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9 août 2011 2 09 /08 /août /2011 12:40

Les-belles-choses-que-porte-le-ciel-01.jpgLes-belles-choses-que-porte-le-ciel-02.jpgStephanos est un immigré éthiopien qui s'est installé à Washington. Il tient une petite épicerie dans le quartier populaire de Logan circle, et vit modestement. Ses seuls loisirs sont les moments passés avec ses 2 amis : Joseph, un congolais serveur dans un restaurant et Kenneth, un autre éthiopien devenu ingénieur. Leurs soirées dérivent bien souvent sur leurs souvenirs africains et un de leur jeu favori consiste à donner un nom de dictateur africain et de deviner la date et le lieu de son coup d'état !

Un jour, Stephanos va voir sa petite vie bousculée par l'arrivée dans le quartier de Judith et sa petite fille métisse, Naomi. Stephanos s'attache à ces 2 voisines et se prend à rêver à un avenir radieux auprès d'elles. Malheureusement, leur arrivée provoque aussi quelques changements dans le quartier...

 

Stephanos a fuit seul l'Ethiopie à la mort de son père, arrêté par la dictature locale de Mengistu. Sa famille est restée au pays et seul un oncle l'a aidé à s'installer aux Etats-Unis. Après avoir vécu un moment à son domicile, Stephanos s'est emancipé. Peu ambitieux, il a choisi d'ouvrir une petite épicerie qu'il tient de manière un peu relâchée. Sa vie est plutôt solitaire, exceptées les visites de ses 2 amis. Quand Judith, une femme blanche, professeur d'histoire américaine qui aime la littérature, s'installe dans la maison voisine, son quotidien s'anime ponctué des visites de la jeune femme ainsi que de celles de sa fille à la boutique. La petite Naomi vient partager ses lectures avec Stephanos qui n'hésite pas à lui faire la lecture de Dostoiesvki. Malgré leur différence de classe sociale, d'éducation, Stephanos est de plus en plus sensible à la chaleur de Judith, à ses invitations, à sa joie de vivre. Sans s'avouer amoureux, notre épicier s'attache fortement à ces 2 femmes. Il délaisse un peu plus son épicerie pour mieux se promener et rêvasser aux "belles choses que portent le ciel", expression qui provient de La divine comédie de Dante.

A travers l'histoire de Stephanos, c'est celle des immigrés et du rêve américain que Mengetsu évoque. Stephanos, comme ses 2 amis, sont devenus américains sans avoir su abandonner leur identité africaine.

Coincés entre 2 mondes, ils peinent à trouver leur place.

 

" Que disait toujours mon père, déjà ? Qu'un oiseau coincé entre deux branches se fait mordre les ailes. Père, j'aimerais ajouter mon propre adage à ta liste : un homme coincé entre deux mondes vit et meurt seul. Cela fait assez longtemps que je vis ainsi, en suspension."


" Soit je suis parti pour me créer une nouvelle vie, libre des contraintes et des limites culturelles, soit j'ai tourné le dos à tout ce que j'étais et à tout ce qui m'avait constitué ".

 

Une place et une famille que Stephanos semble trouver utopiquement en la personne de Judith.

Mais perdus dans une société qui n'est pas la leur, ils sont désespérément seuls et tentent de recréer l'afrique perdue avec nostalgie. Le jeu des dictateurs st d'une ironie mordante, pointant du doigt les drames de la nation africaine qu'ils continuent pourtant d'évoquer avec affection.

 

" Si ça te manque tellement, lui hurla-t-il un jour, pourquoi tu n'y retournes pas ? Comme ça t'auras plus besoin de dire sans arrêt 'C'est comme l'Afrique' et 'On dirait l'Afrique'. Mais tu veux pas y retourner. Tu préfères que ça te manque confortablement ici plutôt que la détester chaque jour sur place. "


Leur pays d'accueil est, lui bien loin des clichés fantasmatiques. Le quartier de Stephanos est pauvre, les prostituées travaillent au bout de la rue et son épicerie voit sa clientèle déserter.


"J'aimais cette place à cause de ce qu'elle était devenue: la preuve que la richesse et le pouvoir n'étaient pas immuables, et que l'Amérique n'était pas aussi grandiose que cela, après tout."


L'arrivée de Judith est un signe d'embourgeoisement du quartier qui, peu à peu, devient trop onéreux pour la population noire qui se voit expulsée des logements impayés. La révolte gronde et les incidents se multiplient, visant la population blanche.

 

La narration se fait par Stephanos qui alterne la description de son quotidien avec celui de son passé. Les flash-backs se font un peu dans le désordre et c'est au lecteur de reconstituer son parcours.

 

Les belles choses que portent le ciel est un très beau portrait d'homme. Un homme entre 2 cultures qui aura toujours la sensation d'être en exil et d'être coupable d'avoir abandonné sa famille. Un homme qui a accepté avec résignation son statut d'immigré modeste et sa solitude. Un homme qui prend la vie comme elle se présente, avec ses malheurs et ses petits bonheurs passagers.

Voilà un roman désenchanté sur le monde qui réussit malgré tout à entrouvrir une petite lucarne d'espoir : le ciel comporte aussi de belles choses...

 

Extraits :

 

"Il y a ceux qui ceux qui se réveillent chaque matin prêts à conquérir la journée, et puis il y a ceux d’entre nous qui ne se réveillent que parce qu’ils y sont forcés. Nous vivons dans l’ombre, dans les quartiers. Nous possédons de petits magasins, vivons dans des appartements délabrés qui n’ont pas assez de lumière et nous arpentons les mêmes rues jour après jour. Nous passons nos après-midi à regarder sans but par nos fenêtres. Des somnambules, voilà ce que nous sommes tous. "

 

" Nos souvenirs, dit Joseph, sont comme une rivière qui serait séparée de l'océan. Avec le temps, ils vont lentement se tarir sous le soleil, alors on boit et on boit mais on n'est jamais désaltérés. "

 

"Je n'étais pas venu en Amérique pour trouver une vie meilleure. J'étais arrivé en courant et en hurlant, avec les fantômes d'une ancienne vie fermement attachés à mon dos. Mon objectif, depuis lors, avait toujours été simple : durer, sans être remarqué, jour après jour"

 

A noter :

L'auteur sort un nouveau roman le 17 août : Ce qu'on peut lire dans l'air

Au début des années 1980, Yosef et Mariam, un jeune couple que la révolution éthiopienne a séparé pendant trois ans, se rejoignent enfin aux Etats-Unis. Pour célébrer leurs retrouvailles, ils s’offrent un voyage de noces à Nashville. Trente ans plus tard, Jona, leur fils, qui ignore tout de leur passé, revient sur leurs pas. Entre de vagues souvenirs d’enfance et le silence de ses parents sur le drame qui les a menés aux Etats-Unis, il reconstitue à tâtons l’histoire de sa famille, sa propre histoire…

 

D'autres avis :

PapillonThéoma - Saxaoul - Chiffonette - Katell - Catherine - Lili galipette -


Les-belles-choses-que-porte-le-ciel-03.jpg

Déportés Ethiopiens vers 1978, pendant la Terreur Rouge.

 

Les belles choses que portent le ciel

Dinaw Mengestu

Editions Albin Michel, Terres d'Amérique - Août 2007 - 303 pages - 21,50€

Editions Livre de poche - Octobre 2009 - 281 pages - 6,50€


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26 juillet 2011 2 26 /07 /juillet /2011 07:00

cette-vie-ou-une-autre-01.jpgComme son titre l'annonce quelque peu, ce roman nous propose plusieurs vies imbriquées les unes dans les autres.

Le roman débute sur la course dramatique de Ryan avec sa main coupée et de son père, vers l'hôpital.

Vient ensuite Lucy qui, à 18 ans, fait le choisir de tout larguer, école, famille et ami, pour vivre une idylle avec son professeur, Georges Orson.

Enfin, c'est Miles qui part à la recherche de son frère jumeau Hayden, un shizophrène qui a disparu depuis de nombreuses années.

 

Ces 3 histoires vont se dérouler indépendamment pendant un long moment.

Ryan est un jeune ado qui découvre que son oncle Ryan est en fait son véritable père. Il part vivre avec ce dernier et coupe toute relation avec ses parents et amis pour une vie cachée sous pseudo faite de diverses magouilles sur internet.

Entichée de George qui semblait lui promettre une vie de luxe, loin de la médiocrité de sa province, Lucy a suivi George pour finalement atterir dans un motel désaffecté qui aurait appartenu à sa famille. Alors que la jeune fille s'ennuie dans ce lieu désert et abandonné, son ancien professeur s'enferme dans un bureau pour des affaires dont elle ignore tout.

Miles, quant à lui, reste obnubilé par ce frère jumeau qui a toujours d'une certaine façon dirigé sa vie par les lettres tourmentées qu'il lui envoie et par les multiples recherches qu'il s'escrime à tenter pour le retrouver.

 

cette-vie-ou-une-autre-02.jpgMotel abandonné - Lac de Salton Sea (USA)

 

Vous vous en doutez, ces 3 histoires finiront par se rejoindre mais tout cela va prendre du temps, beaucoup de temps, même un peu trop. En effet, la narration alterne contamment entre les personnages. On découvre leur vie, leur passé, la raison qui les a amené là où ils se trouvent. On découvre de nombreux questionnements chez ces personnages qui sont tous torturés d'unne manière ou d'une autre. Il ne se passe finalement pas grand chose mais la profondeur psychologique du récit est importante. Beaucoup de questionnements se posent chez ces personnages torturés d'une manière ou d'une autre. On s'attache à eux et à leur égarements.

L'alternance se fait également au niveau temporel. Leur vie n'est pas toujours détaillée dans le bon ordre. L'histoire de la main coupée qui ouvre le roman s'avère, par exemple, être situé bien plus tard dans la chronologie du récit.

Le lecteur se perdra peut-être dans les dédales labyrinthiques du ce roman qui ne donne ses clés qu'à la toute fin de l'histoire. Des indices qui relient les personnages les uns aux autres sont disséminés dans le texte de manière sporadique et très mince mais ce n'est que dans les dernières pages que le lecteur pourra compléter le puzzle du roman.

 

Les différentes trames du récit se déroulent donc lentement et donne au texte un rythme lent et statique qui, par moment, m'a légèrement ennuyée. Car, impatient, nous aimerions que les intrigues avancent et se rejoignent enfin. Finalement, un gros sentiment d'attente m'a tenu pendant la majorité de ma lecture mais une attente bien lointaine des pages-turners policiers. 

Malgré ces bémols, Cette vie ou une autre est un bon roman. Les personnages sont formidablement détaillés et le ressort psychologique très dense. A travers le personnage de Hayden, nous allons également plonger dans les méandres de la folie et de la schizophénie, celle qui pousse les hommes à s'inventer des vies et à changer d'identité. Je ne peux en dire plus mais la découverte est passionnante !

 

Tout cela donne un roman fort sur la quête d'identité. Car tous les personnages finalement choisissent de changer de vie ou de vivre à travers celle d'un autre, de se donner une nouvelle identité qui leur sied mieux. Manipulation, mensonge, rejet du passé sont au programme pour notre plus grand plaisir !

 

D'autres avis :

Marie que je remercie ! - Ys - Keisha - Clara - La ruelle bleue - Lystig -

 

 

Cette vie ou une autre

Dan Chaon

Parution aux Etas-Unis : 2009

Edition Albin Michel

Janvier 2011 - 405 pages - 23€


cette vie ou une autre 03

 

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4 juillet 2011 1 04 /07 /juillet /2011 07:00

consolation-des-grands-espaces-01.jpgGretel Ehrlich vient dans le Wyoming en 1976 pour tourner un documentaire sur des bergers locaux. Son compagnon qui fait parti du projet ne l'accompagne pas : il est très malade et presque mourant. Pourtant, elle va s'immerger avec bonheur dans le monde difficile des éleveurs et des cowboys. Quand son compagnon disparait, elle décide de rester dans cette région où nature et grands espaces l'aideront à se retrouver elle-même.

 

Contrairement à ce que la 4ème de couverture et mon résumé laisse penser, ce livre n'est absolument pas centré sur le deuil de l'auteur et sa difficile reconstruction. Les mentions de son ami, de sa maladie et de sa mort ne sont présentes que dans quelques lignes. L'essentiel du récit porte sur le wyoming et la vie de ses habitants. Ce texte, disons le clairement, autobiographique est surtout une plongée dans cette région désertique qui connait des conditions difficiles (températures qui oscillent entre 40 et -50°).

Au rythme des saisons, nous allons vivre avec Gretel la vie de ces éleveurs qui, face à la difficulté de leur existence, y opposent une entraide et une chaleur humaine hors du commun.


Gretel se fait guide de troupeaux de moutons et partage la vie des ranchers conditionnée par les animaux.


" Garder les moutons, c'est découvrir un nouveau régime humain, intermédiaire entre la seconde et la marche arrière - un pas vif et ferme sans précipitation. Pas de chair superflue à ces journées. Mais le déplacement constant du troupeau de point d'eau en point d'eau, de camp en camp, devient une forme de quête. La quête de quoi ? "

 

Elle évoque avec chaleur ces hommes qui, le plus souvent silencieux, connaissent la valeur de la parole rare. Elle nous entraîne dans les restes myhiques des anciens pow wow indiens et nous rappelle que ces terres désolées leur appartenait autrefois. Elle nous fait découvrir le monde des rodéos, décrira avec précision les épreuves et leurs difficultés et souligne le lien qu'entretiennent les hommes avec les animaux.


"Parce que ces hommes travaillent avec des animaux, pas des machines ni des numéros, parce qu'ils vivent en plein air dans des paysages d'une beauté torrentielle, parce qu'ils sont assignés à un lieu et un quotidien embellis par d'impressionnants impondérables, parce que des veaux naissent et meurent dans leurs mains, parce qu'ils vont dans la montagne comme des pèlerins pour connaître le secret des wapitis, leur force est aussi de la douceur, leur dureté, une rare délicatesse."

 

" Le mutisme de l'animal a les qualités purifiantes de l'espace : nous délaissons nos séduisantes spéculations intellectuelles par lesquelles nous mesurons l'ampleur de nos misères pour réagir dans des situations d'urgence. L'animal nous rattache au présent ; à ce que nous sommes à cet instant précis, pas à notre passé ni à ce que nous valons aux yeux de notre banquier. Ce qui apparait clairement à l'animal, ce ne sont pas les foiritures qui étoffent notre curriculum vitae affectif, mais ce qui en nous est le fleuve et le lit : agressivité, peur, insécurité, bonheur ou sérénité. Parce qu'ils ont la capacité de déchiffrer nos tics et odeurs, nous leur sommes transparents et, ainsi exposés, nous sommes enfin nous-mêmes. "

 

consolation-des-grands-espaces-02.jpg


Fascinée par cet Ouest sauvage, l'auteur nous emporte avec brio loin des clichés de cow-boys solitaires et machos. Les femmes ont toute leur place ici et la confiance que ses habitants généreux lui donnent l'aideront à surmonter la souffrance du deuil et de la solitude.

Son écriture, belle et poétique, réussit à animer les paysages que le lecteur découvre sous sa plume. L'homme, face à l'immensité, n'est que fétu de paille et il se doit de respecter cette nature exigeante qui lui rappelle la nature éphémère de sa condition.

 

" La nuit, au clair de lune, le pays est rayé d'argent - une crête, une rivière, un liseré de verdure qui s'étend jusque dans la montagne, puis le vaste ciel. Un matin, j'ai vu une lune toute ronde à l'ouest, juste au moment où le soleil se levait. Et tandis que je chevauchais à travers un pré, je me suis sentie suspendue entre ces deux astres, dans un équilibre précaire. Pendant un moment, il m'a semblé que les étoiles, qu'on voyait encore, tenaient ensemble toutes choses comme des cercles de tonnelier. "

 

" En sortant de l’étable, nous vîmes une aurore boréale. On eût dit de la poudre tombée d’un visage de femme. Rouge à joues et ombre à paupières bleue veinaient les flèches de lumière blanche qui fusaient et vibraient, associant les couleurs – comme s’associent les destins – avant de s’effacer. "

 

C'est ce face à face avec la Nature qui la remettra sur les rails et lui permettra d'avancer à nouveau dans la vie. Une errance saine où l'on se perd pour mieux se retrouver.

 

" A vivre et à travailler dans ces grands espaces, où la vue porte à l'infini, on finit par perdre ses repères. Un berger à qui j'avais demandé de me décrire le Wyoming, m'a répondu : C'est pas grand-chose ­ rien que du vent et des serpents ­ si bien qu'à force tu sais plus ni d'où tu viens, ni où tu vas... et ma foi, ça ne fait pas de différence..."

 

 

La consolation des grands espaces est une véritable ode au Wyoming. Amoureuse de ces terres battues par les moutons et les vaches, l'auteur célèbre une vie au contact de la Nature et des animaux, en opposition à notre mode de vie contemporain, moderne et tourné vers la consommation et l'argent.

 

consolation-des-grands-espaces-03.jpg

 

Extraits :

 

" La vraie consolation, c'est qu'il n'y a nulle part de consolation. Nulle part, c'est-à-dire partout. "

 

" Il n'y a rien de plus fragile qu'une femme, si ce n'est un homme. "

 

" Pour être dur, il faut être fragile. La douceur est la vraie pugnacité. "

 

D'autres avis :

Keisha qui m'avait donné envie - Folfaérie -

 

 

La consolation des grands espaces

Gretel Erhlich

Parution américaine : 1985

Editions Albin Michel - 1996 - épuisé

Editions 10/18 - 2006 - 172 pages - 7€

 

 

challenge nature writing

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6 juin 2011 1 06 /06 /juin /2011 07:01

 

stone junction 01

 

Auteur : Jim Dodge

Editions :

Le cherche midi, Lot 49 - Mars 2008 - 500 pages - 22€

10/18 - Mai 2010 - 695 pages - 10€

 

 

Il y a peu de temps de ça, un réjouissant petit opus fit le tour de la blogosphère :  L'oiseau Canadèche. La curiosité me poussa à découvrir son autre roman qui est aussi gros que Canadèche était succinct.

Bien m'en a pris...


  " Ce livre est une œuvre de FICTION. Pensez le contraire à vos risques et périls. "

 

Le ton est donné !

 

Dans Stone Junction, nous suivons le destin de Daniel Pearse, depuis son enfance jusqu'à ...

Daniel a pour mère une adolescente rebelle de 16 ans qui préfère fuir l'asile des bonnes soeurs qui veulent faire adopter son enfant, pour mieux élever le fruit d'un plaisir inconnu (elle ignore qui est le père parmi tous ses amants).

 

" Daniel Pearse est né le 15 mars 1966, par un matin pluvieux. Il n'a pas eu droit à un deuxième prénom car sa mère, Annalee Faro Pearse, avait déjà eu toutes les peines du monde à lui trouver un premier prénom et un nom de famille - le nom de famille surtout. Elle avait beau se creuser la tête, le père de Daniel aurait pu être n'importe lequel parmi sept hommes. Annalee choisit Daniel car c'était un prénom qui respirait la force, et elle savait qu'il lui faudrait être fort. "

 

Suit un début de vie rocambolesque ( tout comme le sera aussi la suite !). Annalee et son fils se retrouvent pris en charge par l'AMO, Alliance des magiciens et Outlaws. Logée gratuitement dans une vieille maison au milieu de nulle part, Annalee est simplement chargé d'accueillir de mystérieux visiteurs en fuite pour le compte de l'organisation (dont un certain Johnny Sept Lunes... rappelez-vous... ). Regroupant une floppée de personnages tous plus originaux les uns que les autres, l'AMO est une société secrète aux fonctions un peu floues mais inévitablement hors la loi.

 

" En gros, l'AMO  est une alliance historique de criminels, d'inadaptés, d'anarchistes, de shamans, de mystique de la terre, de romanichels, de magiciens, de scientifiques fêlés, de rêveurs et autres individus sociologiquement marginaux. "


Daniel, déscolarisé, apprend la vie auprès de sa mère et de ses différents visiteurs.


Peu après le cinquième anniversaire de Daniel, Annalee s'assit pour lui exposer scrupuleusement les avantages et les inconvénients possibles, inhérents à la fréquentation de l'école. Elle laissa le choix à Daniel. Il ne lui fallut pas longtemps. 

- Nan, dit-il, ça a l'air merdique, l'école. "

 

Il grandit et fait preuve d'une curiosité et d'une vivacité d'esprit peu communes.

Mais son univers est bouleversé quand sa mère meurt dans l'explosion d'une bombe. Accident ou meurtre ? Daniel jure de découvrir la vérité. Mais en attendant, Daniel, à 14 ans, est encore un enfant. C'est l'AMO qui, une fois de plus, le prend en charge et s'occupe de lui donner une éducation par l'intermédiaire de Volta, sorte d'agent coordinateur et magicien à ses heures. Volta, qui a descellé chez lui des capacités alchimique hors du commun, va diriger le destin du jeune homme et le confier successivement aux mains d'experts bien particuliers... Mais dans quel but ? Trouver la cause de la mort de sa mère ou pour un autre dessein plus ésotérique... Une soi-disant pierre philosophale à voler, par exemple... ?

 

Wild Bill Weber lui enseignera l'art de la méditation et de la patience. Lui imposant des séances quotidiennes, il l'obligera aussi à pêcher et à savoir survivre dans la nature.

Ensuite c'est Mott Stocker qui initie le jeune Daniel aux plaisirs de la drogue ! Toujours en train de planer ou avec la gueule de bois, nourrissant sa mûle de whisky, il est néanmoins LE spécialiste des stupéfiants. Il connait tout sur les plantes psychotropes, les mélanges détonnants et les pouvoir de la drogue.

Daniel poursuivra son apprentissage avec Willis Clinton, le roi de la fauche. Crocheteur redoutable, aucune serrure ne l'arrête. Il a transformé ses capacités en art de haut vol et se plait plus à ouvrir les coffres qu'à voler leur contenu.

 

" Cependant, comme il le faisait sempiternellement et vigoureusement remarquer, la plus haute expression de l'art du braqueur de coffre était d'ouvrir des serrures à combinaison uniquement au toucher, en devenant le cylindre, la gorge de serrure et les goupilles, en disaparaissant à travers la pointe des doigts pour devenir senation pure (...) L'état optimal de l'être était le toucher. Dans ses laïus les plus délirants, Willie prétendait que l'industrialisation était un complot chrétient visant à briser la jonction païenne entre sensation et émotion. "

 

Bad Bobby prendra le relai pour lui apprendre tous les subtilités des jeux et du poker en particulier.

Puis c'est Jean Bluer qui initiera Daniel à l'art du travestissement et du déguisement. Grace à une connaissance poussée des postiches, du maquillage, des vêtements, des langues et des accents, des postures propres à chaque profession ou origine :


  " Jean pouvait se faire passer pour n'importe quel adulte appartenant à vingt-neuf cultures différentes. "

 

Enfin, c'est dans les mains de Volta que Daniel terminera son apprentissage. Volta, grand spécialiste de la disparition, connaît la manière de dématérialiser son corps. Un art dangereux qui comporte de nombreux risques et auquel Daniel semble très sensible.

 

" En ce qui cnocerne ma méthode pédagogique (...), je suis un patricien de l'école socratique kamikaze, avec une forte prédominance sadienne. (...) Je vais droit au but et je n'ai pas peur de te faire souffrir. "

 

Toutes ses techniques permettront-elles au jeune homme de trouver la raison du décès de sa mère ? Rien n'est moins sûr !

 

Difficile de résumer un tel roman à la fois simple et complètement foutraque !

Stone junction tient bien évidemment du roman d'apprentissage. Suivant Daniel depuis sa naissance, on assiste à son évolution et à l'acquisition des différentes connaissances, aussi originales soit-elles ! Il rencontre donc une série de personnages hauts en couleur et se révèle un très bon élève. Il mènera notre héros dans une véritable quête existentielle où ce dernier se trouvera enfin, de quelque manière que ce soit.

Mais ce roman totalement anticonformiste va bien au-delà : roman d'aventures, traité mystico-ésotérique, roman anarchiste et libertaire, ... Les dénominations sont nombreuses pour ce roman qui ne se laisse pas appréhender facilement !

Le ton est ironique et humoristique à souhait et n'est pas sans me rappeler les excentricités de Tom Robbins, autre spécialiste des romans déjantés. Certains dialogues valent leur prsant d'or !

Le pitch de départ qui est de découvrir la cause de la mort d'Annalee finit par devenir complètement secondaire au profit du parcours de son fils.

Découpé en 4 parties : l'air, la terre, l'eau et le feu, le roman reprend ici les éléments de base de l'Alchimie. Le sous-titre du roman est d'ailleurs : "Une grande oeuvrette alchimique".

Ecrit en 1989, en pleine montée d'internet, du monde virtuel et du numérique, Stone Junction se veut une ode à un monde à taille humaine où les gens continuent de vivre grace à l'entraide de quelques uns (le réseau AMO) qui fournissent secours et informations en cas de besoin, le tout en marge du système officiel. Critiques consuméristes, FBI tourné en ridicule, apologie de la contre-culture et d'un choix de vie libre et libertaire.

A travers le destin hors-norme et en dehors des "circuits officiels" de Daniel, Jim Dodge appelle à l'imagination, au libre choix des individus. La fin de l'histoire en est la parfaite illustration. Il vaut peut-être mieux parfois se noyer dans sa propre imagination plutôt que d'avoir à vivre une petite vie étriquée, bien balisée.

 

Stone Junction est donc un roman vraiment très particulier qui plaira forcément aux lecteurs de Pynchon (qui signe par ailleurs la préface) et Robbins.

Inutile de vous dire que j'ai adoré ce roman qui est pour moi un très grand livre !

Je conçois néanmoins que ses nombreuses digressions et circonvolutions, son histoire déjantée ne trouve pas forcément preneur chez d'autres lecteurs moins amateurs de bizarreries !

 

Mon billet n'est évidemment pas à la hauteur de ce roman fantastique comme à chaque fois que nous avons un coup de coeur... et je vous invite donc à lire :

 

D'autres avis chez :

Fluctuat -

 

   

" Je sais que dalle. Ça doit vouloir dire que je suis saine d’esprit. Ce qui est un excellent point de départ pour redevenir dingue "

 

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23 avril 2011 6 23 /04 /avril /2011 07:00

 

générosité 01

 

Auteur : Richard Powers

Editeur : Cherche Midi, Lot 49

Date de parution : Mars 2011

Prix : 22 €

  471 pages

 

 

Russel Stone est un écrivain un peu raté. Incapable de pondre l'oeuvre qu'il a en lui, il se contente d'un travail de correcteur, auquel s'ajoute depuis peu un emploi de professeur d'écriture. Redoutant le face à face avec ses élèves, Russell va devoir prodiguer un cours d'écriture à un petit groupe d'étudiants. Parmi eux, une jeune kabyle, Thassa Amzwar. Cette jeune fille intrigue tout particulièrement Russell par la joie de vivre qui émane de sa personne. Enjouée, rayonnante, elle distribue bonté et joie de vivre à tous ceux qui la cotoie. Quans Russell découvre à travers ses écrits qu'elle a vécu l'enfer (guerre, famille assassinée, ...), il en est d'autant plus déstabilisé. Il fait des recherches, tombe sur une mention d'une maladie (l'hyperthymie), contacte la psychologue de l'école et enclenche bien malgré une mécanique implacable qui conduira la jeune femme dans les griffes des généticiens, des journalistes de tout poils et bientôt de tous les désespérés de la Terre...

 

Le pouvoir d'être heureux est-il dans nos gènes ? Ou dépend-t'il de nos propres capacités personnelles ? Voilà la question que pose ce roman.

Russell dépressif notoire, largué par sa copine, vit une existence peu épanouie pleine de frustrations. Thassa, elle, est le bonheur incarné : toujours d'une humeur radieuse, elle transforme le mal-être des uns et des autres en douce quiétude.

Qu'est-ce qui différencie Thassa des autres ? Aurait-elle un gène du bonheur ancré dans son ADN ? Certains le penseront et Thomas Kurton, généticien acharné, est prêt à tout pour offrir à l'humanité le bonheur et la longévité qui lui revient. Etant la générosité incarnée, la bonne Thassa se laisse faire, bien décidée à leur montrer que tout ça n'est que pure invention.

 

En mettant en scène, cet emballement scientifique et médiatique autour de la jeune Thassa, l'auteur pointe du doigt les travers présents et futurs de nos sociétés.

La puissance de la génétique qui va soi-disant régler tous nos problèmes en faisant fi de notre pureté et liberté originelles semble nous permettre d'évoluer sans efforts et donne aux hommes une vision fataliste d'une vie où la volonté ne peut rien contre une destinée gravée dans les gènes.

 

" Se perfectionner. Pourquoi n'aurions-nous pas le droit d'améliorer ce que nous sommes aujourd'hui ? Nous sommes inachevés. Faudrait-il laisser au hasard une chose aussi fabuleuse que la vie ? "

 

Powers dénonce aussi le cirque médiatique et journalistique que cristallise le moindre faits divers. L'information se nourrit de faits non vérifiés, extrapole de fausses conclusions, et devient à terme un véritable show où l'intime est exposé au yeux de tous, pour le plus grand plaisir du public.

 

Mais au final, dans "Générosité", ces 2 êtres si différents vont se découvrir, s'apprécier et se soutenir mutuellement et chacun découvrira la part de l'autre qui lui manque. Russell va se découvrirla possibilité d'accéder lui aussi au bonheur alors que Thessa connaîtra aussi les affres de la souffrance.

La conclusion a donner à tout ça est que les hommes courent après le bonheur sans savoir que la clé est à l'intérieur d'eux-même.

 

" Les livres sur le bonheur sont formels : nous sommes conçus pour croire que ce que nous désirons nous rendra heureux, mais conçus de telle sorte que la possession nous procure un bien maigre frisson. Vouloir est ce qu’avoir aspire à retrouver. "

 

Si l'intrigue m'a parfaitement convenue, je dois reconnaitre que je garde tout de même une certaine réticience à ma lecture. La construction en strates de la narration m'a beaucoup gênée au début et j'ai eu beaucoup de mal à comprendre où tout celà allait me mener.

Powers mêle en effet l'intrigue principale avec les réflexions d'un narrateur omniscient (l'auteur lui-même ? Le Russell Stone écrivain ?) qui évoque ses personnages, la notion d'écriture et évoque parfois un évènement futur dans la structure du roman. Très déstabilisant. Mais je me suis accroché et je suis allée jusqu'au bout avec plaisir sans le regretter mais il reste malgré tout une absence d'aisance à cette lecture qui s'est révélée exigeante. Néanmoins si je n'ai pas été emportée comme je l'espérais, j'admet sans réticence que c'est un roman brillant, habillement construit et résolument moderne !

 

" On se souvient d'un compliment environ trois jours et demi, mais on rumine une critique pendant des mois. Un évènement désagréable nous semble 60% plus long qu'un évènement agréable de même durée. Les images menaçantes retiennent plus vite notre attention et nous devons faire davantage d'efforts pour en détourner les yeux. Il faut environ cinq évènements positifs pour compenser un évènement négatif d'importance égale. Si vous blessez un ami, vous devrez lui faire cinq gentillesses pour réparer l'offense."

 

 

Une interview très intéressante de l'auteur à lire chez Rue89.

 

D'autres avis : Papillon - Amanda - Clara - Keisha - Cuné - Irrégulière


 

Un grand merci à Solène et au Cherche-midi !

 


 

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7 avril 2011 4 07 /04 /avril /2011 23:10

 

bisons de broken heart 01

 

Auteur : Dan O'Brien

 Editions :

Au Diable Vauvert - Mai 2007 - 364 Pages - 23€

Folio, Mai 2009 - 429 pages - 7,30€

 

 

Ne cherchez pas un roman dépaysant dans "Les bisons de Broken Heart" car ici, tout est vrai.

Dan O'Brien est un amoureux du Grand Ouest Américain et de la Nature. Ecrivain à ses heures, c'est aussi un ardent défenseur de la sauvegarde des Grandes Plaines, de sa faune et de sa flore.

Parce qu'il faut bien vivre, l'auteur possède un ranch qu'il gère seul avec Erney, son ami et homme de main.

Un choix de vie difficile et exigeant qui demande beaucoup de travail et un endettement permanent. La crise économique, les cours du lait et de la viande qui baissent mettent la plupart des fermiers en difficulté. Et puis, il y a l'impact écologique de l'élevage intensif, les terres qui s'épuisent, la diversité des espèces qui s'appauvrit. Dan O'Brien souhaiterait une autre alternative et c'est là qu'il fait la rencontre des bisons...


 

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"Les bisons de Broken heart" est le récit de sa vie quotidienne au sein du ranch et de la conversation de sa ferme à l'élevage de bisons.

Il aura suffit d'un coup de main chez un fermier voisin, éleveur de bisons, pour lancer l'expérience. Lors d'une opération de vaccination, Dan s'intéresse à 13 bébés bisons orphelins aux chances de survie plutôt minces. Sur un coup de tête, ce dernier les acquiert à bas prix et ramène les animaux à son ranch. Commence alors son apprentissage d'éleveur de bisons.

Petit à petit, l'auteur s'aperçoit que l'animal historique des grandes plaines est d'autant plus adapté à cette terre que la vache n'y est pas à sa place.

 

" Et là j'ai compris ce qui clochait avec les vaches. Ce n'est pas qu'elle aient un problème. C'est juste qu'ici, sur les Grandes Plaines, elles ont l'air d'être peintes sur le paysage, ne pourront jamais en faire partie. Elles sont comme une sorte de touriste ongulé et, à les élever, je me sentais comme un guide qui passerait son temps à traduire les menus et à indiquer les toilettes."

 

Et après moults tergiversations et craintes en tout genre, Dan se décide à passer à un élevage plein et entier. Il s'endette un peu plus, achète ses premières bisonnes qui donneront bientôt leurs nouveaux petits, construits de nouvelles clôtures plus adaptés,...

Les effets bénéfiques se font rapidemment sentir.

 

" Les bisons étaient  là depuis un été et déjà on remarquait que les arbustes poussaient touffus comme jamais, que la population des tétras et des oiseaux chanteurs augmentait. Les bisons refusaient aussi de piétiner au bord des points d'eau, comme le font régulièrement les vaches. l'herbe autour des étangs était abondante et propre. L'eau n'était pas souillée par les déjections animales. Les étangs étaient devenus des habitats plus propices pour les autres animaux."


Mais à travers l'histoire de sa reconversion, c'est aussi la défense de tout un écosystème que l'auteur défend. Il n'hésite pas à pointer du doigt les ravages de l'élevage intensif qui oblige les éleveurs à faire surpâturer leurs terres et donc à détruire le milieu naturel, à donner des doses massives de médicaments à leur animaux et à s'éloigner de l'état originel de la Nature qui sait pourtant si bien faire les choses.

Les bisons sont parfaitement adaptés à ces terres où les conditions climatiques sont difficiles, les amplitudes thermiques importantes. Ce sont des animaux indépendants qui vivent en préservant la terre qui les nourrit et les laisser autonomes est la meilleure façon d'en faire des animaux sains et équilibrés tout en préservant l'environnement. Leur piétinement un bienfait pour la terre, ils n'épuisent pas les ressources, laissent la place à une vie animale plus riche. On y apprend de façon pédagogique les différences de comportement entre les bisons et les vaches qui influe bien plus qu'on ne pense sur les terres que les animaux occupent.

Dan O'Brien n'hésite pas non plus à évoquer ces mêmes industriels qui sont prêts à appliquer les mêmes recettes contre-nature à l'élevage des bisons nouvellement porteur.

 

" Même si le bison pouvait revenir un jour, ces mêmes forces qui l'ont presque exterminé refuseraient de le considérer à s juste valeur, comme le Sauveur des Grandes Plaines. Il risquait d'être considéré comme un simple objet de consommation, à l'instar des vaches, des côtes de porc et des pizzas surgelées sur une étagère. "

 

 

 

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De son côté, l'écrivain préfère prôner un élevage sain et biologique, et tente même de mettre en place un système d'abattage, de vente et de distribution directe en valorisant la qualité de la viande auprès d'une clientèle recherchant des produits sains et bio.

 

L'ouvrage est bien évidemment un texte pro-écologique. Pour l'auteur, l'Homme fait partie de la nature tout autant que les animaux et doit tenter d'avoir un impact le plus moindre possible sur son environnement. Réintroduire les bisons massacrés autrefois par les blancs, sur les terres indiennes qui les ont vus naitre est un engagement fort.

 

"Les bisons de Broken Heart" est une véritable ode à la Nature, à ses habitants humains ou animaux. On y accompagne l'auteur dans sa vie quotidienne de fermier et dans ses tâches répétitives, on y voit la solidarité entre voisins tout comme la difficulté de survivre économiquement. On voit grandir les bisons, on découvre avec O'Brien les conditions de son élevage et les bienfaits de sa réintroduction. On découvre l'histoire de ces terres, de leur colonisation et des conséquences induites par l'arrivée de l'homme blanc.

 

Bref, un texte complet, à la fois journal de bord d'un fermier, documentaire animalier ou texte écologique. Un texte engagé et encourageant pour l'avenir de la Nature, comme j'aimerais en lire plus souvent.

Mon seul bémol : voir que ces animaux dont on suit le parcours depuis le début sont tout de même destinés à être manger... En tant que végétarienne, ça ne pouvait que me déranger...

Néanmoins, si tous les éleveurs étaient comme lui, peut-être que je n'aurais pas eu besoin de le devenir...

 

Extrait :


  "Comme le fil qui dépasse et menace de détricoter un pull-over, la disparition du principal herbivore du continent, ajoutée à une population toujours plus nombreuse et matérialiste, fut rapidemment suivie par la disparition des prédateurs dont la survie dépendait du bison. Quand les vaches, remplaçantes simplettes, furent implantées dans le Northern Buffalo Range, les prédateurs s'intéressèrent évidemment à ces substituts plus lents et idiots. Les loups furent tués pour leur transgression. Les antilopes, les wapitis, les mouflons et les daims proliférèrent et concurrencèrent le bétail. Ils furent bannis des plaines luxuriantes et poussés sur des habitats étrangers, notamment vers les montagnes. Aujourd'hui, alors que les villes, leurs pelouses verdoyantes et irriguées et leurs jardins s'étalent sur les terrains montagneux des Grandes Plaines, un débat civique fait rage autour du contrôle des daims. Peut-être devrions-nous les traiter comme les bisons, les massacrer, les débiter et envoyer les différents morceaux à Saint-Louis. Evidemment, nous connaîtrions une expansion explosive des buissons dont les daims se nourissent. Mais nous pourrions alors créer des emplois dans l'industrie chimique et asperger les buissons de désherbant. Et ainsi de suite, et ainsi de suite. "



L'avis de Keisha avec qui je faisais lecture commune, de Folfaérie et Netécrivaine.

 

Pour ceux que le sujet intéresse, vous pouvez visiter le site de la Wild Idea Buffalo Company, entreprise qui prône le respect des animaux et pratique un élevage éthique, créée par l'auteur.


 

 

challenge nature writing

 

 

 

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1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 07:01

 

histoire de l'oubli 01

 

Auteur : Stefan Merril Block

 Editions :

Albin Michel - Janvier 2009 - 361 pages - 20€

Livre de poche - Janvier 2011 - 384 pages - 6,95€

 

 

 

 

Abel Haggard est un vieux célibataire qui vit seul dans une maison qui tombe peu à peu en ruines et dont on voudrait le voir partir. L'homme sort peu et vit de manière solitaire depuis de nombreuses années. Les seuls choses qui le font tenir, ce sont ses souvenirs : ceux de sa mère et de la légende d'Isadora qu'elle lui racontait, ceux de son frère jumeau revenu transformé de la guerre, ceux de Mae, sa belle-soeur, qu'il a aimé d'un amour fou et surtout celui de sa fille dont il attend le retour depuis toujours.

Parallèlement, on suit Seth, un jeune adolescent dont la famille est brisée depuis la maladie de sa mère. Cette dernière perd peu à peu la tête, la mémoire.


  " Plus je grandissais, m’instruisais, devenais adulte, plus ma mère baissait, oubliait, agissait comme une enfant. S’il n’y avait pas eu ce bruit atroce sous le palier, qui sait au bout de combien de temps nous aurions pris conscience que ses bizarreries n’étaient pas de l’excentricité mais les symptômes d’une maladie génétique, neurologique, dévastatrice ? "

 

Hospitalisé, sa maladie se révèle être un Alzheimer familial, une forme précoce qui se transmet de génération en génération. Le dialogue avec sa mère est coupé, son père fuit tout contact. Seth essaie de comprendre et se plonge alors dans une recherche sur la maladie et le passé familial maternel qui lui est toujours resté caché. Piratant des données médicales, il se lance alors à la rencontre de patients atteint d'Alzheimer.


  " L'idée est la suivante : si tous les gens affecté héréditairement de la maladie de ma mère faisaient partie de la même famille élargie, cela signifirait que certains d'entre eux devaient être des cousins relativement proches ? Et s'il y avait une importante base de données de tous les cas en Amérique du Nord, n'étaient-il pas possible que cette base renferme l'identité de cousins de ma mère au troisième, deuxième ou même premier degré ? Et que certains d'entre eux puissent en savoir plus sur les origines de maman, puisqu'ils étaient de la même famille ? "

 

 

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L'histoire d'Abel et de Seth est bien évidemment liée mais la découverte se fait de manière tout à fait progressive. Les voix des 2 personnages alternent et donnent un rythme dynamique et léger à cette histoire qui est loin d'être plombante malgré le thème de la maladie.

A travers l'enquête de Seth, on découvre en même temps que lui l'histoire d'une maladie et de ses conséquences sur des familles entières. Tout aurait débuté avec un certain Mapplethorpe, un homme aux moeurs légères qui offrit au monde une tripotée de batards affublés d'un gêne râté et qui, de fil en aiguille, l'auraient eux-même transmis à leur progéniture.

On apprend aussi concrètement quelles sont les symptomes de la maladie, le chamboulement que celà provoque dans la vie des malades, de leur famille. C'est juste, dur parfois mais jamais larmoyant.

Seth, c'est aussi l'histoire d'un garçon et de ses relations avec ses parents. Les échanges parentaux n'existent plus depuis longtemps mais on voit de manière très touchante la façon qu'à Seth de tenter avec obstination de faire bouger les choses, d'essayer de faire réagir son père.

 

" (...) quand ils m'avaient raconté l'histoire leur vie (...), je m'étais senti, bizaremment renaître. C'était comme si je m'étais trouvé dans un espace sombre, caverneux, dont les parois avaient été éclairés par leurs témoignages. L'idée était la suivante : peut-être  que mon désir n'était pas de disparaître, ni de comprendre la maladie, ni même de découvrir la vérité sur le passé de ma mère. Peut-être que le but de ma quête était-il simplement ceci : entendre ces récits, et en imaginant les contours de leur fardeau, commencer à comprendre la forme du mien. "


Abel, de son côté, est un vieux monsieur qui a toute sa tête. Le passé, c'est tout ce qui lui reste. Il nous raconte avec pudeur et simplicité l'histoire d'amour qui a changé toute sa vie. On y voit des mères aimantes, des hommes qui n'assument pas ce qu'ils sont, d'autres qui s'oublie pour le bien des autres.

Les personnages sont bluffants de justesse et de sincérité et on voudrait presque aller à leur secours. Pourtant d'un charisme fou, ils occupent tout l'espace du roman et lui en donnent leur force.

 

Il y a ceux qui oublient malgré eux et ceux qui ne vivent que par la mémoire.

La mémoire est-elle un poids difficile qui nous empêche d'avancer ou une source de félicité ? Sa perte est-elle synonyme de la mort psychique de l'être humain ? L' Homme se définit-il par ses souvenirs ?

Où se situe le bonheur alors ? Dans Isadora, cette cité mythique oùles hommes heureux ont tout oubliés ?

L'auteur ne donne pas de réponse mais nous offre un final bouleversant.

 

L'Histoire de l'oubli est un sacré roman. Un roman qui nous parle de mémoire et d'oubli, de maladie et d'espoir, de famille et de transmission, du poids des secrets, mais aussi de l'amour qui au final relie tout.

Un roman dense et très abouti qui, en tant que premier roman d'un jeune homme de 26 ans, surprend par sa maturité. Une histoire véritablement bouleversante à découvrir sans aucun doute !

 

Extrait :

 

"Pour commencer, dirent les supernovae, la posture de ces créatures ne ressemble à rien. Et si elles se tenaient debout, bon sang ? Et ces mains qui pendent le long du corps – si on leur faisait manier des outils ? J’aime bien les scènes de sexe, mais on pourrait, je crois, les améliorer. Et l’idée du sexe pour le sexe ? Et puis, elles manquent de motivation. Et si on les dotait d’un niveau de raisonnement supérieur ? Ça relancerait l’intrigue. Enfin, c’est juste une idée… A propos, ces créatures vivent une chose après l’autre. Ça manque de fil conducteur. Il faut absolument les doter d’une mémoire plus développée."

 


 

Les avis de : Keisha, Ys, Stephie, Cathulu, Kathel, ...

 


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19 mars 2011 6 19 /03 /mars /2011 13:15

 

oiseau canadeche 01

 

 

Auteur : Jim Dodge

 Editeur : Cambourakis

Date de parution :  Novembre 2010 

Prix : 10 €

  118 pages

 

 

A 3 ans, Titou se retrouve orphelin dans des circonstances peu banales : sa mère se noie en voulant nourrir un canard. Le petit garçon se retrouve désormais à la garde de son grand-père, vieil original qui croit presque en son immortalité depuis qu'un indien lui a fourgué la recette d'un tord-boyau conservateur, le "vieux râle d'agonie". La gamin grandit et se prend de passion pour la construction de clôtures. Mais notre duo va voir sa vie bouleversé par l'arrivée d'un canard, rapidemment nommé Canadèche...

 

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Ce petit roman dont tout le monde parle ici ou là est une sorte de petit conte réjouissant, un "roman canard". Ecrit en 1983 et déjà paru une première fois en France, en 1985, le récit nous narre les aventures de Titou, Pépé Jake et de Canadèche, un trio complètement improbable.

Pépé Jake se révèle un gars plutôt libertaire, gros joueur et gros buveur, qui voit dans l'héritage de sa fille une occasion de régler ses dettes. Préférant la nature aux gens, il va pourtant se révéler un grand-père extraordinaire et offre ce qu'il y a de mieux pour lui. Jake devient un grand adolescent (très grand même... plus de 2m...) qui construit des barrières de manière complètement compulsive. Jusqu'au jour où il découvre un petit caneton dans un trou, miraculeusement sauvé du groin de Cloué-Legroin, un sanglier qui va devenir l'ennemi public n°1. Canadèche fait désormais partie de la famille : on l'humanise, on lui parle, on lui apprend à jouer aux échecs, on l'emmène au cinéma, etc.... Rien que de très normal !

 

Un roman plus que surprenant donc que nous avons là qui sait en quelques pages dresser un portrait chaleureux et humoristique de notre trio.

"L'oiseau canadèche " montre tout d'abord avec beaucoup de chaleur et de concision la relation entre un grand-père et son petit-fils. Jake va lui apprendre la liberté, l'amour, les échecs et l'amour du whisky. Jake, de son côté, n'hésite pas à laisser gagner Pépé aux échecs pour mieux lui redonner la santé. Décrites de façon pudique, la tendresse de leur relation affleure à chaque page. Leur vie est simple, routinière et ne se laisse pas atteindre par les soucis du quotidien qu'on balaye d'un geste de la main.

A côté de ça, le récit se révèle d'une drôlerie folle. Le ton employé par l'auteur, particulièrement dans les dialogues et pour la gouaille du papy vaut son pesant de cacahouètes !

Certaines scènes sont d'anthologie comme l'arrivée de Canadèche au cinéma ou la phase où Pépé Jake se pique d'apprendre à voler à notre canard quelque peu obèse et réduit au régime.

 

 

oiseau canadeche 04

 

 

" Debout en chaussettes, fendant l'air de ses bras osseux, il lui promettait à chaque battement de ses ailes à lui, les délices du vol. Il lui fichait son billet que c'était encore plus agréable que de baiser toute une nuit avec la plus fraiche des filles de seize ans ! Meilleur qu'une tartine de rillettes sur du pain noir ! Meilleur  que le clair de lune sur les sapins d'argent et meilleur que des gerbes de fleurs éclatant au plus profond de la cervelle... Le vol, disait-il, était supérieur à tout ce qu'on peut se mettre dans le bec et sous la dent - c'était la liberté majuscule et le summum, la quintessence du plaisir. "


Une histoire toute simple mais qui peut se révéler bien plus profonde si on se met à réfléchir au sens implicite et au symbolisme de la vie de notre trio.


Comme les autres lecteurs, je ne peux donc que vous conseiller chaudement ce petit livre foutraque bourré d'humour et de légèreté !

 

Extraits :

 

 

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" Quand Pépé eu joué de la manivelle pour abaisser sa vitre, le gérant jeta un coup d’œil à l’intérieur de la cabine pour bien s’assurer de la présence de Canadèche et demanda :
-Que fait ce canard dans mon établissement ?
-Elle veut voir le film dit aimablement Titou, devançant son grand-papa qui commençait à écumer.
-Nous refusons absolument tout ce qui sort de l’ordinaire.
Jake explosa :
-Eh ben, ça doit vous faire une petite vie bien merdeuse et salement étroite, non ? Alors voilà : il se trouve que vous avez ici un canard d’attaque, dressé pour le kung-fu et spécialement élevé pour nous par la société Tong. Nous la laisserions bien à la maison mais elle massacre tous les coyotes. "

 

" - Ah ! là là. Vous autres, les blancs, vous avez beaucoup fait pour nous prendre tout ça. Mais vous n'avez rien fait pour le mériter. Votre désir, c'est de tout domestiquer. Si vous vouliez bien demeurer immobiles un instant et laisser vos sensations agir au fond de vous-mêmes, vous comprendriez combien toute chose désire être sauvage. "

 


 

Les avis de Saraswati (que je remercie pour le prêt !!),  Cathulu, Keisha, Manu, Cuné, Mango, Dominique, Kathel, Aifelle,


 

Vous pouvez lire les premières pages ici !

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11 février 2011 5 11 /02 /février /2011 08:00

 

cahier bleu 01

 

Auteur : James A. Levine

Editions :

Buchet-Chastel - Janvier 2010 - 228 pages - 19€

Pocket - Janvier 2011 - 248 pages - 6,50€

 

 

 

Batuk est une jeune indienne de 15 ans. Le récit que nous lisons est une sorte de journal intime où elle y déverse sa vie et ses souffrances. Car Batuk n'est pas une jeune fille comme les autres... Nous allons très vite découvrir qu'elle a été vendue par sa famille pour devenir prostituée, à l'age de 9 ans.

Sa vie est très difficile et son seul espace de liberté est ce carnet et ce crayon qu'elle trouve un jour et qui lui permettent de raconter son histoire. Ses souvenirs et les histoires qu'elles inventent lui permettent de tenir mais parfois la violence de l'homme est plus forte.


 

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Batuk est une petit campagnarde dont la famille a des difficultés financières. Elle vit avec ses frères et soeurs à l'écart de la ville et se berce des contes que lui raconte son père. La tuberculose qui la maintient à l'hopital pendant de nombreuses semaines lui permet d'apprendre à lire et à écrire. Ses parents sont fiers et espèrent qu'elle fera des études. Hélas, un jour, le père de Batuk l'emmène à Bombay.

La petite fille comprendra plus tard que son père l'a abandonné et vendue pour devenir une esclave sexuelle. Elle a 9 ans, elle est vierge et des hommes se battront aux enchères pour obtenir une première nuit "d'amour" avec elle.... Ainsi commence sa nouvelle vie...

S'ensuit alors le parcours de la jeune indienne. Séquestrée dans un bordel, on assiste à son quotidien : les visites des hommes attirés par sa jeunesse, le rôle qu'elle a appris à jouer, son apprentissage de prostituée dans un pseudo "Orphelinat", les visites des policiers qui se font payer en nature pour fermer les yeux, mais aussi son amitié avec le jeune Puneet , seul garçon de l'établissement qui se verra bientôt enlever sa masculinité.

Parallèlement elle évoque sa jeunesse heureuse, les veillées familiales, sa capacité à lire et écrire qui est une chance pour son milieu.

Plus loin, nous la verrons évoluer dans un hotel de luxe. Sa compagnie a été achetée très chèrement pour le fils d'un homme de pouvoir. Violent et impuissant, il va faire de batuk son esclave et lui faire payer ses défaillances.


 

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Vous l'aurez compris, ce récit vous plonge dans un déluge d'horreur : violence morale, coups physiques, viols, etc... Vous aurez droit à toutes les ignominies que cette petite fille va subir.

Et autant vous le dire tout de suite, je n'ai pas du tout aimé ce récit !

L'intention de l'auteur est certainement louable. Médecin ayant enquêté sur le travail des enfants, Lévine a voulu témoigner de l'existence encore trop courante de ces petites esclaves sexuelles. Il faut savoir qu'il existe plus d'un million d'enfants prostitués en Inde.

Sauf que le récit, écrit comme une sorte de témoignage réaliste, en prend tellement la forme que je me serais cru dans un de ces nombreux textes qui n'offre aucun intérêt littéraire et se contente d'offrir voyeurisme et sordide à souhait.

En effet, je n'ai pas attendu Monsieur Lévine pour connaître l'existence de ces esclaves sexuelles indiennes, hélas. Je n'ai rien appris avec ce roman, je suis juste tombé dans un abîme de dégoût à voir les sévices subis, étalés ici avec un luxe de détails dont on se serait bien passé.

Le roman aurait pu être aussi fort sans cette insistance sur les aspects glauques de l'histoire.


 

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Au niveau de l'écriture, on oscille entre naiveté et maturité. Vu la situation de cette gamine projetée dans un monde adulte, on peut comprendre cette ambivalence. Néanmoins, la voir nommer l'acte sexuel "faire du pain au lait" à 9 ans est tout à fait concevable mais le fait l'est beaucoup moins à 15 ans, au bout de 6 ans de prostitution. De même, le sexe de l'homme se trouve affublé d'un surnom (?) indien qui est censé adoucir le terme si je puis dire ; l'anus est le "trou marron", le sexe féminin un "lapinou". Mais quand on voit la crudité de certains actes décrits ici, on se demande bien l'intérêt d'une telle précaution. On peut également douter du niveau de langue d'une personne qui n'a que quelques semaines d'apprentissage de la langue mais passons.

C'est fort dommage car le roman recèle malgré tout de beaux passages. Mais le rapport à l'écriture de Batuk ne m'a pas semblé suffisamment exploité au profit de son quotidien de prostituée.

 

" Je ne sais pas trop dans quel but j'écris, mais je frissonne à l'idée qu'un jour je puisse regarder en arrière et lire de quel façon je me suis liquéfiée dans mon encre jusqu'à n'être plus rien - juste lui appartenir. "

 

 

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"Le cahier bleu" est bien évidement un livre dérangeant sur un sujet difficile, qui ne laissera personne indifférent. Certains trouveront qu'il fallait que ce soit dit et que la situation des enfants esclaves doit être mis en avant. Certains découvriront peut-être le sort de ces jeunes indiens.

Tout le monde l'a trouvé bouleversant et nécessaire... Pas moi...

 

A noter :

Les droits d'auteur du livre seront reversés au centre international pour les enfants disparus et exploités : www.icmec.org


 

Les avis de Stephie, Clara, Gambadou,... d'autres ?

 

 

 

 

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Les photos de l'article sont de Mary Ellen Mark

Je vous invite à aller découvrir les autres photos de son reportage

au sein de Falkland Road, l'une des pires rues de Bombay...

Parfois les images parlent plus que les mots...

 

 

 

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Merci à BOB et aux Editions Pocket !

 


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8 février 2011 2 08 /02 /février /2011 08:00

 

premier amour 01

 

Auteur : Joyce Carol Oates

Editions :

Actes sud - Juin 1999 - 90 pages - épuisé

Actes Sud, Babel - Aout 2006 - 90 pages - 5,50€ (épuisé)

 

 

 

 

Josie et sa mère ont quitté le foyer familial pour aller habiter chez la grand tante Esther. Aucune explication n'est donné à la petite fille de 11 ans qui doit s'accomoder de ce nouveau lieu à l'atmosphère froide et pesante. Sa mère se désinteresse d'elle pour mieux aller courir auprès d'amours éphémères et Josie se retrouve bien souvent seule. La seule personne qui lui porte un peu d'intérêt distant est son cousin Jared, jeune séminariste en vacances. Jared, plus agé que Josie (environ 25 ans), fascine la demoiselle. Attirée par ce jeune homme mystérieux, constamment retranché dans sa chambre où il se dévoue à Dieu, parmi les livres et les images pieuses, elle accepte de le suivre dans les marais, à l'occasion d'une rencontre innopinée. Josie a-t'elle croisé sur son chemin le serpent noir qui la hante et la dévorera ?

 

Ce court roman est à l'image des autres textes de l'auteur : extrêmement dérangeant.

Car ce que nous allons découvrir ici est que cette attirance que Josie a pour son cousin va se révéler d'autant plus malsaine que celui-ci va en jouer pour que la petite fille devienne l'objet de ses fantasmes érotiques.

 

premier-amour-02.JPGLa résurrection de la fille de Jaïre, 1861. (une des images de Jared)

 


 

Jared, prisonnier de son extrémisme religieux, est abruti d'images du Christ extatique souffrant sur la croix et instaure une relation sadique avec la petite fille, se plaisant à la faire souffrir.

Josie, elle, oscillant entre souffrance et amour, découvre à travers cette transgression une certaine liberté et aborde aux rivages de l'adolescence qui vont peu à peu l'éloigner de la figure maternelle.

 

" Autrefois, du temps de ma petite enfance, nous étions quasiment des égales, Mère et moi (car le pouvoir réside dans l'égocentrisme impitoyable, inconteté) ; avec le temps, à mesure que je grandissais, que j'émergeais chaque jour davantage de l'enfance, j'avais perdu mon pouvoir au profit de ma mère. Car elle était elle-même une enfant, une trompeuse et fascinante enfant prête à user de toutes les séductions afin qu'on l'aime et souhaite -ô si ardemment ! - être aimé d'elle. Ce qui était à jamais impossible, du moins selon ton désir. "


Le lien qui les unit va demeurer secret et l'ascendant que Jared va avoir sur Josie sera tel que la petite fille considerea leur relation comme de l'amour.

 

" Tu ne voulais pas appeler cela de l'amour, tu l'appelerais autrement, d'un autre mot, d'un autre nom. Fermant les yeux au point d'en être parfois étourdie, d'en avoir le vertige. Au point d'en éprouver une excitation, un effroi aux limites du supportable. Et je le revois, mon cousin Jared Jr. Tant d'années plus tard. Je vois une flamme verticale, une silhouette. Pas une personne. Si je m'efforce de me remémorer son visage, le son de sa voix et, au creux de mon ventre, cette sensation d'une clef tournant dans une serrure sitôt qu'il me touchait, je perds tout."

 

Et puis il y a la mère qui ne voit rien, toujours absente, qui considère sa fille à la fois comme une adulte et comme une petite fille.

 

premier-amour-03.jpg" Les doigts de Mère, véritables serres, avaient agrippé mes épaules osseuses. Ses yeux accusateurs sondaient les miens, ses yeux gris pâle teintés de bleu, parsemés de paillettes de mica quasi invisibles, comme certaines des pierres disséminées sur les berges de la Cassadaga.
"Tu ne peux rien me dissimuler ! Tu ne peux pas avoir de secret pour moi !"
Car il doit bien y avoir un jour - une heure, une minute ! - où pour la première fois, un bébé tente de leurrer sa mère : un moment où pour la première fois de sa vie, il exerce ce que l'on appelle sa volonté : le geste de tromperie instinctif, improvisé, le subterfuge qui deviendra partie intégrante de sa vie mentale. Si les parents sont en mesure de déceler un tel moment, il se peut qu'ils l'étouffent de telle sorte que l'intrigue ourdie par le bébé soit à jamais déjouée. "

 

 

 

 

Pourtant si le sujet parait plutôt glauque, Oates réussit haut la main à utiliser une langue pudique où rien ne transparait. Tout est dans le non-dit et les évocations subtiles que le lecteur saura intelligemment interpréter. Pas d'horribles descriptions de sévices, la métaphore et le symbilisme sont souvent présents ici. On pense d'ailleurs à ce fameux serpent noir, évoqué de façon récurrente par Josie, qui peut aussi évoquer le serpent du péché dans la Bible.

La religion, fort présente, est décrite par Oates comme un réservoir à frustrations et à fantasmes pervertis.

La relation mère-fille ne semble pas beaucoup plus équilibrante avec une mère tantôt absente, tantôt étouffante et offre, en place de tendresse, de grandes sentances sur la vie.

 

"Premier amour" est un roman troublant et fascinant. Décrivant à mots couverts, une relation obsène et malsaine où l'amour se dispute à la souffrance, il fait le portrait édifiant d'une jeune fille qui, dans ses premiers émois érotiques, se trouve pas tout de suite la force de se libérer d'une emprise qui la submerge.

 

J'ai pour ma part fort apprécié ce petit roman. Lu il y a 2-3 semaines, j'ai peut-être pu m'éloigner de l'aspect dérangeant que l'on ressent au prime abord et constate, en écrivant ce billet avec recul, toute la subtilité de ce texte !

Un roman qui ne plaira pas à tout le monde, c'est certain... mais qui est pourtant à découvrir !


 

Les avis de : Cynthia (que je remercie pour le cadeau !) et de Picwick.

 

 

 

 

challenge oates




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Humeur

Le 26 Août 2013 :
Le grenier de choco n'est plus...
Ce blog sera à terme supprimé.
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