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24 juin 2011 5 24 /06 /juin /2011 23:55

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Tsunéo Asai, employé du ministère de l'Agriculture, est en plein déplacement professionnel à Kobe. Mais un coup de fil soudain lui apprend le décès de Eiko, son épouse. L'homme revient vers ses supérieurs et les accompagne encore un petit moment avant de réussir à se libérer. De retour à Tokyo, il découvre les circonstances de sa mort. Fragile du coeur, Eiko aurait eu une attaque avant de succomber. Cependant, le lieu de son décès (un quartier qu'elle n'avait pas l'habitude de fréquenter et où elle n'avait aucune connaissance ; un magasin de produits de beauté de luxe trop loin de chez elle pour mériter un tel déplacement) ne lasse pas d'intriguer son époux qui trouve décidemment très surprenant sa présence dans ce quartier. Ce dernier va faire des recherches et enquêter à sa façon afin d'en savoir plus. Quant il découvre que le quartier où Eiko est morte comporte de nombreuses maisons de rendez-vous, Asai ignore que le chemin où il s'engage va le mener au drame...

 

"Un endroit secret" est un polar à la japonaise : ne cherchez pas de suspense trépidant, de meurtrier sanguinaire qui fait subir les pires atrocités à ses victimes. Il y aura du sang certes mais ici, c'est plutôt la psychologie du personnage qui est mise en avant. Car ce qui est important, c'est plutôt le contexte et les raisons sociales qui entrainent ces crimes.


Tsunéo Asai est un petit fonctionnaire qui ne fait pas de vagues mais espère malgré tout que son fort investissement professionnel sera un jour récompensé. Très respectueux des manières et de la politesse inhérente à la culture japonaise, il se laisse à peine troubler par le décès de sa femme pour mieux continuer à remplir ses obligations. Pourtant Eiko n'était peut-être pas la femme qu'il croyait et son mari s'aperçoit qu'il la connaissait finalement assez mal. Il s'intéressait peu à ses activités (haikus, peinture, ...) et ils n'avaient plus de rapports sexuels depuis sa première attaque cardiaque.

Asai va devenir petit à petit complètement obnubilé par ses recherches sur le décès d'Eiko. Le roman monte en puissance petit à petit, en parallèle avec les sentiments du héros avant d'aboutir à un drame inattendu mais à la fois inévitable.

 

"Asai n'avait pas aimé Eiko au point ressentir aussi profondément le choc de samort. Il eprouvait plutôt de la colère envers celle qui l'avait trahi (...spoiler) ,il ne pouvait se résoudre à laisser les choses en l'état sans réagir.(...) Asai ne voulait pas rendre la pareille à son adversaire parce qu'il s'était joué de sa femme, mais plutôt se venger lui-même. "

 

Matsumoto dresse avec Tsunéo un très intéressant portrait psychologique. Cet homme travailleur qui ne prêtait que peu attention à sa femme et pour qui seul le travail compte va évoluer au fil des pages pour devenir un être impulsif et irresponsable, qui va délaisser ses obligations.  Cet homme carriériste et respectueux des codes va voir son univers bien ordonné s'effondrer.

L'insensibilité dont il fait preuve est plutôt choquante pour nous, occidentaux. La politesse et les convenances imposées par l'éthique japonaise sont des valeurs fortes qu'un homme se doit de respecter. Mais ce sont également des valeurs oppressantes qui peuvent conduire à des extrémités graves. Le déshonneur est une atteinte telle qu'il peut provoquer

Et c'est bien ce que l'auteur veut dénoncer ici : les contraintes et les responsabilités trop lourdes que l'on fait peser sur chaque homme. A la fois victime de ses actes et de la société dont laquelle il vit, Tsunéo est le parfait reflet d'une population, embourbée dans ses convenances et ses contradictions et qui ne réussit à s'en sortir qu'en se faisant violence à soi-même ou aux autres.

 

" Un endroit discret" s'avère tendre vers le polar social à la japonaise. Pas de rebondissements tonitruants, une tension progressive qui se termine sur un très beau coup de théâtre non dénué d'ironie, un personnage très étudié qui permet de découvrir les dessous de la culture japonaise : les paysages japonais, les convenances sociales, les relations amoureuses et conjugales, le monde du travail. On passera sur les déductions parfois un peu trop tirées par les cheveux du mari pour découvrir un très bon roman que je vous recommande !

 

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Une citation prémonitoire à noter :

 

" Asai avait ouvert une revue achetée au kiosque. Il y avait une page spéciale intitulée :

<<En cas de grand tremblement de terre, combien de personnes mourraient à Tokyo ?>>

Asai réalisa alors que cinqu jours plus tard on serait le 1er Septembre. Chaque année à l'approche de l'anniversaire du grand tremblement de terre du Kantô de 1923, il y avait toujours un journal ou un magazine pour publier ce genre d'article.(...)

<<Le séisme qui a eu lieu le 1er septembre de la douzième année de l'ère Taishô a atteint à Tolyo une magnitude de 7,9. D'intensité 6. A ce moment-là, il y a eu soixante mille morts. Il y a eu plus de morts dans les incendies que dans les décombres. Actuellement, la population de 'agglomération de Tokyo est de douze million d'habitants, à peu près le triple de ce qu'elle représentait en 1923. Dans le Tokyo d'aujourd'hui, les gratte-ciel se bousculent, des océans de maisons pressées les unes contre els autres cernent les grands ensembles, et tout cela s'étend à l'infini. Supposons que, par malheur, il s'y produise un séisme de la même magnitude que celui de 1923, combien feraut-il de victimes ? (...) "

 

D'autres avis :

Virginie - Le vent sombre (attention spoiler dans les 5 dernières lignes) - Littératurejaponaise -

 

 

 

"Un endroit discret"

MATSUMOTO Seichô

1ère édition japonaise : 1983

Editions Actes Sud, Actes noirs

Novembre 2010 - 215 pages - 18,80€

 

 

challenge In the mood for Japan

quinzaine nippone

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  Jour 5 :

 

Retrouvez d'autres nipponeries chez :

 

Jérome présente un bel album jeunesse "les grenouilles samourais de l''étang des genjis"

Monsieur Happy de même avec "Un amour de ballon"

Ankya nous évade avec le "Japon, 365 us et coutumes "

Emma débute la série du poids des secrets, de Shimazaki.

 


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23 juin 2011 4 23 /06 /juin /2011 17:30

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Les "Contes de pluie et de lune" est un des classiques de la littérature japonaise. Ce recueil de nouvelles est paru en 1776 environ sous le titre "Ugetsu Monogatari" et contient 9 histoires tournant autour du fantastique et des fantômes.

 

Shiramine :

Le moine Sagyo, dans son cheminement, décide de s'arrêter au mausolée de l'empereur retiré Sutoku, au lieu-dit de Shiramine. Le spectre de ce dernier lui apparait et les 2 hommes y discourt politique et philosophie.

 

Le rendez-vous aux chrysanthèmes :

Hasabe Samon , un jeune lettré, découvre un guerrier fort malade. Alors qu'il lui prodigue des soins, une amitié forte nait entre les 2 hommes. Le guerrier reprend la route et promet à son ami de revenir pour la fête des chrysanthèmes. Prisonnier d'un seigneur, l'homme revient vers son ami sous forme d'esprit.

 

La maison des roseaux :

Katsushirô est un homme de condition modeste aux grandes ambitions. Afin de retrouver la prospérité de sa famille autrefois, il décide d'accompagner un marchand d'étoffe à la capitale pour faire fortune. Laissant sa femme Miyagi au village, Katsushirô restera finalement de longues années. De plus, la guerre entre les seigneurs fait rage et le désordre gagne le pays. Dépouillé de ses richesses, 7 ans plus tard, il reprend le chemin de son village d'origine et découvre sa femme qui l'attendait toujours à la maison. Au matin, pourtant, que tout n'était qu'illusion...

 

Carpes telles qu'en songe... :

Le moine Kogi est également peintre. Spécialiste des animaux et de la nature, il aime à représenter les carpes. Depuis qu'un jour, une sorte de songe lui ai fait partager la vie de ces poissons, le moine s'émeut désormais de la sort, destiné à être découpé et mangé.

 

Buppôsô :

Un vieil homme et son fils errent dans les montagnes et s'arrêtent au Mont Koya. Ne trouvant pas d'abri pour la nuit, ils sont contraint de coucher dehors. Au cours de la nuit, leur apparait le prince Hidetsugu Toyotomi et toute sa cour qui leur demande bientôt de réciter quelques poèmes.

 

Le chaudron de kibitsu :

Shôtarô est un homme marié qui s'est quelque peu lassé de sa femme Isora. Prenant une maîtresse, il abandonne son épouse qui se laissera alors mourir de faim. Revenant sous forme de fantôme, cette dernière est bien décidée à se venger.

 

L'impure passion d'un serpent :

Toyoo est le 3ème fils d'un pêcheur. N'ayant aucune aptitude pratique, il s'est plutôt dirigé vers les lettres. Un jour de pluie, il s'abrite dans une cabane de pêcheur. Peu après, une belle dame très distinguée vient également s'y réfugier. Subjugué par le charme de Manago, il n'hésite pas à lui prêter son parapluie.  Quand celui-ci vient à son domicile, récupérer l'objet, il ignore qu'il vient de tomber sous la séduction d'un serpent transformé en femme dont il va être difficile de se défaire de sa magie.

 

Le capuchon bleu :

Un moine itinérant atteint le villge de Toda. L'ayant pris pour le démon de la montagne, son hôte lui conte l'histoire d'un saint homme devenu fou qui hante désormais la région. S'enfonçant dans la montagne, le moine décide d'aller à sa rencontre.

 

Controverse sur la misère et la fortune :

Un homme fortuné et quelque peu avare est réveillé en plein nuit par une voix. C'est l'esprit de l'or qui s'adresse à lui. Débute alors entre 2 une grande discussion philosophique sur le pouvoir de l'argent.


 

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Vous l'aurez donc noté : ces 9 contes s'attachent chacun à présenter une apparition ou un fait surnaturel. Le titre du recueil vient du fait que ces apparitions étaient favorisées par un ciel pluvieux à la tombée de la nuit.

Le terme de Monogatari renvoit à tout type de récit n'étant pas de la poésie pure. A cheval entre nos romans et nos contes d'aujourd'hui, c'était un genre littéraire très prisé vers le 13ème siècle. On peut citer d'autres Monogatari célèbres : Le dit du Genji, Le dit des Heike.

A l'époque de UEDA, le genre est plutôt tombé en désuétude. Pourtant l'auteur fait preuve d'une grand innovation et lance un nouveau genre : le Yomihon, courts récits fantastiques. Reprenant de nombreuses légendes chinoises ou s'appuyant sur des contes japonais, l'auteur réécrit à sa manière des histoires connues de tous. Grand stylisticien, grand lettré, ses textes sont bourrés d'allusions littéraires et peuvent être considérés comme une anthologie de style dont il joue avec son lecteur. On peut y voir aussi une anthologie des différents types de revenants : femme vengeresse, animal maléfique, guerrier fidèle, ...

Chaque récit évoque donc la rencontre d'un homme avec un spectre dans une ambiance souvent crépusculaire. Mais au delà de l'aspect fantastique, UEDA fait intervenir également dans son récit des morceaux philosophiques et des refélexions de tout ordre sur la vie en général : débat sur le pouvoir, sur l'argent, sur l'éthique bouddhiste, ...

 

Il en ressort que ces textes sont malgré tout très datés et difficilement accessibles au profane. Heureusement une introduction et une cinquante de pages de notes du grand spécialiste René Sieffert viennent expliquer les récits de UEDA. Indispensables à la lecture, elles expliquent le contexte historique et les nombreuses références implicites que nous ne savons pas relever. Il est donc difficile pour un lecteur contemporain d' apprécier toute la finesse du style et de réécriture. Pour ma part, je dois avouer que je ne m'attendais pas du tout à ce que j'ai lu. Je pensais qu'il s'agissait de simples récits folkloriques, faisant intervenir fantômes et démons. Et je dois dire que l'aspect historique, politique, philosophique m'a un poil rebuté et ennuyé, n'ayant donc pas les clés pour tout comprendre malgré le riche appareil critique.

Certaines histoires sont plus passionnantes que d'autres, s'attardant plus des sentiments humains que sur une réflexion plus poussée. On y trouve de très belles pages descriptives de décor, de la nature.


"Conte de pluie et de lune" est pourtant un recueil de référence en littérature classique japonaise. Seuls les aficionados sauront apprécier cette plongée fantastique et historique dans des temps éloignés où l'apparition de spectres n'étonnait personne. Un ouvrage de qualité évidente mais qui ne se livre pas facilement et nécessite une mise en condition culturelle !

 

Il est à noter que le réalisateur japonais Kenji MIZOGUCHI a tourné une adaptation de cet ouvrage.

La dernière réédition de l'ouvrage dans la collection L'imaginaire de chez Gallimard propose par ailleurs en bonus le DVD du film, le tout pour 12,50€ ! ça vaut le coup :)


 

"Contes de pluie et de lune"

UEDA Akinari

1ère édition : 1956

Editions Gallimard, connaissance de l'orient - 1990 - 228 pages - 7,90€

Editions Gallimard, L'imaginaire (avec DVD) - Juin 2009 - 12,50€


 

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Les Contes de la lune vague après la pluie :

Kenji Mizoguchi - 1953

Lion d'argent au festival de Venise en 1953

 

Adaptation du roman sus-nommé, le film reprend en fait 2 des histoires que le réalisateur a fondu en une : "La maison dans les roseaux" et "L'impure passion d'un serpent".

 

Genjuro est un potier qui vit misérablement avec sa femme et son fils.Obsédé par son art et l'argent qu'il va pouvoir lui rapporter, il se rend régulièrement à la ville avec Tobei, son beau-frère. Mais les temps sont troubles et des hordes de soldats hantent les environs, jusqu'au jour où ces derniers surviennent dans leur village faisant fuir la population. Heureusement la production de pots est sauve et les les 2 hommes retournent à la capitale vendre leur production, laissant femmes et enfant. Eblouis par leur désirs, leur absence sera longue...  Genjuro se laisse séduire par une mystérieuse femme (le démon serpent) oubliant sa femme qui mourra au village sous les coups de soldats voraces, tandis que Tobei éblouit par l'héroisme des samourais cherche à tout prix à intégrer une armée. Son épouse abandonnée et violée finira prostituée.

Leur rêve de grandeur finira par s'écrouler et le retour à la réalité sera bien rude.

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Mizoguchi a ici fortement bien adapté ce recueil tout en se limitant à 2 des histoires. On apprendra même dans les bonus que le réalisateur s'est également inspiré d'une nouvelle de Maupassant (laquelle ?). On retrouve tout la thématique fantômatique, si je puis dire, des contes. Les histoires, légèrement modifiées fusionnent parfaitement et donnent même un éclairage plus marquant que les textes. En effet, leur mise en image permet au spectateur d'investir le récit sans l'appareil historique qui alourdissait les récits de UEDA et cette adaptation s'avère très abordable pour les non-initiés. Le film est très esthétique, on y voit des références au théâtre No et la musique traditionnelle japonaise qui ponctue les scènes est très prégnante.

Dénonçant de manière plus marquée que UEDA, la course au profit et à l'argent, l'ambition et la gloire éphémère, Mizoguchi souligne la souffrance que les femmes ont à supporter à cause des hommes, veules et égoistes.

 

Bref, pour qui veut lire "l'Ugetsu Monogatori", le film Les contes de la lune vague après la pluie" est une bonne porte d'entrée !

 

 

 

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challenge In the mood for Japan


quinzaine nippone

 

Quinzaine nippone Jour 4 :

Vous pouvez découvrir également aujourd'hui :

 

Mango parle de : "le sang des cerisiers" , du blogueur Ötli

Monsieur Happy présente "Les paupières" de Yoko Ogawa

Emma évoque un album jeunesse : "Dans l'herbe"

Emma toujours prêche pour la bonne cause :)

 

A suivre !


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22 juin 2011 3 22 /06 /juin /2011 13:30

 

Tokyo-fin-dun-monde-tome-1-01.jpgTaro Saegusa est un enquêteur du "Bureau de recherche des communications futures" au Ministère de l'Intérieur et des Communications. Il recherche des informations concernant une histoire remonta nt à 3 ans qui serait arrivé dans un lycée : un certain Uma Yoda aurait lévité devant toute sa classe. Tout le monde aurait oublié cet incident (cas d'hypnose collective ?) jusqu'à aujourd'hui où une des témoins vient de se rappeler. Cette témoin, c'est Miho Omori et elle est justement l'assistante de Taro. Harcelée par un élève de la classe, ce fameux Uma Yoda semble avoir essayé de la protéger. 

L'enquêteur Taro cherche à retrouver à tout prix le jeune homme, persuadé que cet être aux pouvoir paranormaux exceptionnels vient du futur pour éviter au monde une catastrophe à venir...

 

Voilà un manga seinen qui regorge de bonnes idées et joue la carte du réalisme fantastique. Nous sommes dans un Japon contemporain où l'on découvre qu'un homme est susceptible de pouvoir paranormaux : télépathie,  télékinésie, lévitation, hypnose,... Le lecteur suit l'enquête de Taro qui fait preuve d'un esprit de déduction un peu surprenant. En effet, de nombreux concours de circonstance un peu grossiers ou simplistes émaillent le récit et font avancer l'histoire bien utilement : la rencontre trop fortuite entre Taro et Uma, un scientifique qui déduit un peu trop facilement la venue d'hommes du futurs à partir des chiffres de la population. Il est à noter que cette histoire est en seulement 3 tomes et que l'intrigue doit avancer rapidement mais je regrette un poil ses avancées de scénario un peu faciles. L'intrigue est relativement classique : le Japon (et le monde ?) est menacé par une catastrophe inconnue et seuls une poignée de personnes sont capables d'enrayer le drame.

Les 2 personnages principaux, Taro et Uma, paraissent plutôt intéressant. Taro est un enquêteur hors-norme qui ne craint pas d'imaginer des faits surréalistes et Uma est un jeune homme mystérieux dont l'auteur distille à petites touches les différents éléments de sa personnalité et de ses pouvoirs. On regrettera que Miho, qui est l'élément un peu central de l'intrigue, manque un peu de la consistance qui lui donnerait une vraie couleur dans ce manga. L'arrivée d'un 4ème personnage à la fin de ce premier tome met un peu de piment et augure une suite un peu plus dense. Le volume se ferme d'ailleurs en plein suspense et nul doute qu'il encourage le lecteur à aller au-delà de ce premier tome.

Au niveau du dessin, en corrélation avec l'histoire, le trait est très réaliste. Les décors, les personnages sont traités très finement. On notera une représentation de la tour de Tokyo particulièrement réussie. Les visages sont expressifs sans tomber dans la caricature. Les angles de vue sont souvent originaux.

 

J'aurais aimé vous parler du tome 2 qui est sorti il y a peu mais je n'ai pas encore pris le temps d'aller l'acheter.

Au final, "Tokyo, fin d'un monde" est plutôt un manga intéressant malgré quelques défauts. Junichi Noujou est célèbre au Japon pour ses nombreuses oeuvres et publie aujourd'hui principalement des séries courtes. Seul son "Dr Koh" a déjà été traduit en France par Glénat mais la série a été interrompue au bout de 2 tomes...

 

Intéressant mais pas indispensable.

A découvrir malgré tout !


 

 

Tokyo, fin d'un monde

Junichi Noujou

Editions Delcourt

Tome 1 : Mars 2011

Tome 2 :Mai 2011

Tome 3 : Juillet 2011

6,95€

 


 

Tokyo-fin-dun-monde-tome-1 02Tokyo-fin-dun-monde-tome-1 03     

 

 

 

 

 

 

 bd du mercredi

Chez Mango


 

quinzaine nippone

Day 3 :

 

Vous pouvez découvrir aussi :

 

Ankya vous révèle comment reconnaître un texté écrit en japonais (et se la péter en société) !! 

Emma nous parle du manga "La mélodie de Jenny" de Tsukasa Hôjô

 

A suivre !



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21 juin 2011 2 21 /06 /juin /2011 20:20

 

la-mort-l-amour-01.jpg"L'amour, la mort et les vagues" est une recueil de 3 nouvelles : la nouvelle éponyme, "Le jardin de pierre" et "Anniversaire de mariage".

 

Dans "L'amour, la mort et les vagues", on suit un homme qui est descendu à un petit hôtel désert près des falaises. Sugi n'est pas venu pour le tourisme mais avec la ferme intention de se suicider, un scandale entachant son nom étant à venir. Il passe ses derniers jours à observer le temps passé et à terminer la lecture de "Voyage en Orient" de guillaume de Rubrouck. Seulement, il découvre la présence dans l'hôtel de  Nami, une jeune femme qui a elle aussi choisi de mettre fin à ses jours par amour. Oseront-ils malgré tout à aller jusqu'au bout ?


" Il y a des gens qui prétendent que la gloire est due à une accumulation de malentendus. Il doit en être de même du déshonneur. "


 

"Le jardin de pierre" nous transporte à Kyoto. Uomi vient de se marier et choisit d'emmener sa femme  en voyage de noces dans la ville où il a passé sa jeunesse. Conduisant Mitsuko au pavillon de thé du Ninnaji puis au jardin zen du Ryôanji, Uomi se rappelle des souvenirs liés à ces lieux : son amitié avec Totsuka et leur amour pour la même fille qu'ils se sont disputés. L'escapade se révèlera dramatique à bien des égards...

 

Dans "Anniversaire de mariage", nous découvrons les souvenirs de Karaki Shunkichi. Veuf à 37 ans, il a du mal à concevoir de se remarier. Mais ce n'est pas l'amour qu'il avait pour elle qui le retient mais un défaut commun qui les liait : le sens de l'économie poussé à l'extrême. Se remémorant leur vie passée, il porte un regard attendri sur le voyage effectué ensemble pour leur cinquième anniversaire de mariage. Shunkichi vient en effet de gagner 10 000 yens et c'est partagé entre le désir d'économiser et celui de laver la honte de n'être jamais parti en voyage de noces que le couple décide de partir. De partir, l'avarice en bandoulière...

 

Voilà un recueil bien ironique sur les les faits de la vie et de l'amour !

Inoué dépeint ici 3 couples qui se mentent, et parfois même à eux-même. L'amour n'est qu'une façade bien commode qui cache parfois lâcheté, regret et avarice. L'amour n'est pas vraiment de l'amour et les personnages de ce recueil jouent tous la comédie.

C'est une vision bien pessimiste que nous livre l'auteur mais loin de nous faire éprouver de la compassion pour ces personnages, Inoué use d'une ironie cinglante à l'écriture simple et belle à la fois !

 

Un très bon recueil pour découvrir la littérature japonaise !


 

la-mort-l-amour-02.jpgJardin du Ryôanji - Kyoto

 

 

La mort, l'amour et les vagues

INOUE Yasushi

Editions Picquier - 1994 - épuisé

Editions Picquier Poche - 1999 - 104 pages - 5,50€

 

 

challenge In the mood for Japanquinzaine nippone


 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quinzaine nippone Day 2

 

Vous pouvez aussi découvrir  :

 

Mango nous parle de l'artiste Japonais Takashi Murakami

The Bursar nous présente les 2 premiers tomes du manga "No money"

Emma nous fait découvrir "Le jour de la gratitude au travail"

 

A suivre !


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20 juin 2011 1 20 /06 /juin /2011 21:40

quinzaine nippone

 

C'est parti pour la quinzaine nippone !

 

Day 1 

 

 

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Aujourd'hui, je vais commencer par vous parler d'un essai très connu sur le Japon : "Le chrysanthème et le sabre".

Il s'agit d'un essai commandé par l'administration américaine à une anthropologue. Les Etats-unis sont en guerre contre le Japon et cherche à mieux comprendre les mécanismes de pensée d'un peuple qui les déstabilise.

Ecrit en 1 an, dans un contexte bien particulier, le fait le plus notable de cet ouvrage est que son auteur n'a jamais mis en pied au Japon ! Pourtant, Ruth Bénédict livre ici  un essai de qualité qui fera date et servira de référence aux ouvrages suivants qui s'inscriront en adéquation ou en opposition à celui-ci.Notant les contradictions extrêmes des japonais, elle va s'attacher à les expliquer.

 

"Le sabre et le chrysanthème font tous deux partie du tableau. Les japonais sont au plus haut degré à la fois agressifs et pacifistes, militaristes et férus d'esthétique, insolents et polis, rigides et malléables, soumis et difficiles à mener, loyaux et tricheurs, braves et peureux, conservateurs et ouverts aux nouveautés. Ils se préoccupent beaucoup de ce que les autres vont penser de leur comportement, mais cela ne les empêche pas de se sentir profondément coupables quand ils commettent des erreurs qui demeurent ignorées. Leurs soldats sont capables de la plus stricte discipline, mais ils savent aussi se rebeller. Au moment où il devint si important pour l'Amérique de comprendre le Japon, c'en fut fini du temps où l'on pouvait mettre ces contradictions et d'autres tout aussi frappantes de côté. "

 

Après avoir présenté sa démarche au lecteur, l'auteur évoque l'attitude du Japon actuel (1945) pour pouvoir lancer les grandes lignes de ses recherches.

Le Japon, qui est donc en guerre, possède une vue hiérarchique du monde. Il y a les gagnants et les perdants, des états supérieurs à d'autres et un étagement des relations humaines également. Pendant la guerre, nombreux ont été étonnés de l'attitude des japonais. Belliqueux, prêts à donner leur vie et à subir des privations, les combattants japonais ont pourtant fait preuve d'un revirement excessif lorsque le Japon a rendu les armes. En effet, la population a acceptée avec facilité la défaite et proposa rapidement son aide aux américains persuadés qu'il y aurait rébellion dans les rangs. Mais il n'en fut rien. Cet état de fait vient de l'importance de la hiérarchie dans la conscience japonaise. A partir du moment où ils perdirent la guerre, où l'empereur déclara la reddition, les japonais acceptèrent la défaite : c'est leur loyauté envers l'empereur qui est en jeu.

 

De cette attitude surprenante, l'auteur en tire 2 grands thématiques : le sens de la hiérarchie, le sens de l'honneur et des devoirs.

 

- Les japonais sont ainsi très attachés à la hiérarchie.

 

" Toute tentative pour comprendre les japonais doit commencer par une interrogation sur ce qu'ils entendent pas << chacun à sa place >>. Leur croyance en l'ordre et la hiérarchie, et notre foi en la liberté et l'égalité sont aux antipodes l'une de l'autre ; (...) La confiance des japonais dans la hiérarchie est la base de leur conception des rapports d'homme à homme, ainsi que de l'individu à l'Etat (...) "

 

Les règles sont apprises dès l'enfance. On salue par exemple selon des règles bien définies qui tiennent compte de l'âge, du sexe, de la classe sociale, du rang dans la famille. Dans le cercle familial, le plus âgé décide. La femme est assujetie à l'homme mais reste libre : elle gère le budget, dirige le foyer et est libre de circuler librement. Les enfants, même adultes, doivent se ranger aux décisions du plus ancien ou du conseil de famille. La famille se plie sans remous à ses codes. La tyrannie domestique est rare, le rôle de chef de famille est pris très au sérieux et l'homme se doit d'assumer le statut et les responsabilités qui en découlent pour des questions d'honneur. Pour les autres, le code est aussi synonyme de sécurité.

 

" Les exigences de la famille passent avant celles de l'individu. (...) Les japonais n'apprennent pas, dans leur vie familiale, à valoriser l'autorité arbitraire et on ne les encourage pas à s'y plier aveuglément. Si l'on exige la soumission à la volonté de la famille, c'est au nom d'une valeur suprême qu'en dépit du prix à payer, tout le monde a intérêt à respecter : la solidarité dans la loyauté. "

 

Cette tradition hiérarchique tient son origine du temps du régime des Tokugawa. La culture des clans y était très importante. Il y avait un shogun qui régentait ses seigneurs vassaux (les daimyos) sous lesquels étaient assujetis les 4 classes de population : guerriers (samourais), fermiers, artisans et marchands.

Le besoin de hiérarchie, appliqué tout d'abord à la famille, fut peu à peu assimilé dans les autres domaines : économiques, politiques, ...

 

- Le second point notable est la haute importance de la morale et du sens des obligations.

Les japonais se considèrent comme des héritiers du passé. Ils ont un profond sentiment de dette envers leurs parents, son patron, envers le monde,... conscients de tout ce qu'ils leur doivent, de ce qu'il leur a été donné. On appelle ces sortes de dette, ces obligations passives : le "On". C'est une dette inexpugnable qui ne pourra jamais être totalement remboursée, qui s'accroît avec le temps. Il y a différents types de "On" et d' importances diverses. Ce peut-être tout de qu'on doit à notre mère de nous avoir élevé, l'aide d'un professeur ou d'un collègue de travail, un verre offert par une connaissance, etc...Cet état de débiteur est extrêment inconfortable et rembourser ce "On" est une question de dignité, le contraire apportant honte et perte d'honneur. C'est pourquoi il convient de limiter les "on" et d'éviter à contracter un "On" qu'on ne pourra pas rembourser. Les faveurs accordées aux étrangers par exemple sont mal perçues car elles impliquent un "On". L'inverse est tout aussi délicat : il faut éviter toute intervention qui obligerait le bénéficiaire à assumer un "On". D'où, par exemple, la passivité de la foule lorsque survient un accident.

 

" L'amour, la gentillesse, la générosié, auxquelles nous tenons d'autant plus qu'ils sont accordés sans contrepartie en exigent une au Japon. Et chaque manifestation de générosité fait de vous un débiteur. "

 

Le remboursement suit des règles précises et se réparti en 2 catégories.

Le "Gimu" représente les dettes illimitées : envers l'empereur et les parents.

On appelle "Giri" les autres types de remboursement (famille éloigné, serviteurs,... ).

 

" La dette de quelqu'un (On) n'est pas une vertu ; son remboursement en est une. La vertu commence au moment où le débiteur se met à se consacrer activement à la tâche exigée par la gratitude. "

 

Le "Gimu" est une dette obligatoire qui se doit d'être remboursé à n'importe quel titre, même si les protagonistes sont en tort et peut supposer de fermer les yeux sur une injustice.La piété familiale en fait partie. Une piété qui n'implique pas forcément estime des membres de la famille, d'où les rancunes tenaces  entre membres de la famille...

Le "Giri" est une obligation envers son propre nom, des actes par lesquels on garde sa réputation intacte. Il s'agit de garder sa réputation sans tâches comme un véritable devoir. Cela peut impliquer des actes divers pour effacer un affront ou une insulte : vengeance, domination de sa souffrance et du danger, sang-froid, vivre selon son rang, s'interdire de reconnaître ses échecs ou son ignorance, ... Le "Giri" est une obligation forte qui peut entraîner susceptibilité excessive, suicide, dépression, ... Si la vengeance a tendance à s'estomper aujourd'hui, la violence tend maintenant à se retourner contre soi-même.

 

" La vulnérabilité des japonais aux échecs, aux affronts et aux rebuffades les conduit tout naturellement à se tracasser eux-mêmes plutôt que les autres. Leurs romans ne cessent de décrire l'impasse constituée par l'alternance de la mélancolie et des accès de colère, dans laquelle les japonais cultivés se sont si souvent fourvoyés dans les dernières décennies. (...) les héros des romans japonais dévoilent un monde où les émotions les envahissent le plus souvent, un écrivain le dit, comme un nuage de chlore. (...) Ils ont retournés contre eux l'agressivité que leurs héros du passé dirigeaient contre leur ennemi, et leur dépression, ils ne cherchent pas à l'expliquer. "

 

 

" L'acte le plus agressif envers lui-même qu'un japonais contemporain puisse perpétrer, c'est le suicide. Correctement accompli, le suicide, selon les critères des japonais, est un moyen de laver son nom et de rétablir l'image qu'on laissera de soi. En Amérique, la condamnation du suicide réduit la destruction de soi-même à une soumission résignée au désespoir, alors que les japonais ont, pour ce type de comportement, un respect qui en fait un acte honorable et réfléchi. "


De nombreuses règles de civilité ont été ainsi édictés pour éviter les situations provoquant la honte et mettant en cause son "Giri" : rites d'hospitalité, principe du secret pour tout projet n'ayant pas atteint le succès, utilisation d'intermédiaire pour éviter confrontation directe. La compétition est fortement perturbatrice et il y a une volonté de la réduire. Elle arrive très tard dans le parcours scolaire où en primaire, le redoublement et la notation n'existe pas.

 

Parallèlement au poids important des obligations, on trouve malgré tout un cercle d'émotions humaines très important. Les plaisirs sont loins d'être supprimés et sont même recherchés à partir du moment où ils n'interfèrent pas avec le "Giri".

ON trouve chez les japonais une culture du plaisir avec les bains chauds, du sommeil, de l'amour,du repas et même de l'ivresse.

Le temps du sommeil n'est pas vécu comme une phase récupératrice mais comme un plaisir qui peut être totalement supprimé pendant les examens ou la guerre, par exemple.

La nourriture est appréciée autant pour son goût que pour son apparence et on constate beaucoup de recherche dans la présentation des plats.

L'ivresse est courante et est une façon de relacher les règles strictes. Une ivresse non-violente qui n'implique pas d'alcoolisme chronique, ni de violence conjuguale.

Du côté de l'amour passion, il n' y a pas de tabous. L'érotisme et le sexe échappe du domaine de la morale. Tant qu'on lui accorde une place mineure, il est considéré comme bon. Le domaine conjugual est séparé du domaine érotique. Les deux sont permis et tolérés au grand jour. Le sexe est un délassement mineur alors que le mariage et l'épouse font partie des obligations (mariage souvent organisé par les parents qui ont toute autorité). Les plaisirs homosexuels sont aussi reconnus par la tradition, tant que la hiérarchie est respectée (les hommes adultes vont avec des hommes plus jeunes et passifs, maintenant ainsi la dignité) tout comme l'auto-érotisme.

 

Contrairement à l'occident, pas du jugement moral, pas de culpabilité pour ces pratiques acceptées. On ne trouve pas de vision opposant le Bien et le Mal, les 2 font partis du monde. L'esprit et le corps ne s'opposent pas et la jouissance des plaisirs n'est pas un péché.

Pour les japonais, le but de la vie n'est pas le bonheur mais il s'agit de remplir ses obligations, quitte à sacrifier ses désirs. Ils sont préparés à souffrir et acceptent les sacrifices que ça implique.

 

" Les forts, selon le verdict japonais, sont ceux qui ne tiennent pas compte du bonheur personnel et remplissent leurs obligations. "

 

Bien évidemment, les différentes obligations énoncées ci-dessus peuvent provoquer de nombreux problèmes.

On juge un homme selon les codes qu'il respecte ou pas. Malheureusement certaines obligations peuvent se contredire. Rembourser un "Giri" peut vous mettre en porte à faux par rapport à un autre "Giri", s'acquitter d'une obligation peut en bafouer une autre. Ces conflits peuvent entraîner de nombreuses voltes faces ou même amener à une impasse. Cela peut parfois conduite à des suicides lorsque la personne est dans l'incapacité de faire face, perdant ainsi sa dignité.

La vertu du "Giri", du sens des sacrifices a été fort transcendée par les samourais qui en faisait une véritable ligne de conduite. La loyauté à un maître discident peut se contredire avec la loyauté au seigneur. Parfois c'est la piété familiale qui peut entrer en conflit avec d'autres types d'obligations.

Le cinéma et la littérature japonais abondent d'histoires au dénouements tragiques. Alors que les américains privilégient les happy-end, les japonais, au contraire, privilégient la compassion et préférent des héros qui se sacrifient.On peut relever les histoires d'amour malheureux pour cause de mariage imposé par la famille, des histoires de conflits entre clans (le récit des 47 ronins, par exemple).

On peut constater que les japonais ont une culture de l'estime de soi extrêmement importante. Il s'agit de ne rien faire qui puisse attirer la honte sur soi, son nom, sa famille. La honte est plus importante que la culpabilité et s'avère être chez eux "la racine de la vertu".


Ce comportement procède d'une véritable auto-discipline. Améliorant les moyens de conduire son existence, elle s'appuie sur une volonté de l'esprit qui démontre sa supériorité sur le corps. Les sacrifices ne sont pas ressentis comme tel et les japonais sont entraînés dès l'enfance à se soumettre à un certain types d'obligations.

 

" un homme de bien ne doit pas considérer comme une frustration personnelle ce qu'il fait en faveur des autres. "


L'auteur revient d'ailleurs dans le dernier chapitre sur l'éducation des enfants  et de la façon dont il sont envisagés dans le cercle familial. L'enfant est nécéssaire pour continuer la lignée et les femmes se doivent d'être fécondes pour acquérir véritablement son statut d'épouse. Alors que l'âge adulte est conduite par bon nombre de contraintes, la petite enfance (tout comme la vieillesse sont synonymes de liberté.

 

 

 

Vous l'aurez compris, cet essai est véritablement passionnant. Ce très looooooong résumé ne donne pourtant qu'un très petit aperçu des éléments de culture et de comportement que vous trouverez dans cet ouvrage.

S'il a été écrit il y a longtemps, il n'en reste pourtant pas moins actuel. J'y ai pour ma part, retrouvé bon nombre d'éléments que je connaissais (parfois par intuition) et gagné de nombreuses clés de compréhension. En comparant avec certaines oeuvres littéraires ou cinématographique, certaines choses, certains faits se sont trouvés éclairés à la lecture de cet essai.

Certains éléments sont peut-être à prendre avec plus de recul aujourd'hui, plus de 50 ans après, la comparaison régulière entre japonais et américains pourra en agacer certains (je rappelle que cet ouvrage leur est destiné), pourtant "Le chrysanthème et le sabre" est un ouvrage anthropologique, ethnographique et sociologique passionnant et facile d'accès pourvu qu'on en ait une lecture très suivie.

Je ne peux bien évidemment que le conseiller fortement à toute personne désireuse de comprendre la culture japonaise !!

 

 

Le chysanthème et le sabre

Ruth BENEDICT

Editions Picquier - 1987 - épuisé

Editions Picquier Poche - 1995 - 356 pages - 10,50€

 


challenge In the mood for Japan

 

 

Aujourd'hui, pour la quinzaine nippone, vous pouvez découvrir chez :

 

Mango : La piscine, de Yoko Ogawa

Anassete : Je suis un chat, de Natsume Soseki

Emma : Icare, de Taniguchi

Mrs Pepys : Le gourmet solitaire


 

A suivre !


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19 juin 2011 7 19 /06 /juin /2011 17:40

 

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Beffroi de Lille

 

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Les dimanches en photos sont aussi chez :

 

 Liyah, Tiphanie, Choupynette, Fleur, Liliba, Sandrine, SeriaLecteur, Margotte.

 


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18 juin 2011 6 18 /06 /juin /2011 14:18

 

André Kertesz

(1894-1985)

 

 

Né en 1894 à Budapest, Andor (André en hongrois) n'a que huit ans quand son père meurt. Son oncle, Lipot Hoffman, se charge de son éducation et de celle de ses deux frères. Diplômé de l'Académie de commerce de Budapest, il occupe un emploi à la Bourse. Sa première photographie connue date de 1912 : Jeune homme endormi, qui annonce de façon prémonitoire ce qui fera l'essentiel de son art, à savoir, la clarté du style et la primauté de l'émotion.
Appelé dans l'armée austro-hongroise, il dépeint la vie quotidienne des soldats, l'attente dans les tranchées et les longues marches. Qu'il photographie la campagne ou ses amis, Kertész n'élimine jamais la charge affective qu'il porte en lui. Dans la Vache et le soldat (1917) et Jenö tel Icare (1919), il se montre imaginatif en adoptant des cadrages inédits qui annoncent la vision au Leica. Kertész veut devenir photographe. Il réalise son désir en France, où il émigre plein d'espoir et de détermination.

Kertész arrive à Paris en 1925 et s'installe dans le quartier de Montparnasse. Il fréquente les milieux littéraires et artistiques (Mondrian, Chagall, Zadkine, Foujita, Colette, etc...) et commence à photographier ses amis hongrois, les ateliers d'artistes et les scènes de rue. Il flâne dans les jardins publics, déambule le long des quais de la Seine et retrouve ses amis, ses compatriotes, au café du Dôme. Son talent est reconnu rapidement et il expose, en 1927, à la galerie Au Sacre du Printemps. En 1933, il réalise la célèbre série des Distorsions, où les corps nus de ses deux modèles russes, se reflètent dans un miroir déformant. Pâmées ou révulsées, ces anamorphoses dialoguent avec Picasso, Arp et Moore. Un livre, Paris vu par André Kertész avec un texte de Pierre Mac Orlan, est publié en 1934. C'est à Paris que Kertész réalise les chefs-d'œuvre que sont la Danseuse burlesque (1926), Chez Mondrian (1926), et les Mains et les lunettes de Paul Arma (1928).
En France comme en Allemagne, la presse lui commande reportages et illustrations. La revue d'avant-garde Art et Médecine publie ses photographies en même temps que celles de Germaine Krull, Man Ray, Emmanuel Sougez, François Kollar ou Brassaï, que Kertész rencontre en 1926 et initie à la photographie. Utilisant le Leica dès 1928, il est jusqu'en 1935, l'un des principaux collaborateurs du magazine Vu.
En 1936, Kertész part pour New York, avec sa femme Elisabeth épousée en 1933, afin d'honorer un contrat avec l'agence Keystone. Sa collaboration avec la plus grande agence mondiale de l'époque dure moins d'un an. House & Garden, Harper's Bazaar, Vogue ou Coronet le sollicitent. Les expositions à la PM Gallery (1937) et à l'Art Institute of Chicago (1946) ainsi que la publication de Day of Paris (1945), conçu par A.Brodovitch, ne suffisent pas à imposer Kertész comme l'un des principaux représentants de la photographie d'avant-garde aux Etats-Unis. Naturalisé américain en 1944, il signe en 1949 un contrat d'exclusivité avec les éditions Condé Nast pour lesquelles il réalise essentiellement des photographies d'architecture intérieure. Se sentant incompris et mal employé, il décide, en 1962, de mettre fin à sa carrière professionnelle.

En 1963, Kertész retrouve ses négatifs des périodes hongroise et française, laissés à Paris en 1936. Après la Bibilothèque nationale, le Museum of Modern Art de New-York présente une exposition consacrée à ses photographies (1964). De nombreux hommages lui sont rendus à travers le monde et les expositions se multiplient à Tokyo, Stockholm, Budapest, Londres, Paris, Helsinki... En 1975, il est l'invité d'honneur des Rencontres internationales de la Photographie d'Arles.
Kertész cesse alors d'arpenter les rues. Il réalise de sa fenêtre la plupart de ses photographies. L'enchevêtrement des toits et les vues plongeantes sur Washington Square le fascinent. Son regard gagne en maîtrise formelle. Depuis le milieu des années 50, la photographie en couleur le passionne. Il l'aborde avec simplicité en refusant tout effet coloriste. Les publications se succèdent et des monographies importantes lui sont consacrées : Hungarian Memories (1982), puis Of Paris and New-York (1985) et André Kertész, ma France (1990). En 1984, désireux de sauvegarder son œuvre, Kertész fait don de l'ensemble de ses négatifs ainsi que de sa documentation personnelle à l'Etat français (Ministère de la Culture).
Il s'éteint à son domicile new-yorkais le 28 septembre 1985.
L'œuvre de Kertész colle doublement à sa vie : à ce qu'il a vu et à ce qu'il a éprouvé. Elle en est comme le reflet, car l'adhésion du photographe au monde visuel fut telle que chacune de ses prises de vue et fut riche de sa sensation et de son émotion. Elle est sincère, fidèle, profonde, au point que toute photographie semble être le double parfait de la présence tangible de son auteur. Tellement parfait que le réel et la fiction s'y confondent. L'homme photographique est entier dans son cliché qui est autant une prise (un prélèvement, un extrait) qu'une projection de lui-même.

 

 

 

 

 

Je vous présente aujourd'hui une série qui devrait vous intéresser

car elle concerne les lecteurs !

 

"L'intime plaisir de lire"


 

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18 juin 2011 6 18 /06 /juin /2011 13:55

 

Pour la première fois de ma vie, j'ai postulé pour devenir jury d'un prix littéraire....

 

Et figurez-vous que je viens d'apprendre par courrier que j'étais retenue pour

Le grand prix des lectrices ELLE !

 

 

prix-lectrices-ELLE.png

 

Je dois dire que je ne m'y attendais pas !!

Je sais que les places sont chères et que nombreuses blogueuses en ont fait la demande.

Certaines essayent en vain de participer depuis plusieurs années.

Je pense notament à Clara qui désespère d'être choisie...

 

Bref, être choisie du premier coup me surprend d'autant plus

Il faut dire que j'ai mis en avant ma profession : Peut-être que ça a joué ?

 

En tout cas, je fais partie du jury d'Avril.

Vous devriez donc retrouver au cours des mois à venir les chroniques

des sélections du magazine.

 

Et sinon, y'a des coupines qui ont été choisies aussi ??

Faites-moi signe !


 


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17 juin 2011 5 17 /06 /juin /2011 17:00

 

Une fois de plus, je suis la victime innocente d'un énième tag

qui désacralise mon image de blogueuse exemplaire...

 

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Gaëlle, que je remercie malgré tout 

me désigne pour vous révéler 7 choses inavouables sur ma personne...

 

et comme je suis à cours d'idées, je m'en vais éhontément copier sur ma copine Mo'

qui laisse à ses lecteurs le soin de lui poser des questions !

 

Je répondrais donc aux 7 premières questions qui seront posées ici en commentaires !

 

C'est à vous !


 

 

 

1- Sandrine :

Quelle est ta chute ou ton accident le plus spectaculaire ?

 

Et bien, je fais partie des grandes chanceuses qui n'ont jamais eu d'accident, qui n'ont jamais mis un pied à l'hôpital...! Je ne me suis jamais rien cassé par exemple !

Du coup, bien difficile de répondre à cette question !

Du coup, je dirais que c'est certainement une chute de cheval, ayant fait de l'équitation pendant une dizaine d'années, j'ai bien dû me prendre quelques gamelles mais sans en avoir un grand souvenir, l'absence d'accidents graves aidant.


 

2- Mo' :

J'aimerais bien savoir comment t'es venue ta passion pour le Japon : combien de fois y es-tu allée ? le parles-tu ?

 

Mazette, c'est une longue histoire ^^ 

Quand j'avais 10 ans, mon père m'a emmenée au Népal. Depuis, j'ai été fascinée par la culture himalayenne et asiatique. je lisais et regardait pleins de documentaires sur ces régions. Puis, plus grande (au lycée), mon premier amour m'a fait découvrir les mangas ^^ (la révélation lol) et les films de Takeshi Kitano. Je me suis peu à peu intéressée à ce pays asiatique auquel je ne connaissais pas grand chose et j'ai transféré ma passion de l'Inde et de l'asie vers le Japon. ça s'est fait assez progressivement en fait sans que je m'en rende bien compte. Maintenant, c'est très assumé et c'est devenu une passion prenante tant cette culture ultra différente me fascine !

Après, je vais peut-être te décevoir... mais je n'y ai jamais mis un pied ! Pas encore :)

C'est bien évidemment un de mes rêves mais en même temps, je ne veux pas que ce voyage soit bâclé. Je voudrais en savoir encore plus sur sa culture. Je ne veux pas partir juste pour 2 semaines. Bref, il faut que ça soit un acte important qui ne doit pas me décevoir et, le manque d'argent aidant cruellement, l'expérience est reportée à des jours meilleurs.

Quant à la langue, et bien, j'ai acheté une méthode de japonais il y a quelques temps mais je reconnais que je n'ai pas encore eu la motivation pour m"y mettre sérieusement .

Ceci dit, à force de voir des films japonais en VO, je connais certaines expressions, certains mots, des tournures de phrases. ça pourra aider pour plus tard !


 

3- Kathel :

Qu'est-ce qui t'a donné ce goût pour la photo ? Un photographe précis ? Un livre, une expo ?

 

Là aussi, vaste question que je ne m'étais jamais posée !

Depuis toute petite, je vois mon père prendre des tonnes et des tonnes de photos. Pas des photos un peu travaillées de photographe amateur mais des photos tout de même. Des photos de voyage, de famille, etc... prises parfois à l'arrache, sans même viser. Bref, une grosse culture de la photo malgré tout.

Après, le premier souvenir de photo pro que j'ai, c'est le festival photo d'Arles. J'étais adolescente (dans les années 90) et mon père m'a emmenée passé une journée à ce festival. Je crois que c'est là que j'ai découvert la force de la photo. Les images qui me restent sont celles d'une exposition Sebastio Salgado. Je ne sais malheureusement plus de l'expo précise mais il me semble qu'il s'agissait de mineurs brésiliens. Bref, ça m'a laissée une forte impression. Je me souviens aussi d'un jeune voyageur qui avait fait modestement de jolies photos du Népal et d'Inde (on y revient !) dont j'avais acheté quelques exemplaires.

Après, te dire comment mon intérêt pour la photo a grandi, je ne sais pas trop. ça ne fait que quelques années que j'y regoute pleinement. C'est un support qui me fait vibrer, qui n'a pas besoin de mot pour exprimer des émotions. Par la suite, ça s'est fait petit à petit. Des expos intéressantes, une cousine qui fait de la photo sérieusement, l'envie de dépasser la frénésie photographique du père pour aller vers quelque chose de qualitatif. Difficle à dire !

En tout cas, c'est un support avec lequel j'ai envie de m'exprimer. Aujourd'hui, j'ai très envie de posséder un reflex pour dépasser les limites du compact, d'adhérer à une association de photo pour mieux apprendre mais tout ça dépend encore une fois d'argent...

 

4- Emmyne :

Mis à part le Japon, quel(s) voyages(s) te fait ( font ) rêver ( quand, comment, pourquoi...) ?

 

Rhâââ les voyages ! :)

Bon, le Japon, ça c'est expliqué ! :)

Ensuite, je dois dire que la Mongolie est un espace qui me fait furieusement fantasmer... je vais tomber dans le cliché : les grands espaces, les chevaux. Mais aussi la culture orale, les chants diphoniques, le nomadisme; l'hospitalité. J'ai lu beaucoup de choses sur eux. C'est un peuple fascinant !

J'ai toujours aimé ces culture nomades. La vie en roulotte, en yourtes me fait rêver !

POurtant voyager en Mongolie ne me parait pas facilement accessible, pour moi. Voyager dans les steppes et dormir avec la population nomade nécessite un accompagnement. qui se paye. De plus, je suis un peu bloquée aussi par mon végétarisme. Les mongols ont une alimentation ultra-carnée, pas de légumes au programme compte tenu de leur mode de vie. Du coup, comment pourrais-je partager avec eux ce mode de vie ? Même si je sais que mon principe végétarien ne tient pas chez eux, où la consommation de la viande n'est pas ultra-industrialisée, les animaux niés, etc... je pense que j'aurais malgré tout beaucoup de mal à passer outre.

 

Ensuite, il y a tous les territoires d'Europe du Nord, la Norvège plus particulièrement. Plus pour une question de nature et de paysage que de culture. le livre que je vous avait présenté  ici illustre bien mes rêveries ! L'Irlande (que j'ai déjà parcouru) et l'Ecosse aussi me tente beaucoup !

Je rajouterais bien tout le continent asiatique mais je sens qu'on va m'accuser de tricheries ! Alors je donnerais une préférence au Cambodge, au Vietnam et au Bali. La chine, elle, ne me tente pas trop.

Moi ce que j'en dit, c'est de la faute de papa, qui voyage à n'en plus pouvoir (plusieurs tours du monde à son actif !) et n'en finit pas de me tenter !


 

5- Joëlle :

Comment t'es-tu retrouvée dans le sud de la France alors qu'apparemment, tu n'es pas de cette région ?

 

Effectivement, je ne suis pas de cette région ! 

Certains l'ont peut-être compris, je suis nordiste ! J'ai quitté la région fin 2009 pour son extrême opposé, en Languedoc !

Tout vient du travail : libraire au chômage depuis presque 2 ans, je ne trouvais pas d'emploi dans le Nord. J'avais le choix entre changer de métier (ce qui était totalement exclu !) et chercher dans d'autres régions. J'étais seule, sans enfants et finalement  mobile sans trop de soucis. J'ai envoyé mes candidatures un peu partout en France. Et j'ai décroché un travail à l'autre bout de la France !

Pour l'anecdote, j'ai eu 15 jours pour me faire à l'idée, faire mes bagages et trouver un logement à 1000 kms d'où j'étais !!! Autant vous dire que ça a été challenge ^^

Au final, je n'ai donc pas vraiment choisi cette nouvelle région, ça s'est présenté à moi comme cela !

La vie est faite de hasard ! Et je suis sûre que l'avenir me réserve autant de surprises !

 

6- Didi :

Qu'est ce qui te manque dans ta nouvelle région par rapport à ta région d'origine ?

Alala, pas mal de choses ! Si, j'ai gagné le soleil et une certaine douceur de vivre, j'ai tout de même perdu en chaleur humaine...

Autant la famille ne me manque pas trop (quoique), autant ne plus pouvoir partager qu'à distance avec mes amis est une cruelle frustration. Mon dernier séjour nordiste n'en a rendu que plus difficile mon retour à domicile, le vide se faisant cruellement sentir...

Je rajouterais aussi que le manque de repère me manque également. ça fera bientôt 2 ans que j'ai déménagé mais je lutte encore pour m'orienter ou pour être à l'aise dans la ville, dans certaines tâches du quotidien. Genre, où puis-je trouver une boutique qui vend ça ? Ce sont des détails mais tout de même qui t'emp^che d'apprécier le lieu autant que ton environnement d'origine.

 

 

 

 

Merci aux 5 curieuses pour leurs questions !

Je me suis dévoilée sans fard, peut-être trop, je ne sais pas.

J'espère avoir satisfait vos demandes !

 

Quant aux 2 questions manquantes, si quelqu'un veut savoir quelque chose...

 

 

 

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16 juin 2011 4 16 /06 /juin /2011 07:00

 

légende de nos peres 01

 

Auteur : Sorj Chalandon

Editeur : Grasset

Date de parution : Août 20

  256 pages

Prix : €

 

 

Je n'avais jamais lu Chalandon et grace à Emmyne, j'ai découvert un excellent auteur !

 

Marcel Frémaux est le fils d'un ancien résistant. Modeste et très pudique, ce dernier n'a jamais voulu parler de son passé à son fils. Il mourra sans lui avoir laissé la clé.

Devenu adulte, Marcel est devenu biographe. Non pas biographe de personnes célèbres, non. Biographe familial. Biographe des petites gens qui souhaitent léguer leurs histoires à leur famille, à leurs amis.

"Toute vie mérite d'être contée" argue-t'il dans ses publicités.

Un jour, c'est une certaine Lupuline Beuzaboc qui se présente à lui. Elle souhaite mettre par écrit les mémoires de son père et toutes les grandes histoires qu'il lui racontait au bord du lit.

Marcel se souvient : Beuzaboc et sa fille était présent à l'enterrement de son père. Beuzaboc était résistant lui aussi mais c'est également un homme blessé qui refuse tout hommage et qui est réticent à se lancer dans cette biographie. Lupuline réussit à le convaincre et Marcel commence alors ses entretiens avec le vieil homme.

Cherchant son père à travers le père de Lupuline, Marcel va aller à la recherche de la vérité. Mais la vérité correspond-t'elle toujours à ce qu'on souhaiterait ?

 

"La légende de nos pères" est un roman formidable. Ce n'est pas un roman trépidant, l'histoire s'installe lentement. On suit les entretiens du biographe et du résistant, les recherches de Marcel concernant des points de détails de l'histoire ou quelques incohérences. Néanmoins la puissance de ce roman grandit inéxorablement au fil des pages. L'ambiance s'alourdit et va conduire vers la terrible tension finale.


On pourrait penser qu'il s'agit d'une livre sur la 2ème guerre mondiale mais il n'en est rien.

Il s'agit surtout ici de la question de la mémoire. La mémoire des vivants et des morts. De la façon dont elle est transmise et des éléments que l'on transmet. Sommes-nous ce que nous sommes ou seulement ce que nous racontons de nous-même ? Où est la part de vérité et d'imagination, d'interprétation de notre passé et de notre vie ?

Marcel n'a pas su entendre son père avant qu'il meure et il s'aperçoit qu'il ne sait pas qui est réellement son père. Lupuline, au contraire, a grandi avec les récits héroiques que ce dernier lui contait avec enthousiasme pour ne pas la décevoir mais connait-elle mieux pour autant son père ?

 

L'auteur ne se pose pas ici en juge et se contente de montrer toute la difficulté de la transmission familiale. Nos propos ne sont-ils pas faussés d'une certaine manière par notre manque de recul, d'objectivité sur nous-même. Ne racontons-nous pas aussi ce que nos interlocuteurs aimeraient entendre ? Les choses que nous choisissons de raconter ont été au préalable passées au prisme de notre propre sélection naturelle. Mais dès lors, peut-on malgré tout nous accuser de mensonges ?

 Etre fidèle à quelqu'un peut signifie en trahir en autre alors où se trouve la juste position ?


Les mots justes peuvent être difficiles à trouver également, pour le personnage du biographe comme pour l'auteur lui-même. On découvre la difficulté de l'écriture, d'être au plus près de ce que l'on souhaite exprimer à travers nos mots.

 

J’avais la première phrase de la biographie. “Novembre. C’était novembre, et il pleuvait sur nous.” Non. Trop solennel. Il fallait dépouiller chaque mot. “C’était novembre, et il pleuvait.” Les élaguer encore. “Il pleuvait. C’était novembre.” Les tailler d’avantage. “Novembre, et il pleuvait.” Voilà. C’était ça. Je me suis arrêté à un angle de rue. J’ai sorti mon carnet noir à élastique et écrit cette phrase avant de la souligner. “Novembre, et il pleuvait.” "

 

Pourtant que dire de l'écriture de Chalandon : si juste et d'une belle sobriété qui n'empêche pas un style poétique à la force poignante.

 

Les extraits parlent d'eux-même :

 

" On fait son deuil. C'est effroyable, mais on le fait. Après avoir été au loin, au plus profond, creusé par l'absence et le silence, sans air, sans lumière, sans souffle, sans pensée, ans rêve, sans voix, après avoir perdu la faim, la foi, les nuits, après avoir tremblé à l'infini, après avoie eu froid de tous ces jours sans l'autre, après avoir traversé seul les fêtes maudites, les saisons détestables, après tant de matins pour rien, on défroisse le linceul qui nous couvrait aussi. On caresse l'étoffe, on la regarde encore, on la plie avec soin, on la range dans un coin de sa vie en attendant la suite. On fait son deuil, mais on ne revient pas d'un rendez-vous manqué. "

 

 

"Je suis sorti au crépuscule. Je marche parfois la nuit pour recueillir un mot. J'ai regardé le ciel au dessus de la grand place. Un ciel de juin avant l'orage. je me suis demandé si je pouvais écrire le ciel sans autre mot que ciel. Comment décrire cet état de lumière. Comment approcher l'évident, le simple, des feuilles qui frissonnent. Parce qu'écrire frissonner, c'est déjà s'éloigner de la feuille. Elles ne frissonnent pas les feuilles. Elles font tout autre chose que ce qu'en dit le vent. Elles ne bougent pas, ne remuent pas, ne palpitent pas. Elles feuillent, les feuilles. Elles font leur bruit, sans autre mot. Et le ciel, il nuage. je me suis dit, qu'un matin, au réveil, il me faudrait pour Beuzaboc quelque chose de Tescelin. Ne pas le dégrader par un prêt-à-écrire, mais prendre ses mesures et coudre un mot pour lui. "

 


" Je me demandais comment ces mots avaient pu survivre à ces hommes, continuer leur chemin de mots, revenir plus tard sous nos plumes, dans nos lettres, sur nos lèvres en paix. Je me demandais comment nous avions pu après eux encore écrire " adieux ", " amitié " ou " chagrin ". Je me demandais ce que seraient devenus nos mots sans les leurs. "

 

Il sera aussi question ici de choix, d'engagement, de notre culpabilité face à certains mais aussi de pardon et de renoncements. Pleins de choses très belles que je vous laisse de toute manièe découvrir.


 

"La légende de nos pères" est un très très beau roman qu'il serait dommage d'oublier.

 

 

 

D'autres avis :

L'avis d'Emmyne, amoureuse - Stemilou -

( Pas d'autres lecteurs ??! je ne peux pas le croire ! )


 

Quand elle vous dit qu'il faut lire Chalandon, écoutez-là.

Parce que moi aussi, je vous le dis !

 

 

Faites moi lire

Lu dans le cadre de mon opération Faites-moi lire !

Merci Emmyne !

 


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Humeur

Le 26 Août 2013 :
Le grenier de choco n'est plus...
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