis artificiels pour mieux oublier ou partir à l'autre bout du monde comme Colin. Une fuite qui ne résoud rien mais permet peut-être d'avancer. Un peu.

C'est aussi un portrait sans concession des relations d'un père avec son fils, tous deux ancrés dans une époque qui les sépare malgré eux. En analysant la complexité des rapports avec ses conflits de générations, ses incompréhensions, ses silences, Fargues dénonce aussi le poids de la société d'aujourd'hui qui, avec ses conventions, ses évolutions, ses petites compromissions quotidiennes, finit par fausser les rapports entre personnes.

 

Tu verras est véritablement un roman très puissant qui parlera aux parents comme aux autres. Un roman bouleversant sans tabous, sans pathos dont je regretterais uniquement l'épisode final en Afrique qui ne m'a pas complètement convaincue. L'absence d'un véritable dénouement m' a laissé une impression un peu flottante et presque interrogative sur le sens à donner aux derniers faits.

Un bémol qui ne doit pourtant pas vous empêcher de plonger dans cette histoire !

  

Extraits :

 

" Aimer son enfant, est-ce aimer un autre que soi ou bien continuer de s'aimer soi-même, mais sans s'accabler de la mauvaise conscience d'être égoïste ? Peut-on vraiment parler de sens du sacrifice et de générosité lorsqu’il s’agit de donner aux siens ? "

 

" Cette impression que, quels que soient mes regrets et mes frustrations personnels, quels que soient mes rêves inaccomplis, c' était lui et personne d'autre qui donnait du sens et du goût à mes journées. Que je n'avais pas besoin d'aller chercher plus loin que lui pour me trouver moi-même que mon bonheur, comme on dit, c'était de le voir heureux."

 

 

D'autres avis :

Celui de La ruelle bleue qui retranscrit bien mieux que moi les sentiments de lecture ressentis - Livrogne -

 

 


Titre : Tu verras

Auteur : Nicolas Fargues

Editeur : POL

Parution : Janvier 2011

194 pages 

Prix : 15,50€


 

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Par Choco - Publié dans : Littérature française - Communauté : Salon Lecture
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