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Littérature de voyage

Jeudi 22 mars 2012 4 22 /03 /Mars /2012 23:00

 

Ces derniers temps, le Japon a le vent en poupe !

Ces derniers mois, sont sortis plusieurs ouvrages relatant de séjours japonais d'auteurs et artistes variés.

Je vous propose de les découvrir !

 

 

 

voyage au japon t1 01Voyage au Japon, tome 1 : Tokyo

 

Sandrine et Rémy ont réalisés leur rêve. A l'occasion de leur voyage de noces, ils ont pu partir au Japon. De leur séjour, ils ont ramenés l'envie de partager leur expérience. Un carnet de voyage personnel qui n'a pas vocation à vous montrer les lieux "qu'il faut faire" mais plutôt à vous donner un ressenti, des impressions, des émotions face à un lieu rêvé. 

Essentiellement dessiné, ce carnet au format à l'italienne fait la part belle aux aquarelles qui n'hésitent pas à s'étaler en de superbes doubles pages. A la suite du couple, le lecteur plonge dans un univers contrasté entre petites échoppes traditionnelles, rues étroites garnies de feuillage et quartier technologique aux enseignes clignotantes. Leur déambulation à travers Tokyo se visualise à l'aide d'un plan de métro qui renvoit aux lieux dessinés. Les commentaires écrits soit l'un ou l'autre sont permettent d'apréhender la surprise, la joie, la déception parfois de la découverte d'une ville inconnue. On note d'ailleurs que l'ouvrage est bilingue, permettant ainsi aux lecteurs japonais de découvrir l'oeil des étrangers sur leur pays. 

Un bel ouvrage donc qui, sans prétention aucune, offre une belle part de dépaysement et s'apprécie essentiellement pour la qualité des illustrations qui permettent à chacun d'ouvrir sa propre fenêtre japonaise et de se projeter dans un voyage futur ! (qui sait !?)

 

Liens :

Interview des auteurs.

 

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Titre : Voyage au Japon, tome 1 : Tokyo

Auteur : Rému Maynègre et Sandrine Garcia

Editeur : Ankama

Parution : Février 2012

    160 pages 

Prix : 25,90€


 

 

 

 

petite épopée nippone 01Petite épopée nippone :

 

Le dessinateur Philippe Buchet, compagnon de route de Morvan dont on connaît le goût pour le Japon, a passé de nombreux mois au Japon. Entre 2003 et 2005, il y a effectué plusieurs voyages dont il ramena plusieurs carnets de croquis. Petite épopée nippone, préfacé par Taniguchi, rassemble quelques un de ces dessins. Réalisés sur du papier à dessin beige que l'auteur affectionne particulièrement, ils sont particulièrement mis en valeur dans ce bel ouvrage à la couverture cousue et au sobre emboitement cartonné qui rappelle le drapeau japonais. Vous y découvrirez des croquis très aboutis de paysages, des détails joliment mis en valeur. Buchet y ajoute quelques légendes explicatives. Dans les marges, l'auteur présente aussi régulièrement des petits strips où il se met en scène, à la manière des mangakas qui n'hésitent pas à apporter une touche personnelle, vivante et humoristique de leur quotidien.

Bref, cette petite épopée ravira les amateurs de Japon et les adeptes de Buchet !

 

A noter : 1€ est reversé au Secours populaire pour les sinistrés du Japon à chaque album acheté.

 

 

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Titre : Petite épopée nippone

Auteur : Philippe Buchet

Editeur : Kana

Parution : Novembre 2011

    76 pages 

Prix : 15€


 

 

 

Carnets de Kyoto :

 

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En 2008, le dessinateur Nicolas de Crecy bénéficie d'une résidence d'artiste à Kyoto. Ce carnet est le résultat de quelques mois de séjour.

Une introduction de l'auteur, agrémentée de quelques photos, présente tout d'abord les circonstances de son séjour et la raison de ce carnet. S'ensuivent ensuite les magnifiques dessins qui donnent à voir la réalité de l'artiste. On reconnaît la patte de l'auteur et on retrouve la méticulosité de ses illustrations. Visages souriants, paysages urbains, animaux mythiques s'épanouissent sous le crayon de l'artiste aux couleurs éteintes.

Si ce carnet est un peu moins accessible que les 2 premiers, il donne à voir pourtant la qualité du dessinateur, oscillant entre réalité et Japon fantasmé.

 

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Titre : Carnets de Kyoto

Auteur : Nicolas de Crecy

Editeur : Editions du Chêne

Parution : Mars 2012

    160 pages 

Prix : 35,90€


 

Challenge Dragon de Feu

 

10 jours japonais


 Les 10 jours japonais

Jour 3

 

Au programme, aujourd"hui :

 

 

- Jérome s'adresse à la jeunesse avec La maison en petits cubes

- Tiphanya voyage avec Japon, itinéraires de voyageurs

- Ankya a lu Hamaguri, de Shimazaki

- Unchocolatdans mon roman présente le manga Oishinbo

- Emmyne nous parle du conte Ce qui arriva à monsieur et madame Kintaro

- Soukee a lu La brokante Nakano

- Catherine est allée voir du côté des chats

 


Par Choco - Publié dans : Littérature de voyage - Communauté : Littérature et voyages
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Lundi 21 novembre 2011 1 21 /11 /Nov /2011 07:00

Vladivostok 01Après avoir pas mal voyagé dans le monde, Cédric Gras, jeune géographe français, se voit confier la mission de créer une alliance française à Vladivostok. S'il a déjà séjourné en Russie, le jeune homme ne connaît pas le côté extrême-oriental du pays. C'est avec grande surprise que la ville se révèle à lui. A travers les saisons, l'auteur va s'atteler à nous faire découvrir une ville et une région dont on ignore tout et réussir à décortiquer l'âme russe dans laquelle il se retrouve tant.

 

Parti pour un an d'expatriation, Cédric Gras restera finalement 3 ans dans cette ville qui lui fit pourtant une si mauvaise impression à son arrivée. Vladivostok est une ville russe que 9000 kms séparent pourtant de la capitale. Coincée sur une péninsule à l'extrême sud du pays, la ville est plus proche de la Chine, de la Corée du Nord et du Japon que de Moscou. Port de pêche important de la région, elle interagit régulièrement avec ses plus proches voisins avec qui elle fait commerce.

Contrairement à l'idée que nous nous faisons tous certainement, la région ne ressemble pas à la froide Sibérie et bénéficie d'un climat temperé qui alterne entre hiver enneigé et un été pluvieux de mousson.

L'auteur arrive au printemps, au terme d'un voyage en Transsibérien et commencera son récit par cette saison qui peine à soulever l'enthousiasme. La ville a l'apparence d'un "marais à l'eau salé et à l'air vicié" et la mer pourtant toute proche se laisse à peine sentir. Pourtant, Cédric Gras ressentira cette ville comme une évidence et l'étrange sentiment d'arriver dans un endroit familier.

 

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A travers les saisons donc, le français détaille les particularités d'une ville et d'une région à cheval entre occident russe et Asie. Une région méconnue que ses habitants cherchent à fuir pour un eldorado moscovite ou étranger. Pour mieux y revenir parfois. Il évoque les difficultés économiques d'une région oubliée par le pouvoir central, l'architecture communiste qui enlaidit le paysage, les produits manufacturés chinois qui remplacent la production russe trop lointain et peu accessible, le manque de transports qui oblige chacun à patauger dans la neige boueuse l'hiver, Noël et les voeux de bonne année enregistrés du président qui sont diffusés en domino au gré des fuseaux horaires de la vaste Russie, les particularismes religieux,  etc...

L'auteur adopte un regard d'ethnologue et nous donne à voir avec un exotisme surprenant une ville insoupçonnée. Loin d'avoir une vision pessimiste d'une région quelque peu sinistrée, Il réussit à aborder de manière positive de cette ville qu'il a adopté avec beaucoup de coeur.

 

" Vraiment, je ne sais pas pourquoi j'aime la Russie. Je l'ai découverte par hasard. Un peu par hasard et elle s'est imposée. Je cherchais une terre d'asile, de nouveaux horizons. Je voulais aussi cultiver une certaine manière de vivre, généreuse et un peu triste. Je voulais l'immense, le froid, le farouche et le grand. "

 

Mais au-delà de la ville, Cédric Gras parle aussi avec beaucoup de chaleur des hommes qui l'habitent. Il pointe du doigt leurs difficultés et le souhait de fuir une ville si grise. Il met en lumière les relations entre les hommes et les femmes russes. Ces dernières, toutes en féminité malgré le froid, prennent plaisir à jouer les indifférentes, les froides beautés, s'attachant au statut et au confort que l'homme pourrait leur amener.

 

"Elles sont belles tous les jours, sans faute, sans exception."

 

C'est que la vie est dure et que l'amour parfois vient en second. Le français découvre l'amour à la russe, il réapprend des codes chevaleresques oubliés par chez nous : raccompagner une femme jusqu'à chez elle, offrir des fleurs par pur plaisir, faire la cour mais sans jamais rien attendre en retour et ne même pas s'étonner de l'absence d'un simple sourire. Attendre les beaux jours pour se séparer et éviter ainsi les déménagements pénibles de la saison glaciale. Supporter les séparations à longue distance et s'aimer à travers les années, ou alors s'oublier doucement et faire la cour à une autre.

 

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Loin d'être un récit de voyage au sens classique du terme, Vladisvostok est surtout le portrait honnête et tendre d'une ville, victime d'un imaginaire faux et/ou tronqué, qui cherche son identité entre l'austérité russe et la profusion asiatique. Cédric Gras restitue ainsi les 2 faces d'une ville, à la fois difficile et pourtant aimante, et ne tente pas d'enjoliver son propos. Repoussante et séduisante dans un même élan, Vladivostok a su excercer sur notre expatrié une fascination qu'il transmet au lecteur avec beaucoup de tendresse.

Si l'auteur ne parle qu'à peine de lui et de son emploi, il transmet malgré tout la relation qu'il a noué avec cette ville et ses habitants, et surtout la manière dont cette rencontre l'a grandit et l'a renvoyé à lui-même.

 

"Ce que j'aime dans la Russie, c'est qu'elle m'a rendu à l'Europe. J'ai détesté ce continent pour fuir sur tous les autres. Je trouvais chez nous que l'Europe n'avait plus de caractère, plus d'identité, plus de force. Or tout cela est encore bien vivant à l'Est."

 

Il n'hésite pas, au cours de la narration, à évoquer avec force citation les nombreux auteurs qui l'ont précédés sur les terres russes. Et la culture française continue de bénéficier d'un certain prestige que les élèves savent restituer avec facilité alors que leurs homologues français en sont paradoxalement incapables.

Il fait preuve aussi d'humour et relève avec amusement certaines différences culturelles qui l'étonne.

 

" Le kitch est de retour là où l'argent a fait défaut pendant trop longtemps, porté par tous les nouveaux riches de tous les nouveaux mondes. En chine comme en Russie les intérieurs des puissants sont des horreurs commandées à grands frais à des décorateurs italiens sans scrupule. Une recherche d'appartement à Vladivostok peut donner de doubles crises cardiaques : à la vue du loyer et à celle de l'intérieur."

 

Cédric Gras repartira plus riche de son séjour, prêt à se "replanter" ailleurs. Et le lecteur de son côté, pourra se laisser aller à un certain fantasme russe d'extrême-orient...


"Quand vous quittez Vladivostok, c'est toute une valse de mots dont vous ne saisissez peut-être pas bien le sens qui revient composer une poésie nommée mélancolie. J'en ai fait l'expérience. Pendant ces mois j'ai fait de cette ville la mienne. Il faut s'ennuyer de longues heures dans un endroit, à en fouiller tous les recoins, pour pouvoir affirmer que c'est chez vous. (...). Après toutes ces saisons, Vladivostok, c'était ma ville ! Et c'est tout un vocabulaire." 

 

Sylvain Tesson qui offre à ce récit une très belle préface n'hésite pas à écrire qu'il s'agit du "plus beau salut que j'ai lu depuis des années à cette Russie qui nous aimante. " On ne peut que lui donner raison, tant Vladisvostok est une déclaration d'amour formidablement écrite !

 

 

D'autres avis :

Ecrivains et voyageurs -

 

 


 Titre : Vladivostok, neiges et moussons

Auteur : Cédric Gras

Editeur : Phébus

Parution : Avril 2011

    196 pages 

Prix : 17€ 


 

challenge récit de voyage

Par Choco - Publié dans : Littérature de voyage - Communauté : Littérature et voyages
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Lundi 5 septembre 2011 1 05 /09 /Sep /2011 07:00

chroniques-de-l-occident-nomade-01.jpeg Aude Seigne est une jeune auteur de 25 ans qui, avec ces Chroniques de l'Occident nomade (excepté un recueil de poèmes) signe son premier livre chez le petit éditeur suisse Paulette. Un ouvrage couronné cette année à Saint-Malo par le prix Nicolas Bouvier.

 

Dès l'age de 15 ans, Aude Seigne a parcouru le globe, se libérant plusieurs mois par an pour voyager.

Les chroniques qu'elle nous propose ici ne sont pas du tout un récit de voyage classique. L'auteur s'amuse ici à jeter, selon son inspiration, différentes anecdoctes de voyage, des réflexions sur le nomadisme, sur la philosophie du voyage,...

 

Elle résume elle-même assez bien son projet :


"Les Chroniques de l'Occident nomade sont des textes courts, qui résultent de plusieurs voyages faits en Europe, en Inde, en Australie, en Syrie ou au Burkina Faso. Mais la mémoire ne présente pas ces voyages de manière linéaire; elle rapproche certains instants séparés par plusieurs années et par plusieurs milliers de kilomètres, elle mêle les voyages entre eux, y ajoute des rencontres, des réflexions, des critiques. L'écriture des Chroniques de l'Occident nomade mime cette libre association d'idées. Et puis il y a la poésie. Ces chroniques tentent de se détacher du regard ethnographique, "forme d'expiation de l'Occident" selon Lévi-Strauss. Il ne s'agit plus de décrire des peuples, de les comprendre, de se comprendre, d'en extraire une théorie du bon voyageur. Il existe désormais un Occident nomade, pour qui prime l'abandon vers l'ailleurs, le désir de vide, la pure liberté. Et nous verrons ce que cela donne".

 

Loin d'être un texte foutraque sans queue ni tête, Aude Seigne réunit différentes expériences de voyage enchroniques de l'occident nomade 02 rapprochant des émotions, des sentiments. Des gens même. En effet, la voyageuse n'hésite pas à évoquer avec une grande liberté de ton les nombreux amants qui ont émaillés ses chemins, traçant ainsi aussi une géographie amoureuse qui peut laisser rêveur.


"J'avais toujours pensé que je voyagerais toute ma vie, que j'aurais des amants aux quatre coins du monde, et que cela me conviendrait très bien."

 

Elle réussit à transcrire avec bonheur son émerveillement devant des villes désertées, des atmosphères crépusculaires, ...

 

" Arriver dans une nouvelle ville un dimanche, c’est en quelque sorte voir la ville comme un fantôme, la contempler dans sa nudité, son dépouillement, comme on traverserait un décor de cinéma avant que les acteurs y jouent, Là aussi la récurrence fait son travail signifiant. Je suis arrivée à Kiev, à Eger, à Trieste des dimanches. Toujours cette même peur un peu vaine, la respiration retenue. L’impression d’ête tout entière un œil écarquillé. La sensation de ne pas être encore là, et qu’on sera miraculeusement là quand le lundi commencera. L’illusion si forte que chaque geste, même accompli pour la première fois, pourrait être une habitude. Un dimanche matin dans les rues d’Urbino. Pourquoi étais-je venue à Urbino ? Pour une raison obscure... "

 

" À Cracovie, j’étais arrivée à l’aube. J’avais marché une heure dans des rues froides, grises et brumeuses, c’est-à-dire parfaites car c’était exactement ainsi que je m’imaginais une ville polonaise. Plusieurs heure splus tard, lorsque je connaissais déjà la ville à vide, une boulangerioe bénie servait des pâtisseries feuilletées en forme d’étoile de David. J’avais marché tout le dimanche, j’avais connu une véritable hustoire d’amour avec Cracovie vide, grise et froide tout un dimanche. J’étais entrée dans cette librairie d’occasion comme un point d’éternité. La vie superbe. L’instant était là, parfait, uni, tremblant. "

 

chroniques-de-l-occident-nomade-03.jpeg Elle évoque les auteurs qu'elle embarque dans ses bagages (Flaubert, Dostoïevski) et offre de nombreuses citations voyageuses, de Bouvier, Rimbaud, et d'autres encore.

Elle s'interroge sur l'écriture qui a partie liée avec le voyage.

Elle expose sa peur de l'immobilisme et la façon dont il lui faut apprendre à apprivoiser la sédentarisation. Car au bout de 8 ans de crapahutage, Aude doit se poser pour souffler et mieux repartir.


"Je me suis arrêtée. J’ai réfléchi. J’ai vécu le vide et je me suis forcée à prendre plaisir à ce vide."

 

 

Ses chroniques nomades s'avèrent finalement un très beau texte sur le nomadisme d'aujourd'hui, sur les errances d'une jeune femme à travers le monde et les émotions qu'il offre, qu'elles soient amoureuses ou géographiques.

 

" Comment aller à la rencontre de l’autre ? C’est la question de l’amour, de l’amitié, c’est aussi la question des voyages. Et parfois la réponse est décevante."

 

Une jeune auteur à découvrir et qui devrait nous offrir des textes encore plus aboutis par la suite !

 

 

Extraits :

(car décidement, les extraits ont la part belle pour ce livre !)

 

«Comment cela a-t-il commencé au juste ? Pourquoi ce mouvement tout à coup, ces ailleurs, ces hommes ? Est-ce que j’écris sur les voyages ? Est-ce que j’écris sur l’amour ? Difficile à dire. Au début, je vois un ferry qui arrive en Grèce un matin de juillet. J’ai 15 ans. Je me couche un soir sur le pont à Brindisi. J’ai 15 ans. Je vois mes compagnons de voyage dérouler un fin matelas de camping sur le pont crasseux. Il n’y a pas un mètre carré de libre, il faut enjamber ces îles humaines comme on traverserait une rivière au lit peu marqué. J’entends d’ici la réaction petite bourgeoise qui crie en moi. Mais on ne va pas dormir ici quand même ? Je me réveille plus tôt que je ne le fais jamais par moi-même parce que j’étouffe de chaleur. Il à peine 7 heures mais le soleil semble déjà se diriger vers nous de tous les horizons à la fois. »

 

“J’aime le mot ravissement. Je n’aime pas sa sonorité, son côté rêche et benêt, son étendue. Mais j’aime sa double acception: ravi du temps, enlevé à l’instant présent, et par voie de fait ravi, heureux, ébaubi de beauté. “Le jeu nous ravit” avait dit un professeur de philosophie aux mains maigres, et il m’avait ainsi fait éprouver pour la première fois l’étrange polysémie du terme. Il y a ici quelque chose de l’ordre de Rimbaud, de Dante, de Claudel, quelque chose de la beauté par l’absence. Et une des manières de rapprocher la lecture du voyage est encore cette absence. (..) Et Dostoïevski, justement, me ravit. Je lis L’Idiot à Ouagadougou et l’idiot ne me rend pas heureuse mais me sort du temps où je vis. Dans le silence vertical de la rue ouagalaise aux heures brûlantes, je vois s’élever une datcha, des calèches, des duvets de neige. D’élégantes dames très pâles se promènent dans leurs manteaux de fourrure au milieu des mamas noires suantes et colorées. Les jeunes hommes russes déchaînent leurs passions vers de jeunes Africaines aux courbes suaves. En vérité, les passions qu’on n’a pas la force d’exprimer ici, le bouillonnement intérieur qu’on tait faute d’air, faute d’espace, semble vivre chez ces quelques têtes brûlées, chez ces Slaves blancs lointains de papier. Je suis enlevée à moi-même. Ravie mais pas enchantée.”

 

Liens :

Interview d'Aude Seigne

Site de l'auteur.

 

 


Titre : Chroniques d'un occident nomade

Auteur : Aude Seigne

Editeur : Paulette

Parution : Juin 2011

  136 pages

Prix : 16€

 


challenge récit de voyage

Par Choco - Publié dans : Littérature de voyage - Communauté : La littérature au féminin
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Mercredi 18 mai 2011 3 18 /05 /Mai /2011 07:00

 

Chant des pistes 01

 

  

 Auteur : Bruce Chatwin

1ère édition : 1987

Editeur : Livre de poche

Date de parution : Décembre 1990

Prix : 6,95  €

  416 pages

  

 

"Le chant des pistes" est le récit d'un voyage de Bruce Chatwin au coeur des terres australiennes et  aborigènes. Oscillant entre roman, récit de voyage et étude ethnologique, le texte nous plonge dans les traditions et les mythes d'un peuple nomade qui créait la terre au rythme de ses chants.

 

L'ouvrage débute par une mise en perspective de l'enfance de l'auteur, bercé dès sa jeunesse par l'appel du large et du voyage. 


  " Un jour, tante Ruth me ditque notre nom de famille avait été jadis << Chettewynde >>, ce qui, en anglo-saxon, signifiait << le chemin tortueux >> ; et en moi s'insinua l'idée que des liens mystérieux reliaient ensemble la poésie, mon nom propre et la route. "

 

Il tend à observer que l'homme est par nature un nomade, que dès l'enfance, la marche est un principe inné.

 

" Nous sommes voyageurs dès notre naissance. Notre folle obsession pour le progrès technologique est une réaction aux obstacles qui bloquent nos déplacdements géographiques. "

 

 

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Aussi, lorsque nous retrouvons plus tard notre voyageur en Australie, on ne s'étonnera pas de le voir s'intéresser de près aux nomades ancestraux qui l'habite : les aborigènes.

Très documenté sur le sujet, Bruce arrive pourtant sur ces terres arides en toute modestie. Il se trouve un guide en la personne d'Arkady et suit ce dernier à la rencontre des différentes populations.

Un projet de chemin de fer devant relier Alice Springs à Darwin nécessitant le passage sur de nombreux sites sacrés pose problème. Arkady, membre du "mouvement du droit à la terre", a la responsabilité d'établir une carte de ces lieux si importants pour les aborigènes et de négocier le passage du train sur ces terres.

Bruce, accompagnant ce dernier, va découvrir les histoires liées à ces lieux et essayer d'en apprendre plus sur les pistes chantées

 

« J’étais venu en Australie pour tenter d’apprendre par moi-même, et non à partir des livres d’autres hommes, ce qu’était une piste chantée et comment elle fonctionnait. Il allait de soi que je ne pouvais pas aller véritablement au fond des choses (…). J’avais demandé à une amie d’Adélaïde si elle connaissait un spécialiste de la question. Elle m’avait donné le numéro de téléphone d’Arkady ».

 

Le concept des pistes chantées est assez difficile à envisager. Dans la tradition aborigène, chaque chant est la description d'un chemin, d'une piste et sert de carte géographique pour le marcheur. Mais chaque chant représente également un récit mythique racontant la création d'une partie du monde (les lieux, les animaux, le moindre rocher, ...), appelé "le Temps du Rêve". Ces fameuses songlines sont donc à la fois une sorte de génèse aborigène et des repères topographiques qui vous permettent de vous repérer lors des errances. Chaque aborigène "possède" ses propres chants qu'il transmet ensuite à sa descendance.

 

" Avant que les blancs ne viennent, continua-t'il, personne n'était san terre, puisque chacun recevait en héritage un tronçon du chant de l'ancêtre et un tronçon du pays où passait ce chant. Les strophes que possédait un homme constituaient ses titres de propriétés. "

 

La totalité de la terre se retrouve donc ainsi chanté et ce fait explique donc la difficulté de défigurer le paysage par le chemin de fer ou tout autre construction, tout type de travaux provoquant la destruction de milliers de sites sacrés, invisibles pour les non-initiés.

 

En allant à la découverte de ses possesseurs de chants, en se présentant comme un simple écrivain cherchant à connaître les pistes chantés, Bruce va constater que les blancs ne sont pas franchement bien vus au sein de la communauté aborigène. Considérés comme intruisifs et irrespectueux des sites sacrés, bon nombre des occidentaux rencontrés par l'auteur s'avère effectivement assez détestables.

 

" Les Blancs avaient volé son pays, dit-il. Leur présence en Australie était illégale Son peuple n’avait jamais cédé un centimètre carré de territoire. Ils n’avaient jamais signé de traité. Tous les Européens devraient retourner d’où ils viennent. "

 

Pourtant Chatwin va peu à peu s'intégrer à la communauté grace à Arkady et à ses connaissances plus que complètes sur le sujet. Il va rencontrer de nombreux aborigènes qui, chacun, va lui céder une partie de son savoir sur les pistes chantés ou sur tel ou tel lieux sacrés.  

Il va découvrir toute une philosophe de vie basée sur le respect de la Terre où on ne prélève que ce qui est nécessaire et une conception du Monde s'appuyant sur le déplacement et non sur la possession.

Mais on découvrira également tout le business basé autour des peintures abstraites aborigènes, représentant un Temps du Rêve et vendu à prix excessif aux riches voyageurs voulant s'offrir une part d'exotisme sans vraiment chercher à la comprendre.

 

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Au delà de l'étude ethnologique des aborigènes d'Australie et de leurs mythes, c'est surtout sur la notion de l'errance que Bruce Chatwin s'interroge. Nous retrouverons d'ailleurs cette même thématique dans ses autres oeuvres comme " En Patagonie" ou "Anatomie de l'errance". L'auteur pose la question du pourquoi l'homme ne sait rester en place et est toujours tenté de prendre la route.

 

 

" Je vois des itinéraires chantés sur tous les continents, à travers les siècles. Je vois les hommes laissant derrière eux un sillage de chants (dont parfois nous percevons un écho). Et leurs sentiers nous ramènent, dans le temps et dans l’espace, à une petite zone isolée de la savane africaine où, au mépris du danger qui l’entouraient, le premier homme a clamé la stance par laquelle s’ouvre le chant du monde : « JE SUIS ! "

 

" Les blancs changent sans arrêt le monde pour l'adapter à la vision fluctuante qu'ils ont de l'avenir. Les aborigènes mobilisent toute leur énergie mentale pour laisser le monde dans l'état où il était. En quoi cette conception est-elle inférieure ? " 

 

 

 

 Loin d'être lourd et difficile d'accès, "Le chant des pistes " s'avère une véritable découverte du monde aborigène. Alternant réflexions ethnologiques ou philosophiques, dialogues haut en couleurs, descriptions truculantes de personnages, ... le texte est d'une grande fluidité. Le texte s'entrecoupe même dans la dernière partie d'extraits du journal de bord de l'auteur, reprenant diverses réflexions notées sur le moment et de magnifiques citations sur le voyage et l'errance.

 

Ne connaissant pour ma part, strictement rien à l'histoire australienne et à la culture aborigène, cet ouvrage a été pour moi d'une grande richesse culturelle. J'ai découvert un monde qui m'était totalement étranger mais aussi un très grand écrivain qui prône voyage et mouvement.

Un récit vraiment admirable qui ne pourra que toucher les amoureux de l'Australie mais aussi et surtout les voyageurs dans l'âme.

 

  chant des pistes 04

 

 

D'autres avis :

 

Folfaérie - SaraswatiFemelle du requin -

 

 

challenge récit de voyage 

 

 

 Un grand merci à BOB pour cette découverte !!

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Lundi 17 janvier 2011 1 17 /01 /Jan /2011 19:30

 

 

sous les yourtes de mongolie 01

 

Auteur : Marc Alaux

Editeur : Transboréal

Première édition : Décembre 2007

Réédition : Novembre 2010

Prix : 19,90 €

  387 pages

 

 

Marc alaux est un passionné de la Mongolie. Depuis 2001, il y aura effectué 4 voyages et parcouru le pays de long en large, seul ou accompagné.

"Sous les yourtes de Mongolie" est le récit de ces découvertes. Edité une première fois en 2007, il ressort aujourd'hui avec une nouvelle couverture.

En 2001, Marc Alaux traverse la Mongolie à pied d'Est en Ouest pendant 7 mois avec un ami : Départ d'Oulan-bator, désert de Gobi, Khangai. En 2003, on le verra cheminer seul dans le massif du Khentii. Il retrouvera en 2004, son compagnon de route pour un nouveau périple de 2300 kms pendant 6 mois dans les confins montagneux de l'Altaï et des Sayans. En 2006, il retournera avec son épouse dans les monts du Khentii. Sans compter les autres voyages qui suivirent la parution de l'ouvrage.


Loin d'être un récit chronologique de ses voyages, l'ouvrage se présente comme une somme culturelle des régions parcourues. Il se découpe d'ailleurs en 4 parties géographiques :

1 -  Oulan-Bator – Sans faucille ni marteau

2 - Gobi et steppes orientales – La Terre des herbes

3 - Khangai et Khan Khöökhi – Le pays aux cent rivières

4 - Altai et Sayan – Les confins montagneux

 

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Nous découvrirons tout d'abord le goût de Alaux pour la marche et l'effort. Ses voyages sont souvent synonymes d'exploits sportifs. Il part seul ou avec un ami dans des conditions extrêmes de températures, se contente de nourriture frugale et s'attache particulièrement à la forme du voyage à pied. Il se perd parfois, ne rencontre aucun habitant pendant des jours et doit sbir la faim, le froid et l'épuisement du corps. C'est une forme de voyage un peu extrême mais qui est essentielle pour notre auteur.

 

Puis il y a la Mongolie, ce pays rêvé auquel on associe une somme de clichés plus ou moins justes. Car la Mongolie, ce n'est pas simplement ces vastes steppes vertes où courrent des chevaux en liberté. C'est aussi un désert, des montagnes, un été qui ne dure que 2 mois, des villes aussi en apparence pauvres et crasseuses, et tant d'autres choses que je vous laisse découvrir.

Les nombreux voyages de l'auteur à travers les différentes régions vont l'aider à pénétrer le tréfond de la culture mongole et le lecteur avec lui. En effet, au delà de l'aspect récit de voyage, Marc Alaux a l'art de nous présenter la Mongolie dans tout ce qu'elle est intrinsèquement.

Sera évoqué le nomadisme en perte de vitesse, les changements climatiques qui entraine la mort des troupeaux et l'obligation pour les nomades de s'expatrier à la ville où fleurissent de plus en plus des bidonvilles de yourtes, la nécessité de la collectivisation des paturages qui entraine un épuisement des sol, le patrimoine culturel qu'on ne cherche pas à sauvegarder, les répercutions du communisme sur le pays,  etc...

Partageant avec l'auteur la vie des éleveurs nomades, on découvrira le quotidien difficile de ses hommes qui vivent en adéquation avec la nature difficile, leurs coutumes, leur hospitalité légendaire, leur philosophie de vie, le statut de la femme, etc...

 

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Moi ce que que j'aime dans les récits de voyage, c'est apprendre des choses, découvrir une civilisation de l'intérieur, vivre des expériences inédites par procuration. J'aime que ça ne soit pas un simple récit rapportant un parcours qui se limite à ce que l'on en voit. Et je dois dire que Marc Alaux réussit formidablement bien à dépasser tout ça !

Car c'est un ouvrage véritablement complet qui se révèle ici à nous,  presque une étude ethnologique. S'appuyant sur de nombreuses lectures dont les références nous sont en plus abondamment données, Marc Alaux évoque l'histoire de la Mongolie, son évolution, ses perspectives d'avenir. 

 

C'est un livre érudit mais accessible, très bien écrit,  passionnant, et extrêmement fort que j'ai adoré et vous conseille plus que chaudement !

Un texte qui vous fera aimer la Mongolie si ce n'est pas encore le cas !


 

Extraits :

 

 

" Je m’abandonnai à l’haleine chaude du poêle. Ses tentacules me libérèrent de la tension musculaire qui avait fait de mon corps un bouclier. La perspective obsédante d’une nuit dehors et l’anxiété du vagabond sous la pluie s’estompèrent. Je n’étais pas à même d’apprécier d’emblée l’aménité de mes hôtes – j’ignore si c’est la fatigue ou une émotion plus profonde qui me fit trembler quand on m’offrit un bol de thé. Toutefois, je compris que des inconnus sacrifiaient leur confort déjà mince pour mon intérêt, et je mesurai la valeur qu’ils donnaient à ma vie. Ces gens – éleveurs et passants retenus par la pluie – nous laissaient poliment nous remettre. La femme vaquait à ses occupations, le chef de famille craminait une peau de marmotte. Nulle impatience n’altérait le sourire de nos hôtes qui venaient de nous soustraire aux caprices de la steppe. Je levai les yeux vers le toono. Mon geste dérouta mes hôtes mais je pus ainsi ravir un peu de la quiétude du campement. Tous les regards suivirent le mien en respectant mon silence. Je profitai des chants de la yourte : le souffle de l’argal au cœur de l’âtre, le bruit de paille de la pluie sur le toit, le grincement de la charpente, le vent pris dans la cheminée. "

 

sous-les-yourtes-de-mongolie-05.jpg" Qui sonde les entrailles du Gobi ne peut en admirer niaisement les paysages ! Il se sent encerclé, dépouillé, décharné par eux, happé par leur hostile physionomie, décontenancé par l’absence d’hommes, concassé par le gigantisme de l’intervalle qui le sépare du firmament. Où qu’il lève les yeux, les empreintes s’effacent et les corps s’évanouissent sous la brûlure du soleil, le vent des steppes, le bec des vautours. Même l’herbe ne résiste pas. Elle se consume l’été, givre en hiver, roussit au printemps. Le gel effrite les roches et le sable se disperse. La mort paraît omniprésente. Je me demandais qui, hormis les défunts, pouvait se reposer dans le Gobi. Cela dit, quand le vent se taisait, j’éprouvais dans le soudain mutisme du désert une douce sérénité. Un mélange d’excitation et d’effroi laissait alors mon cœur battre librement. Toutefois ces rares instants finissaient vite avec le retour des bourrasques."


" Inouïes et gracieuses mais surtout rieuses et spontanées, les Mongoles dégagent une sensualité émouvante. Dans un visage rond, large et plat comme la steppe, des lèvres charnues s’ouvrent sur deux lignes de dents dont la blancheur contraste avec des joues rosées sur des pommettes saillantes. Le reste du visage est discret avec la racine du nez comme enfoncée et, sous de longs sourcils, la fente étroite des yeux est retroussée au coin. Entre les paupières plissées brillent des iris bruns ou noirs comme le charbon. Le regard est paisible, mais expressif et jamais soumis. L’indépendance et la franchise s’y remarquent aussi clairement qu’une yourte dans la steppe. "

 

 

Vous pouvez retrouver d'autres extraits de l'auteur sur le site de Transboréal.

 

A noter :

Marc Alaux est également l'auteur de " La vertu des steppes, petite révérence à la vie nomade " aux éditions Transboréal, mai 2010, 8€.



 

sous-les-yourtes-de-mongolie-03.jpgLes photos de l'article sont de Marc Alaux

 

 

 

 

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Par Choco - Publié dans : Littérature de voyage - Communauté : Littérature et voyages
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