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28 janvier 2010 4 28 /01 /janvier /2010 23:50

lion 1


" Il me semblait que j'avais retrouvé un paradis rêvé ou connu par moi en des âges dont j'avais perdu la mémoire. Et j'en touchais le seuil. Et ne pouvais le franchir.
De rencontre en rencontre, de désir en désir frustré, le besoin était venu - sans doute puéril, mais toujours plus exigeant - de me voir admis dans l'innocence et la fraicheur des premiers temps du monde. "


Ainsi parle le narrateur, voyageur au long cours qui a décidé cette fois-ci de s'arrêter au Kenya pour toucher du doigt la faune, libre et innaccessible qui le fascine.
Dès les premières pages, nous voici donc plongés dans la poussière et la chaleur de l'Afrique qui abrite en son sein des territoires presque vierge de l'influence humaine.
Son premier réveil est déjà une révélation :

" Je ne m'appartenais plus. Je me sentais appelé par les bêtes vers un bonheur qui précédait le temps de l'homme. "

lion-2.jpg

Alors qu'il s'apprête à suivre ses instincts du début des temps et à s'approcher des bêtes au mépris de toute prudence, il est arrêté par une petite fille, Patricia, fille de John Bullit, l'administrateur du parc.
Elle semble posséder un certain pouvoir sur les animaux qu'elle comprend et qui la comprennent, et plus particulièrement sur King, un lion sauvage que sa famille a sauvé et élevé.
Dès lors, nous allons suivre le narrateur sur les traces de Patricia et de son étrange relation fusionnelle avec le roi des animaux et découvrir sa famille.
Alors que la petite fille préfère passer tout son temps dans la brousse, son père oublie son passé de chasseur en gérant "sa" réserve avec toute la protection possible envers les animaux et en surveillant les conflits avec les Massaïs. Sybil, la mère, préfère quant à elle s'enfermer dans sa villa : la brousse et King lui inspire désormais une peur panique et elle cherche à tout prix à en éloigner sa fille.
Le narrateur suivra les conflits familiaux de cette famille malgré tout aimante et ne pourra qu'être spectateur du drame qui se profilera au fur et à mesure.


lion-3.jpgLe roman est tout d'abord une formidable plongée dans la vie africaine et plus particulièrement kenyane. L'intrigue se passe au pied du Kilimandjaro et on ne pourra que s'émerveiller devant de très belles descriptions de la savane et des animaux. On y découvrira ses habitants, les massaïs et les autres tribus, leurs moeurs, leur fierté, leurs fêtes. Bref c'est une véritable ode à l'Afrique et à sa vie sauvage.

L'Afrique, certes, mais l'Afrique coloniale surtout. Les blancs restent ceux qui ont le pouvoir et dirigent. Les postes de chauffeurs et de serviteurs leur sont réservés. La famille Bullit et le narrateur les respectent pourtant, connaissent leurs traditions et leurs qualités, participent à leur vie communautaire mais une certaine condesdence point malgré tout.

"Les Masaïs ne vendent et n'achètent rien. Ils ont beau être noirs, il y a du seigneur en eux."


        Jeune guerrier morane

"Les noirs ne souffrent pas d'être laids. Et chez eux, les chasseurs sont fiers des marques de la chasse"


Le roman tournera pourtant autour de la relation très particulière de Patricia avec King. Faite de complicité, d'amour et de fidélité, elle est fascinante par son caractère irréel et presque impossible.

" King lécha le visage de Patricia et me tendit son mufle que je grattai entre les yeux. Le plus étroit, le plus effilé me sembla, plus que jamais, cligner amicalement. Puis le lion s'étendit sur un flanc et souleva une de ses pattes de devant afin que la petite fille prît contre lui sa place accoutumée. "

Comme le narrateur qui n'arrive pas à se détacher de la vision de cette petite fille qui parle aux animaux d'une manière quasi magique, les massaïs pensent que le père de Patricia est un lion. Oriounga, un jeune guerrier morane s'interessera plus particulièrement à elle et servira de déclencheur du drame.

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Patricia fait la loi dans la réserve et fait plier tout le monde a ses quatre volontés, son père le premier. Elle semble avoir une dizaine d'années mais fait preuve d'une maturité rare et presque peu crédible par ses remarques et son analyse des choses. Malgré son orgueil, elle perçoit la souffrance qu'elle provoque chez sa mère et cherche à s'amender en se pliant à ses désirs lorsque la crise de nerfs menace chez cette dernière.
La famille est en effet sous tension. Chaque membre a conscience de faire souffrir l'autre en étant soi-même. Bullit, ainsi que sa fille, savent que Sybil est malheureuse dans la brousse mais ne sauraient concevoir vivre ailleurs. Sybil en a bien conscience et essaie de réprimer ses accès de nerfs tout en essayant de soustraire Patricia à cette vie dangereuse et en faisant bonne figure.

Ce roman est finalement un roman d'amour : amour entre des êtres qui éprouvent des difficultés à vivre ensemble, amour entre l'Homme et l'Animal, amour de l'Afrique éternelle. Un amour orgueilleux qui mènera Patricia à perdre tout ce à quoi elle tenait.


Bullit s'interrogera d'ailleurs sur l'amour un peu extrême des animaux :

" Pour bien tuer les bêtes, il faut les bien connaitre. Pour les connaitre, il faut les aimer, et plus on les aime et davantage on les tue. C'est même pire que cela en vérité. C'est exactement dans la mesure où on les aime qu'on éprouve le besoin et la joie de les tuer. Et alors qu'on ait faim ou non, que cela rapporte ou que cela coûte, avec ou sans licence, en terrain permis ou défendu, que l'animal soi dangereux ou sans défense, peu importe. S'il est beau, noble ou charmant, s'il vous touche au plus profond du coeur par sa puissance ou sa grâce alors, on tue, on tue, on tue... Pourquoi ? "

Vous aurez compris que cette lecture a été un coup de coeur pour moi et que je regrette de ne pas avoir découvert bien avant. L'écriture est merveilleuse et l'histoire fascinante.
Je vais devoir lire très prochainement l'autre roman de Kessel qui patiente dans ma PAL : "Les cavaliers" ...


Note : *****


Editions Folio ou Folio plus classique - 6,10€
Editions Folio Junior - 7,60€

Editions Galliamard - épuisé

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Lu dans le cadre du challenge "J'aime les classiques" 


j-aime-les-classiques.jpg

Et il s'avère que c'était aussi le coup de coeur de Bladelor !


challenge-theoma.jpg

Et qu'en plus ça trainait dans ma PAL...


Objectif-PAL.jpg
Objectif PAL : # 14




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25 janvier 2010 1 25 /01 /janvier /2010 21:00

Cocola a sortie une idée farfelue de sa caboche : le challenge Caprice !


caprice.jpg



Il s'agit d'imposer une lecture caprice à votre partenaire, que ça soit un titre coup de coeur ou un grosse daube pour pourrir la PAL de votre compère !

Vous pouvez donc être soit très gentille.... soit très perverse !!

Vous avez jusqu'au 15 février pour vous inscrire ici !
Rejoignez-nous !


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Published by Choco - dans Challenges
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25 janvier 2010 1 25 /01 /janvier /2010 20:00


au pays des mangas


Charley, douze ans, est un jeune australien fanatique de jeux vidéo et de manga, et plus particulièrement de Gundam. Son père, Peter Carey, célèbre écrivain, décide de s'intéresser à la passion de son fils.
Dès lors, il essaie de s'immerger dans la culture japonaise traditionnelle d'un côté et manga de l'autre.
Ils se conseillent mutuellement des titres de mangas, visionnent des films japonais ( l'été de kikujiro, de Kitano). C'est aussi une manière pour Peter de communiquer avec son fils et de partager sa passion.
Peter va donc découvrir un univers dont il ignorait tout et fasciné par la passion de son fils décide de l'emmener en voyage au Japon, sous prétexte d'interviewer les grands noms du manga et de l'animation japonaise.

au pays des mangas 2Peter va alors confronter sa vision du pays et de ses traditions, obtenue par ses nombreuses lectures, avec la réalité du pays. Pourtant ses idées seront à chaque fois démontées et battus en brêche par les interlocuteurs qu'ils rencontrent. Chacun lui signifiant que sa vision est celle d'un étranger et qu'elle ne peut qu'être fausse. La déception et le désapointement est à la clé, et Peter se sent un peu perdu dans ce pays.
A côté de ça, Charley se refuse à rencontrer ce qu'il nomme le "vrai Japon" traditionnel, synonyme d'ennui et préfère se prendre d'amitié avec un jeune japonais au look voyou rencontré par Internet et qui ne jure lui aussi que par Gundam. Le jeune garçon est comme un poisson dans l'eau et désarme son père par son habileté à prendre en main son séjour dans le pays et les différentes technologies qui lui sont associés.

Au delà de l'aspect voyage, cet ouvrage est d'abord un récit sur la relation père-fils, leur communication et les différences générationnelles. En découvrant le Japon des Otakus, le père va découvrir des facettes de son fils qu'il ignorait. En effet, Charley en général taciturne, s'anime dès qu'il s'agit de sa passion et démontre une certaine habileté à manipuler des objets obscurs à son père ( portable japonais, billeterie automatique du métro, ...) sans parler un mot de japonais.

au pays des mangas 3On va suivre le cheminement de Peter sur la voie de la connaissance du Japon, en passe de devenir un vrai passionné lui aussi.  On découvrira avec lui l'univers des mangas, des films d'animation, l'impact de la bombe atomique dans ces derniers, le processus de fabrication d'un sabre, un début d'analyse du film Totoro de Miyazaki, les règles de politesse stricte et les contraintes de la bienséance, ...
Les interviews qu'il réalise sont très intéressantes car rares et on ne peut s'empêcher de baver de jalousie lorsqu'il rencontre le grand maître Miyazaki.
La curiosité de Peter Carey est forte et il semble s'intéresser à tous les aspects de la culture japonaise. Il traite avec humour son ignorance et les petits chocs culturels qui s'accumulent.

Pourtant sa découverte reste malgré tout assez superficielle. Les amateurs de Japon n'y apprendront pas grand chose. Les néophytes beaucoup plus, mais je ne suis pas certaine que le portrait qui est dressé ici soit très flatteur. Les japonais paraissent hautains, réfractaires aux opinions étrangères et trop à cheval sur l'étiquette. De plus, il semblerait que l'ami japonais de son fils soit une invention de l'écrivain, histoire de pimenter l'histoire...
Au final, ce récit de voyage est beaucoup plus centré sur le père, son fils et leurs rapports respectifs dans un univers qui leur est étranger.
J'ai, pour ma part, trouvé cette lecture plaisante mais quelque peu décevante par rapport à mes attentes, malgré quelques bons passages très intéressants.
Il parlera beaucoup plus aux parents de jeunes otakus qui cherchent à comprendre la fascination de leurs ados pour les mangas ou à ceux qui voudront découvrir un aspect plus moderne d'un Japon méconnu.
Ceux qui n'y connaissent rien trouveront pleins de références bibliographiques et cinématographiques disséminées dans le texte et l'ouvrage leur donnera surement envie de découvrir les mangas et autres facettes du Japon, au côté de l'auteur !



Note : ***


Editions Hoëbeke - 15€


 

Photo de Tokyo : © Cyril Almeras

http://www.cyrilalmeras.com/


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24 janvier 2010 7 24 /01 /janvier /2010 20:00


vierge froide



Après avoir découvert Jorn Riel avec le sublime "Un jour sans lendemain" qui m'avait bouleversé il y a longtemps de ça....
Après avoir lu la bande dessinée "La vierge froide et autres racontars", adaptation du roman du même nom de  Riel...
J'ai enfin pu découvrir le roman d'origine, grace à Bladelor qui me l'a très gentiment offert pour le 1000ème commentaire de son blog !

J'ai retrouvé avec plaisir le Groenland et sa galerie de personnages atypiques et comiques !
Ces quelques hommes qui travaillent et chassent sur la banquise font face à la solitude et une obscurité hivernale en buvant, en se retrouvant entre eux et en partant dans des expériences plus abracadabrantes les unes que les autres !
Le sujet du roman, je ne le répète pas... C'est le même que la bande dessinée qui a très bien repris le roman à l'exception des 3 derniers racontars. Je vous renvoie donc à mon billet ici !

Le roman se découpe en 10 chapitres qui, chacun, s'attache à un ou 2 personnages. Loin d'être un recueil hétéroclite, chaque personnage a un lien avec celui du suivant et peu à peu se dessine une communauté de chasseurs, séparés certes par la distance, mais qui se connaissent et se retrouvent de temps à autre.
Ces chasseurs du Groenland sont rudes, simples mais aussi sensibles. Ils savent mettre de l'humour dans une vie qui l'est beaucoup moins et font fi des conditions climatiques difficiles.
L'écriture de Riel est simple et donne aux chasseurs un franc-parler qui leur va bien. Tout se base d'ailleurs sur la parole orale et des histoires qui naissent de l'imagination des hommes dont c'est la seule échappatoire à cet enfer blanc et solitaire. Histoires qui deviennent de véritable contes et épopées sous la plume de Riel.

" – Emma, tiens, c’est comme si elle était faite rien qu’avec des beignets aux pommes. Les fesses, les seins, les joues, et tout et tout. Rien que des beignets, mon garçon. Et au milieu de toute cette pâtisserie, deux yeux bleu ciel et une moue rouge.

Il venait d’aborder quelque chose de rare, pour ne pas dire inaccessible dans le monde du nord-est du Groenland. La femme devient en Arctique une entité lointaine et imaginaire, à laquelle on ne fait allusion qu’avec des tournures vagues et prudentes. Il est extrêmement rare d’y entendre parler de cette créature d’une manière grossière ou obscène. Il lui fallait donc manier cette bombe avec précaution..."



Bref j'ai beaucoup aimé cette lecture réjouissante et j'en redemanderais à l'occasion !

Encore merci à Bladelor pour cette découverte !


Note : ****


Editions 10/18 - 6€



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22 janvier 2010 5 22 /01 /janvier /2010 20:52


Cher Lecteur !


Non, je n'ai pas décidé de lancer un nouveau jeu de télé-réalité, ni d'échanger mon job contre un vulgaire emploi de postière (j'ai rien contre les postiers hein c'est juste pour l'image  )

Suite à Mobylivres qui depuis peu partage le sel de son métier et suite à la suggestion subliminale de Cynthia de faire de même, j'ai décidé de lancer une nouvelle rubrique.
Pour toi Public^^, je vais décrypter ce métier qui me passionne et te fait rêver... et je vais briser l'image enchanteresse que tu t'en fait....
Je vais pénétrer dans des réserves obscures et poussièreuses, je vais subir les agressions clientélistes, je vais suer sang et eau pour porter l'offre livresque qui te ravit tant, je.... STOP !!!


Bon et si on brisait certains clichés, pour commencer ?!



1 - Le libraire passe ses journées à lire


Qui dit libraire dit environnement de travail bourré de livres. Et qui dit livres, dit lecture. Ben oui ! Mais en fait, NON !

livreSache, cher lecteur, que le libraire n'a pas le temps...
En effet, il doit tout d'abord ranger les livres, trouver de la place, faire des retours, répondre au téléphone, appeler les fournisseurs, rencontrer les représentants, assister aux réunions d'équipe, passer ses commandes de réassort, reclasser ses rayons, renseigner les clients, organiser des opérations commerciales, écrire des billets pour son blog, faire des recherches bibliographiques, ... et j'en passe !



Alors NON, le libraire n'a pas vraiment le temps de lire....
Alors il fait comme tout le monde, il lit après le boulot.

Et quand le moment de libre tant attendu arrive.... sache, cher lecteur, que la majorité des patrons interdit à ses libraires de lire sur la surface de vente.
Et voui ! parce que ça ne fait pas très commercial, ni très dynamique. Que le libraire, on ne le paye pas à rien faire, mais à taffer... Lire, ce n'est pas du travail, c'est bien connu !

Alors, le libraire lecteur, planqué derrière son bureau, doit déployer des techniques furtives, quand les boss arrivent : sortir le marque-page, judicieusement prévu à cet effet ET :

- Faire style de feuilleter l'ouvrage, regarder la quatrième de couverture, histoire de montrer qu'on ne fait que le manipuler pour se faire une idée du livre.
- Se lancer dans une recherche informatique sur le titre, l'auteur, l'éditeur, la collection, .... (rayez la mention inutile), genre je suis en pleine recherche bibliographique.
- Se lever et faire style d'aller reposer le livre, lâchement abandonné par un client.
- Se lancer dans une grande discussion professionnelle avec votre collègue qui, lui aussi, essaie planquer le super roman qu'il aimerait bien finir avant la fermeture...

Pourtant, les clients sont toujours ravis de nous coincer en pleine lecture et engagent d'autant mieux la conversation : "C'est bien ce que vous lisez ?" et là pour vous pouvez partir dans un éloge dythyrambique et votre client repart ravi, un livre sous le bras !
Z'ont rien compris les patrons...

Aujourd'hui, plus besoin de faire la ninja dans la librairie où je travaille mais je garde tout de même quelques réflexes de culpabilité quand je me met à lire pendant mes heures de travail...


A suivre... :

2 - le libraire est un littéraire qui ne comprend rien aux chiffres
3 - Le libraire n'est pas sportif
4 - Le libraire est un intello coincé
5 - le libraire n'aime pas être dérangé
6 - Le libraire gagne bien sa vie
7 - Le libraire n'aime pas Marc Lévy et Guillaume Musso

Si vous avez d'autres idées reçues sur mon métier, n'hésitez pas à me les soumettre, je me ferais un plaisir d'y répondre !

Edit du 24 janvier :


Suite aux suggestions très pertinentes de Marie L., je rajouterais :

- Le libraire connait tous les livres qui sont dans la librairie
- Le libraire des grandes surfaces culturelles est un vulgaire vendeur




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20 janvier 2010 3 20 /01 /janvier /2010 18:00


Paix





Après avoir lu avec bonheur, ses précédents romans " La saison des ténèbres" et "Petite visite aux cannibales", je n'ai pu résister au plaisir de plonger dans le nouvel opus de Richard Bausch. Auteur dont on parle malheureusement assez peu, il me semble...

"Paix" se situe en Italie pendant la 2ème guerre mondiale. Les allemands battent en retraite mais continuent d'infliger de multiples pertes dans leur retrait. C'est une petite patrouille américaine que nous allons suivre. Ces 3 hommes sont envoyés en reconnaissance dans la montagne, guidé par un vieil italien qu'ils ont embarqués de force. Le plus vieux, Marson, a 26 ans. C'est lui le sergent qui doit diriger et calmer les tensions palpables entre les 2 hommes sous sa direction : Asch, un juif de Boston et Joyner, un brin raciste.

Pendant 2 jours et 2 nuits, les voilà face à eux-mêmes, devant leurs peurs, leurs faiblesses et leur passé.
Ils montent inlassablement, repensent à leur pays, à leur famille qui les attend. Ils culpabilisent devant l'acte de leur sergent qui a tué la femme qui accompagnait un soldat nazi, une victime innocente selon eux. Ils s'interrogent sur la guerre et ses conséquences.

"Tu sais, j'ai étudié l'histoire, et la philosophie. Et c'est pas pour des idées qu'on se bat maintenant. Malgré tout ce qu'on veut nous faire croire. Chez nous non plus, on n'aime pas les juifs. Ni les noirs. Les idées des nazis, personne n'en a rien à foutre. Tout ça, c'est juste une question...d'armement. De puissance militaire. Les idées, c'est un prétexte. La vraie question, c'est... c'est qu'on est de plus en plus doués pour tuer. Voilà de quoi il s'agit. On a la technologie nécéssaire pour tuer plus efficacement, et à plus grande échelle. ça n'a rien à voir avec les idées. "

La tension est palpable, la nature oppressante, les hommes se disputent, le froid les menacent et ils doivent continuer à avancer coûte que coûte. Que faire alors quand un snipper se met dans la partie ?

paix-2.jpgVue des ruines du Mont Cassin - Italie


Dans ce huis-clos angoissant, l'auteur parvient avec beaucoup de facilité à nous faire partager les pensées intimes de ces 4 compagnons d'infortune qui n'espèrent qu'une chose : que cette guerre prenne fin et que vienne le temps de la paix.
Bausch nous livre ici un très beau texte sur la condition de l'Homme et sur les luttes intérieures qui le rongent. Faut-il faire son devoir alors que la guerre est un désastre ? Comment conserver sa dignité en faisant des actes qui vous dégoutent ?
C'est aussi un hommage au courage et à la force de l'entraide quant la mort approche au delà de toute affinité ethnique et intellectuelle. La mort nous fait dépasser les clivages moraux pour chercher à rester en vie malgré tout, contre tout.

" Tu crois en Dieu ? demana Asch.
- Oui.
- Tout ça, ça se tient. Je veux dire qu'il a une seule raison à tout ça, à la religion, à la philosophie et le reste.
- Tu veux dire que que toutes les religions disent la vérité ?
- Elles existent toutes pour la même raison. La seule vraie raison. Elles essaeint toutes d'expliquer la même chose : pourquoi on doit mourir. Un effort pathétique pour nous faire accepter cette réalité. "


Plus qu'un roman sur la guerre, Paix est une formidable ode à l'humanité qui est en chacun de nous.

Je vous invite plus que vivement à découvrir cet auteur, trop ignoré dans nos contrées !
"Paix" est un roman fort mais je continue à lui préférer "Petite visite aux cannibales" qui fut mon premier Bausch et une réelle claque !
Ne tardez pas, allez chez votre libraire ou votre bibliothèque !
Et faisons enfin le buzz sur cet auteur (ben oui, il parait que les blogs font le buzz littéraire maintenant ! )


Note : ****


Editions Gallimard - 17,50€

A noter, la sortie simultanée d'un recueil de nouvelles : " L'homme qui a connu Belle Starr et autres nouvelles ". Gallimard, 26€


challenge-du-1-litteraire-2009.jpg
Total : 5 / 7



Objectif-PAL.jpg
Objectif PAL : # 12




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19 janvier 2010 2 19 /01 /janvier /2010 21:30


jazz maynard tome1 1

Après avoir entendu du bien partout de cette bd, dans la presse, par mes collègues, ... j'ai enfin pris le temps de la lire et ce fut sans regret !

Nous sommes à Barcelone. Le prénommé Jazz Maynard revient dans sa ville natale après 10 ans d'absence. Peu après son arrivée, le voilà ligoté sur une chaise en compagnie de son vieil ami Téo. Pourquoi ce retour ? Pourquoi cette séquestration ?
Peu à peu, Jazz va raconter à Théo ses derniers jours : une lettre de sa soeur Laura dont il était sans nouvelles depuis 10 ans, qui l'appelle au secours alors qu'elle est détenue par des proxénètes, son expédition chez des mafieux américains pour la libérer, son retour à Barcelone avec cette dernière et leurs retrouvailles inopinées dans un café-concert où il vient de postuler comme musicien. Car Jazz Maynard est accessoirement un joueur de trompette, d'où son surnom.
Les choses ont bien changés pendant son absence et c'est un certain Judas qui semble faire la loi dans le quartier. Le même Judas qui les sauvera des griffes newyorkaises pour mieux lui imposer un deal : tuer sa soeur ou accepter une mission un peu spéciale...

Nous voilà face à une trilogie trépidante au rythme soutenu ! Alternant entre flash-backs et présent, notre héros est toujours à 100 à l'heure et les scènes d'action sont très nombreuses. Le portrait des personnages et celui de Jazz en particulier se dessine petit à petit, au fur et à mesure de ces confidences à Téo. On découvrira certains secrets : un amour perdu qui le hante toujours, des diamants perdus dans la nature,...
Malgré une intrigue dans une Barcelone ensoleillée, cet album baigne dans une ambiance sombre : bars, violence, prostitution, sexe, vol, ...  et se révèle un véritable polar.
Le dessin est très efficace et original, les visages sont émaciés et les couleurs fortes. Les planches sont dynamiques et la rapidité de l'action bien mis en valeur, notamment lors des scènes de bastons, où Jazz, doté de beaucoup de charisme, se révèlera un véritable acrobate et combattant, malgré son aspect mince et nonchalant.

Bref un album captivant, riche et plein de suspense qui aura été une très belle surprise !
Attendez vous à lire la suite de ses aventures incessament sous peu :)



Note : ***


Editions Dargaud - 13,50€


Jazz Maynard tome 1 2
Jazz Maynard tome 1 3
Jazz Maynard tome 1 4



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Published by Choco - dans A importer
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18 janvier 2010 1 18 /01 /janvier /2010 08:00

sukkwan island

Et voilà un billet supplémentaire sur ce livre choc qui a fait beaucoup parler de lui sur la blogosphère !
Lu avant les nombreux billets qui ont fleuris, il m'est difficile d'en rédiger un aujourd'hui, après tout ce qui en a été dit... Essayons tout de même !

sukkwan-3.jpgJim, père divorcé, décide de partir vivre pendant un an sur une petite ile perdue d'Alaska qu'il a acheté et d'y emmener son fils de 13 ans, Roy. On découvre leur installation sur l'île, dans la cabane un peu précaire qu'ils doivent s'employer à améliorer, leurs premières pêches et chasses.
Pourtant très vite, on sent que quelque chose cloche. Alors que Roy s'appuie sur sa jeunesse à Ketchikan, Jim semble complètement imprévisible et peu préparé à cette vie solitaire en pleine nature. Il improvise le programme de la journée avant de l'abandonner pour autre chose. Roy surprend son père, la nuit, en train de pleurer et ce dernier lui raconte ses états d'âme d'homme malheureux face aux femmes.
De plus,tout ne se passe pas comme prévu : un ours dévalise leurs provisions de nourriture, la radio ne fonctionne pas et ce qui devait être une occasion de se rapprocher de son fils devient une tentative ratée de communication entre les deux hommes.
                  (Ketchikan)


Le drame attendu par le lecteur sera mais pas celui qu'il avait prévu...

Ce roman surprenant nous entraine dans les méandres de la folie d'un homme qui, choisissant de partir pour mieux se trouver, finit par perdre complètement les pédales.

La première partie se concentre un peu plus sur le personnage de l'adolescent qui alterne entre l'envie de partir retrouver sa mère et sa soeur et le bonheur de vivre une aventure exaltante. Pourtant, peu à peu, on découvre que c'est plutôt le souhait de soutenir son père qui l'emporte. Un adolescent donc, avec sa libido naissante, qui semble pourtant bien plus responsable que son père.
Le père quant à lui, semble empêtré dans sa souffrance, ses échecs avec les femmes et passe complètement à côté de son fils qu'il semble avoir emmené pour ne pas rester seul...
La deuxième partie nous fait d'ailleurs entrer un peu plus dans la tête de Jim, lâche et irresponsable, qui finit par refuser toute réalité et plonger dans une folie qui lui appartient, pleine de douleur.
Malgré le portrait détestable qui en est dressé, je n'ai pu m'empêcher de ressentir une certaine pitié vis à vis de lui.
La relation entre les deux hommes (ou plutôt leur manque) est extrêmement bien observée et décrypte quelque peu la difficulté de compréhension entre un père et son fils. J'ai trouvé la folie de Jim tout à fait réaliste. Son interprétation est laissé au jugement du lecteur qui ne saura que peu de choses du passé de cette famille. Pour ma part, ça ne m'a aucunement dérangé.


sukkwan 2

Un roman très très fort donc, qui vous plongera dans un huis-clos glaçant et dans la folie d'un homme sans aucune explication autre que celles de ses actes.
Un auteur qu'il va falloir suivre, sans aucun doute !


Note : ****
 

Editions Gallmeister - 21,70€
Les premières pages sont à lire ici !

De très nombreux avis à découvrir : Cuné, Cathulu, Ys, Mango, Brize, Stephie, Béné, Papillon, ...

Et un grand merci à BOB et aux éditions Gallmeister pour cette superbe découverte !

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16 janvier 2010 6 16 /01 /janvier /2010 23:30

mangez le

L'impertinent Jean Teulé nous avait déjà ravi avec ses précédents romans et il revient ici avec un texte fort et violent qui en dégouté plus d'un sur la blogosphère !
On en a déjà tout dit mais bon, je m'y met à mon tour !

Nous sommes en 1870, à Hautefaye, petit village de Dordogne sans histoire. Nous allons suivre Alain de Moneys, jeune homme de bonne famille, qui vient d'être élu conseiller municipal. Il est en route pour la foire et semble apprécier et connaitre tous les habitants qui ont chacun droit à un petit mot sympathique.
La France est en pleine guerre contre la Prusse et l'issue plutôt mauvaise que laisse présager les nouvelles du front exacerbe la tension chez les habitants.
C'est pourquoi, quand le cousin d'Alain de Moneys en pleine altercation politique s'enfuit en criant "Vive la République", les villageois prennent à partie Alain qui dément les tendances politiques de son cousin. Hélas, il prononce le mot "prussien", un quiproquo s'ensuit et voilà notre jeune homme accusé lui-même d'être un prussien !
Il n'en fallait pas plus pour faire exploser la foule qui reprend l'insulte de prussien et commence à malmener Alain de Moneys. S'ensuit alors une véritable descente aux enfers pour Alain qui sera poursuivi, battu, insulté et torturé. Quelques proches amis essaient de faire entendre raison à la foule en rappelant à tous qu'il s'agit d'Alain de Moneys, connu pour son engagement et qui, de plus, était en passe de partir pour la guerre contre les prussiens. Hélas ! Les villageois se déchainent et perdent complètement les pédales.
Le maire préfère se planquer dans sa maison et se lave les mains de toute l'histoire, condammant ainsi le jeune conseiller municipal à la vindicte de ses bourreaux.
"- Mangez-le si vous voulez."
Vous le savez tous, l'histoire finira mal, très mal... puisqu'Alain sera brûlé vif et que certains se délecteront même de sa chair et de sa graisse.
A l'issue de ce meurtre collectif, un procès s'ouvrira et on découvrira alors des villageois abasourdis devant le lynchage qu'ils ont commis et incapables de comprendre leur geste.

Si je vous dévoile l'histoire, c'est qu'elle est connue : on en a beaucoup parlé et la quatrième de couverture ne cache pas l'issue de cette violence.
De plus, et c'est là le plus terrifiant, cette histoire est vraie ! Le village de Hautefaye a effectivement connu ce drame et c'est tout l'art de Jean Teulé d'avoir su saisir le "romanesque" de ce fait divers.

Teulé nous raconte le déroulement de cette journée tragique en n'épargnant aucun détail. Les descriptions des sévices sont crues et s'accumulent mais je n'ai pas trouvé comme certains que Teulé se complaisait dans le glauque des descriptions. Je dirais même qu'il apporte une certaine dose d'humour (noir) pour dédramatiser les situations. Par exemple, il fait dire à Alain, noyé sous les coups : "Il faudrait dire à ma mère que je rentrerais plus tard". Plus loin, une scène de torture s'accompagne d'une partie de jambes en l'air, tentative réussie de détourner son agresseur.
Le récit est ponctué par les pensées du pauvre Alain qui n'en continue pas moins de s'interroger sur la raison de ce déchainement. Teulé donne un portrait très étonnant du jeune homme qui malgré la violence subie continue d'avoir un regard extrêmement réaliste sur ses contemporains. Son esprit et son corps sensible semblent presque dissociés.
La narration est simple, l'écriture dépouillée. Chaque chapitre correspond à une "étape" sur le chemin de la mort. Et en écrivant ceci, je m'interroge même sur un possible parallèle avec la figure de Jesus... mais je m'égare peut-être !

A la suite de ce périple meurtrier, la chute et le procès n'en sont que plus durs. On essaie de décrypter les raisons d'une violence collective innatendue. On comprend les mécanismes de la foule qui s'auto-encourage.
Et on finit par s'interroger : Comment des gens apparemment normaux finissent par provoquer de tels crimes ? La violence est-elle inhérente à la nature humaine ?

Plus que la violence physique, c'est la violence morale et cette tendance à se comporter comme des moutons sans se poser de questions qui m'a le plus interpellé.

Un roman plus fort qu'il n'en a l'air et qui mérite qu'on ne s'arrête pas aux seules descriptions de tortures.
IL est important de ne pas oublier qu'il s'agit donc d'un ROMAN et que même si Teulé s'appuie sur des données historiques, il a tout de même laissé libre cours à son imagination.


Note : ***



A noter, il existe aussi un essai sur le sujet : "Le village des cannibales" d'Alain Corbin

De nombreux autres avis : Laetitia la liseuse, Leiloona, InColdBlog, Ys, Stephie, ...



Editions Julliard - 17€


Petit oubli ! Ce roman était un livre voyageur gracieusement prêté par Leiloona !

livre-voyageur.jpg

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15 janvier 2010 5 15 /01 /janvier /2010 08:00

vagabond de tokyo 1

Le vagabond de Tokyo dont il est question s'appelle Yoshio Hori. Ce jeune homme de 22 ans est un gros looser qui vit dans une piaule misérable dont il néglige l'hygiène. Trop fainéant pour travailler, il s'accomode de petits jobs à la journée et préfère passer ses journées à glandouiller, à fantasmer sur les gonzesses et à se nourrir de nouilles instantannées.
Mangaka de basse classe, il cherche des sujets porteurs qui lui ramèneront de l'argent. Il décide de se pencher sur la vie communautaire de la résidence Dokudami où il habite.
Dès lors, nous allons faire connaissance avec des personnages hauts en couleurs : un pervers qui voue sa vie et son argent aux petites culottes usagées, un travesti loufoque et touchant qui cherche à entrainer notre anti-héros dans son monde, une jeune voisine sexy et naïve qui excitera la libido de Yoshi, une provinciale hypra moche qui veut le transformer en proxénète, ...
Bref Yoshio s'embarque touours dans de drôles d'histoires !

Cette série, qui comprend 663 épisodes, est parue au Japon de 1979 à 1993. L'édition française regroupe une sélection de ses meilleures histoires. Et pourtant, on suit parfaitement la vie tourmentée de notre looser de service.
Inspiré par la vie de son auteur (mort en 2000) dont vous trouverez un récapitulatif à la fin de l'ouvrage, ce recueil dresse le portrait d'une jeunesse japonaise marginale qui, loin des exploits économiques, préfère assouvir ses besoins primaires et ses désirs sexuels plus particulièrement.
Yoshio, véritable obsédé sexuel, n'hésite à mater dans le trou de serrure de sa voisine tout en se br@nlant, ... L'humour est souvent lourd, vulgaire et scatologique. On découvrira qu'il est utile de ne pas trop boire lors d'une soirée avec un travesti homosexuel au risque de se réveiller le derrière douloureux, que plus la culotte est portée longtemps, meilleur le fumet sera, ...
(A noter que l'auteur a souvent été censuré ou attaqué pour atteinte aux bonnes moeurs...)
Pourtant, on ne peut s'empêcher de s'attacher à ce personnage qui n'en est pas moins un être sensible et ne reste pas indifférent devant la détresse d'un travesti à l'amour contrarié et renié par sa famille.
L'ouvrage se clôt par une rencontre entre l'auteur et son personnage de papier. Créé pour le 500ème épisode, elle revendique les vertus de la rébellion et le plaisir sans contraintes.

Un portrait sans concessions donc d'une jeunesse désabusée qui préfère vivre librement, en dehors des normes et des contraintes de la société.

Vous aurez bien compris que ce manga est à réserver aux lecteurs avertis pour les nombreuses scènes graveleuses et basses de la ceinture !
Et je dirais même plus, à réserver aux lecteurs de mangas ! Débuter dans cet univers par ce titre pourrait rebuter à tout jamais un lecteur non averti !

Pour conclure, je citerais mon collègue : un manga qui colle aux doigts !


Note : ****


Editions le Lezard Noir - 23€



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Published by Choco - dans Manga
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Humeur

Le 26 Août 2013 :
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