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1 juillet 2011 5 01 /07 /juillet /2011 15:00

 

le-pont-flottant-des-songes-01.jpgTadasu est un adulte aujourd'hui et il revient avec nostalgie sur son enfance et les 2 femmes qui ont bercées ses rêves. Sa mère Chinu le laisse orphelin à l'age de 5 ans, à la suite de complications lors de sa 2ème grossesse. Au bout de quelques années, son père décide de se remarier avec une femme un peu plus jeune que lui. L'affection que Tadasu porte à ces 2 femmes est très forte et le texte de Taniguchi est une vraie ode à l'amour.

 

Le titre Le pont flottant des songes fait référence à un célèbre texte de la littérature japonaise : Le dit de Genji.La mère de Tadasu reprend le titre d'une des parties dans un poème :

 

"En ce jour où le coucou      

A l'ermitage aux hérons      

Vient chanter                     

Le pont flottant des songes 

Est désormais franchi. "      

 

Tadasu débute le récit de ses souvenirs mais ces derniers sont un peu flous.  L'image de ses 2 mères se confond et il ne sait pas toujours exactement à laquelle des 2 femmes ils sont associés. C'est le père de Tadasu qui a voulu que la nouvelle venue prenne la place de sa première femme dans le coeur et l'esprit de son jeune fils. Elle sera renommée Chinu elle aussi et effectuera les mêmes gestes que sa première mère. Elle jouera du koto sur l'instrument de la morte et bercera le garçon en lui donnant le sein comme autrefois. Aussi, les 2 femmes finissent pas ne plus faire qu'une dans l'esprit du petit garçon, comme son père le souhaitait.


" je voudrais que tu ne penses pas que c'est une deuxième maman qui est venue, mais que c'est ta maman, celle qui t'a mis au monde, qui vit toujours et qui est revenue après avoir fait un long séjour quelque part ! D'ailleurs, même si je ne te le disais pas maintenant, tu finirais tout naturellement par le penser un jour. Tes deux mamans se fondront en une seule, et tu ne pourras plus les différencier. Ta maman s'appelait Chinu, et ta nouvelle maman s'appellera aussi Chinu ! Et de plus, elle fera tout comme l'aurait fait ta première maman, elle agira comme elle et te parlera comme elle."

 

le-pont-flottant-des-songes-02.jpgSôzu (ou shishi-odoshi)

 

Tadasu se souvient avec bonheur de la beauté des pieds nus de sa mère trempés dans l'eau de l'étang, du bruit sec et régulier du sôzu, des berceuses maternelles au creux des seins, des séances de koto que son père écoutait religieusement... A 10 ans, quand sa deuxième maman arrive, ces mêmes habitudes reprennent.

Leur vie se déroule harmonieuse et sans tâche. Chinu attend un enfant mais le bébé est très rapidement confié et éloigné à la campagne sous le prétexte qu'il reste la priorité de la famille.


"Mais à mon âge, je ne tiens pas à avoir un bébé. D'ailleurs, moi, tant que j'ai mon petit Tadasu, je suis comblée ! "

 

Tadasu grandit et continue d'aimer sa mère et de lui prodiguer affection et calineries. L'éloignement de son frère le dérange et il cherche à le retrouver mais en vain. Même son mariage sera lié à Chinu, son père lui imposant de ne pas faire d'enfant ou de les faire adopter afin qu'il se dévoue exclusivement à elle.En mauvaise santé, il espère bien que, après sa mort, son fils qui lui ressemble tant devienne le soutien de Chinu.

 

" Soucieux de renforcer encore, en prévision de ce qui se passserait après sa mort, les liens intimes que j'avais noués avec maman, ne l'avait-il pas persuadée de me considérer après sa disparition comme un autre lui-même ? "


Un bonheur sans tâches ? Des rumeurs vont pourtant bon train : la famille sort peu et on les soupçonne de relations coupables.

Et effectivement, le lecteur très attentif pourra relever quelques notations ambigües qui laisse plâner un certain doute et révèle que les choses ne sont peut-être pas si simples qu'elles y paraissent.

 

" ... plus je réfléchissais au sens caché de tout cela, et moins je comprenais ce qui s'était passé. ..."

 

Tout l'art de l'auteur est là : celui de ne pas dire toute la vérité tout en la suggérant. A travers une narration pure et délicate, Taniguchi insère dans son récit des subtilités si légères qu'on peut facilement passer dessus sans s'arrêter. Le texte mérite même une deuxième lecture afin de mieux repérerles indices.


"Je peux certes affirmer que tout ce qui est rapporté ici est strictement véridique, exempt de la moindre invention, de la moindre déformation, la vérité a néanmoins des limites, et il y a une ligne au-delà de laquelle on ne peut plus l'écrire. Aussi, bien que je n'invente rien, je ne livre pas pour autant toute la vérité. Il se peut que, par respect pour mon père, pour ma mère, pour moi-même aussi, et pour d'autres encore, je laisse de côté une partie de cette vérité. Certains diront que ne pas raconter toute la vérité, c'est déjà mentir ; je ne me risquerai pas à les contredire, c'est leur façon de voir les choses. ... [...]"

 

Au lecteur de juger ! L'auteur n'en livrera pas plus !

Le pont flottant des songes se révèle finalement un petit texte bien malsain qui va au-delà d'une simple ode à la maternité. Je vous le recommande mais sachez lire entre les lignes !



D'autres avis :

Mrs pepys - Ambroisie - Purple velvet - Jana -

 

le-pont-flottant-des-songes-03.jpg

 

CHALLENGE-2-EUROS.jpgchallenge In the mood for Japan

 

 

 

 

 

 

 

 

quinzaine nippone Quinzaine nippone - Jour 12

 

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1 juillet 2011 5 01 /07 /juillet /2011 12:00

Choco Shoot 01Choco Shoot 3 :

 

Voici les résultats en photo des participants

sur le thème :

ROUGE

 

Vous avez été 18 à être inspiré :)

Maintenant, c'est à vous de choisir votre préféré !

Votez au moyen du tableau

ou par mail si vous ne le voyez pas :

grenierdechoco@gmail.com

 

 

 

 

N'oubliez pas de cliquer sur chaque photo pour les agrandir !

 

Photo 1 :

chocoshoot-rouge-01.JPG

 

Photo 2 :

chocoshoot-rouge-02.JPG

 

Photo 3 :

chocoshoot-rouge-03.JPG

 

Photo 4 :

chocoshoot-rouge-04.JPG

 

Photo 5 : "Chat rouge"

chocoshoot-rouge-05.JPG

 

 

Photo 6 :

chocoshoot-rouge-06.JPG

 

Photo 7 :

chocoshoot-rouge-07.jpg

 

 

Photo 8 :

chocoshoot-rouge-08.JPG

 

 

Photo 9 :

chocoshoot-rouge-09.jpg

 

 

Photo 10 : "Rouge passion"

chocoshoot-rouge-10.jpg

 

 

Photo 11 :

chocoshoot-rouge-11.jpg

 

 

Photo 12 :

chocoshoot-rouge-12.jpg

 

 

Photo 13 :

chocoshoot-rouge-13.JPG

 

 

Photo 14 :

chocoshoot-rouge-14.JPG

 

 

Photo 15 : "Rouge incendiaire"

chocoshoot-rouge-15.JPG

 

 

Photo 16 :

chocoshoot rouge 16

 

 

Photo 17 :

chocoshoot-rouge-17.JPG

 

 

Photo 18 :

chocoshoot-rouge-18.jpg

 

Voilà, c'est à vous de voter !

Vous avez jusqu'au 7 juillet, minuit pour le faire.

Le tableau de vote est juste en dessous :

 


 


 

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30 juin 2011 4 30 /06 /juin /2011 14:30

 

pluie-noire-01.gif1950. La jeune Yasuko vit avec son oncle et sa tante, près d'Hiroshima. A 25 ans, elle n'est toujours pas mariée et cela inquiète sa famille. En effet, une rumeur coure dans le village disant qu'elle aurait été contaminée par la bombe atomique. Pourtant Yasuko n'était pas à Hiroshima ce jour-là et n'a reçue que la puie noire qui a suivie l'explosion de la bombe. Elle se porte bien et ne présente aucun signe de maladie. Les certificats médicaux n'y change rien, les prétendants se désistent au fur et à mesure. Alors qu'une nouvelle demande en mariage pointe son nez, son oncle Shizuma décide de prouver que la jeune fille n'a pas été touchée en faisant une copie de son journal de l'époque. Plus tard, il y ajoutera même le sien, persuadé que le mariage ne pourra qu'aboutir.

C'est ce procédé qui va permettre aux lecteurs de découvrir les évènements du 6 Août 1945 et des jours qui ont suivis.

 

Si Pluie noire est un roman et non pas un témoignage, il en possède pourtant toute la force.Il semblerait d'ailleurs que IBUSE se soit inspiré du journal d'un rescapé pour écrire un feuilleton qui est devenu par la suite Pluie noire.

Au gré des recopiages de l'oncle, le lecteur plonge dans la réalité historique du Japon en guerre et ce qu'il y découvre est assez édifiant. Des quelques heures qui précèdent la bombe à bien des années plus tard, on se rend compte de toute l'importance et la portée de ce drame.

Alors que Yasuko était à l'écart d'Hiroshima, son oncle Shizuma a vécu le désastre de l'intérieur depuis la gare d'Hiroshima sans pour autant être à l'épicentre de l'impact. L'auteur part du regard extérieur de la jeune fille avant de continuer sur le témoignage de Shizuma.

On vit avec la population le grand éclair blanc qui brûla tout sur son passage : humains, animaux, maisons, ...

Les gens ignorent ce qu'il s'est passé et parlent d'une arme nouvelle sans connaître la portée de l'irradiation qui vient de leur être porté. Les gens sont brûlés mais sans ressentir de souffrance.Certains n'ont plus de vêtements, ont la peau qui "dégouline" en lambeaux. D'autres sont coincés sous les décombres sans possibilité de s'en dégager. La folie gagne chez les plus faibles. Et alors que le feu commence à cerner la ville, la population tente de reprendre ses esprits, de sauver ce qui peut encore l'être avant de tenter de se mettre à l'abri des flammes. 

 

" À l’est de la gare se trouvait le temple de Yokogawa, mais du sanctuaire intérieur, il ne restait debout que des colonnes, Quant au pavillon extérieur, il avait complètement disparu, ne laissant qu”une place rase. Sur le chemin qui longe le parvis, il y avait des gens, tous couverts d’une espèce de cendre ou de poussière et qui tous, sans exception, saignaient de la tête, de la face, des mains, et ceux-ci étaient nus, de la poitrine, du dos, des cuisses, de partout. Il y avait une femme dont la joue trop gonflée pendait comme un sac, et qui marchait les mains en avant, comme un fantôme. Un homme, aussi nu que lorsqu’on plonge dans la piscine d’un bain public, marchait en se baissant comiquement. Une fenme en chemise courait, exténuée, en poussant des gémissements. Une autre, un bébé dans les bras, criait« De l’eau ! », et entre deux cris continuait d’essuyer les yeux de l’enfant, où était entassé quelque chose comme de la cendre. Un homme criant à tue-tête, des femmes, des enfants courant en hurlant de douleur, un homme assis au bord du chemin et agitant follement ses bras levés vers le ciel, une femme au seuil de la vieillesse priant avec ardeur, les mains jointes, auprès d’un tas de tuiles, un homme à moitié nu trottant et se heurtant à elle, et qui filait en jurant « L’idiote, la folle », un homme qui flânait, un autre en pantalon blanc qui rampait en sanglotant ha ha et avançait très lentement, voilà ce que j’ai vu en faisant cent vingt mètres à peine sur la route nationale qui va de la gare de Yokogawa, au parc de Mitaki."


On suit Shizuma, sa femme et Yasuko qui a réussi à les rejoindre dans leur traversée de la ville pour tenter de rejoindre l'usine de l'oncle où ils pourront trouver un abri. Leur chemin est un enfer, les images effroyables, la fumée étouffante mais il faut avancer coûte que coûte, en ignorant les appels à l'aide des condamnés.

Les jours suivants, nous assistons à la désorganisation complète de la ville qui tente tant bien que mal de continuer à "tourner" : manger, boire, trouver du charbon, brûler les morts qui s'accumulent. Les personnes irradiés et brûlés sont soignées par des remèdes de grand-mère et personne ne sait vraiment comment réagir face aux conséquences médicales de cette bombe, les médecins les premiers.


pluie-noire-03.jpgCe récit extrêmement fort et difficile est heureusement allégé par l'alternance de la temporalité. Pluie noire ne s'arrête donc pas au récit de la catastrophe. On revient régulièrement au temps présent et aux difficultés du mariage. Cela permet également de constater que les conséquences de la bombe restent bien présentes malgré les années. Les gens irradiés sont le plus souvent déjà morts et il en est de même pour les équipes bénévoles de secours qui ont parcouru la ville les jours suivants. Les survivants ont des difficultés à travailler, tout effort favorisant une rechute de leur état et cette situation "d'oisiveté" est pointé du doigt par certains en bonne santé, obligé de trimer. On suit par la suite l'évolution de Yasuko dont l'état de santé finit par se dégrader.


Le procédé des journaux est repris un peu plus loin pour que le lecteur puisse découvrir d'autres points de vue de la catastrophe. Le systématisme de ce parti pris semble un peu artificiel mais la force des propos efface ces imperfections pour offrir au lecteur un compte-rendu réaliste et complet des faits.

La narration est faite de manière plutôt détachée. Point de larmoyant ici pour ce drame qui se suffit amplement à lui-même.

 

C'est un livre dur, poignant qui ne laissera personne insensible et qui fera peut-être fuir les petits coeurs mais pour moi Pluie noire est un ouvrage essentiel pour qui veut comprendre l'importance historique et l'impact que fut la bombe atomique dans la vie des japonais et même du monde. A l'heure actuelle où les japonais se retrouvent face, une nouvelle fois, à une menace nucléaire d'importance, on ne peut s'empêcher de craindre le même type de conséquences sanitaires et morales pour la population.

Ce roman est un véritable plaidoyer anti-nucléaire INDISPENSABLE à découvrir !

 

A noter : l'ouvrage a été adapté au cinéma par Shôhei IMAMURA en 1989.

 

D'autres avis :

Sandy -

 

 

Pluie noire

IBUSE Masuji

1ère édition japonaise :1966

Editions Gallimard - 1972 - épuisé

Editions Folio - 2004 - 382 pages - 7,80€

 

pluie-noire-04.jpg

 

 

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 "Pluie noire" de Shôhei IMAMURA

 

Le réalisateur japonais, grand lecteur de IBUSE, adapta le roman en 1989.

S'il reprend une grosse partie du livre, il s'en diffère également.

Le film s'ouvre directement sur la scène du bombardement avant de retrouver Yasuko et sa famille 5 années plus tard par une ellipse temporelle. Ici, la description du drame ne se retrouve que dans 10% du film. La majeure partie de l'histoire est centrée sur l'après Hiroshima et sur les conséquentes concrètes que la bombe a pu avoir sur les populations.

La représentation du drame parait quelque peu "bricolée". Pas de grands effets spéciaux, des brûlés et des morts qui sentent un peu le maquillage grossier et les mannequins en plastiques. On passe vite à autre chose et c'est ce qui intéresse le réalisateur. Le film est fortement focalisé sur Yasuko et reprend de nombreux passages du texte.

 

" Qu’est-ce que la vie humaine? Ainsi que toutes choses, ce monde n’est qu’illusions. Le milieu, le début et la fin ne sont que de brèves étincelles. L’homme ne vit qu’un instant. La vie passe si vite : aujourd’hui est déjà hier. Partirai-je le premier ou sera-ce mon prochain? Aujourd’hui ou demain? Tous mourront tôt ou tard plus nombreux que les gouttes de rosée sur les branches ou les cimes. Au matin, un teint vermeil, le soir sera d’os blancs. " 

Soutra des morts récité par Shizuma. 

 

Nous sommes dans la campagne rurale d'Hiroshima, l'ambiance parait presque bucolique et apaisé. POurtant, l'esprit de la bombe est toujours dans les esprits. Nombreux sont ceux atteints physiquement et moralement par la bombe H. Là encore, les irradiés se font houspiller de flemarder en bord d'étang plutôt que de travailler. Un voisin traumatisé devient fou à chaque passage de véhicule, revivant l'attaque des chars ennemis à chaque pétarade de moteur.  La femme de Shizuma, obsédée par les esprits des morts perd le contrôle d'elle-même. Shizuma voit ses amis irradiés mourir au fur et à mesure et enfin, Yasuko, malade, cache la maladie à ses proches avant de devoir être emmenée à l'hôpital.

Imamura n'hésite à pointer du doigt la bêtise humaine et l'absurdité de la guerre quand il fait entendre par Shizuma à la radio le discours d'un Truman déclarant qu'il n'hésiterait pas à utiliser la force nucléaire contre les communistes de Corée.

pluie-noire-06.jpg

Le réalisateur souhaitait à l'origine y intégrer des images d'archives (il renonça devant leur mauvaise qualité). C'est pourquoi il avait choisi de tourner ce film en noir et blanc. C'était également une manière de montrer avec sobriété la mort qui hante le film jusqu'à la fin.

Imamura s'est attaqué à un sujet encore tabou à  l'époque : la représentation du drame d'Hiroshima et par là-même de l'humiliation du Japon face à la suprématie américaine, et la manière dont les victimes irradiées sont niées et rejetées par la société.

 

Le film Pluie noire est là aussi essentiel. S'il déstabilise par l'angle de vue différent qui est donné par rapport au roman (la représentation de la bombe au début du film ne m'ayant pas convaincue), la suite confirme pourtant bien son statut d'oeuvre majeure. Ne vous attendez donc pas à une reprise des descriptions réalistes d'Hiroshima en Août 1945

 

Lien :

Interview de Imamura sur Pluie noire

Avis sur Cinémasie

 

A noter : En 1991, Akira Kurosawa tournera sur le même sujet  "Rhapsodie en Août".

 

pluie-noire-05.jpg

 

challenge-theoma.jpg

challenge In the mood for Japan

 

 

 

 

 

 

 

quinzaine nippone

Quinzaine Nippone jour 11

 

A découvrir également :

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29 juin 2011 3 29 /06 /juin /2011 15:00

ma-voie-de-pere-01.jpg

 

Hiroshi Hirata est un mangaka connu pour ses gegikas, des mangas réalistes pour adultes abordant des sujets plus sociaux.Ses oeuvres se penchent particulièrement sur le thème des samourais et sur l'ère Edo.

"Ma voie de père" est pourtant d'un genre complètement différent : l'autobiographie.

Composée de petites histoires en 4 pages, l'album reprend les épisodes parus en 1990 dans l'hebdomaire Young Magazine, destiné aux adolescents.

 

Hirata évoque ici son parcours de dessinateur et sa difficulté présente à trouver l'inspiration. N'hésitant pas à se tourner en ridicule, il exhorte les jeunes dans ces petites histoires à réfléchir sur leur façon de vivre et à agir en bonne âme et conscience. Le sujets vont de sa vie quotidienne à son obsession sexuelle (!), du travail d'écriture à une philosophie de vie.L'auteur s'amuse également à décortiquer le sens de certains mots japonais qui peuvent avoir plusieurs sens et partir dans des explications un peu tarabiscotées pour qui n'est pas à l'aise avec la langue japonaise !

Les histoires n'ont aucun lien entre elles mais un certain fil conducteur se fait jour : le portrait d'un homme qui a choisi sa vie, sa voie, à la fois en tant que père mais aussi en tant que dessinateur.


 

ma-voie-de-pere-03.jpg

 

Pour qui connait déjà l'auteur, voilà un recueil fort intéressant ! L'auteur se décrit ici sans concession en faisant preuve de beaucoup d'ironie, se dépeignant comme un homme parfois un peu paresseux, préférant fabriquer des machines improbables que de travailler à son dernier manga, se montrant souvent plus occupé à savourer des magazines érotiques ou à faire de la musique plutôt qu'à bûcher à sa planche à dessin.

L'auteur est drôle et j'ai longuement pouffé à ses bêtises qu'il se plait à mettre en scène. La chute de ses histoires est souvent en contraste total avec les pages qui précèdent. Par exemple, une envolée lyrique sur le sens de la paternité qui se termine par un rappel à l'ordre de sa femme d'aller jeter les ordures. L'humour n'est pourtant pas systématique et certains épisodes sont du plus grand sérieux, évoquant des sujets plus importants. Certaines scènes sont même très touchantes : 'arrivée de certains animux dans la famille, leur relation affective avec eux et la douleur de leur perte. 

 Ainsi j'ai été ravie de retrouver dans le portrait qu'il fait de lui-même tout l'humour dont il fait preuve dans la vie. (non je ne l'ai pas rencontré mais vu de nombreuses fois en interview !). La présence de sa femme, dans des petits commentaires juxtaposés à ses histoires finissent de donner une touche inédite et ironique sur leur contenu.

Ingurgitées en une fois, ces petites nouvelles finissent malgré tout par lasser quand le maitre se lance dans ses explications étymologiques. Un peu trop ardues pour les occidentaux, malgré des explications conséquentes, leur récurrence alourdit un peu le texte et casse un peu la dynamique de l'ensemble. Cette approche reste malgré tout assez passionnante, Hirata montrant par là le lien parfois caché qui existe entre certains mots, donnant ainsi un nouvel éclairage à leur signification.

 

ma-voie-de-pere-06.jpgLa deuxième partie de l'ouvrage aborde là aussi une thématique peu connu de l'auteur en France. A ma "voie de père", l'éditeur a adjoint une histoire fantastique "On étouffe" (1971)et une série de strips comiques (1966) du même auteur.  Eclairés par une explication assez dense de l'éditeur japonais, ces bonus donnent là aussi un nouvel aspect du travail de Hirata qu'on connait surtout pour ses histoires de samourais. Si les petits strips ne m'ont pas spécialement fait rire, ils permettent néanmoins de montrer que le dessinateur peut faire preuve d'un autre style graphique que celui dont il a l'habitude et sait aussi jouer de la caricature.

 

Pour qui apprécie Hiroshi Hirata, "ma voie de père" me parait indispensable pour rentrer un peu plus dans l'intimité du maître et découvrir l'homme derrière le dessinateur.

Pour les autres, ce recueil n'est certainement pas la porte d'entrée la plus évidente pour découvrir son oeuvre et pourrait déstabiliser par sa densité et son côté "foutraque".

Un ouvrage très intéressant donc mais plutôt à réserver aux fans de l'auteur !

 

D'autres avis :

Mo' - Jérome

 

 

"Ma voie de père"

Hiroshi Hirata

Editions Delcourt

Février 2010 - 223 pages - 15€

 

 

ma-voie-de-pere-02.jpg

 

ma-voie-de-pere-04.jpgma-voie-de-pere-05.jpg

 

 

Laissons le maitre parler !

 

 

 

 

bd du mercredi

chez Mango !

 

 

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28 juin 2011 2 28 /06 /juin /2011 07:00

 

voyage-vers-les-etoiles-01.jpgVoyage vers les étoiles regroupe 2 nouvelles : Celle qui donne son titre au recueil et Un spécimen transparent.

 

Le livre s'ouvre sur Un spécimen transparent où on découvre l'histoire de Kenshiro. Kenshiro travaille dans un hôpital universitaire et occupe un poste fort méprisé.


"Sa profession était méprisée et détestée par les gens. Il aimait se retrouver seul pour cette tâche ignoble, et éprouvait même une certaine assurance à se vautrer dans le mépris des autres qu'il ressentait."

 

A 60 ans, sa fonction a souvent été un frein à sa vie sentimentale, ses compagnes ne la supportant pas. Aujourd'hui, Kenshiro garde le secret sur son métier et s'est finalement marié à Tokiko, femme de 40 ans qui s'est unie par pauvreté et par complaisance pour offrir des éudes à sa fille. Mais quel est donc son travail, me direz-vous ! Kenshiro s'occupe de fabriquer des squelettes d'étude. Pour celà, il doit effectuer une série de tâches ingrates et quelque peu ragoûtantes : on lui confie des corps en décomposition avancée qu'il doit désarticuler, puis en extraire les chairs pour libérer les os et enfin traiter les os pour les blanchir et recomposer en squelette.

Un travail très particullier donc qui passionne pourtant Kenshiro, fasciné par la beauté des os au point d'avoir le rêve secret de fabriquer un squelette à la transparence parfaite.

 

" Lorsque l’autobus s’arrêtait aux croisements, une légère ondulation se propageait de passager en passager. Chaque fois, Kenshiro qui avait les nerfs à fleur de peau se focalisait sur le corps de la jeune femme qui se tenait à ses côtés […] il lui semblait que les os du bassin sur lequel la jupe était tendue étaient hérissés comme les piquants d'une carapace d'araignée de mer. Profitant des oscillations du châssis, « Kenshiro » tentait subrepticement de la frôler. C’était son habitude matinale de se rapprocher des femmes dans l’autobus qui le conduisait à son travail. (...) Son seul but était la forme des os qu'il sentait pointer à travers les vêtements. "

 

Une passion quelque peu morbide qui semble avoir son origine chez son beau-père :

 

" [Kenshiro] n’avait pas pu oublier la magnifique couleur des os sculptés par son beau-père, que les policiers lui avaient mis si souvent sous le nez […] Quand on les lui avait mis dans la main, il avait pris conscience de leur légèreté et de leur douceur incroyable, et de la couleur luisante de l’os. "


Kenshiro effectue donc des expériences pour atteindre cet état de transparence mais la difficulté de se procurer un cadavre frais (destiné aux prélèvements d'organes) est un frein à son ultime but...

 

Voilà donc une histoire bien macabre où Yoshimura décrit avec une écriture froide et précise la folie d'un homme obsédé par les os. Une passion bizarre qui touche presque au fétichisme et se déploit petit à petit avec un malaise certain dans cette nouvelle au goût de cendre qui n'épargne pas son lecteur. L'auteur ne juge pas ses personnages et reste en retrait, faisant le portrait d'un homme glacial et silencieux qui préfère s'épanouir auprès des cadavres plutôt que des vivants.

 

voyage-vers-les-etoiles-02.jpg

 

Voyage dans les étoiles tourne également autour de la mort mais est quelque peu différent.Keishi, après avoir été un élève assidu, a arrêté d'aller en cours un peu hasard.

 

" A cette époque, même s'il partait de chez lui le matin pour aller à la gare, la vue des trains bondés lui enlevant tout désir d'y monter, il avait perdu l'habitude de fréquenter son école préparatoire. Sans but, il prenait le train ou l'autobus, errait dans des quartiers inconnus, se laissait aller au sommeil sur les bancs des jardins publics."


Un ennui profond le gagne et bientôt il rencontre un groupe de jeunes aux mêmes aspirations qui a hissé le désoeuvrement en art de vivre.

 

Leur activité commune était de regarder fréquemment la progression des aiguilles sur leurs montres »

 

 

Jusqu'au jour où l'un d'eux fait une proposition :  " Et si on mourait ? "

Voilà donc notre bande de 5 partie en camion pour une destination fatale qui devrait les emmener vers les étoiles...

 

Inspiré d'un fait réel, Yoshimura s'attaque ici au suicide des jeunes. Touchés par un profond ennui, ne sachant plus vraiment ce dont ils ont envie et quel plaisir ils peuvent retirer de la vie, ces adolescents choisissent une solution radicale qui peut paraitre excessive. Il leur est devenu "intolérable de continuer à vivre" et en même temps, aucun évènement douloureux ne leur les avoir atteint spécialement. Un choix simple mais qui, malgré tout, ne supprime pas la peur et les interrogations face à la mort. Faute de trouver leur place dans une société qu'ils ne comprennent pas et où l'avenir leur parait aussi morne que le présent, ces jeunes qu'on voit pourtant vivre et apprécier leurs derniers instants se sauveront de l'ennui à leur façon.

 

Vous l'aurez noté, nous retrouvons ici une des thématiques préférées de Yoshimura : la mort. Les lecteurs de La jeune fille suppliciée sur une étagère, de  Naufrages ou d'  Un été en vêtements de deuil ne s'étonneront pas de la retrouver une fois encore dans ce recueil de grande qualité. L'auteur montre un détachement désarmant vis à vis de ses personnages pour lesquels il ne montre aucun parti-pris. Il se contente de décrire d'une écriture ciselée et sans fioriture les faits. Un style simple, des thématiques dérangeantes mais qui laisse comme un goût de poésie morbide dans la tête.

 

On va encore dire que j'aime les bizarreries mais ce recueil est un coup de coeur ! Les amateurs l'apprécieront tout autant ! 

 

D'autres avis :

Mrs Pepys - Orient extrême -

 

Voyage vers les étoiles

YOSHIMURA Akira

1ère édition japonaise : 1974

Editions Actes Sud

Octobre 2006 - 151 pages - 16€

 

 

challenge In the mood for Japanquinzaine nipponeJour 9 :

 

Vous pouvez découvrir chez :

 

 

Emmyne nous explique ce qu'est un Daruma.

The Bursar attaque le premier tome du manga Bakuman.

Monsieur Happy nous parle d'une "maman pour Choco" !

Emma est arrivée à Tsubame

 

 

 

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27 juin 2011 1 27 /06 /juin /2011 07:00

 

souvenirs-du-japon-en-couleur-01.jpgA l'occasion du dernier "Photographe du samedi", je vous ai parlé des débuts de la photographie japonaise.

Aujourd'hui, j'en profite pour vous présenter "Souvenirs du Japon en couleur" qui est un très bel album.

 

Ce livre reprend en fait un de ces albums souvenirs destinés aux touristes étrangers que les premiers ateliers photographiques japonais produisaient (voir article sus-nommé). Conservé au musée Nicéphore Niépce de Chalon-sur-Saône, il a été très probablement créé dans les années 1885-1890 par le photographe Kimbei Kusakabe. Comportant 73 photographies sur papier albuminé, ces dernières sont difficilement attribuables à un auteur particulier et seuls quelques clichés de Felice Beato, Adolpho Farsari, Yamamoto et Kimbei Kusakabe ont été identifiés.

 

Reprenant la forme de l'album d'autrefois, l'ouvrage d'aujourd'hui se présente sous une reliure de qualité qui s'inspire de la couverture laquée d'origine. Un cordon décoratif agrémente le décor et relie également les pages reliées intérieures du livre.

Peu de texte, les images ont la priorité. Le styliste Kenzo signe la préface et le directeur du musée Nicéphore Niépce, l'introduction explicative qui recontextualise quelque peu l'origine de ces albums et de ces photos.

Les photos sont présentées en pleine page et bénéficie d'une petite légende éclairant les moeurs locales d'autrefois illustrées par ces dernières. De très bonnes qualités, il s'agit de photos colorisées qui tendent à présenter la vie japonaise dans son quotidien et ses spécificités. On y trouve des portraits de jeunes filles, de samourais, de lutteurs sumos, de petits métiers comme le fleuriste ou les menuisiers, On y découvre danseuses, musiciennes et acteurs de kabuki.

On y voit quelques prises de vue extérieures mais la plupart du temps, les scènes ont été recréées en studio.

Le tout est donc d'une exotisme "typique" dont rafolaient les résidents étrangers.

Images d'un "monde flottant" condamné à disparaître au profit de la modernité, ces photos d'un autre temps ont une grande force évocatrice.

 

 

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souvenirs du japon en couleur 07

 

 

 

Souvenirs du Japon en couleurs

Edition du Chêne

Juillet 2008 - 39,90€


L'ouvrage est malheureusement épuisé mais est trouvable très facilement sur les sites d'occasion :)

 

 

quinzaine nippone

 

Quinzaine nippone - Jour 8 :

 

vous pouvez découvrir également chez :

 

The Bursar nous parle des 2 permiers tomes du manga "I.D." d'akira Kanbe

Emmyne nous fait découvrir l'origami 

Emma nous pervertit avec ses boules de geisha (A ne pas rater si vous voulez mon avis ^^)

 

 



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26 juin 2011 7 26 /06 /juin /2011 17:14

 

Quand le Japon vient à vous,

pendant votre quinzaine nippone et pour votre anniversaire..........


 

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....et bien ça couiiiiiiine !!!

 

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"Mishima", Jennifer Lesieur

"Seventeen", Kenzaburo Ôé

" La vie d'un idiot", Akutagawa

" Rashômon et autres contes", Akutagawa

 

Kinder Maxi (défunts ^^)

Cartes Benjamin Lacombe

et la ribambelle de kokeishi sont en fait des marques pages à détacher !!!

 

Autant vous dire que j'ai tout kiffé à mort !!

pendant que l'expéditrice s'inquiétait d'avoir tapé juste....

je me marre !

 

Merci ma Zaz !!


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26 juin 2011 7 26 /06 /juin /2011 07:00

 

Je ne suis pas allée au Japon....

alors ce dimanche en photo ne sera pas dédié à la quinzaine nippone !

 

Néanmoins, je continue de vous montrer quelques essais faits pour le choco shoot sur l'architecture urbaine...

 

 

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Les dimanches en photos sont aussi chez :

 

 Liyah, Tiphanie, Choupynette, Fleur, Liliba, Sandrine, SeriaLecteur, Margotte.

 

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25 juin 2011 6 25 /06 /juin /2011 17:20

 

De par son isolationnisme, le Japon a été un des derniers grands pays à découvrir la photographie. C'est en 1853, avec l'arrivée de l'Amiral Perry, bien décidé à favoriser l'ouverture du Japon au monde, que la photographie commence à se répandre. Ce dernier débarque entre autres, avec un dessinateur et un photographe, le but étant de diffuser les avancées technologiques occidentales de manière pacifique. Le photographe réalise quelques portraits de personnalités locales et d'officiels qui leur sont remis en cadeau. Le principe du daguérotype est pourtant connu des japonais mais la production est resté au point mort, faute de compétences. 

C'est en 1859 à la fin du régime du Bakufu et l'ouverture officielle du Japon aux étrangers que la photographie se répandra véritablement. Les ports de Yokohama, Hakodate et Nagasaki sont ouverts au commerce international et connaissent l'arrivée d'une forte population étrangère. La population locale marque un vif intérêt pour ces occidentaux exotiques et pour leur mystérieuse technologie. Des estampes montrent même la pratique de la photographie. 


 

Debut-photo-japonaise-01.jpg

Issen Yoshikazu, Français, estampe polychrome, format ôban, 1861, coll. Christian Polak, Tôkyô.

 

Dès 1860, les premiers ateliers de photographie apparaissent. Tenus par des occidentaux, de nombreux apprentis photographes japonais s'y initient avant d'ouvrir eux-même leur propre atelier, récupérant le matériel des érangers : Ukai Gyokusen (1807-1888),  Shimooka Renjô (1823-1914), Hori Yohei (1826-1880), Shima Kakoku (1827-1870), etc...

 

Debut-photo-japonaise-02.jpgHori Yohei, militaires, ambrotype, quart de plaque, v. 1866-1870, coll. Charles Schwartz, New York.

 

 

Debut-photo-japonaise-04.jpgShima Kakoku, « Kawazu Izu no kami », tirage albuminé, 7,8 x 6 cm, v. 1860, coll. Shima Eiichi.

 

La population japonaise, de son côté, découvre de nombreuses photographies importées, notamment des images érotiques qui les marquent par leur grand réalisme, comparativement aux estampes érotiques populaires et fortement diffusées, et participeront à une connaissance accrue de la photographie auprès des locaux.

De leur côté, les missions japonaises à l'étranger se font photographier, prouvant ainsi leur volonté de s'ouvrir au monde et ramènent de nombreux documents photographiques.

 

Debut-photo-japonaise-03.jpg A. Beato, ambassadeurs de la mission diplomatique japonaise de 1864 devant le Sphinx,

tirage albuminé, 21,8 x 27,9 cm, 1864, coll. Miyake Tatsuo.

 

 

Tout en s'ouvrant au monde, les japonais souhaitent revendiquer la différenciation de leur identité. Les photographes utilisent des éléments très marqués de l'identité japonaise tout en incluant dans la composition des éléments occidentaux, comme le décor. Les chaises occidentales deviennent par exemple le symbole de la modernité. Ces clichés, le plus souvent destinés aux étrangers, font donc la part belle à des contenus "ethnographique" ou "exotique" très marqués. Les éléments occidentaux étant réservés aux notables locaux.

 

Debut-photo-japonaise-05.jpgUeno Hikoma, samouraï, portrait carte de visite, coll. Hubert Bidault

 

Debut-photo-japonaise-06.jpgUeno Hikoma, « Jeunes femmes japonaises », 5,5 x 8,7 cm, tirage albuminé, v. 1866, coll. BnF.

 

 

Debut-photo-japonaise-07.jpgUeno Hikoma, fille du daimyô d’Ômura, portrait carte de visite, v. 1869-1873, coll. Hubert Bidault.

 

 

La capitale Edo (Tokyo) est toujours interdite aux étrangers et c'est à Yokohama que la production photographique sera la plus florissante. Le célèbre Felice Beato (1833-1904) s'y installe en 1863. Ses portraits sont très souvent coloriés et le deviennent même systématiquement à partir de 1868. Cette concurrence entraîne rapidement la conversion des autres photographes à cette technique. La photographie coloriée devient alors la caractéristique essentielle de la photographie touristique de 1875 à 1905. La colorisation des photos se fait par des techniciens de l'estampe ou par des peintres et se caracérise par des couleurs douces et sourdes qui respectent les couleurs originales.

 

Debut-photo-japonaise-08.jpgFelice Beato - 1863

 

 

Les ateliers occidentaux concurrents les plus connus sont ceux de Stillfried, Adolpho Farsari, William Saunders et produisent également des images à destination des voyageurs, vendues à l'unité. Mais Béato va bouleverser le marché de la photo-souvenir, en proposant des albums souvenir regroupant sous de luxueuses couvertures une sélection de photographies. Ces albums, le plus souvent monochromes, et les photos de format cartes de visites.


 

Debut-photo-japonaise-09.jpgAtt. à Shimooka Renjô, scène d’intérieur, tirage albuminé, 10 x 8 cm, v. 1865, coll. Christian Polak, Tôkyô.

 

Debut-photo-japonaise-10.jpgShimooka Renjô, Kowairozukai, carte de visite, v. 1870, coll. Tokyo Metropolitan Museum of Photography

 

Debut-photo-japonaise-11.jpg Ueno Hikoma, courtisane assise en seiza, carte de visite, v. 1865, coll. Christian Polak.

 

A partir de 1868, Béato ne vend plus ses photos que sous forme d'albums afin d'éviter qu'elles soient mélangées avec d'autres photos concurrentes. Ses albums souvenir constitué d’épreuves de grand format coloriées deviennent alors la norme et ses concurrents ont du mal à rivaliser. La majorité des albums vendus à Yokohama proviennent alors d'ateliers européens et les photographes japonais se replient sur Tokyo.

En 1868, Tokyo devient la capitale du pays et le symbole de la modernisation du pays. L'atelier des photographes devient la vitrine de l'occident et se transforme en lieu luxueux : fenêtres vitrées, mur de briques, moquettes, ameublement à l'européenne. Ils prennent place dans des étages supérieurs pour bénéficier d'une meilleure lumière. Aller se faire prendre en photo se révèle être une véritable expérience de la modernité occidentale

On note l'émergence de plusieurs photographes comme Uchida Kuichi (1846-1875) qui devient le photographe officiel de l'empereur.

 

Debut-photo-japonaise-12.jpgUchida Kuichi, « Yagatabune sur la Sumida », tirage albuminé, colorié à la main, 19,7 x 25,7 cm, 1872. coll. part.


Dès les années 1870, la photographie se propage aux campagnes grace aux photographes ambulants et devient le symbole de la modernité qu'elle a contribué à faire naître dans l'état japonais.

 

On relèvera plus tard le travail de Kasakabe Kimbei (1841-1934). Elève de Beato et Stillfried, il ouvre son propre cabinet en 1881.S'attachant particulièrement aux portraits montrant la vie quotidienne, les métiers de l'époque, ses photos mises en scène en studio sont aujourd'hui une source documentaire remarquable.

 

Debut-photo-japonaise-13.jpgKusakabe Kimbei

 

Debut-photo-japonaise-14.jpgPaysan tatoué - Kusakabe Kimbei

 

Debut-photo-japonaise-15.jpgJaponaise sous l'orage - Kusakabe Kimbei

 

 

Si vous voulez en savoir un peu plus sur le sujet, je vous renvoie à l'article de Claude Estève, spécialiste de la photographie japonaise, sur lequel je me suis appuyé pour rédiger ce billet. Article très complet mais malgré tout partiel, la version complète étant payante.

 

Bibliographie :

Il existe peu d'ouvrages traduits sur le sujet et encore moins de disponibles en neuf...

 

Photographes occidentaux :

- "  Hugues Krafft au Japon de Meiji : photographies d'un voyage, 1882-1883" - épuisé

- " Le Japon dans la lanterne magique : photographies de Charles Vapereau, 1897" - 35€

- "Japon, fin de siècle" Felice Beato, 22,71€

- "Felice Beato et l'école de Yokohama" - Photo poche - épuisé

 

Photographes japonais :

- "Souvenirs du Japon en couleur" (dont je vous parle très bientôt ) - épuisé

- " La photographie japonaise sous l'ère Meiji (1868-1912)" - Patrick Bonneville, 34€

- " Traditionnel Japon, 240 photographies du XIXe siècle coloriées au pinceau" - David Michaud, 35€


 

quinzaine nippone

Jour 6 :

 

d'autres nipponeries chez :

 

Katel nous emmène sur "Les tendres plaintes" de Yoko Ogawa

Mrs Pepys nous fait voyager avec "un voyage au Japon", d'Antoine Piazza

Emma poursuit sa saga avec "Hamaguri", de Aki Shimazaki

 


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25 juin 2011 6 25 /06 /juin /2011 14:10

 

Choco Shoot 01

Chers photographes amateurs !

 

Je vous rappelle qu'il ne vous reste plus que 5 jours

pour m'envoyer votre participation au chocoshoot...

spécial Rouge !!

 

J'ai 9 participations à ce jour...

Allez-vous tous vous me l'envoyer à la dernière minute comme la dernière fois ?

 

A bientôt !

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Humeur

Le 26 Août 2013 :
Le grenier de choco n'est plus...
Ce blog sera à terme supprimé.
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