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Littérature irlandaise

Mardi 21 février 2012 2 21 /02 /Fév /2012 07:00

muse-01.jpgSi le dramaturge John millington Synge connaît une belle notoriété parmi les amateurs de littérature irlandaise, l'actrice Molly Allgood ne peut en dire autant parmi nos contemporains. Selon les voeux de Synge, ce couple de légende est resté dans l'ombre et Molly, terminera sa vie seule et sans le sou avant d'être internée en hôpital psychiatrique.

 

C'est d'ailleurs en 1950, à Londres, que nous retrouvons l'ancienne actrice. La belle a perdu de son lustre et c'est désormais une vieillarde qui traîne ses nippes dans les rues à la recherche de quelques sous. Une vieille femme donc, qui survit péniblement, en se réchauffant à coup d'alcool et de souvenirs. Car des souvenirs, Molly en possède de nombreux. Tous liés à son grand homme de théâtre à qui elle restera toujours fidèle même après avoir choisi de le quitter. L'histoire d'amour de toute une vie que Molly nous conte à sa façon dans ce roman qui s'appuie sur des faits réels.

 

Muse nous plonge donc dans les affres nostalgiques de Molly, suivant au gré de ses pensées des épisodes du passé. Se déroulant sur une journée à l'issue tragique, son parcours ne manquera pourtant pas de nous conduire à travers les époques.

Sans aucun ordre chronologique, nous allons découvrir les débuts de Molly, sa rencontre avec Synge qui signera le début d'une vie amoureuse compliquée par la trop grande pudeur de Synge, son désir de rester secret et de ne pas trop s'impliquer, pris par les affres de la création et trop tenu par une mère dominatrice. Molly, elle, respire l'insouciance, la liberté. Elle n'hésite pas à braver les traditions de la famille pour vivre comme elle l'entend. Issu d'un milieu populaire, elle découvre à ses côtés l'art, la littérature et tente de perdre son accent peu raffiné. On est le spectateur de leurs échanges épistolaires, riche de références intellectuelles et de petits mots passionnés.Il est protestant , elle est catholique et pourtant leur amour dépasse les clivages.

Au delà de leur histoire d'amour, on découvre aussi toute une époque, tout le milieu théâtral anglais qui vît les débuts de Synge et de Yeats, l'incompréhension du public, l'attachement de Synge envers les petits paysans qui va à l'encontre de son éducation.


Leur histoire tournera court et c'est la vieille Molly qui, en tant que dernier témoin, nous livrera son témoignage sur cette époque bénie. Le contraste est d'autant plus choquant que Molly vit désormais dans le dénuement le plus total, se nourissant de souvenirs faute d'aliments. Sa déchéance est poignante, tout comme sa fierté à vouloir sauver la face, envers et contre tout. Les allers-retour entre les époques perturbent quelque peu au départ, avant de nous embarquer dans un tournoiement de misère et de gloire. Synge n'est plus mais l'amour de Molly continue de flamboyer sous sa carapace décrépie, s'accrochant à quelques lettres comme à un trésor de grande valeur.

 

muse-02.jpg Molly Allgood, par Yeats - 1913

 

Formidable roman dont la très belle écriture nous interpelle dès les premières lignes ! La narration se fait à la deuxième personne et prend à partie à la fois le lecteur et Molly, comme une petite voix de la conscience qui admonesterait son enveloppe physique. Très écrit, dans une prose raffinée qui retranscrit bien les formes et l'ambiance de l'époque, Muse nous catapulte dans un Londres théâtral où les carrières se font et se défont au gré d'une opinion publique arrêtée et peu novatrice. Amour, solitude, difficulté de la création littéraire, théâtre, histoire irlandaise, ce roman d'inspiration historique et littéraire s'avère très dense et riche d'émotions. Suivant le parcours d'une jeune fille naïve qui deviendra néanmoins la muse d'un grand auteur, le lecteur ne peut que s'attacher au personnage et découvrir un aspect peut-être méconnu de l'auteur. Centré autour de Molly, le texte tend à mettre en avant celle qui fut toujours dans l'ombre tout en brillant sur les planches.

Muse est sans conteste un roman brillant qui fait la part belle à la finesse et transforme un amour à la fois passionné et douloureux en un petit bijou littéraire. Un superbe hommage à un dramaturge que, je dois le reconnaître, je ne connaissais pas vraiment.

 

Citations :

"Alors il marche, et il marche avec ses vieilles bottes abîmées, et elle marche à ses côtés, par temps de pluie ou de canicule. Ils sont presque toujours côte à côte, rarement face à face, et leurs empreintes sur la plage forment de gracieuses parallèle qui ne se rencontrent guère."

 

"J'imagine que quand on est vieux, les souvenirs sont comme des pierres, on pose toujours le pied sur cellesqu'on connait bien pour ne pas tomber."

 

 

muse-03.jpg

 

 

D'autres avis :

Yvon - La ruelle bleue - Lili galipette - Kathel - Lili - Chiffonnette -

 


Titre : Muse

  Auteur : Joseph O'Connor

Editeur : Phébus

Parution : Août 2011

    278 pages 

Prix : 19€


 

 

prix lectrices ELLE

 

 

 

 



Par Choco - Publié dans : Littérature irlandaise - Communauté : Salon Lecture
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Lundi 12 septembre 2011 1 12 /09 /Sep /2011 07:00

trois-lumieres-01.jpgNous sommes en Irlande, dans la campagne éloignée du Wexford. Une fillette est emmenée en voiture par son père chez des inconnus. On ne lui a rien dit : ni le pourquoi, ni la durée, ni qui sont ces gens qui vont l'accueillir. Les Kinsella sont un couple de fermiers sans enfants. C'est eux qui vont prendre en charge la petite fille. Cette dernière s'intègre facilement dans cette famille douce et tendre qui lui prodigue beaucoup d'attention. Une famille qui ressemble peu à la sienne, dépassée par le nombre d'enfants et d'argent, par le manque d'affection aussi. Une famille qui ne lui appartient pas mais qui, le temps d'un été, lui apprendra l'amour.

 

Ce petit roman est un bijou de finesse et douceur.

L'histoire tourne autour de cette petite fille dont nous ne connaîtrons pas le nom. Débarquée abruptement chez un couple inconnu, elle ne semble pas avoir eu une enfance sous le signe de l'a tendresse. Son père part sans lui dire au revoir et oublie même de lui laisser ses bagages. Sa mère, bien trop occupée par ses autres nombreux enfants dont celui qu'elle porte, se soucie peu de la revoir rapidement, soulignant que les Kinsella peuvent la garder autant qu'ils le souhaitent. Bref, notre héroïne semble un peu noyée dans la masse familiale. Mais chez les Kinsella, les choses vont s'avérer différentes. On lui porte attention, on l'écoute, on joue avec elle, on l'habille et on lui offre toutes ses attentions qu'elle n'avait jamais obtenues.


" Une grosse lune illumine la cour et sa blancheur nous accompagne sur le chemin puis sur la route. Kinsella prend ma main dans la sienne. Dès qu'il la prend, je me rends compte que mon père ne m'a absolument jamais tenu la main, et une partie de moi voudrait que Kinsella me lâche pour que je n'aie pas à éprouver cette sensation. C'est une sensation pénible mais progressivement je m'apaise et ne me préoccupe plus de la différence entre ma vie à la maison et la vie que j'ai ici. Kinsella fait de petits pas pour que nous avancions ensemble. Je pense à la femme de la chaumière, à sa façon de marcher et parler, et j'en conclus qu'il existe des différences énormes entre les gens."


Tout le récit est conté du point de vue de cette petite fille. La narratrice est assez silencieuse et peu expansive. Elle semble accepter les choses passivement sans jamais se rebeller. On découvre le regard innocent qu'elle porte sur le monde et ses différences, ses interrogations, ses peurs. Si elle s'adapte rapidement à l'univers de la ferme qu'elle connaît, elle apprend à s'attacher à ce couple qui semble si lisse, si aimant, sans défauts. Pourtant, elle soupçonnera des zones d'ombre qui n'enlèveront rien à l'affection qu'elle leur porte. Une affection dont elle a peu conscience peut-être, une affection qui se révélera avec force quand on la lui enlèvera.

 

trois-lumieres-03.jpg

 

Les trois lumières est véritablement envoutant par la délicatesse que l'auteur utilise pour évoquer avec pudeur les sentiments et sensations de ses personnages. Une petite fille mutique qui grandit et découvre le bonheur de l'attention et de la tendresse. Un couple fragile qui a un trop-plein d'amour et d'attention à offrir. La rencontre entre ces trois-là se fait douce et lente, et l'apprivoisement se fait avec pudeur et par une sucession de petits riens qui sont beaucoup.

 

Comme de nombreux lecteurs avant moi, je ne peux que vous recommander très chaudement de découvrir cette histoire extrêmement touchante qui, avec une économie de mots, réussit à nous emporter dans ses filets.

 

On regrettera juste le prix un peu élevé pour une édition si légère et une 4ème de couverture qui, une fois de plus, dévoile tout le contenu du roman...

 

Extraits :

 

" Une partie de moi voudrait que mon père me laisse là pendant qu'une autre partie voudrait qu'il me ramène, vers ce que je connais.Je suis dans une situation où je ne peux ni être ce que je suis toujours ni devenir ce que je pourrais être. " 

 

" Ses mains ressemblent aux mains de ma mère mais il y a autre chose en elles, une chose que je n'ai jamais sentie avant et pour laquelle je n'ai pas de nom. Les mots me manquent terriblement mais c'est un nouvel endroit, et des mots nouveaux sont nécessaires. "

 

" Tout, ce soir, semble étrange : marcher jusqu’à une mer qui est là depuis que le monde est monde, la voir et la sentir et la craindre dans la pénombre, écouter cet homme parler des chevaux en mer, parler de sa femme qui  fait confiance aux autres pour apprendre à qui ne pas faire confiance, des paroles qui m’échappent en partie, des paroles qui ne me sont peut-être même pas destinées.
Nous atteignons finalement un endroit où les rochers et les falaises s’avancent dans l’eau. Ici on ne peut pas aller plus loin, il faut donc rebrousser chemin. Peut-être que le retour donnera un sens à la promenade. Çà et là, des coquillages blancs et plats brillent, rejetés sur le sable. Je me baisse pour les ramasser. Je les sens lisses, propres et fragiles entre mes doigts. Nous tournons le long de la plage et continuons notre marche, avec l’impression de parcourir une distance plus grande que tout à l’heure avant de nous trouver bloqués, puis la lune se cache derrière un nuage sombre et nous ne voyons plus où nous allons."

 

D'autres avis :

 Leiloona  que je remercie ! - Keisha - Clara - Brize - Mélopée -Jérome -

 

 


Titre : Les trois lumières

Auteur : Claire Keegan

Editeur : Sabine Wespieser

Parution : Avril 2011

  100 pages

Prix : 14€

 


prix lectrices ELLE

Par Choco - Publié dans : Littérature irlandaise - Communauté : La littérature au féminin
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Mardi 23 août 2011 2 23 /08 /Août /2011 16:40

cette-main-qui-a-pris-la-mienne-01.jpgMilieu des années 50. Alexandra, 21 ans, ne rêve que d'une chose : quitter sa campagne du Devon insipide et les récriminations maternelles pour aller à Londres. Elle croise par hasard, un jeune londonien en panne, Innes Kent qui bientôt lui ouvrira les portes de la  vie londonienne. En effet, nous retrouvons la jeune femme quelques mois plus tard dans la capitale et c'est Innes, charmé par Lexie (comme il l'a surnomme) qui va l'initier à la vie moderne. Rédacteur en chef d'une revue d'art, il va l'embaucher comme secrétaire, lui apprendre le journalisme. Devenue son amante, Lexie prend son envol mais c'est sans compter les hasards malheureux de la vie...

Parallèlement à l'histoire de Lexie et 40 ans plus tard, nous découvrons le nouveau quotidien d'Elina. Elle vient d'accoucher dans des circonstances difficiles et semble totalement perdue devant cette maternité qu'elle ne comprend pas totalement. Ted, son mari, est sujet à d'étranges réminiscences ou absences qui perturbent de plus en plus sa vie de famille. N'ayant aucun souvenir de ses années précédant ses 9 ans, sa nouvelle paternité le renvoie à ses propres parents et réactive des souvenirs perdus.

Les 2 histoires sont bien évidemment liées mais ce n'est qu'à la fin de l'ouvrage que le lecteur découvrira ce qu'il en est réellement.

 

Après la lecture de 2 précédents romans de Maggie O'Farrell ( La distance entre nous ; La disparition d'Esme Lennox), ce nouvel opus m'a séduit tout autant même s'il n'en devient pas mon préféré.

On retrouve ici le type de construction qu'elle aime employer : 2 narrations différentes qui finissent par se recouper d'une manière ou d'une autre.

Nous suivons ici 2 parcours à 50 ans de distance. Lexie personnifie la jeune femme qui s'émancipe en faisant fi des règles de l'époque. Elle vit avec un homme marié, plus âgé que lui qui plus est, fait un enfant presque toute seule et l'assume avec force et courage. J'ai aimé cette figure maternelle qui fait preuve de combativité et ne s'en laisse pas compter. La relation qu'elle noue avec son enfant est forte et semble même l'aider à se dépasser.

Bien plus tard, c'est au tour d'Elina d'être mère. Artiste peintre, son accouchement et la mort vue de près l'a complètement déstabilisée. Son attitude envers le bébé nous fait craindre le pire. On découvre à travers elle la naissance du sentiment maternel, la difficulté d'y faire face mais aussi les petits bonheurs qu'une naissance offre. Alors qu'elle reprend pied pourtant, c'est son mari qui commence à réagir étrangement. Un drame se prépare mais sûrement pas celui auquel on s'attendait.


Tout l'art de l'auteur est là : la manière dont elle alterne les 2 intrigues et provoque chez le lecteur l'attente du petit détail qui nous permettra de comprendre le lien.  Si on connaît assez rapidement le sort de Lexie qu'elle révèle en avance, O' Farrell prend son temps pour fusionner les différents destins de ses personnages et se plaît à décrire avec force détail leur destinée. Mais loin de faire traîner en longueur son roman, elle nous raconte avec beaucoup de sensibilité leur vie, leurs attentes, leurs espoirs et leurs déceptions. On se passionne pour chacun, on les voit grandir, mûrir, apprendre à être mère ou père.

Une fois de plus, c'est encore une histoire de secret de famille et de non-dits qui bouleversera les vies de chacun. Pour ma part, la révélation finale qu'on finit par soupçonner a réussi à me surprendre et m'a laissé la gorge bien serrée devant l'émotion du personnage.

 

Si je n'ai pas eu de coup de coeur, j'ai pris beaucoup de plaisir à la lecture de ce roman qui prend son temps pour raconter les destins de plusieurs femmes, pour évoquer à des époques différentes les questionnements de la filiation et de la transmission. On pourra même y trouver une évocation lointaine de la création et de l'artiste, avec le personnage d'Elina. Son écriture est toujours fluide et se laisse aborder sans difficultés. On regrettera peut-être un petit manque d'originalité et on pourrait lui reprocher de ne pas se renouveler dans la construction de ses textes. Néanmoins, Cette main qui a pris la mienne vaut d'être découvert tant pour l'émotion qui en ressort que pour la belle analyse de la maternité et de la paternité.

 

 

D'autres avis :

Cathulu - Ys - Antigone - Clara - Aifelle - Mélopée - Leiloona -

 

 

Titre : Cette main qui a pris la mienne

Auteur : Maggie O'Farrell

Editeur : Belfond

Parution :Avril 2011

Pages : 418

Prix : 21,50€


 

prix lectrices ELLE

Par Choco - Publié dans : Littérature irlandaise - Communauté : La littérature au féminin
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Lundi 21 février 2011 1 21 /02 /Fév /2011 08:00

 

distance entre nous 01

 

Auteur : Maggie O'Farrell

Editions :

Belfond - Septembre 2005 - 370 pages - 20€

10/18 - Avril 2008 - 370 pages - 7,90€

 

 

Jake est un jeune homme qui vit à Hong Kong. Adolescente, sa mère a abandonné sa famille britannique pour courir les chemins avec son petit ami. Le petit ami est parti et Jake est né à Hong Kong, de père inconnu. Bien dans ses baskets, Jake aime sa ville où il est parfaitement à l'aise. Complètement bilingue, il travaille comme assistant pour des réalisateurs de films. Depuis 2 mois, il sort avec Mel mais rien de bien sérieux. Le soir du Nouvel an chinois, Jake sort faire la fête avec Mel et Lucy, une de ses amies. Pris dans un mouvement de foule, la situation dégénère. Lucy décède, Mel est dans un état critique en réanimation mais Jake réussit à s'en sortir. Alors que Mel est susceptible de ne pas passer la nuit, elle implore Jake : " Je ne veux pas mourir... sans t'avoir épousé". Jake cède et un prêtre vient les marier sur le lit d'hôpital. Sauf que Mel survit et que Jake se retrouve attaché bien malgré lui à cette femme qu'il n'aime pas et obligé de l'accompagner en Grande-Bretagne, chez ses parents, pour sa convalescence...

 

Stella est une jeune londonienne issue d'un couple italo-écossais. Elle a une grande soeur, Nina, avec qui elle a une relation très fusionnelle. Mais Stella cache au fond d'elle de gros traumatismes qui l'empêche de vivre sereinement. Un jour, un inconnu croisé par hasard réveille ses pires peurs. La jeune femme s'enfuit sans prévenir en Ecosse où elle devient un peu par hasard hotesse d'accueuil dans une belle maison d'hôtes.

 

Vous vous en doutez, ces deux-là vont finir par se rencontrer. Mais sauront-ils dépasser la distance qui les sépare ?

 

"La distance entre nous" est le troisième roman de Maggie O'Farrell, celui qui précède " L'étrange disparition d'Esmé Lennox".

Ce qui marque tout d'abord, c'est la construction particulière du récit. En effet, l'auteur alterne les deux destins de façon régulière. On passe très souvent de Jake à Stella, puis par la suite à leurs parents même. L'alternance des personnages et des époques permet au lecteur de découvrir l'histoire de chacun, celle de leur famille et d'instaurer une attente chez le lecteur. L'intrigue découpée peu paraitre un peu déstabilisante au début mais on finit par s'y habituer. Les personnages secondaires en gagnent d'autant plus de consistance que l'auteur s'attarde sur leur histoire.

Jake et Stella sont tous les deux des personnages torturés. Jake est prisonnier d'une relation qu'il n'assume guère et ne trouve pas la force de quitter Mel qui se remet péniblement de son accident. Alors que les beaux-parents commencent à parler de mariage plus "officiel", Jake décide de prendre le large pour un temps et d'aller en Ecosse sur les traces de son père inconnu. Stella, elle, n'assume pas plus sa vie, extrêmement lié (trop ?) à sa soeur et à un évènement du passé que nous découvrirons petit à petit. Sa relation avec Nina semble l'étouffer tout en lui étant indispensable.

La rencontre entre Jake et Stella se fait assez tardivement dans le livre. Le caractère des héros est donc suffisamment fouillé quand ils se croisent et permet d'aprécier d'autant plus l'évolution de leur psychologie. Questionnements, peurs, souffrances les accableront et chacun réagira à sa manière en fonction de l'autre.

 

"La distance entre nous" se révèle un roman intéressant qui mélange psychologie et histoire d'amour. Les amateurs de romantisme seront servis. Certains trouveront ça trop dégoulinant, d'autres que le roman vaut pour l'étude des personnages et de leur famille. Pour ma part, sans avoir eu un coup de coeur, j'ai aimé cette histoire qui nous rappelle que les belles histoires d'amour sont encore possibles et que parfois le hasard fait bien les choses, tout comme l'espoir et la persévérance. 

 

Extrait :

 

" Hong Kong évoque souvent à Jake une sorte de déversoir de l'Europe. Les gens qui y viennent ont quitté leur pays et leur famille pour une raison qu'ils tiennent généralement secrète. Ils en sont arrivés à des stades divers de séparation ou de fuite, à moins qu'ils ne soient à la recherche d'un élément insaisissable susceptible de parfaire leur personnalité. Du moins espèrent-ils que leur sentiment de manque ne les poursuivra pas de l'autre côté de l'océan. A condition de s'éloigner suffisamment, on peut réussir à se fuir soi-même. "

 


 


Par Choco - Publié dans : Littérature irlandaise
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Jeudi 3 février 2011 4 03 /02 /Fév /2011 08:00

 

brooklyn-01.jpg

 

Auteur : Colm Toibin

Editeur : Robert Laffont, pavillons

Date de parution : Janvier 2011

Prix : 20 €

  314 pages

 

 

Eilis est une jeune irlandaise qui vit avec sa mère et sa soeur Rose à Enniscorthy. Son père est mort, ses frères sont partis travailler en Angleterre, il ne reste qu'elles pour s'occuper de leur mère. Rose est la seule à ramener un peu d'argent tandis que Eilis peine à trouver du travail. Jusqu'au jour où le père Flood, pasteur irlandais vivant à Brooklin aux Etats-unis, prend en main le destin de la jeune fille. Sans qu'elle comprenne bien comment, Eilis se retrouve envoyée aux Etats-unis, par sa mère et sa soeur qui lui espèrent un meilleur avenir en dépit du sacrifice de la séparation.

Eilis se retrouve employée comme vendeuse dans un magasin de vêtements et vit dans une petite pension de famille. La vie n'est pas très drôle, se partageant entre le travail et ses cours du soir en comptabilité. Sa seule distraction : les bals de la paroisse où se pressent les jeunes gens. Elle y rencontrera Tony, un jeune italien très amoureux.

Un évènement vient pourtant tout bouleverser et peut-être remettre en cause l'avenir qui lui était tracé...

 

brooklyn-02.jpg

Chateau d'Enniscorthy - Irlande


 

Nous sommes dans les années 50 et la vie n'est pas simple pour les jeunes filles d'alors. Le chômage est important, les perspectives d'avenir peu reluisantes. Nombreux sont ceux qui passent les frontières irlandaises pour aller chercher fortune plus loin. Les moeurs et le statut de la femme ne sont pas encore franchement libérés. Le départ d'Eilis pour l'Amérique est vu comme une chance.

Son intégration ne se fait pas sans heurts. Tout en découvrant un nouvel espace de liberté, la jeune femme a le mal du pays. Son travail est peu épanouissant et ses colocataires un peu grinçantes. 


A travers l'histoire de cet exil volontaire, l'auteur nous fait le portrait de toute une époque : misère, immigration, développement économique, communauté noire qui prend de l'importance, ...

Les choses se passent différemment selon que l'on soit en Amérique ou en Irlande. On pourrait presque y voir un portrait croisé de ces 2 pays. Alors que l'Amérique prend son envol économique, l'Irlande semble encore englué dans ses traditions et sa misère.

 

Tout le roman se fait autour d'Eilis. Le récit donne une description très minutieuse de ces faits et gestes, de son arrivée, de son emploi du temps. Une précision qui rend, hélas, le texte quelque peu ennuyeux. Il ne se passe rien de notable dans la vie de notre irlandaise, tout est très long et monotone. Eilis semble faire tout ce qu'on attend d'elle et peu de choses viennent pimenter sa vie toute tracée.

Et c'est là où le bât blesse pour moi... J'ai trouvé l'héroine insupportable...

Loin d'être à l'image d'une jeune femme qui prend en main son destin, Ellis se veut le parfait modèle d'existence de la bonne et gentille femme, celle qui travaille mais pas trop, celle qui soutiendra son mari et lui fera de beaux bébés. Même si parfois, elle se permet quelques aspirations plus personnelles, elle s'en tient finalement à ce qu'on attend d'elle. Ses questionnements, s'ils sont évoqués, ne sont pas assez détaillés et approfondis, eux, pour le coup

Sans dévoiler la fin, je dois même dire que j'ai excécré la façon dont elle se fait manipuler par sa famille et ses proches. La chute du récit est à son image : elle laisse l'impression d'une femme qui n'assume pas ses choix et reste dans l'incertitude de ce qu'elle veut réellement.

 

Bref, sans avoir détesté, ce fut une déception donc... et je semble être la seule fausse note pour le moment...

 

Les avis tous beaucoup plus positifs de : Amanda, Kathel, Manu, Cuné,

 

brooklyn-04.jpgLe pont de Brooklin - Edouard Boubat

 

 

 

logotwitter2.jpg

 

Merci à BOB et à Robert Laffont pour ce partenariat.



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Humeur

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