Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
26 septembre 2011 1 26 /09 /septembre /2011 07:00

poete-de-gaza-01.jpg

Nous sommes en Israël, un pays où la tension entre arabes, palestiniens et juifs est toujours autant d'actualité. Le narrateur (dont nous ne connaîtrons pas le nom) est un agent des services secrets israéliens. Chargé de déjouer les attentats suicides, son service est à cran depuis qu'un suspect susceptible de tout faire sauter a été identifié. Son implication est telle qu'il délaisse depuis quelque temps sa femme et son fils pour se consacrer à plein temps à son travail. Planques nocturnes, interrogatoires musclés, coups de fil à toute heure, absences du domicile plusieurs jours à la suite, la vie n'est pas simple.

Notre agent est, de plus, chargé d'une autre mission : il doit s'infiltrer auprès d'une romancière israélienne, Dafna, pour se rapprocher du fils d'un de ses amis, tueur patenté.

 

La 4ème de couverture annonce un "thriller captivant" : oubliez-ça. Loin d'être un de ces récits trépidants, il s'agit plutôt ici d'un roman noir qui nous plonge dans la noirceur et les difficultés d'une société qui vit au quotidien avec la violence. A travers le narrateur qui navigue entre le monde civil et les terroristes, voici le portrait sans concession d'un homme noyé sous ses contradictions, à l'image du pays qu'il habite.

 

Le lecteur suit le quotidien de cet agent qui s'organise donc entre ses différentes missions et obligations. D'un côté, il se fait passer pour un apprenti-écrivain qui cherche à apprendre auprès de Dafna les clés de l'écriture. Peu à peu, au fur et à mesure de leurs cours, il se rapproche d'elle et noue des liens affectifs. Le but : la mettre en confiance pour pouvoir lui proposer d'organiser le retour en Israël de son ami Hani coincé à Gaza, mourant du cancer, et surtout de son fils, militant palestinien. En échange, l'agent s'engage à sauver le fils de Dafna des profondeurs de la drogue et de des dettes contractés auprès de trafiquants. Une charge supplémentaire à un homme qui n'en manquait pas.

Car mis à part, ces séances hebdomadaires, le narrateur est mis sous pression : il doit absolument débusquer le futur poseur de bombes. Les interrogatoires se succèdent et se terminent mal pour certains. Notre homme est quelque peu écarté et se doit de passer chez le psy. Ce dernier le vis mal, surtout que sa femme tente désespérément de l'éloigner un peu du travail pour qu'il se consacre un peu plus à sa famille.

  poete-de-gaza-02.jpg

Au final, il s'agit ici d'un homme ordinaire, ni surhomme, ni je m'en foutiste qui tente de se battre et d'apporter la paix... en usant parfois de violence. Un homme devenu presque une machine sans états d'âme afin de mener à bien son objectif d'éliminer les terroristes. Un homme qui a dû enfouir ses propres émotions pour mieux affronter le monde. Un homme qui se bat au quotidien pour la sûreté de civils qui le lui rendent parfois bien mal. Paradoxalement, sa femme lui reproche son absence sans comprendre qu'il le fait aussi pour la sécurité de sa famille.

 

" J’ai jeté ma serviette sur la table et j’ai dit quelques choses sur le fait que je les protégeais, elle et toutes les enflures merdiques assises autour de nous, que je leur évitais de se retrouver en fin de soirée transformées en chair à saucisse dégoulinante sur les murs, laissées aux bons soins des gars de l’unité d’identification des victimes d’attentat."

 

Lui-même s'est perdu et a oublié ses valeurs dans l'engrenage policier. Il est presque honteux de celui qu'il est devenu.

 

" J’avais honte de moi et les paroles qui sortaient de ma bouche me dégoutaient à tel point que le suspect assis en face de moi m’a paru, lui, d’une grande dignité. Si jamais je me retrouvais dans sa situation me suis-je encore dit, j’espère que j’aurai la force de me conduire comme lui. "

 

Ancien pacifiste, il use aujourd'hui de la violence comme ceux contre lesquels il se bat. Étrange paradoxe.

Sa mise à pied, ses visites à Dafna, sa présence auprès du poète mourant, le départ probable de sa famille à l'étranger provoquent en lui questionnements et remise en question. Il perd ses certitudes et se sent totalement déstabilisé, essayant de se raccrocher à ce qu'il connaît.

Bref, c'est à une vision très désabusée que nous avons de l'homme et même d'Israël. Le pays est en guerre depuis tant d'années qu'on en oublie la date de commencement. La population se débat avec les risques quotidiens, se déplace en passant des barrages policiers. Les jeunes sans espoir qui n'attendent plus rien du futur tombent dans la drogue et se fichent de la famille.

 

poete-de-gaza-03.jpgVoilà donc un roman plutôt différent de ce que l'on lit habituellement, pourtant je ne suis pas totalement rentrée dedans. Israël est peut-être un univers qui m'est un peu lointain et peu attirant (malgré un voyage qui date de ma jeunesse). Peut-être qu'il me manquait des clés historiques pour en apprécier toute la finesse. Je m'attendais à un vrai roman policier mais c'est plutôt à un portrait de la société israélienne auquel j'ai eu droit. Un portrait intéressant mais qui m'a laissé un goût d'inachevé. Car nous découvrons tout sous le prisme de l'agent et le récit se limite finalement à son propre quotidien. J'aurais aimé que l'incursion dans la société israélienne soit plus prononcée. Si le portrait psychologique est assez bien amené, j'aurais également souhaité aller un peu plus en profondeur.

Le rythme de l'intrigue est donc assez lent : pas de gros rebondissements même si l'on sent que la pression sur les épaules du narrateur s'accentue. La conclusion du roman ne m'a pas non plus totalement convaincue. Ne refermant pas totalement les faits, il laisse un goût amer dans la bouche, reflétant en ça certainement les sentiments du personnage principal.

 

Le poète de Gaza est donc le portrait d'un homme en pleine remise en cause, d'une génération déçue qui a dû sacrifier ses aspirations de paix, ses espoirs pour assumer le quotidien. Un roman qui pose de nombreuses questions sur l'avenir d'un pays et de ses habitants. Un avenir dont il reste tout à construire.

Un roman sans manichéisme qui ne m'a pas totalement emballée mais qui me semble important à lire pour tout ce qu'il montre sur les relations israélo-palestiniennes et sur la complexité de se situer dans le conflit en gardant ses valeurs et sa propre humanité.

 

D'autres avis :

Claude Le Nocher - Lucie - Leiloona

 

Liens :

Premières pages à lire

 

Photos : ©Steeve Iuncker

 


Titre : Le poète de Gaza

Auteur : Yishaï Sarid

Editeur : Actes sud, Actes noirs

Parution : Janvier 2011

  220 pages 

Prix : 20€


prix lectrices ELLE

Partager cet article

Published by Choco - dans Polar
commenter cet article
25 septembre 2011 7 25 /09 /septembre /2011 07:00

 

cimetiere-thiers-05.jpg

Cimetière de Thiers

 

 

Les dimanches en photos sont aussi chez : 

 Liyah, Tiphanie, Choupynette, Fleur, Liliba, SeriaLecteur, Margotte, Estellecalim.


Partager cet article

25 septembre 2011 7 25 /09 /septembre /2011 06:59

challenge In the mood for Japan

Le challenge In the mood for Japan s'est terminé il y a presque 3 mois...

et je n'avais toujours pas fait le bilan....

Honteux, vous pourriez dire !

 

C'est que, en fait, je souhaitais lancer un nouveau challenge autour du Japon en même temps que le bilan de l'ancien, mais l'envie de me relancer dans un défi qui prend du temps à gérer m'avait quelque peu abandonné.

Aussi, le bilan avait été repoussé.

 

Bref, il était tout de même plus que temps que je clôture officiellement ce dernier !

 

---------------------------

 

Vous aviez été très nombreux à suivre le mouvement.

Certains ont fermés leur blog ou l'ont laissés à l'abandon. D'autres se sont inscrits et ont oubliés le challenge.

Mais après une épuration de mes listes, il s'avère au final que vous avez été 62 participants actifs !

 

24 challengeurs en niveau Ronin dont 13 qui ont atteint leur objectifs de 3 titres.

En niveau samourai, c'est tout de même 25 participants qui ont tentés les 6 romans. Seuls 10 auront été jusqu'au bout.

Enfin, au niveau ultime de sensei, on retrouve 13 lecteurs qui se sont lancés pour les 12 titres. Nous avons été 7 à atteindre notre objectif !

 

Finalement, on peut constater que pour chaque catégorie, seule la moitié des participants est allé jusqu'au bout du défi ! Ce qui est somme toute plutôt pas mal !

Le lecteur qui comptabilise le plus de lectures est :

ben moi, avec 20 billets , suivi de Jana avec 14 titres.

 

Du côté des auteurs, grace à vous tous, nous avons abordés 65 auteurs japonais différents !

On trouve également 8 auteurs d'essais et 7 écrivains-voyageurs.

En tout, on peut compter 164 titres différents.

 

Je dois dire que je suis très impressionnée au final par ce chiffre !

Malgré quelques auteurs qui sont sortis du lot, vous avez fait preuve d'une grande diversité dans vos choix.

 

Je vous remercie tous vraiment d'avoir plongé avec moi sur les terres japonaises !

que vous en ayez lu 1 ou 10, vous m'avez permis de faire de nombreuses découvertes ainsi qu'aux autres participants, j'espère !

 

-------------------------

 

Alors voilà, maintenant, la question se pose de lancer un nouveau challenge Japon.

Pour tout vous dire, j'étais partie cet été sur un projet commun avec une autre blogueuse.

Je m'occupais des textes japonais et elle se chargeait des images du Japon.

Puis la motivation s'est éteinte de mon côté en cours de route...

Il y a peu, mon associée s'est lancée en solo !

Aussi, je vous invite chaleureusement à découvrir le blog de Kaeru et son challenge Images du Japon !

Un défi de lecture qui dure une année et se concentre sur tout ce qui est images :

mangas, albums jeunesse, livre d'art, carnet de voyage, etc...

 

Et de mon côté... et bien, je ne sais toujours pas !

Pour être très honnête, écrire ce petit bilan vient de me remotiver un peu ^^

De plus, je constate que, ces derniers temps, les romans japonais se font plus rares sur la blogosphère.

Est-ce le hasard ou le challenge a-t'il eu un réel impact sur vos lectures ?

 

Seriez-vous à nouveau partant pour un challenge japonais ?

N'en avez-vous pas assez que je vous saoûle avec mes japonaiseries ?

Avez-vous des arguments chocs ou même des suggestions pour un nouveau challenge ?

 

La balle est sûrement dans votre camp !

 


Partager cet article

Published by Choco - dans Challenges
commenter cet article
24 septembre 2011 6 24 /09 /septembre /2011 12:27

Choco Shoot 01

 

Amis photographes,

Je vous rappelle qu'il vous reste une semaine

pour m'envoyer votre photo pour le concours

Féminité

 

A ce jour, il n' y a que 4 participations...

Les filles ne seraient-elles que peu inspirées par leur propre nature ?!

Partager cet article

Published by Choco - dans Choco Shoot
commenter cet article
24 septembre 2011 6 24 /09 /septembre /2011 11:47

 

minoru-hirata-01.jpgCliquez sur les photos pour agrandir


 

minoru-hirata-02.jpg

 

minoru-hirata-03.jpg

 

minoru-hirata-04.jpg

 

minoru-hirata-05.jpg

 

minoru-hirata-06.jpg

 

minoru-hirata-07.jpg

 

minoru-hirata-08.jpg

 

minoru-hirata-09.jpg

 

minoru-hirata-10.jpg

 

Partager cet article

Published by Choco - dans Photographie
commenter cet article
23 septembre 2011 5 23 /09 /septembre /2011 07:00

page-noire-01.jpgKerry est une jeune critique littéraire qui essaie de faire son trou. Admirant l'oeuvre de Mc Neal, écrivain très mystérieux qui ne laisse filtrer aucune information sur sa vie ou même son image, elle va tenter de démasquer cet homme qui se cache et ramener le scoop de sa carrière.

Parrallèlement, nous suivons Afia, une palestinienne orpheline qui tente de se reconstruire après un passage en prison pour prostitution et drogue.

Les 2 intrigues n'ont rien à voir ensemble... et pourtant !

 

Voilà un récit croisé fort intriguant. Kerry pénètre l'intimité de l'écrivain à force de ruses et réussit à s'attirer sa sympathie...et plus si affinités. Pourtant notre journaliste se débat également avec quelques soucis familiaux : son père, avec qui elle est fâchée depuis quelques années pour divergence d'opinion quant à sa carrière, est en train de se mourrir d'un cancer. Son seul souhait est de lui prouver qu'il avait tort et de lui montrer sa réussite professionnelle.

Afia, de son côté, est également une jeune femme tourmentée. Des cauchemars l'assaillent toutes les nuits et lui donnent à voir des bribes d'un passé qu'elle ne comprend pas. Pourtant, elle tente tant bien que mal de s'en sortir et son quotidien dans un centre social lui offre l'espoir d'un avenir meilleur où elle aidera les autres.

 

Le lecteur comprend, dès le départ, que l'histoire d'Afia est le futur roman de Mc Neal que Kerry vient d'obtenir. Les 2 intrigues alternent et sont parfaitement identifiables par 2 styles graphiques différents. Le récit avance lentement mais le mystère autour de l'écrivain s'épaissit alors que peu à peu les souvenirs d'Afia se font jour. La tension monte jusqu'à ce que vérité et fiction se mélange de manière surprenante et intelligente...

 

L'intrigue en quinconce qui nous permet d'avancer tour à tour sur les 2 récits est très intéressante. L'idée d'introduire 2 styles graphiques différents est aussi très efficace et se passe d'explication au niveau de la narration. Le lecteur ne se perd pas dans ces 2 temporalités et les différencie bien. Du coup, lorsque celles-ci se recoupent, l'incompréhension et la surprise est tout aussi importante pour nous que pour Kerry qui ne comprendra rien à ce qui lui arrive.

La réflexion sur le travail d'auteur est aussi en quelque sorte une mise en abyme du propre travail des auteurs et offre une belle piste de réflexion.

Pourtant, contrairement à toute attente, je dois dire que j'ai été déçue par cet album... Je ne suis pas du tout rentrée dans l'histoire...


Si les personnages de Mc Neal et d'Afia m'on parus fouillés et suffisamment intriguants, j'ai trouvé Kerry pas totalement crédible. Son histoire d'amour avec l'écrivain tombe comme un cheveu sur la soupe et m'a semblé totalement irréaliste (genre il se connaissent depuis 3 jours et s'aiment passionnément). Elle tente de faire pleurer dans les chaumières avec son histoire personnelle un peu miteuse. Bref, elle m'a été très antipathique.

Malheureusement, j'ai trouvé que le dessin ne l'a mettait pas plus en valeur, elle comme le reste...

Comme je le disais, il y a 2 genres de dessin. Le premier, associé à Afia, est dans une ligne plutôt claire, de genre classique avec une majorité de teintes bleues, grises et vertes. Le récit autour d'Afia est au contraire, plus chaleureux. Les couleurs sont rouge clair, orange, saumon et les traits plus fondus, plus doux.

Si la partie concernant Afia m'a plu, je n'ai pas du tout mais alors pas du tout accroché à l'autre section. Les personnages, en particulier Kerry, sont grimaçants et figés. Les décors sont réduits à un simple aplat de couleur sur certaines cases. La réunion graphique de ces 2 styles en fin d'album ne m'a pas beaucoup plus convaincue, gardant les défauts relevés ci-dessus.

De plus, si l'intrigue en elle-même tient parfaitement la route, la fin m'a laissée un peu dubitative et j'ai refermé l'album avec un "tout ça pour ça ?"

 

Au final, Page noire est une grosse déception pour moi qui avait pourtant tant aimé le Berceuse assassine de Ralph Meyer, un de mes premiers coups de coeur en BD... où son dessin était autrement plus fin et travaillé, je trouve. C'est dommage, l'histoire avait tout pour plaire : une intrigue puzzle à reconstituer, des personnages aux psychologies poussées, une réflexion sur le travail d'écriture,le pardon et la redemption, un arrière-fond historique même... La rencontre a été ratée... alors que je n'entends que des éloges de cet album !

 

Il est à noter tout de même la belle performance des 2 scénaristes. Chacun s'est attribué une partie des 2 intrigues avant de se rejoindre dans les dernières planches en même temps que Kerry et Afia. Une idée originale qui a dû demander une certaine complicité entre les 3 auteurs !

 

 

D'autres avis :

Mo' - Yvan - Joelle - Papillon - Antigone - Jean-Mi -

 

Liens :

Premières pages à lire

 

page-noire-04.jpg

 


page-noire-05.jpg

 

page-noire-02.jpg

 


page-noire-03.jpg

 

 


Titre : Page noire

Scénaristes : Frank Giroud / Denis Lapière

Dessinateur : Ralph Meyer

Editeur : Futuropolis

Parution : Août 2010

  104 pages 

Prix : 18€


 

palseches

Partager cet article

Published by Choco - dans Bande dessinée
commenter cet article
22 septembre 2011 4 22 /09 /septembre /2011 07:00

urkas-01.jpgUrkas ! est une autobiographie, sous forme de roman. Son auteur explique qu'il s'appuie beaucoup sur les propos de son grand-père et donc qu'il a une part de conte et de réinterprétation des faits.

Nicolaï raconte sa jeunesse sibérienne en Transnitrie. Qu'est-ce que la Transnitrie me direz-vous ? Non, ce n'est pas un pays imaginaire. Il s'agit d'un petit état indépendant et non reconnu, coincé entre la Moldavie et l'Ukraine. Il s'avère que de nombreux sibériens ont été déportés contre leur gré dans cette partie du monde. On ignore presque tout de ces exils en masse : La Russie a détruit les archives et seules la mémoire des anciens rappellent ce fait.

 

Nicolaï grandit donc dans cette communauté sibérienne où les tous les membres vivent entre eux. C'est un univers très fermé où la violence est omniprésente.

Mais une violence contre-balancée par un code d'honneur très rigoureux qui valorise l'entraide et l'humilité.

Les sibériens se considèrent comme des bandits, vivant de menus larcins : vols, trafics qui parfois amènent aussi le meurtre. Ils font preuve d'une haine viscérale envers les policiers. Les hommes ne sont d'ailleurs pas autorisés à leur parler directement et doivent passer par l'intermédiaire d'une femme. Si le meurtre n'est pas une fin en soi (on se bagarre plus qu'on ne tue), il peut devenir une sanction pour une traitrise, pour une question d'honneur, etc... Par exemple, le viol d'une jeune-fille peut devenir une véritable vendetta contre le coupable.

Les régles sibériennes font appel à une codification très développée dans tous types de rapports : salutations, demande d'aide, accueil au domicile, visites à d'autres communautés criminelles,... Alors que l'homosexualité est totalement réprimé, ils ont un profond respect pour les handicapés qu'ils protègent de l'agressivité des autres et sont très religieux. Une religion qui fait se cotoyer Dieu et d'autres croyances plus folkloriques. L'humilité est toujours de mise et la modernité venue des Etats-Unis proscrite. L'idée de liberté est complètement sacré.

 

"Seul celui qui apprécie vraiment la vie et la liberté, et qui combat jusqu'au bout, mérite de vivre libre... Même si  c'est une simple poule. "


Vous l'aurez compris donc, les sibériens ne sont pas des tendres et l'éducation de leurs enfants en est aussi le reflet. Les enfants cotoient dès leur plus jeune âge les armes auquels les sibériens vouent un véritable culte. La possession de sa première pique (couteau) est un véritable évènement dans la vie d'un garçon qui se voit intégré à la communauté criminelle. Les enfants apprennent à grandir avec la mort pour ne pas la craindre. Leur éducation se fait auprès des vieux criminels et à 12 ans, on leur demande de choisir leur future voie.

L'auteur est le parfait symbole de ces traditions : Il obtient sa première pique à 6 ans, connait les centres de redressement pour mineurs avant de découvrir la prison à 13 ans. Mais le métier que se choisit Nicolaï est celui de tatoueur, fasciné par les symboles complexes tatoués sur ses aînés.

  urkas-02.jpg

Si Urkas ! est autobiographique, il se lit néanmoins comme un roman. A travers la jeunesse de l'auteur, on découvre toute une société secrète dont les règles sont très clairement définis. Qui les enfreint s'expose à des représailles. Une communauté très ambivalente qui oscille entre la violence la plus extrême et un certain honneur dans leurs règles de vie qui démontre aussi une certaine bonté chez ces hommes.

L'auteur adopte un ton assez détaché pour décrire cette société et devant la violence des faits. Cela pourra peut-être en hérisser certains. On plongera par exemple dans le quotidien de prisons totalement effroyables où les viols et humiliations sont quotidiennes entre les adolescents, où les gardiens utilisent les enfants pour tourner des films pornos, où on prend une douche par mois (âmes sensibles s'abstenir). Mais la distance ou la froideur que l'auteur donne à son texte donne ici une vérité nue, sans rien cacher, sans enjoliver. Sans misérabilisme non plus. Et finalement, c'est presque à un texte documentaire que nous assistons tant les informations sont riches et presque sans parti-pris. L'auteur donne à voir sa communauté, ses proches tels qu'ils sont, avec leurs qualités et leurs défauts.


Mais loin d'être un récit linéaire de ses premières années, Nicolai donne du rythme à son récit en intégrant de nombreuses anecdotes qui permettent d'enrichir un peu plus l'idée que l'on peut avoir de cette communauté ou de son éducation. On reprochera peut-être à certaines d'être un peu longue mais au final l'auteur réussit toujours à retomber sur ses pattes et à recadrer le récit.

On peut citer par exemple tout un chapitre qui aborde le sujet du tatouage sibérien : une partie qui m'a véritablement passionnée ! Tout aussi codifié que les règles de vie, il répond à des normes bien précises mais secrètes. Nicolaï apprend à "lire" sur le corps de chaque criminel la vie qu'ils ont menés. Les tatoueurs sibériens ne sont pas considérés comme des criminels, ils ne tuent pas. Pourtant en URSS, c'est un crime passible de prison.


urkas-03.jpgBref, ce n'est pas un récit ni une enfance légère que vous découvrirez ici. Les bagarres vont se succéder et il faut lutter constamment pour sa survie. Pourtant, malgré la violence, on se prend à éprouver de l'affection pour ces personnages hors-normes. Si l'auteur décrit sans concessions sa communauté, on décèle un véritable amour pour celle qui l'a vu grandir en son sein. Car au delà de sa propre histoire, Urkas est surtout un récit témoignage d'une communauté qui n'existe plus. L'auteur le reconnait lui-même. Les règles ne sont plus respectés, les vieux ont disparus et les traditions séculaires avec eux. Les plus jeunes se sont laissés influencés par l'argent et le pouvoir.

Nicolaï Lilin a quitté la Transnitrie en 2003 pour l'Italie qu'il considère comme sa patrie désormais. Il continue d'y excercer le métier de tatoueur et devrait nous offrir la suite de son parcours dans d'autres romans à venir.

 

Urkas s'est révélé un texte entre roman et autobiographie, un texte qui a su complètement m'embarquer dans cette société traditionnelle. Je me suis créé un véritable film dans ma tête en le lisant.

Après une dizaine de jours, ma lecture garde une empreinte si forte sur moi que je peux donc affirmer que j'ai eu un coup de coeur pour ce livre !

 

 

Un ouvrage que je recommande aux amateurs de cultures différentes qui n'auront pas peur de se salir un peu les yeux !

 

Extrait :

 

"Et tu sais pourquoi Dieu nous as donné une vie plus longue qu'aux animaux ?

- Non, je n'y ai jamais pensé...

- Parce que les animaux vivent en suivant leurs instincts et ne font pas d'erreurs. L'homme vit en suivant sa raison, il consacre donc une partie de sa vie à faire des erreurs, une autre à les comprendre, et une troisième à tenter de vivre sans se tromper. "


 

D'autres avis :

Saraswati - Emeraude - Diddy

 

Liens :

Le Myspace de l'auteur où vous pourrez découvrir des photos de son travail de tatoueur

Son site personnel (en italien)

Interview vidéo et Interview écrite de l'auteur



Titre : Urkas ! Itinéraire d'un parfait bandit sibérien

Auteur : Nicolaï Lilin

Editeur : Denoël

Parution : Août 2010

  493 pages 

Prix : 23,50€

 




Partager cet article

21 septembre 2011 3 21 /09 /septembre /2011 07:00

princesses aussi 01Un homme sur un lit d'hôpital réussit à s'échapper en neutralisant un infirmier. Il se procure une arme et s'enfuit à bord d'une van qui le prend en stop. Ses occupants sont un couple en vadrouille qui a décidé de larguer les amarres et qui se retrouve bientôt pris en otage par leur auto-stoppeur. L'homme semble perturbé, traqué à la limite de la paranoïa : peur des caméras, des portables repérables, des espions d'industriel, etc. Où est le vrai, où le faux ,

Parallèlement, nous suivons un autre homme : il s'achète des baskets, il fait son jogging, il fume sur la plage, ...Plus loin, on le découvre chez lui avec sa famille. Mais nous ne verrons pas son visage.

Des corrélations se font parfois : même lieu, même van, même objet du décor. Mais impossible de relier les 2 histoires...jusqu'à la pirouette finale.

 

Chabouté nous offre ici encore un récit surprenant qui prend tout son sens dans les dernières pages par une de ses inventions finales qu'il a coutume d'utiliser.

Et c'est pour cela qu'il va m'être très difficile d'évoquer et d'analyser le sujet de cet album car cela vous gâcherait totalement la surprise. Tout ce que vous devez savoir c'est que l'imagination a une fois encore le rôle principal !

Les personnages sont intéressants, tout particulièrement Jorn le paranoïaque et le mari. Ce dernier fait usage de nombreuses réparties ironiques devant la catastrophisme presque pathétique du fuyard qui ne lui fait aucunement peur et son franc-parler est assez savoureux. On regrettera juste que la femme soit trop effacée et n'ait pas un rôle d'importance ici.

La relation entre ces 2 est très intéressante. Loin d'être celle de victime à bourreau, une certaine entente s'installe entre eux, presque une complicité. POur le couple, Jorn est l'élément perturbateur qui vient animer leur vie.

Néanmoins, le récit semble ne mener nulle part, on s'impatiente et l'incompréhension gêne/

POurtant, ce n'est que dans le dernier quart de l'album que le lecteur pourra éventuellement recoller les morceaux du puzzle. Une deuxième lecture vous permettra d'ailleurs d'identifier les signaux antérieurs, les petits détails imperceptibles que vous ne pouviez pas comprendre ou prendre la peine de relever avant. Bref, le procédé est inventif et montre une belle mise en abyme...

 

Au niveau du dessin, pas de surprise. C'est du Chabouté pur-jus. On retrouve le même types de visages, ce même noir et blanc ponctué de grand aplats sombres, de même découpage des cases et de l'action qui ralentit le rythme pour mieux le mettre en valeur.

 

Pourtant, je dois le reconnaître ma première lecture m'a laissé un peu perplexe. On reste effectivement un peu en dehors de l'histoire à cause de l'incompréhension. Il aura fallu la deuxième lecture pour que j'apprécie au mieux l'intrigue déconstruite qui nous est offerte ici. Le seul bémol que je soulignerais, c'est peut-être la toute fin de l'histoire (après la révélation) qui m'a semblé manquer un peu de contenu.

Au final, Les princesses aussi vont au petit coin (origine du titre dans la dernière planche) est un album très intéressant dont le sujet est.... ah oui, je ne peux pas vous parler du sujet... lisez-le donc !

 

 

D'autres avis :

Jérôme -

 

Lien :

Interview de l'auteur (attention spoiler dans l'avant-dernière question)

 


princesses-aussi-02.jpg

 

 

 

princesses-aussi-03.jpg

 

 

princesses-aussi-04.jpg

 

 

princesses-aussi-05.jpg


 


Titre : Les princesses aussi vont au petit coin

Auteur : Chabouté

Editeur : Vents d'ouest

Date de parution : Avril 2011

  106 pages

Prix : 17,99€


 

 

bd du mercredi

 

Partager cet article

Published by Choco - dans Bande dessinée
commenter cet article
20 septembre 2011 2 20 /09 /septembre /2011 07:00

septieme-vague-01.jpgLa lecture de Quand souffle le vent du nord m'avait fort enthousiasmé et je n'ai pu que céder, comme les autres, à la suite du roman.


(Attention spoiler sur le tome 1)

A la fin du premier tome, Emmy et Leo avaient cessés toute relation épistolaire, suite au départ de Léo qui avait choisi de couper tous les liens afin de sauver le couple marital d'Emmy.

Nous retrouvons nos 2 héros plusieurs mois plus tard. Emmy réactive leur relation par quelques mails auquel finit de répondre le gentil Léo. Les échanges reprennent comme au premier jour et les personnages reprennent leur flirt amoureux. Pourtant Emmy continue de vivre avec son mari qu'elle n'envisage pas de quitter et Léo débute une histoire d'amour avec une nouvelle compagne. Quel avenir commun pourront-ils bien construire ?

 

Rien de neuf sous le soleil donc. On reprend les mêmes et on recommence.

Autant, j'avais apprécié la fine analyse qui était faite des rapports amoureux par internet dans le premier tome, autant ici, j'ai trouvé que tout était devenu très artificiel. L'auteur, pressé par ses lecteurs de donner suite à cette histoire, ne m'a totalement convaincue ici. La fin de son premier roman m'avait contenté et ne nécessitait pas, pour ma part, de suite.

J'ai néanmoins retrouvé avec plaisir les personnages de Quand souffle le vent du nord mais j'ai été très vite agacée par Emmy qui ne semble pas avoir évoluée d'un iota et exige de son compagnon épistolaire une attention qui parait un peu trop exigeante, au vu de sa position. Les réparties de Léo m'ont semblés moins accrocheuses, moins dynamiques. De fait, l'homme m'a paru plus raisonné que l'emporté Emmy qui se laisse déborder par ses émotions. Bref, ça m'a semblé plus forcé, plus articfiel donc.

Leur relation platonique va pourtant évoluer vers plusieurs rencontres dans la vraie vie (enfin !) qui ne feront qu'accentuer leurs tergiversations. Ils continuent de s'avouer leur attirance tout en affirmant haut et fort qu'ils n'y céderont pas.

Au final, si j'ai malgré tout dévoré le roman, cette fois-ci le charme n'a pas pris. Finalement, ce roman n'apporte rien de nouveau et semble être une redite du premier livre. La réflexion sur le couple, les relations virtuelle, tout cela avait déjà été disséquée de meilleur manière précédement.

Reste le romantisme de cette histoire qui ne m'a pas suffit...

Je vibre tellement plus quand les histoires d'amour finissent mal !


 

D'autres avis :

Les conquis : Leiloona que je remercie ! - Cynthia - Clara - Bladelor - Stephie - Cathulu - Noukette - Antigone - Keisha - Karine - Didi -

Les déçus : Miss Alfie - Fleur - Mélopée - Véro - Liliba -

 

 

 


Titre : La septième vague

Auteur : Daniel Glattauer

Editeur : Grasset

Parution : Avril 2011

  348 pages 

Prix : 18€


 

 

Partager cet article

19 septembre 2011 1 19 /09 /septembre /2011 07:00

tokyo-fin-d-un-monde-t2-01.jpgtokyo-fin-d-un-monde-t3-01.jpgJe vous avais parlé du tome 1 de cette courte série en 3 tomes, il y a peu. J'ai enfin lu la suite et fin de cette histoire.

 

Nous avions laissés la jeune Miho en plein suspense : un homme venu du futur tente d'éviter sa mort qui provoquerait la ruine future du monde. Dans ce deuxième tome, Uma Yoda essaye pour cela d'amener la jeune femme dans son propre passé afin de découvrir qui va être son meurtrier. Mais l'amnésie temporaire qui s'ensuit complique les choses...

 

Après avoir présenté l'intrigue dans le premier tome, le deuxième se concentre sur le personnage de Miho qui devient l'élément central de l'histoire. Sa mort doit être évitée à tout prix mais la possibilité d'un autre futur pèse sur ses épaules. Alors qu'elle était quelque peu transparente jusqu'à présent, son personnage prend de l'épaisseur. L'intrigue s'accélère et offre de nouvelles perspectives quant au rôle de l'inspecteur Saegusa. Néanmoins, on regrettera de nombreux flashbacks un poil embrouillés qui perturbe la lecture en obligeant à replacer difficilement les choses dans le bon ordre. Quel époque sommes-nous ? Sommes-nous face à tel personnage ou son descendant ?

 

Dans le troisième tome, on retrouve bien évidemment au premier plan Miho qui a retrouvé la mémoire. Elle fait le choix d'aller au devant de sa mort en se rendant sur le lieu de sa mort présumée. Entre ceux qui veulent la protéger et ceux qui désirent que le futur ne se modifie pas, la jeune fille doit démêler les nombreux fils de son existence.

 

Les rebondissements sont au programme mais les explications "réalistes" pas vraiment au rendez-vous. Le lecteur devra éviter de se poser trop de questions sur la dimension fantastique de certains faits. On se perd à nouveau dans les époques et les personnages. Certains plans offrent des visages grimaçants trop figés. ON notera aussi quelques vues de culotte absolument inutiles et totalement incongrues dans l'ambiance où elle apparaissent...

 

Au final, cette série qui avait bien commencé et offrait un certain potentiel s'est un peu perdu en cours de route. Si les personnages ont pu prendre suffisamment de densité, l'intrigue pêche par sa construction un peu bancale. Les éléments fantastiques qui dénotaient d'une certaine originalité ne trouvent pas ici de raisons suffisamment plausibles pour étayer l'histoire. La fin m'a plutôt déçue et laissée quelque peu dubitative. Dommage car Tokyo, fin d'un monde partait d'un postulat intéressant : la télékinésie et la lévitation qui s'évanouit par la suite dans les méandres des lignes temporelles et de ses paradoxes.

 

Aussi, je vous dirais maintenant : passez votre chemin...

 


 


Titre : Tokyo, fin d'un monde - Tome 2

Auteur : Junichi Noujou

Editeur : Delcourt

Parution : Mai 2011

  183 pages 

Prix : 6,95€

 

Titre : Tokyo, fin d'un monde - Tome 3

Auteur : Junichi Noujou

Editeur : Delcourt

Parution : Juin 2011

  180 pages 

Prix : 6,95€

 



Partager cet article

Published by Choco - dans Manga
commenter cet article

Humeur

Le 26 Août 2013 :
Le grenier de choco n'est plus...
Ce blog sera à terme supprimé.
Suivez moi désormais sur :

 

Rechercher