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Litterature russe

Mardi 26 février 2013 2 26 /02 /Fév /2013 07:00

etrangere-aux-yeux-bleus-01.jpgetrangere-aux-yeux-bleus-02.jpg1947. Anna Odintsava est une jeune étudiante en ethnologie qui débarque de Leningrad pour le petit village de Ouelen, dans l'extrême est de la Sibérie. Son but : étudier le  peuple Tchouktche et ses coutumes pour les besoins de sa thèse. Dès son arrivée, la jeune fille tombe sous le charme de Tanat, un jeune nomade qui a quitté un temps les siens pour étudier. Très vite, ils se marient et partent vivre dans la tribu nomade de la famille de Tanat. Alors qu'Anna s'adapte à une nouvelle culture, Tanat lutte pour que cette dernière perdure.

 

Youri Rytkhèou signe ici un chant d'amour pour le peuple tchouktche auquel il appartient. L'étrangère aux yeux bleus, c'est Anna, cette jeune fille ambitieuse et entêtée qui rêve d'égaler Margaret Mead, la célèbre anthropologue qu'elle tient pour modèle.


"Je ne veux pas renouveler l'exploit scientifique de Margaret Mead. Je veux la dépasser et m'assimiler au peuple que j'étudie, chose qu'elle n'a pas réussi à faire. J'irai assurément plus loin qu'elle, je décrirai la vie d'un peuple primitif de l'intérieur et non du dehors".

 

Sa rencontre avec Tanat s'avère une belle opportunité de découvrir ce peuple de l'intérieur. En moins de deux semaines, les jeunes tourtereaux sont mariés et partent vivre dans la toundra sous la yaranga familiale. Pour Tanat, les choses sont plus compliquées. Parti étudier pour pouvoir quitter le campement, il sacrifie son rêve pour les beaux yeux de la tanguitan, l'étrangère. Ensuite, il va devoir faire accepter cette dernière auprès de sa famille qui l'a déjà promis à une autre jeune fille depuis son enfance...

La bonne volonté d'Anna fera pencher la balance. La jeune fille se plie aux traditions tchouktches sans se plaindre et montre beaucoup d'ardeur dans son apprentissage des tâches quotidiennes dont elle prend soin de noter les détails dans un petit carnet chaque soir.

Pendant ce temps, les éleveurs de rennes sont inquiets. L'administration russe communiste veut éradiquer les nomades, dernier bastion d'un mode de vie arriéré. Pour cela, elle impose aux éleveurs une politique de kolkhozes qui s'avèrent plus destructeurs que bénéfiques pour la survie des rennes. Tanat et sa famille se dresse contre cette collectivisation forcée et nomadise en se cachant des autorités. Mais pour combien de temps encore ?

 

etrangere-aux-yeux-bleus-05.jpg

 

Ce roman dépaysant nous plonge véritablement au coeur de la culture tchouktche. A travers l'initiation d'Anna, le lecteur découvre de l'intérieur les traditions d'un peuple qui a peu changé au fil des siècles. Élevage des rennes, tannage des peaux, cuisine, protection contre le froid, chamanisme, musique, ...etc. Tout les points sont abordés dans les grandes largeurs et c'est avec beaucoup de plaisir qu'on prend connaissance de toute la richesse de cette culture préservée. Mais hélas, on assiste également à la menace qui pèse sur le nomadisme tchouktche. Là encore, avec beaucoup de simplicité, nous sont détaillés les conséquences désastreuses des fermes collectives. Le poids du communisme est plus que palpable et pas forcément en bien. Pour autant, les tchouktches ne sont pas contre le progrès et une réflexion intéressante se fait jour entre les lignes sur le futur des populations nomades traditionnelles. Authentique, vivant, l'auteur nous offre de très belles pages sur son peuple, sa terre qu'il sait décrire avec beaucoup d'affection et de minutie.


Le fil conducteur de cette histoire est la relation amoureuse qui s'instaure entre Anna et Tanat. Certains y ont vu une sublime romance. J'ai été pour ma part beaucoup moins convaincue. Le lien qui se crée entre les deux jeunes gens et les amène au mariage en 15 jours m'a semblé totalement irréaliste. Tanat qu'on découvre très impliqué dans ses études surprend par sa façon de tout lâcher très rapidement pour les beaux yeux d'une inconnue. Anna semble amoureuse mais répète inlassablement son désir de devenir une ethnologue renommée, se projette devant des pairs fascinés par sa future expérience.


"J'ai mûri le plan de prendre un jeune Tchouktche pour mari afin de pénétrer avec lui en pleine toundra dans les profondeurs d'une communauté authentique".

 

Plus loin, on découvre (attention SPOIL) qu'elle accepte avec une facilité déconcertante l'arrivée d'une deuxième épouse dans sa couche. Enfin, l'histoire d'amour semble dérisoire lorsque l'on en vient à la mort de son mari, qui n'occupera que quelques lignes dans le récit (fin SPOIL). Bref, cette histoire d'amour qui n'évite pas les écueils de la facilité m'a semblé un prétexte tout trouvé pour aborder de l'intérieur le sujet qui intéresse l'auteur : la culture tchouktche.


Pour autant, le roman n'est pas à jeter aux orties, loin de là ! Il s'avère vraiment passionnant et se lit presque comme un témoignage historique d'une époque déterminé qui voit le basculement (la fin ?) d'une culture au profit d'un communisme tout puissant peu en phase avec les exigences quotidiennes.

Aujourd’hui seulement 10% des peuples de Sibérie ont une vie nomade ou semi-nomade contre 70% d’entre eux il y a 30 ans. La principale menace est l'industrialisation et la dégradation de l'environnement causée par l'exploitation du pétrole notamment. Bref, la lecture de ce roman ne peut que nous rappeler la richesse et l'importance des peuples nomades du monde. Ne les oublions pas.

 

etrangere-aux-yeux-bleus-06.jpg

 

D'autres avis :

Lael - Saraswati -


 


Titre : L'étrangère aux yeux bleus

  Auteur  : Youri Rytkhèou

Éditions :

Actes Sud - 2001 - épuisé

Actes Sud, Babel - Mai 2002 - 273 pages - 7,70€


 


Le mois russe continue chez Marilyne !

 


Par Choco - Publié dans : Litterature russe - Communauté : Salon Lecture
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Mardi 9 février 2010 2 09 /02 /Fév /2010 20:00


peaux phoque





Cette histoire nous plonge en pleine sibérie chez le peuple Tchouktche. Nous allons suivre une famille désespérement pauvre qui se bat pour survivre.

peaux-de-phoques-2.jpg Tyrenne est la mère de 3 garçons. Son mari est hélas handicapé depuis une chute dans l'eau gelée qui a tordu ses membres et l'empêche désormais de chasser pour sa famille. Le père n'a d'autre solution que d'aller quémander de la nourriture dans les campements voisins. Ses absences sont nombreuses et laissent Tyrenne seule pour élever les enfants. Cette dernière se bat pour les nourrir, elle propose ses services dès qu'elle peut en espérant quelque cadeau de nourriture en remerciement.
La famille est tellement pauvre qu'elle s'habille de peaux de phoques au lieu des chaudes peaux de rennes ou d'ours. Les enfants sont même condamnés à rester enfermés sous la tente pendant plusieurs années, faute de vêtement extérieur assez chaud. La vie est rude, très rude et parfois plusieurs jours se suivent sans manger. Pourtant les enfants vont grandir et peu à peu libérer la famille de son dénuement, au grand mépris des envieux qui continuent de les traiter de "peaux de phoques".
Cependant un évènement dramatique se profile. Les Peaux de phoques sauront-ils prouver leur force et leur valeur ?



C'est un récit extrêmement poignant dont il est question ici. Ecrit par une femme tchouktche d'une soixante d'années qui se bat pour la préservation de sa culture, le roman est de forte inspiration autobiographique.

peaux-de-phoque-3.jpg Nous découvrons tout d'abord le mode de vie de ce peuple, obligé de s'adapter aux conditions difficiles. La chasse et les animaux sont leurs seuls moyens de subsistance. Selon le lieu, certains élèvent des rennes, d'autres chassent les animaux marins. Les échanges entre communautés permettent de faire du troc et d'obtenir les denrées manquantes. Les chiens et le traineau, seul moyen de locomotion, sont le bien le plus précieux de la famille, lui permettant ainsi de naviguer d'un campement à l'autre. La vie familiale se fait dans la Yaranga, tente composée de perches dressées et recouvertes de peaux et chauffée par un poele.


peaux-de-phoque-5.pngCe texte est aussi le roman de la survie et de la revanche. Ces trois fils qui sont le bien le plus précieux de leurs parents, qui supportent sans rien dire la faim, le froid, les quolibets des autres villageois vont faire preuve d'une bonté et d'une générosité infinies. Elevés à la dure par leur mère, ils ne leur en sont que plus reconnaissant. C'est un monde difficile où exprimer ses émotions n'est pas primordial. On pourra regretter parfois la dureté ou la froideur du propos. Mais l'âpreté du quotidien ne laisse place à aucune faiblesse.


peaux de phoque 4



Un roman sobre à prendre comme une grande leçon de vie !
Découvrez donc ce peuple méconnu qui est aujourd'hui menacé de disparition !

Si vous souhaitez en savoir plus sur la Tchoukotka, aller faire un tout sur Wikipédia.


Note : 3,5 / 5




Editions Autrement - 12,20€
Editions Livre de poche - épuisé



Par Choco - Publié dans : Litterature russe - Communauté : Salon Lecture
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