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4 octobre 2011 2 04 /10 /octobre /2011 07:00

deadwood-01.jpgdeadwood-02.jpgNous sommes en 1876, dans la petite ville de Deadwood située dans les Black Hills. Une ville en pleine expansion où tout est encore à faire. Les mines amènent tout un flot de nouveaux arrivants dont un certain Charley Utter, accompagné de Wild Bill Hickok, la légende de l'ouest. C'est à travers les yeux de Charley que nous allons suivre sur 2 ans l'histoire mythique de Deadwood jusqu'à l'incendie qui mit fin à son âge d'or.

 

Deadwood est une ville qui s'est créée illégalement sur un territoire indien. C'est le colonel Custer, qui mourra peu après dans la bataille de Little Big Horn, qui a découvert les gisements d'or entraînant ainsi l'arrivée massive de prospecteurs qui mourra bientôt . Quand le lecteur débute le roman, il va découvrir la ville avec l'arrivée de Charley et de Wild Bill. Cloaque de boue et d'immondices, la ville présente plusieurs maisons closes, bars à foisons, un quartier chinois de seconde zone, un théâtre tout de même et de nombreux magasins à destinations des chercheurs d'or.

 

deadwood-03.jpgDeadwood en 1876.


Maintenant, il faut souligner que ces Willd Bill et Charley, comme bien d'autres personnages dans le roman, ont réellement existés. En effet, Pete Dexter s'est appliqué ici à retranscrire de manière totalement réaliste l'époque avec ses habitants, son histoire et nous offre finalement ici un roman historique.

Certains auront bien évidemment reconnu le célèbre Wild Bill Hickok, as de la gachette, qui rencontrera la mort à Deadwood sous la personne de Jack Mc Call. Loin des étoiles de la légende, il est présenté ici comme un homme presque aveugle et dont la maladie l'empêche de pisser. Plus loin, c'est Calamity Jane que nous croiserons. Loin de l'image d'Epinal de femme intrépide, Jane Canary est ici une âme paumée qui fabule sur un mariage imaginaire avec Wild Bill et noit son désarroi dans un alcoolisme notoire. D'autres personnages se joindront à la liste (Seth Bullock, Sol Star, ...) mais nous nous arrêtrons sur Charley Utter, ami de Wild Bill dont l'histoire ne connait pas grand chose mais qui s'avère être le narrateur de cette histoire. Une histoire fort dense donc qui regorge d'une foule de personnages secondaires qu'il n'est pas toujours aisé de suivre.

Il y a des chercheurs d'or qui espèrent trouver fortune, il y a les tenanciers de saloon qui appâtent le client à l'aide de prostituées, il y a des putes chinoises qu'on traite comme des chiens, il y a le fou qui tient les bains publics et possède à son actif une impressionnante liste de tentatives de suicides. Il y a les rixes, les bagarres, les compromissions, le racisme ordinaire envers les noirs et les indiens. Il y a les agressions gratuites, les vengeances.


Deadwood se revèle ainsi le portrait croisé de dizaines de personnages qui tous contribuent à donner une couleur forte à ce récit qui oscille entre petite histoire et grande histoire.

Le portrait de la ville et de ses habitants est dense, fouillé, nourri de vastes recherches historiques qui fait coller le roman au plus près de la vérité historique. Le lecteur erre dans une ville corrompue où la violence et le pouvoir fait loi. La folie de certains personnages annonce la chute prochaine de la ville mais même les plus fous ont parfois plus de lucidité que les autres hommes...

Le rythme de la narration est lent et sur 600 pages peut parfois un peu lasser. Pourtant, Deadwood va bien plus loin que le portrait d'une ville mythique du Far West.

Véritable condensé de vie western qui fait l'impasse sur la plupart des clichés, la ville symbolise l'Amérique toute entière. Les filons aurifères ont provoqués une vague d'enthousiasme qui fait naître une vague d'optimisme dans la population. Avant que sa population ne sombre dans le mal, l'égoisme, la violence et ne détruise elle-même la ville qui devait leur apporter le rêve... A méditer.

 

En tout cas, Deadwood est un vrai grand roman américain dans tous les sens du terme. Les amateurs de western, d'Ouest américain, de grande fresque historique y trouveront leur bonheur. Ceux qui cherchent un vrai polar passeront leur chemin : il s'agit plus d'un roman noir historique, vous l'aurez compris.


 

A noter :

Les connaisseurs noteront qu'il existe également la célèbre série TV Deadwood.

Pour ma part, ce fut la frustation de terminer le visionnage de cette série inachevée qui m'a poussé à entamer le roman. Basée sur le roman, sachez qu'elle n'a pourtant strictement rien à voir.

Les éléments et les personnages sont en majorité les mêmes mais c'est comme s'ils avaient été mis dans un shacker pour donner totalement autre chose. Aussi les amateurs du charismatique Al Swearinger et ses innoubliables "Cocksucker" seront déçus !

 

Extrait :

 

 " Ils arrivèrent par le sud. Un cañon, long et étroit, creusait la montagne, en suivant la rivière Whitewood, et là où il y avait un espace suffisant pour y planter un panneau indiquant une ville, commençait Deadwood. On était le 17 juillet, à midi. La bourgade semblait faire des kilomètres de long sur seulement quelques mètres de large, et elle était pour moitié constituée de tentes. La Whitewood la traversait d’un bout à l’autre et, à l’extrême sud, elle faisait sa jonction avec un cours d’eau moins important, la Deadwood. La rue principale était tapissée d’une couche de boue d’un pied de profondeur, à laquelle se mêlaient tous les détritus de la création.
Les collines qui délimitaient la ville étaient dépourvues de végétation vivante, mais des milliers d’arbres morts aux troncs noircis gisaient pêle mêle sur le sol.
-Qu’est-ce que tu en penses ? demanda Bill.
Assis bien droit, il tenait les rênes et répondait aux saluts par un signe de tête. La nouvelle de son arrivée se répendit dans la ville avant qu’il ait parcuru cent mètres.
-Ca me fait penser à la Bible, dit Charley.
A mesure qu’ils avançaient, la boue s’agglutinait sur les roues et les sabots des mulets, puis se détachait sous son propre poids. La traversée de Main Street dura près d’une heure ; Bill était obligé de s’arrêter pour serrer des mains, et il accorda même une interview à un journaliste du Black Hill Pioneer. Bien qu’il fût un chaud partisan de la presse, Charley fit la grimace en apprenant qu’il existait déjà un journal à Deadwood.
En remontant vers le nord, la population changeait. Des putains, des voyous et des joueurs se tenaient sur le seuil des maisons, un verre à la main, ou tirant des coups de feu en l’air. Ce faubourg s’appelait le bas-quartier, et c’est là que firent halte les chariots des prostituées. L’environnement était assez minable, mais Charley trouva que les dames de l’endroit étaient plus attirantes que la cargaison qui arrivait. Il en vit quelques unes aux fenêtres, qui étaient pratiquement nues.
-A quel passage de la Bible ? demanda Bill à Charley quand ils se retrouvèrent seuls.
-Quand Dieu se met en colère. » "

 

 


Titre : Deadwood

Auteur : Pete Dexter

Editeur : Gallimard, La noire

Parution : Janvier 1994

  480 pages 

Prix : 22,87€

 

Editeur : Gallimard, Folio policier

Parution : Février 2007

  605 pages 

Prix : 8,90€


 


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3 octobre 2011 1 03 /10 /octobre /2011 18:00

Choco Shoot 01

Oyez Oyez !

 

J'ai un peu traînée à vous annoncer le nouveau thème du concours...

mais le voici !

Ce mois-ci, je vous propose :

 

A table !

 

Le thème est bien évidement à décliner sous toutes ses formes :

en cuisine, au marché, au restaurant, nourriture, ...

J'espère que l'inspiration viendra à vous :)

 

Vous pouvez m'envoyer vos photos jusqu'au 31 Octobre

à cette adresse :

grenierdechoco@gmail.com

 

Je vous rappelle que les photos doivent être faites dans le mois en cours et ne doivent pas avoir été publiées sur votre blog.

Vous pouvez faire des retouches et donner un titre à votre cliché.

 

Pour les modalités de participation, c'est ici !

 

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2 octobre 2011 7 02 /10 /octobre /2011 13:08

 

cimetiere-thiers-06.jpg

Cimetière de Thiers

 

 

Les dimanches en photos sont aussi chez : 

 Liyah, Tiphanie, Choupynette, Fleur, Liliba, SeriaLecteur, Margotte, Estellecalim.

 

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1 octobre 2011 6 01 /10 /octobre /2011 14:00

Choco Shoot 01

 

ChocoShoot 5 :

La féminité

 

Un thème qui vous a bien moins inspiré cette fois-ci

car il n'y a que 9 participants.

 

J'imagine que ça sera plus facile pour les votants !

 

Vous avez donc jusqu'à samedi prochain pour choisir votre photo préférée.

Fin des votes : le 8 Octobre à 23h59

 

Choisissez à l'aide du tableau situé sous les photos

ou envoyez-moi un mail :

grenierdechoco@gmail.com

 

N'oubliez pas de cliquer sur chaque photo pour les agrandir !


 

Photo 1 :

Chocoshoot-feminite-01.JPG

 

Photo 2 :

Chocoshoot-feminite-02.jpg

 

Photo 3 :

Chocoshoot-feminite-03.jpg

 

Photo 4 :

Chocoshoot-feminite-04.jpg

 

Photo 5 :

Chocoshoot-feminite-05.jpg

 

Photo 6 :

Chocoshoot-feminite-06.JPG

 

Photo 7 :

Chocoshoot-feminite-07.jpg

 

Photo 8 :

Chocoshoot-feminite-08.jpg

 

Photo 9 :

Chocoshoot-feminite-09.jpg

A vos votes !

 


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1 octobre 2011 6 01 /10 /octobre /2011 12:30

Mark ruwedel 01Cliquez sur les photos pour agrandir

 

 

Série Dog Houses :

 

Mark-ruwedel-02.jpg

 

Mark-ruwedel-03.jpg

 

Mark-ruwedel-04.jpg

 

Mark-ruwedel-05.jpg

 

Mark ruwedel 06

 

Série 1212 palms :

 

Mark-ruwedel-07.jpg

 

Mark-ruwedel-08.jpg

 

 

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30 septembre 2011 5 30 /09 /septembre /2011 07:00

intrus-a-l-etrange-01.jpgMartial vient d'apprendre le décès de son grand-père Hector. Il se lamente de n'avoir pu être à ses côtés et regrette de ne pas avoir été très présent ces derniers mois. A son arrivée au domicile, il se rend compte avec amertume que son cousin est même déjà passé rafler les objets de valeur... Ce qu'il va découvrir pourtant a certainement plus d'importance : 2 valises scellées cachées sous le canapé adressées à un certain Félix Larose à Magnat-L'étrange. Puis, c'est toute une correspondance amoureuse avec Mme Georgette Blizard qu'il découvre. Une femme qui demeure elle aussi à Magnat. Martial, intrigué, n'a pas grand chose à perdre à rechercher ce village. Sans emploi, il vient d'être mis à la porte par sa copine qui se fera un plaisir de jeter ses affaires à la rue. Avec 3 sous en poche, le jeune homme part donc en direction de la Creuse où se niche le petit village campagnard de Magnat-l'étrange. S'il retrouve Georgette, personne ne connaît en revanche de Félix Larose. A la place, Martial va découvrir un village agité. Un de ces habitants, Lilin, a été quasiment lynché par ses voisins. D'autres évènements étranges atiirent toute une faune de curieux : Vampirisme, cas de rage inexpliquées, espèces de chauve-souris hors de leur zone de nidification... Tout cela est très... étrange !

 

Loin de ce que laissait présager les premières pages avec le deuil du grand-père (qui m'a laissé un peu chaos au bout de quelques pages tant je m'y suis reconnue il y a si peu...), Intrus à l'étrange part dans une sorte de quête teintée de fantastique sur les pas de Martial.

Notre héros fuit la ville et ses soucis et découvre en apparence un village tout ce qu'il y a de plus bucolique. Un de ces villages à l'ancienne où tout le monde se connaît et où on tape le bout de gras au troquet du coin. Sauf que Martial va découvrir qu'il est loin de la carte postale. Il croise un certain Lilin qui sort de l'hôpital où l'ont envoyé ses voisins, excédés par son côté sauvage et atypique. Un passage à tabac dont il ignore tout tout comme les étranges faits observés ces derniers temps dans le village. Pris pour un journaliste, il tente de démentir en vain avant d'en profiter et de se joindre à d'autres curieux enquêteurs : un scientifique mordu de chauve-souris et un blogueur gothique axé sur le vampirisme. Alors que les 2 énergumènes rivalisent de théories plus ou moins fumeuses, Martial cherche toujours de son côté son Félix Larose et n'hésite pas à braver les menaces des habitants et les secrets que ces derniers renferment...

 

Voilà une longue intrigue qui prend le remps de s'installer et installe une atmosphère de mystère qui ne s'évanouira pas complètement en refermant l'album. Le scénario s'est révélé très original et à mille lieux de ce à quoi je m'attendais !

Le personnage principal a un petit côté suranné à travers son chapeau melon et les expressions désuètes qu'il emploit comme Sapignotte, gueuse,... Les autres personnages secondaires ont tous un profil intéressant plus ou moins atypique et donnent ainsi beaucoup de couleur au récit. Martial a pourtant bien les pieds sur terre et son regard innocent et neuf sur le village nous permet de découvrir son univers avec beaucoup de recul. Un village avec ses habitants accueillants mais aussi ses sales cons qui s'adonnent à la mesquinerie, la méchanceté en trouvant un bouc émissaire facilement atteignable : querelles de voisinage, ostracisme, etc...

L'auteur réussit à mener de front les différentes pistes du récit sans perdre son lecteur. Entre le conflit entre Lilin et les autres habitants, la prolifération de chauve-souris, la vieille mamie qui a vu une bête se faufiler dans le village en pleine nuit, l'adolescent qui affirme avoir vu un vampire, le chien enragé mort embroché sur un pieu... et la quête personnelle de Martial, le lecteur est balloté d'un mystère à un autre sans qu'il puisse rien deviner du vrai ou du faux. Pourtant la deuxième moitié de l'album nous mènera dans un univers secret et sauvage très différent qui laissera notre héros seul et se déroulera sans une parole sur une quarantaine de pages ! Une partie qui nous donnera habilement toutes les clés du mystère ou presque !

 

Le trait de Simon Hureau, que je découvre ici (en fait non, je viens de me rendre compte que j'avais lu son Tout doit disparaître !), est en noir et blanc et plutôt rond. Les décors sont très fouillés : les paysage, le village, l'intérieur des maisons fourmillent de détails.

On notera des passages graphiques plus "flous" qui viennent souligner les moments nostalgiques du passé que Martial se remémore avec son grand-père.

 

Voilà donc au final un bel album qui oscille entre chronique de village, quête personnelle et douce nostalgie, le tout emprunt de mystère sans être dénué d'humour et de critique ! A découvrir !

 

 

D'autres avis :

Mo' que je remercie pour cette découverte ! - Kactuss - CatherineLystig -

 

Lien :

Preview de l'album

 

intrus-a-l-etrange-02.jpg

 

 

intrus-a-l-etrange-03.jpg

 

  intrus à l'étrange 04

 


Titre : Intrus à l'étrange

  Dessinateur / scénariste : Simon Hureau

Editeur : La boite à Bulles

Parution : Juin 2011

  150 pages 

Prix : 24€


 

 

palseches

 

Challenge roaarrr

Prix BD Boum 2011

Fauve : Prix Polar 2012


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29 septembre 2011 4 29 /09 /septembre /2011 07:00

polina-01.jpgPolina est une petite fille russe de 6 ans qui se prépare à sa première audition. L'enjeu est ici d'intégrer la fameuse école de danse du professeur Bojinski. Notant son manque de souplesse, ce dernier repère pourtant chez elle un potentiel et l'admet à l'académie. Grandissant en son sein, elle doit faire face aux difficultés du travail de danseuse. Bojinski la prend sous son aile et lui donne des cours particuliers. Professeur exigeant, il ne prodigue que peu de compliments et demande toujours plus de travail de ses élèves. Mais Polina échappera bientôt à l'ascendant de son mentor pour mieux se réaliser et finalement se rendre compte de tout ce que ce dernier lui a apporté.

 

« La danse est un art, il ne s’apprend pas. Il faut l’avoir dans le sang. Ensuite, il faut travailler. Et avec moi, vous allez travailler tous les jours et croyez-moi, il va falloir vous accrocher » annonce Bojinski.

Voilà qui augure une vie de travail incessant. Et de fait, Polina est une danseuse acharnée qui n'hésite pas à sacrifier des heures de sommeil et les sorties entre amis pour être à la hauteur des exigences de son professeur. Leur relation est particulière. Ses camarades se moquent de cet homme taciturne et réprobateur. Polina se soumet à son autorité mais bientôt une sensation d'étouffement la pousse à s'émanciper et à chercher d'autres pistes de travail qui la mèneront dans un théâtre de Russie puis dans une troupe contemporaine. Mais l'ombre de Bojinski plane toujours sur elle et ce n'est que bien des années plus tard que Polina, devenue jeune femme, reconnaîtra tout ce qu'elle lui doit.

 

Nous allons suivre ici le parcours d'une jeune fille de ses 6 ans à sa vie de femme adulte : les 20 années d'une danseuse en devenir à son accomplissement, le parcours d'une jeune fille qui a choisi de consacrer sa vie à la danse. Un parcours pas forcément facile qui demande du travail et des convictions.

Et contrairement aux apparences, Polina n'est pas un album sur la danse. Ou du moins pas que. C'est surtout le récit d'initiation d'un être en devenir. Car Polina va grandir dans cet environnement bien particulier de l'art. Elle va se construire au sein des différentes écoles qu'elle va fréquenter. Elle va y connaître ses premières souffrances, ses premières déceptions, ses premières amours aussi et les chagrins qui vont avec. Mais celui qui lui donnera les plus de clés est le professeur Bojinski. Lui inculquant des valeurs, un esprit de dépassement de soi, le don de soi dans son propre art, l'importance de ses propres choix, ..., il lui donnera la véritable base de sa vie, de qu'elle va devenir par la suite.

Bastien Vivès réussit ici à tracer le portrait de toute une vie (ou presque). On suit parfaitement la progression de Polina dans son travail de danseuse, dans sa vie personnelle. On découvre ses abattements, ses joies, la difficulté de prendre certains choix qui vont bouleverser votre vie. On observe la manière dont petit à petit la jeune fille s'affirme et tatonne pour trouver sa place. Les ellipses narratives se font de manière tout à fait naturelle et les tranches de vie de Polina se succèdent avec bonheur. 

Tout est très finement abordé sans lourdeur et la fin éclaire avec douceur et émotion tout le parcours de la jeune fille qui s'est enfin réalisée. Une reconnaissance tardive mais nécessaire à celui qui a fait ce qu'elle est.

 

Bastien Vivès a construit cet imposant album dans une palette de noir, blanc et gris. Le trait est épais mais est fait de légereté. Les décors sont souvent succincts et toute l'importance est donné aux personnages, à leur corps et à leur mouvement. Leur mise en scène est sobre et fluide. Le geste est plus important que le réalisme du corps dessiné. Bref, le style est très esthétique et m'a parfois un peu gêné dans certaines représentations du corps inachevées ou déformées. La tache noire qui fait office de nez chez Polina m'a sensiblement agacée par exemple.

Le récit qui se fait finalement très psychologique m'a un peu semblé adouci par rapport à la réalité d'une vraie danseuse. Même si blessures, manque de sommeil, rivalités sont évoqués, je les ai trouvés un peu amoindris et la vie de Polina ne m'a pas semblé aussi "difficile" si je puis dire que ce à quoi je m'attendais. L'absence de la famille m'a églement marqué. Même si le sujet était plutôt la relation de Polina avec son mentor, il m'a semblé étonnant que la famille n'est pas une place plus importante dans la construction personnelle de la jeune fille.


Quoi qu'il en soit, malgré ces quelques bémols, Polina est un très bel album qui, sans être un coup de coeur, m'a émue par le destin à la fois hors du commun de Polina et le fait que chacun de nous passe par ce genre d'étape qui nous permettent de grandir et de nous accomplir. La relation nouée avec son professeur est troublante de sensibilité et de non-dits et sa force n'en est que plus importante. Bref, un beau récit initiatique qui met la transmission et l'art au coeur de son scénario.

 

 

D'autres avis :

Yvan - Yaneck - David - Bauchette - Mr Zombi - Antigone - Véro - Théoma - Chiffonnette - Bulles et onomatopées - Lili galipette - Lorraine -

 

Liens :

Préview de l'album

 

 

polina-02.jpg


polina-03.jpg

polina-04.jpg

 

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Titre : Polina

Scénariste / dessinateur :  Bastien Vivès

Editeur : Casterman, KSTR

Parution : Mars 2011

  210 pages 

Prix : 18€


 

Challenge roaarrr

 

Prix des libraires 2011

 

palseches

 

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28 septembre 2011 3 28 /09 /septembre /2011 07:00

reve-de-meteor-slim-01.pngEdward Ray Cochran, dit Météor Slim, est parti sur les routes à la rencontre de son destin. Il a tout lâché, femme et enfant, pour suivre la voie de la musique et rêve de devenir un célèbre bluesman. Sur son chemin, il croisera à plusieurs reprises le grand Robert Johnson qui n'hésitera pas à lui donner quelques coups de pouce. Mais la route vers le succès et la reconnaissance est longue et même parfois impossible entre vie dans les rues et concerts dans des bars miteux.

 

Duchazeau qui m'avait déjà ébloui par son album Les vaincus (avant blog) sur la fin de l'empire inca réitère ici avec ce superbe Méteor slim qui se présente dans un format carré un peu atypique.

Nous sommes en Amérique dans les années 20-30. Le blues est une forme populaire qui prend son essor dans la société noire et se développe dans les bars et cabarets. Nous y suivrons Météor depuis son départ jusqu'à sa mort. Son quotidien se fait dans l'errance, au gré des rencontres et des petits boulots.

Personnage imaginaire, Météor Slim a pourtant tout du bluesman légendaire : galères de la route, difficultés à se faire embaucher dans les bars, à se faire connaître, ivresse notoire, frime et envie d'épater les filles pour les mettre dans son lit, rencontres magiques avec Robert Johnson qui l'invite à l'enregistrement d'un disque, avec une autre célébrité avec qui il improvise un boeuf, etc... On le suit à l'enregistrement de son premier disque, à la découverte de son propre disque vinyl, à ses fantasmes de grandeur dans une chambre d'hotel pourrie, à sa chute aussi.

Bref, c'est l'histoire d'un homme qui vit pour le blues et ne peut vivre sans la musique.

L'auteur intercale de nombreuses références dans son récit : chansons de Robert Johnson et autres bluesman, décès de ce dernier, mentions de Charley Patton, Son House, Big Bill Bronzy, etc... Cela donne un album très réaliste qui, par les détails et l'ambiance d'époque, font revivre l'âme du blues.

 

Au niveau du dessin, Duchazeau reprend ici le même genre de travail graphique que sur Les vaincus : du noir et blanc absolument magnifique qui magnifie l'univers du blues noir. L'ombre et la lumière sont beaucoup utilisés, les personnages parfois simplement esquissés pourtant il en ressort une grande force. Il y a quelques pleines pages formidables.

 

Vous l'aurez compris, j'ai adoré cet album ! Lu en écoutant un album de Robert Johnson, je me suis totalement immergée dans cet univers passionnant !

Le rêve de Météor Slim est donc une formidable plongée dans le monde du blues, dans une époque où tout était encore possible à travers la musique, où les rêves cristallisent tous les espoirs au risque de les voir se briser. Je le conseille plus que chaudement aux amateurs de blues et aux autres !

 

(Maintenant, il faudrait que je lise Lomax ! )


 

D'autres avis :

Joelle - Mango - Yvan -


 

 

reve-de-meteor-slim-03.jpg

 

reve-de-meteor-slim-04.jpg

 

reve-de-meteor-slim-05.jpg

 

 


Titre : Le rêve de Météor Slim

Auteur : Frantz Duchazeau

Editeur : Sarbacane

Parution : Février 2008

  160 pages 

Prix : 23€ 


 

 

bd du mercredi

 

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27 septembre 2011 2 27 /09 /septembre /2011 07:00

cahier-d-aziz-01.pngChowra Makaremi est une française d'origine iranienne. En 2004, elle découvre un cahier où son grand-père Aziz y consignait les années noires de ses 2 filles disparues dans les méandres de la République islamique iranienne, afin que ses petits-enfants apprennent les détails de leur disparition.

C'est donc le destin tragique de la mère et de la tante de l'auteur qui sont à découvrir ici. Constitué des carnets de son grand-père, l'ouvrage présente également la correspondance croisée des deux jeunes femmes et de leur père, ainsi que le récit de Chowra quant à sa rencontre avec les cahiers de son grand-père.

 

Les notes d'Aziz vont nous plonger au coeur de la révolution iranienne de 1979 et de la répression qui a suivie. Fataneh et Fatemeh, la mère de l'auteur, sont des militantes du parti des mojahedins, principal mouvement qui oeuvra contre la dictature du Shah et qui permit la mise en place de la révolution iranienne. Pourtant, peu après, le mouvement est durement réprimé. Les 2 soeurs sont arrêtés en 1981 et 1982 et vont désormais devoir faire face à de nombreuses tortures et pressions. Fataneh, enceinte, passera quelques mois en prison avant d'être exécutée, après différents simulacres de mort. La mère de Chowra passera 7 années terribles en prison où elle doit affronter interrogatoires musclés, transferts intempestifs, et tortures. Elle sera finalement tuée lors d'une action d'envergure d'exécutions d'opposants. Les corps ne seront jamais rendus à la famille qui aura interdiction de pleurer et de "célébrer" le deuil.


Le cahier d'Aziz, débuté en 1988 jusqu'en 1994, est donc le témoignage d'un homme qui voit ses filles menacées et craint chaque jour pour leur vie. Dans un récit linéaire (mais découpé en chapitres par sa petite-fille), Aziz raconte la peur, les incertitudes, et les multiples recherches. Courant d'une administration à une autre, il tente de connaître le sort de ses filles, essaye de les aider et de les libérer. Il fait passer des colis de nourriture. Des visites familiales seront parfois autorisées mais la peur demeure toujours. La première est exécutée, le désespoir s'abat. Il faut trouver de l'argent, s'occuper des enfants orphelins alors que leur père s'est réfugié en Europe. Le père et la mère découvre peu à peu la déchéance physique de leur fille et leur demande vainement de signer des confessions. Mais les 2 soeurs resteront fidèles à leur engagement et refuseront de se plier à leurs geôliers jusqu'à la mort. 

Bref, c'est l'amour et la détresse d'un père qui est à lire ici.

Mais au-delà du témoignage personnel, c'est également un texte à la portée plus globale qui se révèle une véritable immersion dans les coulisses de la République islamique mise en place par Khomeiny. La répression fut considérable et les morts se comptent en dizaine de milliers. Les corps ont disparus, les tombes sont souvent inexistantes ou fausses et certains détenus sont encore en prison aujourd'hui. Les responsables des massacres sont toujours au pouvoir et l'Iran continue de nier les libertés individuelles.

 

cahier-d-aziz-02.jpgFemmes révolutionnaires - Téhéran, 1979

 

Les cahiers d'Aziz non destinés à être publiés mais à faire connaître la vérité aux 2 enfants de Fatameh présente le défaut de ne pas être très écrit. La construction est un peu bancale, les références parfois peu explicites pour les néophytes en histoire iranienne. Chowra y a d'ailleurs adjoint de nombreuses notes permettant de comprendre le contexte historique de l'Iran, les allusions religieuses et autres spécificités propre à cette culture. On regrettera qu'elles aient été regroupées en fin d'ouvrage au lieu du bas de page, obligeant à un constant aller-retour.

La correspondance et l'histoire du carnet qui suivent les mémoires d'Aziz sont un ajout intéressant qui permettent de mieux mettre en perspective le contexte d'écriture du cahier, la réflexion qui s'est engagé sur l'intérêt de sa publication.

Je dois dire que ce fut, pour ma part, une très intéressante découverte. Je connaissais assez mal l'Iran et plonger dans le passé de cette république dictatoriale permet de mieux comprendre la situation du pays aujourd'hui. Mais malgré les explications de l'auteur, je regrette de ne pas avoir totalement perçu toutes les subtilités historiques des faits. J'ai dû me reporter parfois à quelques recherches sur internet pour mieux comprendre l'enchaînement de certains actes. Le manque de certaines clés personnelles ont certainement été néfastes à la compréhension totale de tous les tenants et aboutissants.

Néanmoins, je comprends l'importance que Chowra donne à ce texte. Outre la forte charge émotionnelle de l'histoire tragique de cette famille, on assiste à une sorte de décryptage intérieur des méthodes de la dictature de l'époque dont on peut malheureusement craindre qu'elle n'ait pas totalement changé...

Dans notre monde d'aujourd'hui, il me semble important de savoir que de telle choses sont encore possibles. Des faits dont on ne parle peut-être pas tous les jours aux informations et qu'il me semble bon de connaître.

 

"C’est dans l’intensité étrange et brute de cette parole arrachée à la mort que la certitude a pris forme : le cahier d’Aziz devait être publié. Il témoignait, à travers le récit d’un homme qui confessait "prendre la plume en l’une des rares occasions de sa vie", de ces moments où l’histoire pénètre les vies individuelles et en façonne aussi bien le cours que la texture même. Ces moments où les destins singuliers, les expériences subjectives du temps et les événements du siècle se fondent dans un même creuset brûlant, aux bords duquel se retourne, les yeux écarquillés, un père au soir de sa vie. "

 

Bref, si Le cahier d'Aziz manque d'une certaine profondeur, d'une vue plus globale des faits qui ouvrirait la réflexion sur la dictature iranienne en elle-même, (mais cela, de par le contexte et le but de son écriture originelle même), il n'en demeure pas moins que cet homme est un témoin de son temps et de son époque et que les crimes, quels qu'ils soient, doivent être dits et connus.

 

« Comment des milliers d’hommes et de femmes, prisonniers politiques, furent exécutés et ce qu’ils vécurent. Comme l’écrit mon grand-père par une dénégation dont je comprends et épouse la tension : "Que cela ne reste pas non dit." »

 

cahier-d-aziz-03.jpgSection femmes de la Prison d’Evin - Laleh Sherkat


 

D'autres avis :

La Recherche - Lucie -

 


Titre : Le cahier d'Aziz

Auteur : Chowra Makaremi

Editeur : Gallimard, Témoins

Parution : Avril 2011

  199 pages 

Prix : 16,90€


 

prix lectrices ELLE

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Published by Choco - dans Essai
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26 septembre 2011 1 26 /09 /septembre /2011 07:01

 

Voilà une petite vidéo découverte chez Bauchette.

La recevoir à nouveau par un ami me rappelle que je voulais vous la montrer au cas où vous ne l'auriez pas encore découvert.

 

Elle est tout simplement géniale !

En ces temps tourmentés qui voit l'ebook déferler.... voilà qui remet les choses en place !

 

 

 

 

 

 

 

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Humeur

Le 26 Août 2013 :
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