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18 janvier 2010 1 18 /01 /janvier /2010 08:00

sukkwan island

Et voilà un billet supplémentaire sur ce livre choc qui a fait beaucoup parler de lui sur la blogosphère !
Lu avant les nombreux billets qui ont fleuris, il m'est difficile d'en rédiger un aujourd'hui, après tout ce qui en a été dit... Essayons tout de même !

sukkwan-3.jpgJim, père divorcé, décide de partir vivre pendant un an sur une petite ile perdue d'Alaska qu'il a acheté et d'y emmener son fils de 13 ans, Roy. On découvre leur installation sur l'île, dans la cabane un peu précaire qu'ils doivent s'employer à améliorer, leurs premières pêches et chasses.
Pourtant très vite, on sent que quelque chose cloche. Alors que Roy s'appuie sur sa jeunesse à Ketchikan, Jim semble complètement imprévisible et peu préparé à cette vie solitaire en pleine nature. Il improvise le programme de la journée avant de l'abandonner pour autre chose. Roy surprend son père, la nuit, en train de pleurer et ce dernier lui raconte ses états d'âme d'homme malheureux face aux femmes.
De plus,tout ne se passe pas comme prévu : un ours dévalise leurs provisions de nourriture, la radio ne fonctionne pas et ce qui devait être une occasion de se rapprocher de son fils devient une tentative ratée de communication entre les deux hommes.
                  (Ketchikan)


Le drame attendu par le lecteur sera mais pas celui qu'il avait prévu...

Ce roman surprenant nous entraine dans les méandres de la folie d'un homme qui, choisissant de partir pour mieux se trouver, finit par perdre complètement les pédales.

La première partie se concentre un peu plus sur le personnage de l'adolescent qui alterne entre l'envie de partir retrouver sa mère et sa soeur et le bonheur de vivre une aventure exaltante. Pourtant, peu à peu, on découvre que c'est plutôt le souhait de soutenir son père qui l'emporte. Un adolescent donc, avec sa libido naissante, qui semble pourtant bien plus responsable que son père.
Le père quant à lui, semble empêtré dans sa souffrance, ses échecs avec les femmes et passe complètement à côté de son fils qu'il semble avoir emmené pour ne pas rester seul...
La deuxième partie nous fait d'ailleurs entrer un peu plus dans la tête de Jim, lâche et irresponsable, qui finit par refuser toute réalité et plonger dans une folie qui lui appartient, pleine de douleur.
Malgré le portrait détestable qui en est dressé, je n'ai pu m'empêcher de ressentir une certaine pitié vis à vis de lui.
La relation entre les deux hommes (ou plutôt leur manque) est extrêmement bien observée et décrypte quelque peu la difficulté de compréhension entre un père et son fils. J'ai trouvé la folie de Jim tout à fait réaliste. Son interprétation est laissé au jugement du lecteur qui ne saura que peu de choses du passé de cette famille. Pour ma part, ça ne m'a aucunement dérangé.


sukkwan 2

Un roman très très fort donc, qui vous plongera dans un huis-clos glaçant et dans la folie d'un homme sans aucune explication autre que celles de ses actes.
Un auteur qu'il va falloir suivre, sans aucun doute !


Note : ****
 

Editions Gallmeister - 21,70€
Les premières pages sont à lire ici !

De très nombreux avis à découvrir : Cuné, Cathulu, Ys, Mango, Brize, Stephie, Béné, Papillon, ...

Et un grand merci à BOB et aux éditions Gallmeister pour cette superbe découverte !

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14 janvier 2010 4 14 /01 /janvier /2010 08:00

blesses

Je voulais découvrir cet auteur depuis un moment et quand j'ai trouvé ce roman défraichi à 1€, je n'ai pas hésité... Bien m'en a pris !

John Hunt est un rancher qui vit dans l'Ouest américain. Cet homme de couleur noire a quitté la ville pour se soustraire au regard des hommes et habiter avec Gus, son oncle vieillissant, dans une ferme où il s'occupe de chevaux. Son quotidien est rythmé par les soins aux chevaux, leurs dressage, les réparations de la ferme et les maigres passages à la ville pour la santé défaillante de Gus.
Morgan, une jeune femme voisine, vient régulièrement les visiter dans l'espoir de séduire Hunt qui, malgré son attirance, se refuse toute relation. En effet, sa femme est morte des années plus tôt dans un accident de cheval, dont il se sent responsable. Malgré le temps, John n'arrive pas à tourner la page et à avancer.

Pourtant un jour, sa petite vie routinière va être chamboulée par quelques évènements.
Un homosexuel est retrouvé battu à mort et c'est son apprenti qui est accusé du meurtre. Le fils d'un ami vient passer quelques jours chez John pour fuir son père qui refuse son homosexualité mais sa venue provoquera moults tensions. Des actes malveillants sont pratiqués sur des animaux (vaches, chevaux, coyotes). Un fermier indien retrouve des insultes racistes près de chez lui. Bref, le coin est en effervescence et perturbe quelque peu notre rancher qui sortira bien différent de cette série d'évènements.

blesses 2 - Wind River, Owl Creek MountainsPrenant place dans un décor d'Ouest Américain, digne des films western, on est pourtant très loin des clichés. A côté de descriptions de grands espaces et de balades à cheval dans une nature difficile, Everett réussit à déconstruire l'image du cow-boy en nous offrant celle d'un fermier noir, homme cultivé et diplomé en histoire de l'Art, qui, occupé constamment à travailler, n'a rien de glamour.
Même si le thème principal n'est pas le racisme racial, c'est bien de la violence et de la haine contre la différence dont il est question ici. L'homosexualité est particulièrement montré du doigt : les habitants les considèrent d'un mauvais oeil. Leur malaise est très subtil et passe dans des petites phrases, des façons d'agir qui en disent bien plus que des mots. Le portrait qui est fait de l'ami de John, père qui ne comprend pas et n'accepte pas l'homosexualité de son fils en est aussi un bel exemple. Le conflit entre le père et le fils sera d'ailleurs l'occasion d'un beau portrait des relations conflictuelles familiales.

(Wind River, Owl Creek, Wyoming)

John, devant de tels bouleversements, n'hésitera pas à s'interroger sur sa propre vie, ses sentiments, sa culpabilité. Ce bonhomme plutôt taiseux, avec Morgan comme avec Gus, cherche à être un homme bon. Indifférent au sort de son apprenti qu'il ne connait pas et pour qui il n'eprouve rien, il ressent malgré tout une certaine implication. John est un antihéros qui accepte ses faiblesses, ses erreurs, l'imperfection des êtres humains.

Dans ce roman, Everett cherche à nous prouver que la haine, la violence et la destruction est l'apanage du genre humain. Qu'on soit dans une grosse cité ou une petite ville de l'Ouest américain, la violence est partout où l'être humain s'implante.
Un roman pessimiste où les illusions se perdent dans le marécage de l'intolérance mais pourtant pas dénué d'un léger espoir.
Un très très beau roman, tout en subtilité qu'il vous faut découvrir si ce n'est déjà fait !
Pour ma part, j'ai hâte de continuer ma découverte de cet auteur !


Note : ****


Editions Actes Sud - 20€
Editions Actes Sud, Babel - 7,50€




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Objectif-PAL.jpg
Objectif PAL : # 11


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29 novembre 2009 7 29 /11 /novembre /2009 21:00




L'auteur de ce petit conte, Velma Wallis, est originaire d'une des tribu Athabaskans d'Alaska. Elevée dans les traditions de son peuple, en compagnie de ses 12 frères et soeurs, elle a étudié dans une université d'état. Oscillant entre tradition et modernité, Velma souhaitait transmettre une légende que lui contait sa mère. Elle rencontra de nombreuses difficultés pour la publication de son roman. Inconnue et dépeignant les peuples Athabaskans de façon réaliste et presque peu flatteuse, elle finit par réussir à le publier grace au soutien et à la souscription de nombreuses personnes.
Ce récit, malgré sa dureté, est pourtant un bel hommage à son peuple.

Lors d'un hiver particulièrement rigoureux, une tribu nomade d'Alaska se meurt de faim.  Il n'y a plus de nourriture, la chasse est infructueuse et les membres du clan s'affaiblissent peu à peu alors qu'ils doivent migrer vers des contrées moins difficiles. Les tensions sont exacerbées et le chef de clan doit prendre une décision : abandonner les 2 plus vieilles, Ch'idzigyaak et Sa', charges inutiles qui ne font que se plaindre. Le choix est difficile mais personne ne se rebiffe, même la famille des 2 femmes en question.
Les deux amies se retrouveront donc seules avec leur tente, leurs peaux de moutons et une hachette laissée par le petit-fils de l'une. Après la colère et le découragement, elles décident de se battre et tout du moins d'essayer de survivre dans ce contexte hostile.
"Mourrons en essayant".
C'est alors qu'elles se souviennent de leur jeunesse, de leurs techniques d'autrefois et d'un ancien camp qui peut-être les abritera et les sauvera.



A travers leur parcours, on découvrira la vie en Alaska et ses traditions : la chasse, la pêche, les techniques de survie , l'établissement d'un camp, ... Elles nous raconteront leur jeunesse et leurs parcours jusqu'à cette tribu qui les accueillit, d'autres famines et d'autres abandons de vieilles femmes.
On est totalement immergé dans une vie dépendante du froid et de la nature. L'humain doit apprendre à s'autosuffire et à moduler ses besoins selon ce que la nature lui donne. Un conseil à méditer dans nos sociétés actuelles...
Mais plus qu'une découverte de contrées inconnues, ce récit se veut une superbe leçon de vie.
Les "vieux" dont on veut se débarrasser sont riches d'une culture et d'une expérience que l'on ignore trop souvent. Ils ne sont pas si inutiles que ça et ont beaucoup à nous apprendre. Et parrallèllement, il nous est signifié aussi que ces derniers ne doivent pas se complaire dans un assistanat qui les diminue et continuer
à oeuvrer pour la communauté tant que cela leur est possible. Ch'idzigyaak et Sa' reconnaitront qu'à force de se plaindre de petits maux et de jouer à la vieille inutile, elles sont en partie responsables de leur abandon.
" Deux vieilles femmes. Toujours à se plaindre, jamais contentes. Nous nous plaignions de la disette et parlions du bon temps de jadis, alors qu'il n'était pas meilleur. Nous nous croyions bien vieilles. Et maintenant, parce que nous avons passés tant d'années à convaincre les jeunes que nous étions impuissantes, ils ont fini par croire que nous ne servions plus à rien dans ce monde."
Cette réflexion sur la place des anciens s'accompagnera d'une leçon de courage et de volonté qui met en avant l'entraide.
L'écriture est simple et sans fioritures, à l'image de ces contrées immaculées où on se doit d'aller à l'essentiel.



De plus, une introduction et pluseurs postfaces vous expliquent un peu plus le contexte de cette histoire.

Un petit conte universel à ne pas laisser passer !


Note : ****


D'autres avis sur Livraddict : ici !

Editions JC Lattès - 12€

Je remercie Livraddict et les Editions Lattès pour cette heureuse découverte !


 




Edit du 30 Novembre :

Et bien, je me dit que ce petit conte est parfait pour voyager !
N'hésitez pas à vous inscrire si vous souhaitez le recevoir chez vous !



 

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14 octobre 2009 3 14 /10 /octobre /2009 23:03




Cliff a la soixantaine. Ancien professeur de lettres, il est devenu fermier pour s'occuper des terres familiales. Mais Cliff vient de se faire larguer par sa femme, après 30 ans de mariage, pour un ancien camarade d'école... La désillusion est dure : son chien est mort, la ferme va être vendue et il va se retrouver sans activité. Il décide alors de tout larguer et de partir faire le tour des états américains.

C'est dans son périple que nous allons le suivre. Après un départ solitaire, Cliff va bientôt se voir rejoindre par une ancienne étudiante un peu fêlée qui lui accorde ses faveurs. Loin de se passer comme il l'avait prévu, le voyage va devenir prétexte à revenir sur le passé et à découvrir l'insouciance d'une vie sans contraintes. De nombreuses digressions nous font partager ses pensées et reviennent sur son enfance, sa vie de couple, son travail de professeur et de fermier. On y retrouve la passion de l'auteur pour les femmes, le sexe ( pas mal de sènes explicites), son amour de la nature. Cliff remet en question ses choix de vie et s'interroge sur le fait de recommencer une nouvelle vie à son age.
Parfois, le ton humoristique est de mise, plus particulièrement dans la description de ses relations avec Maybelle et on se délecte de certains passages.

« C’était là un cul capable de déclencher une guerre, et je me suis senti très privilégié d’en avoir l’usage momentané, sachant combien j’allais le regretter dès qu’il serait parti. »

Pourtant, je n'ai pas trouvé que c'était le chef d'oeuvre annoncé... Il est bon, se lit avec plaisir mais on en ressort un peu déçu. Les personnages évoluent assez peu et la fin est plutôt décevante, selon moi.
Au final, je n'en ai pas ressortie grand chose. Je suis restée un peu sur ma faim. Le road-movie attendu retombe comme un soufflé... Dommage.


Note : ***


Editions Flammarion - 21€


 

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8 septembre 2009 2 08 /09 /septembre /2009 21:05




Alice, 13 ans, vit dans le ranch de son père dans le désert du Colorado. Entourée de chevaux, sa vie est
pourtant très solitaire. Son père, accablé de travail, se bat pour faire rentrer de l'argent à tout prix et oublie de "voir" sa fille autrement que pour le travail. Sa mère, fantôme oublié de tous, garde la chambre depuis la naissance d'Alice, touchée par une tristesse mystérieuse. Sa grande soeur, qui lui était si proche, est partie du jour au lendemain avec un cow-boy vivre sa vie en dehors du ranch. De plus, jeune fille taciturne, Alice n'a pas vraiment d'amies à son école et Sheila, fille de riche et élève de son père, lui est complètement indifférente. Alice est seule, très seule. Alors quand, Polly Jean, une élève de sa classe, est retrouvée moyée, Alice commence à s'inventer une amitié imaginaire avec la défunte. Peu à peu, c'est toute une vie qu'elle s'invente en puisant dans celles des autres, riches et pleines de fantasmes pour combler le manque de sa vie présente.

Voici un magnifique roman sur les tourments de l'adolescence avec ses douleurs, ses changements, ses premières amours et sur la découverte de la dureté du monde adulte.
Immergé dans le monde du cheval, le roman décrit parfaitement la vie quotidienne autour de l'animal : le travail, les victoires, les échecs et parfois aussi la violence intrinsèque de cet univers. Certains passages sont douloureux pour les animaux (débourrage, sevrage). Alice, presque insensible devant ce parcours naturel de chaque animal va découvrir dans la souffrance que le monde adulte n'est pas si différent.
On s'attache très facilement à cette jeune fille qui cherche tout simplement à être reconnue, écoutée et aimée dirons-nous presque. Le professeur avec qui elle entretiendra une relation téléphonique sera celui à qui elle pourra poser les interrogations qui la préoccupe.

C'est un roman où la violence est présent à chaque page : la nature difficile, la dureté du père, la difficulté de communication entre les personnages. Après un début de lecture assez lent, j'ai été très vite emportée par le désir d'Alice de trouver sa place dans un monde qui lui en laisse peu et par sa relative maturité devant les difficultés du quotidien.
On ne peut qu'espérer qu'elle trouve la lumière au bout du chemin. Alice arrivera petit à petit à s'imposer mais à quel prix...

Un premier roman très abouti qui promet des romans extraordinaires pour la suite !

"Mais c’est alors que je le vis le point entre ses oreilles où le monde était encore invisible, bien net, l’endroit où nous voyions la même chose. Tout le reste se changea en martellement : sabots, coeur, peur, vitesse. La poussière se soulevait au dessus du sol, mes jambes se fondirent dans les flancs de Darling. En cet instant nous n’étions plus qu’un seul corps, voué à mourir pulvérisé. Je sentis la secousse dans ma colonne quand elle partit en pivot, la pointe de son sabot percutant le sol, la rotation qui nous souleva, tandis que le ciel, la terre et les gradins laissaient des traînées sanglantes autour de nous. Au centre, on prit un virage qui me souleva l’estomac dans la poitrine quand elle bascula sous moi, changeant de pied en plein saut, pour retomber sur l’autre en un seul et impeccable mouvement continu. En continuant autour de l’arène, je sentis la vitesse s’enfler en moi, et je la laissai filer, et tout le reste avec. Il ne restait plus rien, que le point entre ses oreilles, le centre de son corps coincé sous le mien. A travers le brouillard de poussière et de la chaleur, je vis s’approcher la barrière, et je me dis que nous allions la défoncer, passer par dessus, et, prenant notre envol, nous élever dans les airs, et enfin entrer dans ce qui venait quand la vie prenait fin, et que commençait la suite. "




Note : ****


Editions Gallimard - 25€


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5 septembre 2009 6 05 /09 /septembre /2009 09:32



Nous sommes en Corée,en 1956, pendant la guerre. Les villageois sont en plein exode vers la Corée du Sud, fuyant les combats et les chinois tandis que les américains sont venus sauver les coréens de la menace communiste.
Parmi les fuyards, un vieil homme et sa femme. Ils suivent le flot des réfugiés. Se jetant dans un fossé pour éviter une colonne de tanks américains, ils y découvrent un jeune garçon inconscient, blessé d'un éclat d'obus dans la poitrine. Malgré les réticences du vieux d'avoir une bouche à nourrir en plus, la femme le prend avec elle et cherche à le sauver malgré une mort quasi certaine.
Nous allons alors suivre ce trio sur les routes et découvrir les liens qui vont se tisser entre les uns et les autres.

Après "La route", me voici encore dans un thème de violence et de filiation.
L'auteur, juif américain, a servi l'armée américaine en tant qu'aumonier. Il s'est parfaitement fondu dans la peau d'un coréen et sa description de la guerre est très réaliste.
Il décrit par ailleurs le sauvetage américain comme une agression : collines arrasées, tombes déplacées, dépouillement des refugiés, invasion de baraquements et de perversion mercantile (marché noir, prostitution). Bref leur intervention est loin d'être anodine.

Pourtant cette guerre pourrait être n'importe laquelle. Et le principal est ailleurs.
Le vieil homme est rempli de honte et de rancoeur de n'avoir jamais eu d'enfant et en rend sa femme responsable. Il la traite d'ailleurs avec peu d'égards et la considère comme "remplaçable" à la différence d'un fils qui doit honorer la tombe de ses parents. Il refuse de garder l'enfant, poid mort qui n'est pas de son sang. Sa femme, au contraire, n'est qu'amour et voit dans ce jeune garçon, un fils que Dieu lui offre. Entre ces deux-là, une bataille s'engage. Pourtant petit à petit, le vieil homme ressent des sentiments contradictoires envers le garçon.

" Il se demanda alors pourquoi il voulait tant voir ce garçon mourir. La femme ne l'abandonnerait pas. Et le garçon, blessé et seul, ne partirait pas de lui-même. Plus tard certainement, pour retourner dans son village. Et si son village n'existait plus? Il retournerait dans sa famille, dans son clan. Mais s'ils avaient tous été anéantis, comme c'était arrivé à tant de personnes? Alors ils le donneraient à la charge du gouvernement ou a un orphelinat. Mais, et si la femme refusait, et si le garçon choisissait de rester ? Et quand bien même... Pourquoi voulait-il que ce garçon meure? Un enfant sans défense.

Le vieil homme se surprit alors à observer quelque chose au fond de lui-même qu'il voyait pour la première fois. Tout le monde connaissait l'existence du monde invisible, au-delà du royaume quotidien des apparences, mais il n'avait jamais soupçonné la présence d'un tel monde en lui-même. Un monde inconnu, comme une caverne. Et comme il ne pouvait pas comprendre ce monde ni lui donner un nom, il se demanda quel esprit ou quel démon pouvait s'y cacher. C'était là que résidait pour lui la plus grande crainte, la plus grande perplexité."


Ici, l'auteur pose la question de la transmission et de la filiation, très importante pour un coréen. Adopter cet enfant, c'est aussi adopter ses ancêtres. et ce n'est pas évident quand ils ne sont pas de même sang.
Le garçon cherche lui aussi à retrouver l'esprit des membres de sa famille, complètement décimée. Et c'est en honorant les morts de sa nouvelle famille et en y englobant les siens qu'il trouvera la paix.

"Cela arrive à tout le monde, de nos jours : on naît dans un monde, on grandit dans un autre, on mûrit dans un troisième. La rencontre entre les mondes engendre des conflits que chacun doit résoudre pour luimême. C'est plus difficile que la transmission stable d'autrefois, plus exaltant aussi. Mais épuisant. Voilà pourquoi nous sommes tout le temps fatigués. Nous nous sentons responsables de notre destin. Aux questions : Qui suis-je ? Quedois-je faire ?, des réponses multiples s'offrent à chaque instant. Le vieil homme, dans "Je suis l'argile' est confronté à l'un de ces dilemmes."  Chaïm Potok.

 

Potok nous montre qu'il y a toujours une place pour l'amour, même sur une terre en pleine souffrance.

 

 

 

Note : ***


 

Editions Lattès - épuisé mais trouvable en bibliothèque et en occasion.


 

J'ai découvert ce livre grace au billet de Gambadou, ici !

 


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1 septembre 2009 2 01 /09 /septembre /2009 19:09




Nous sommes dans un univers apocalyptique où tout a été brûlé, où les animaux et les végétaux ont disparus.
Un monde où il ne reste rien : les maisons pillés et calcinés, les routes recouvertes de cendres et fissurées, encombrées d'antiques automobiles rouillées, des carcasses humaines désséchées comme du cuir.
Un monde où il ne reste rien ou presque : quelques survivants tentent de satisfaire leurs besoins primaires, manger, dormir,survivre et échapper aux "méchants" qui emprisonnent les plus faibles et se nourissent de leur chair....
Et dans ce monde de l'enfer, nous allons suivre un père et son fils. Munis d'un caddie qui contient leurs maigres possessions, ils marchent. Vers le Sud. Vers la mer. Vers l'Espoir, peut-être.
Nous ne saurons pas leur nom mais des bribes du passé éclateront dans l'esprit du père, souvenirs de jours heureux. L'enfant, innocent, est le moteur du père, de leur survie.

Vision cauchemardesque du monde, le roman raconte une humanité en cours de disparition, où tout retourne à la bestialité des origines. Un monde où seul l'amour empêche les dernières extrémités et le glissement dans une barbarie totale, où les valeurs de la filiation sont plus importantes que l'avidité de posséder.
La contruction est légère, la phrase et les mots sont simples mais porteurs d'une telle force qu'on ne ressort pas de cette lecture sans émotions.
Pourquoi survivre quand la mort nous attend et que le monde s'éteint ?

Difficile de parler d'un livre dont on a tant parlé... Mais lisez-le, vous comprendrez...


« Il faut que tu portes le feu.
Je ne sais pas comment faire.
Si, tu sais.
Il existe pour de vrai ? Le feu ?
Oui, pour de vrai.
Où est-il ?
Je ne sais pas où il est.
Si, tu le sais. Il est au fond de toi. Il y a toujours été. Je le vois. »


<<Dans une poche de son sac à dos il avait trouvé un ultime demi-paquet de cacao et il en prépara une tasse pour le petit puis il versa de l'eau chaude dans sa tasse à lui et souffla sur le bord.
Tu avais promis de ne pas faire ça, dit le petit.
De ne pas faire quoi ?
Tu sais bien quoi, Papa.
Il reversa l'eau chaude dans la casserole et prit la tasse du petit et versa un peu de cacao dans la sienne et lui rendit sa tasse.
Il faut que je te surveille tout le temps, dit le petit.
Je sais.
Si tu manques aux petites promesses tu manqueras aux grandes, c'est ce que tu as dit.
Je sais. Mais je tiendrai parole. >>



<<Il mit longtemps à s'endormir. Au bout d'un moment il se tourna et regarda l'homme. Dans la faible lueur son visage marqué des stries noires de la pluie pareil au visage d'un comédien du monde anti- que. Je peux te demander quelque chose? dit-il.
Oui. Évidemment.
Est-ce qu'on va mourir?
Un jour. Pas maintenant.
Et on va toujours vers le sud.
Oui.
Pour avoir chaud. Oui.
D'accord
D'accord pour quoi?
Pour rien. Juste d'accord.
Dors maintenant.
D’accord
Je vais souffler la lampe. D'accord?
Oui. D'accord.
Et plus tard dans l'obscurité: Je peux te demander quelque chose?
Oui. Evidemment
Tu ferais quoi si je mourais?
Si tu mourais je voudrais mourir aussi.
Pour pouvoir être avec moi?
Oui. Pour pouvoir être avec toi
D'accord. >>


Note : *****

Editions de l'Olivier - 21€
Editions Points Seuil - 6,80€


Prix Pulitzer 2007

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1 septembre 2009 2 01 /09 /septembre /2009 18:05




Jake est au chomage, comme la plupart des gars de la ville : la seule usine a fermé laissant sur le carreau des familles entières. Sa copine s'est cassé avec un vendeur de voitures plus argenté, emportant aspirateur et plantes. On lui a coupé la télé et ses dettes de jeu s'accumulent.
Bref Jake Skowran est un looser.
Jusqu'au jour où on lui propose un job de tueur à gages. Ni une, ni deux, notre Jake s'engage avec enthousiasme dans son nouvel emploi, prêt à prouver ses compétences et à s'investir comme dans tout autre travail.

D'une lecture facile et jouissive , ce roman est un petit bijou d'humour et de cynisme !
En faisant le portrait d'un chomeur désespéré qui accepte n'importe quel boulot lui redonnant l'occasion de prouver les valeurs du travail, sans s'encombrer de problèmes de conscience morale, Levison fait le portrait d'une Amérique désenchantée où les valeurs de l'argent et du capitalisme sont rois.
Le quotidien du chomage avec ses pertes d'identités, de confiance en soi et de dignité sont parfaitement rendus. Jake s'enfonce dans la spirale du chomage et ce n'est qu'en trouvant ce nouveau travail qu'il retrouve la force de rebondir, trouver une copine, avoir des projets, ...Etc
Les sociétés de crédits qui vous harcèlent, les patrons qui vous prennent pour de la merde et vous jettent à la moindre défaillance, les usines délocalisées : tout le monde en prend pour son grade !
Un roman grinçant plein d'humour mais finalement très dur devant la chute du rêve américain, à lire absolument !

Une lecture qui m'a rappelé "le couperet" de Westlake, où cette fois-ci, c'est un père de famille qui trucide ses concurrents d'entretien d'embauche afin de décrocher à tout prix LE boulot qui lui faut !



Note : *****


Editions Liana Levi - 16€
Editions Liana Levi, Piccolo - 8€



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13 août 2009 4 13 /08 /août /2009 14:05


L'histoire se déroule à Wellpinit, réserve indienne des Spokanes. Le célèbre bluesman, Robert Johnson, atterrit dans la réserve à la recherche d'une indienne qui romperait son mauvais sort. En effet, une légende court autour de ce guitariste qui a réellement existé : il aurait passé un pacte avec le diable, qui en échange de son âme lui aurait donné le don d'être un guitariste exceptionnel.
Robert Johnson oublie sa guitare dans une voiture et c'est un groupe de jeunes indiens spokanes qui vont la récupérer.
Fort de la puissance de cette mystérieuse guitare, ils vont créer un groupe, les Coyote Springs, dont le succès les mèneront à New York.

Véritable odyssée dans le monde indien, dont l'auteur est lui-même issu, ce roman décrit la vie dans les réserves indiennes : la pauvreté des indiens et leur dépendance aux maigres subsides de l'état américain, l'alcoolisme qui touche les pères, l'ennui et le désoeuvrement des enfants à l'abandon, l'absence de travail, la violence, l'envie de revanche contre les blancs. La vie est dure, très dure pour ces indiens coupés du monde dans leur réserve, où partir est synonyme de trahison.

Un récit très triste et amer mais où l'humour n'est pas absent : les indiens n'hésitent pas à utiliser de bons mots pour décrire leur situation, aussi misérable soit-elle.
Nous naviguerons aussi dans le monde du blues. Chaque chapitre débute par les paroles d'une chanson (D'ailleurs mis en musique par Jim Boyd et paru en cd sous le même titre) et l'ombre de Robert Johnson et de sa guitare ne quitte pas le groupe.
Le personnage de Big Mamma, sorte d'ermite plus que centenaire, qui aurait cotoyé, Jimi Hendrix, Janis Joplin et autres grands musiciens qu'elle aurait aidé à devenir célèbre, introduit une part de fantastique et de chamanisme.

Premier roman de l'auteur qui, depuis, a continué à nous faire découvrir le monde indien qui lui tient tant à coeur,  "Indian Blues" nous parle des indiens d'aujourd'hui, d'une minorité à l'intégration ratée et du racisme des blancs qui n'en apprécie que l'exotisme. A découvrir !


Note : ***


Editions Albin Michel, Terres d'Amérique - 19€
Editions 10/18 - 8,60€


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9 août 2009 7 09 /08 /août /2009 17:37



Will Cooper, héros devenu vieil homme, se souvient de son parcours en pays cherokee. Orphelin recueilli par un oncle et une tante, il est envoyé à 12 ans en apprentissage pour tenir un comptoir de vente sur les terres indiennes. Il y fera la connaissance du chef indien Bear qui deviendra son père adoptif et le fera entrer dans son clan.  Il s'initie au droit, luttera pour la défense des indiens que l'état veut transférer vers l'ouest,  puis deviendra colonel durant la guerre de sécession. Un parcours hors du commun s'accompagnant d' une histoire d'amour avec la belle Claire Featherstone jusqu' au crépuscule de sa vie.

Portrait fort d'une Amérique en pleine transformation qui va exterminer les indiens et l'identité de tout un peuple.
On assiste à la fin d'une époque. Les indiens sont traqués, tués ou transférés dans une contrée hostile où leurs traditions vont se perdre. Leurs terres sont vendus aux plus offrant, les arbres abattus pour laisser place à un début de société moderne. Constat amer et effrayant.
Le récit mélange récit d'aventures et roman d'amour avec un côté "western". La passion amoureuse du héros est très bien rendue ainsi que son amour pour la littérature.
Pourtant, malgré les scènes d'actions, pas mal de longueurs et le regret de ne pas entrer plus profondémment dans la culture cherokee.
Je n'ai finalement pas été si transportée que ça par la vie de ce chef blanc, pas exempt de controverses : son rôle dans la traque des indiens laisse un goût amer.

"Jeunes, nous sommes tous persuadés que nous vivrons éternellement; ensuite, à un certain stade, nous nous contentons d'espérer une longue vie, mais une fois obtenu cet avantage terminal, le simple fait de survivre devient un tracas. Tous les êtres et toutes les choses que l'on aimait s'en vont, et cependant le sort veut que l'on soit encore là. On se retrouve exilé dans un monde changé, peuplé d'inconnus. Égaré dans des endroits que l'on a pourtant connus comme sa main. Les cours d'eau et les lignes de montagnes immuables sont les seuls amis qui restent. C'est le point à partir duquel vivre plus longtemps devient franchement grotesque, où il n'y a plus qu'à s'éteindre et à suivre tout le reste de la Création à travers les portes de la mort, au Pays de la Nuit.

On ne dispose plus de rien d'autre que ses humeurs et sa mémoire, ces instruments puissants et dérisoires."



Note : ***


Editions de l'Olivier - 23€
Editions Points - 8€


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Humeur

Le 26 Août 2013 :
Le grenier de choco n'est plus...
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