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7 mars 2011 1 07 /03 /mars /2011 08:00

 

 

double bonheur 01

 

 Auteur : Stephane Fière

 Editeur : Metaillé

Date de parution :  Janvier 2011 

Prix : 18 €

  354 pages

 

 

François Lizeaux est un jeune interprète de chinois . Nouvellement promu à Shanghai, il travaille désormais pour le consulat de France. Il s'agit de son premier poste mais aussi de son premier voyage en Chine. Il a 25 ans et très excité, il envisage son séjour sous d'heureux hospices et espère bien profiter de la célèbre vie shanghaïenne avec ses fêtes et ses filles faciles. Sauf que la vie d'expatrié n'est pas toujours facile. Exploité par le consulat, il va en plus être approché par les services secrets chinois. Son amour pour la belle An-Lili le sauvera-t'il ? rien n'est moins sûr... 

 

 

double-bonheur-02.jpg Futur consulat de France à Shanghaï ( en construction)

 

 

 

Dans une première partie, le lecteur va découvrir de l'intérieur le monde consulaire dans toute sa splendeur en accompagnant le narrateur dans sa découverte du métier d'interprète et dans celle de la Chine. François, petit maillon transparent dans la chaîne, va se retrouver  submergé de boulot. Travaillant 7 jours sur 7, à toute heure, sa vie privée se réduit à une portion congrue. Indispensable au bon fonctionnement des réunions, colloques, rencontres entre dignitaires et même soirées privées, François reste malgré tout un pion transparent dont on ignore avec habileté les faibles récriminations. Le jeune homme, persuadé qu'il deviendra ainsi plus chinois que français, fait tout ce qu'on lui demande sans rechigner.

Possédant la maitrise de la langue chinoise que ses compagnons ne possèdent pas, François va très vite découvrir les jeux d'influence, les mesquineries, les petites arnaques financières qui ont cours au consulat. C'est le règne du chacun pour soi et notre interprète l'apprend à ses dépends. Souvent escroqué par méconnaissance du système chinois et du fonctionnement du consulat, il va découvrir que tout le monde pratique mais que personne ne dit rien, ni ne partage ses "bons plans" avec les autres. Le consulat lui même magouille pour facturer plus cher des prestations afin de mieux empêcher la différence de tarif et n'hésite pas non plus à en faire autant avec ses employés.

 

Amoureux de la culture chinoise, François va découvrir néanmoins la société chinoise à travers ses rencontres consulaires et ses relations épisodiques avec les femmes. La Chine promeut le culte de l'apparence et met la valeur de l'argent au dessus de tout. Les étudiantes chinoises, qui espèrent se marier et obtenir un passeport étranger, cèdent facilement aux avances et n'hésitent pas parfois à faire payer leur faveurs pour améliorer l'ordinaire. Chaque transaction nécessite des dessous de table et refuser le système signifie l'arrêt de toutes négociations. La raison d'être de tout chinois est de s'enrichir le plus vite possible et cela peu importe les moyens.

Les visiteurs et les hommes d'affaires étrangers ne sont pas épargnés. Comme les consulaires, ils n'hésitent pas à profiter du système et les voyages professionnels se transforment très rapidemment en voyage autour de la luxure. Les hommes trompent leurs femmes à tout va sans aucun scrupule. Leur bêtise et leur vision, bourré de clichés, de la Chine les avilissent un peu plus.

 

double-bonheur-03.jpg

 L'Oréal, partenaire officiel de l'exposition universelle :

l’Ambassadeur, le Consul général, le Président de la COFRES et le Président de l’Oréal Chine.

 

 

La deuxième partie du roman, tout en reprenant les éléments cités ci-dessus, se concentre un peu plus sur le couple François / An Lili. Prêt à devenir chinois de coeur et d'esprit, François se renomme Li Fanshe et fait la connaissance d'une shangaïenne pure jus, rédactrice dans un magazine de mode, dont il tombe follement amoureux. Lui ouvrant les yeux sur le règne des apparences, cette dernière va le pousser à se comporter comme un chinois local et à voir égoistement où est son intérêt. François va désormais se rebeller quelque peu envers le consulat, poser de faux arrêts maladies pour mieux effectuer de l'interprétariat au noir bien mieux payé, réclamer de l'argent dû, etc. Car, là est bien le but : s'enrichir le plus possible et le plus rapidemment. Gourmand, le couple en veut toujours plus et An Lili réussit à balayer les quelques scrupules de son compagnon. Hélas, l'argent ne fait pas le (double) bonheur....

 

 

Bref, vous l'aurez compris, le tableau de la Chine et des services consulaires que nous pouvons lire ici est loin d'être glorieux et même plutôt pathétique. Etat communiste, la Chine se révèle affamé de capitalisme et d'argent à tout prix.

 

 "finalement le communisme réussit plutôt bien à la Chine"

 

 Le monde de la diplomatie est fait tout autant de faux semblants, ses acteurs sont puants et avides de sexe et de papier monnaie. Et les étrangers des crétins finis qui gobent le jeu des clichés joués par les chinois.

Alors si j'ai aimé ma lecture, je n'ai pas aimé ce que j'ai lu....

L'auteur vivant en Chine depuis 20 ans et parlant couramment le mandarin comme son personnage, on ne doute pas de la véracité et du réalisme de cette histoire. Et c'en est d'autant plus atterrant. Je dois dire que si l'idée que je me faisais de la Chine ne me poussait déjà pas à apprécier particulièrement ce pays, ce roman enfonce d'autant plus le clou ! Difficile de trouver ce pays attirant quand on découvre que les valeurs principales sont l'intêret et le profit personnel.

Le roman est très intéressant pour cette plongée dans un monde qui ne nous est pas tellement famillier : le fonctionnement d'une ambassade mais aussi ce pays un tant soit peu "exotique" qu'est la Chine.

Je regrette pourtant que le portrait de Shanghaï qui est donné n'aille pas au delà de ce cercle restreint du monde des expatriés. J'aurais aimé pénétrer plus profondément dans le quotidien du peuple shanghaïen, dans ses petites habitudes, ses métiers,... Dans "Double bonheur", nous ne trouvons que peu de petites gens. Gravitant dans les sphères de pouvoir, le milieu des affaires et des arts, François ne côtoie qu'une certaine fange de la population et le portrait s'en trouve quelque peu tronqué.

De plus, le personnage de François m'a semblé assez détestable. Naïf et malléable, son amour pour An Lili et son envie de pénétrer et comprendre la vie chinoise le pousse à accepter toutes les compromissions. Voir ce jeune homme frais et enthousiaste, se transformer en arriviste qui courre après l'argent m'a déçue.

 

 

double-bonheur-04.jpg

 Shanghaï

 

 

L'écriture, de son côté, est assez surprenante. Le ton est souvent humoristique et décalé. L'auteur a fait le choix de traduire de façon purement littérale certaines expressions ou noms, petits clins d'oeil au métier du narrateur. Comme par exemple, les coktails qui deviennent des "queues de poules" !

On y trouvera également de nombreuses expressions ou proverbes chinois, savamment édicté par An Lili.

Les dialogues, quant à eux, ne pourront nque vous surprendre. Insérés directement dans la narration, ils pourront perturber dans un premier temps votre lecture.

 

" Bofu ne comprenait pas pourquoi je n'étais pas diplômé de Harvard, papa il est français pas américain et j'avais lu la perplexité sur son visage la France n'était donc pas un Etat de l'Amérique, plus maintenant Bofu mais ça reviendra bientôt très bientôt nous l'espérons tous. "

 

Etonnant bilan au final que celui-ci ! Loin d'être mitigé, il est même positif ! Le roman est passionnant même si certaines longueurs aurait pu être évitées. On y apprend pas mal de choses sur la société chinoise, ses valeurs, son fonctionnement.

Mais que le portrait que l'on découvre est haïssable.... Si on y trouve effectivement beaucoup d'ironie et que le personnage principal n'hésite pas à se moquer de lui-même, je suis loin d'avoir trouvé le récit "jubilatoire".

 

Extraits :


  "j'avais compris que dans ce monde coloré en rose, en dépit de mes efforts et de ma bonne volonté, il fallait reconnaître l'importance d'une donné simple, mais déterminante : la vérité ne doit pas être dévoilée, ni répétée tout haut, et encore moins être apprise, c'est pourquoi il était impératif de toujours sauvegarder les apparences, à n'importe quel prix"

 

"si j'avais un jour envie d'arrêter l'interprétariat je pourrais aisément me recycler dans le journalisme. Le vrai, le faux, personne ne sait faire la différence et avec un peu d'imagination les couleurs locales apparaissent plus distinctement".
 

 

 

L'avis positif de Keisha que je remercie pour cette découverte

et celui carrément négatif de Tournez les pages.

 

 

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12 février 2011 6 12 /02 /février /2011 08:00

 

Kyoto Limited Express 01

 

Auteur : Olivier Adam

Photographe : Arnaud Auzouy

Editeur : Points Seuil

Date de parution : Octobre 2010

Prix : 8 €

  176 pages

 

 

Simon Steiner est de retour à Kyoto. Voilà 3 ans qu'il avait quitté le pays où il a vécu avec sa femme et sa petite fille. Aujourd'hui, il est seul. Seul sur les traces du passé et de ceux qu'il a aimés et perdus. Il y rencontre Hiromi, une japonaise qui l'accompagnera dans sa quête, et déambule inlassablement dans la ville.


 

Kyoto Limited Express 02

 

On connait le goût de l'auteur pour le Japon et sa tendance à écrire sur l'absence et la disparition. Nous retrouvons ici les thèmes chers à l'auteur dans ce petit opus qui est sorti directement en poche.

Chloé, la fille de Simon a disparue "avec ses quatre ans pour toujours", son couple s'est délité et sa femme l'a quitté. Il revient à Kyoto sur les traces de sa vie passé où le bonheur était palpable.

La ville est toujours égale à elle-même alors que la vie des hommes s'écoule.

 

“Ici rien n'avait changé, la texture de l'air, l'inclinaison du soleil, le rythme des jours. Mais de nous rien ne subsistait.

 

 

Kyoto_Limited_Express-03.JPGLe pavillon d'or - Kyoto

 

 

C'est un livre subtil, poétique et mélancolique qui ne se raconte pas et se découvre avec délectation. L'homme est malheureux, sa détresse palpable. Une douleur sourde qui laisse place à la lenteur et paradoxalement à la quiétude.

Les descriptions de Kyoto, détaillées et parfaites, nous transportent directement dans la ville qui oscille entre tradition et modernité.

 

"Depuis combien de temps suis-je ici ? Des jours, des semaines, des mois. Peu m'importe. Dans cette ville le temps s'écoule sans forme ni contour, les jours se mêlent jusqu'à se confondre, fluides et désarmés. il y a trois ans, lors de mon premier séjour ici, dès les premiers instants j'avais été saisi. Un sentiment de familiarité. D'accord immédiat. De Kyoto je n'avais rien découvert. J'avais tout reconnu. Comme si la ville, sa géographie, sa lumière, la texture de l'air, l'écoulement du temps étaient inscrits en moi depuis longtemps, depuis toujours."

 

Mais ce qui fait le charme supplémentaire de cet ouvrage, ce sont les photos. En effet, à chaque page de texte répond une photo en vis à vis. Parfaitement adaptées, elles éclairent d'autant plus le texte qu'on y trouve d'étranges correspondances. Il serait d'ailleurs intéressant de savoir si c'est le texte qui a inspiré le photographe ou l'inverse. On y croise des écolières perdues dans la multitude, des solitaires en contemplation. On parcourera les nombreux jardins japonais, on observera la ville du haut des immeubles, on traversera la ville avec ses bars, ses petits marchands, et ses temples....

 

 

Kyoto_Limited_Express-04.jpgTemple Heian - Kyoto

 


Je n'en dirais pas plus : découvrez-le !

C'est un petit bijou littéraire et visuel qui se passe de commentaires.

 

N'hésitez pas à visiter le site du photographe

où vous pourrez découvrir une nouvelle sélection de photos pour accompagner le texte.

 

 

L'avis de Snowball -


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31 janvier 2011 1 31 /01 /janvier /2011 08:00

vie-a-coucher-dehors-01.gif

 

Auteur : Sylvain Tesson

Editions :

Gallimard - Mars 2009 - 16,90€ - 196 pages

Folio - Octobre 2010 - 5,70€ - 205 pages

 

 

 

Une vie à coucher dehors est un recueil de nouvelles et une fois n'est pas coutume, j'ai aimé ces nouvelles !

Sylvain Tesson est de prime abord un auteur de récit de voyage mais il s'aventure parfois sur les rives de la fiction.

Dans ce recueil, il nous emmène malgré tout à travers le monde et ses différents peuples aux destins plus ou moins heureux. 

En Sibérie, un homme détruit la route pour la construction de laquelle il s'est battu ; Un éleveur de porcs anglais ne supporte plus la cruauté envers les animaux que le rendement exige ; Un démineur afghan est victime de la misère et de la cupidité ; Des femmes qui se révoltent contre la domination masculine ; Un criminel russe qui fuit la punition des hommes pour mieux rencontrer celle du divin ; Une mannequin qui rêve d'être sauvé de la noyade ; Une dispute entre 2 frères qui se répète à travers les siècles ; 2 collégiens anglais qui se repaissent de vins centenaires ; Des naufragés qui tuent le seul lecteur de la troupe sont renvoyés à l'ennui du quotidien ; Un naufragé du pacifique qui s'occupe en lisant un sac de lettres perdues ; Un couple victime d'une malédiction grecque ; Un russe et un breton qui passe un Noël inoubliable dans un phare ; ...

 


 

vie-a-coucher-dehors-02.jpgLee Jeffries

 


 

Ces 15 nouvelles mettent toutes en avant la cruauté du sort et du destin de l'Homme. La vie se joue de nous, de l'Homme qui se croit au dessus de la Nature et qui, par sa vanité, exige plus que nécessaire.

Chaque nouvelle se termine par une chute habile, souvent innatendue et surtout amère, qui souligne d'autant plus l'ironie des situations.

Ici, le constat est noir et pessimiste. La vie est difficile et ne fait pas de cadeau. Seule la dernière nouvelle et son miracle de Noël laissera une note d'espoir.

 

Je dois dire que j'ai beaucoup aimé ce recueil. ce doit même être la première fois que j'apprécie le genre de la nouvelle... c'est dire !

Si vous n'avez pas peur d'un pessimisme forcené, plongez dans ces petites histoires qui évoque le côté sombre de la vie et la face obscure du monde.

Pas étonnant qu'il ait obtenu le prix Goncourt 2009 de la nouvelle...

 

 

 

L'avis de Cuné, Papillon, Hélène, Clara, Kathel, Saxaoul, Cryssilda, Saraswati, ...


 

logotwitter2.jpg

 

 

Merci à Folio et à BOB pour cette découverte !!

 



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25 janvier 2011 2 25 /01 /janvier /2011 08:00

 

amour-est-une-ile-01.jpg

 

Auteur : Claudie Gallay

Editeur : Actes sud

Date de parution : Aout 2010

Prix : 21,80 €

  350 pages

 


 

Nous sommes en Avignon. Le festival de théâtre bat son plein. Ou plutôt devrait. Car cette année, la contestation agite le milieu théâtral. Les intermittents du spectacle sont en grève, des représentations sont annulées et la gronde sourde à travers les remparts de la ville.

Odon Schnadel est metteur en scène. Il a monté "Nuit rouge", la pièce d'un illustre inconnu, Paul Selliès, et la fait jouer dans son propre théâtre "Le chien fou". Mais cette année, il va devoir se battre avec les techniciens en grève, avec sa fille qui préfère manifester plutôt que de jouer son rôle, avec la chaleur accablante, mais aussi avec lui-même et ses propres sentiments. Mathilde, celle qu'il a aimé plus que tout, devenue désormais la célèbre Jogar, revient jouer dans la ville qui l'a vue grandir. Et puis, il y a aussi Marie, cette jeune fille qui se dit la soeur de Paul Selliès et vient chercher des traces de son frère mort.  L'été sera difficile et personne n'en sortira indemne.

 

 

amour-est-une-ile-02.jpg

 

Claudie Gallay m'avait enchanté avec "Seule Venise", emporté avec "Les déferlantes". J'attendais avec impatience son nouveau roman, et puis j'ai fait trainer. J'aime le théâtre mais les résumés de "L'amour est une île" ne m'exaltait pas plus que ça". Nénanmoins, j'ai finir par y plonger. Et je n'ai pas su lâcher ce roman... qui m'a une fois de plus bouleversé...

J'aime la petite musique de l'auteur, le rythme qu'elle donne à ses phrases, les personnages écorchés par la vie et leur tentative vaine d'être heureux.


amour-est-une-ile-04.jpgOdon vit à l'écart des hommes, sur une péniche en dehors de la ville. Son amour pour Mathilde a bouleversé sa vie et sa famille. Ils se sont aimés et puis Mathilde est partie.  Sa simple évocation est une souffrance. La savoir près de lui, revenue dans la ville n'en rend les choses que plus douloureuses. Il se sent coupable de ça et de bien d'autres choses que l'on découvrira plus tard.

Mathilde, elle, est la Jogar. Elle est devenue une comédienne célèbre mais a peut-être dû sacrifier des choses pour y arriver, comme l'Amour. Elle a dû se battre contre son père pour faire ce qu'elle aime. Un père qu'elle aime et hait à la fois et dont les marques d'amour lui manquent...

Et puis, il y a Marie, la plus écorchée de tous. Marie, hanté par son frère mort, qui veut à tout prix se fondre dans ce qu'il reste de son frère. Marie qui porte sur elle, les cendres de Paul et s'automutile les bras, chargés de cicatrices.

Enfin, il y a tous ces personnages secondaires, si merveilleusement traités : Odile et ses 4 enfants de pères différents, qui ne sait pas quitter sa maison ; LA vieille Isabelle, sa gentillesse et ses souvenirs pleins de théâtre, le pauvre Jeff qui rêve de partir dans le Minesotta, Julie la fille d'Odon qui se cherche, ...

La chose qui les relient tous entre eux, c'est Paul Selliès. Même mort, sa présence remplit le cadre de l'histoire et cristallise les émotions.

Certains se cachent sous les masques de la comédie, d'autres se mentent à eux-même, d'autres encore se révèleront. Mais tous sont seuls face à leurs choix. Bons ou mauvais. Coupables ou innocents.

On suit va suivre nos personnages dans le théâtre de la vie. Le récit progresse doucement et peu à peu, aux détours subtils des phrases, la vérité se fait jour. Les faillures resurgissent, les masques tombent et la vraie tragédie commence.

Et pendant ce temps là, le théâtre continue à Avignon....


Un roman bouleversant que celui-là, un drame qui m'a emporté, secoué

et dont la chute innatendue m'a laissé chaos...

Chère Claudie Gallay, continuez à faire de si parfaits bijoux !

 

 

livre-coeur5.jpg

 

 

 

Extraits :

 

" une vie humaine se résume à quatre petites choses, l'amour, la trahison, le désir et la mort. "


" Sa voix, à la résonnance si profonnde, le nom Josean Artze.

La salle frissonne.

Elle déclame.

Si je lui avais coupé les ailes,

Il aurait été à moi,

Il ne serait pas parti

Mais, ainsi, il n'aurait plus été un oiseau,

Et moi

C'est l'oiseau que j'aimais. "

 

" Greg rejoint Marie.

- Moi, je vis en imaginant, il dit à voix basse.

Elle ne sait pas pourquoi il dit cela.

Elle, elle imagine comment vivre. "

 

" L'amour ne dure pas. C'est une impulsion brûlante, un feu. "

 

"Elle avait emporté ses habits, ses rires, la lumière. Elle a vidé la péniche de on corps. Il voulait que l'alccol assomme son amour, lui mette une gueule de bois, il pensait que ça pouvait suffire, l'alcool, et qu'àprès il pourrait vivre.

Il ne pouvait pas.

La nuit, il la cherchait. Son corps devenait fou. Il serrait ses poings, les écrasait contre son ventre. Il se caressait pour retrouver ses caresses, il se faisait jouir, c'était de la douleur, il pensait en crever.

Il n'est pas mort. Il est devenu une ombre.

Un homme amputé.

Un veuf."

 

"L'amour est une île, quand on part on ne revient pas. "

 

" Vieillir, ce n'est rien quand on se souvient. C'est l'oubli qui fait la souffrance... "

 

" - C'est le privilège des amants, elle ajoute, sentir où est l'autre, se rendre à cet endroit et le trouver.

- Des anciens amants, Jogar...

ça la fait rire. Il n'y a pas d'anciens amants, il y a des êtres qui se sont touchés, mêlés, emmêlés, qui ont été emportés par cette grâce et qui en ont gardé une confiance absolue. "

 

" Les anciens hopis disent que les photos gardent l'âme de ceux qui se laissent prendre. A qui appartient la photo de ce visage ? Est-elle à Marie ?

Un texte peut-il être plus vivant que son auteur ? Plus important ?"


 

 

L'avis de Leiloona, Clara, Art Souilleurs, Gambadou.. Pas d'autres ?!

 

 

amour-est-une-ile-03.jpg

 

1% litteraire 2010

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7 septembre 2010 2 07 /09 /septembre /2010 00:50

 

nagasaki 1

 

Auteur : Eric Faye

Editeur : Stock

Date de parution : Aout 2010

Prix : 13  €

112 pages


 

 

Shimura-san vit seul à Nagasaki. C'est un homme très ordonné qui tient une maison propre où tout est à sa place. Tous les matins, il part travailler à la station météorologique de la ville et rentre chaque soir dans sa grande maison silencieuse désertée par son fils qui restreint ses visites à une par an.

Mais depuis quelque temps, Shimura-san a l'impression que des objets sont déplacés, que de la nourriture disparait. Peu à peu, il devient obsédé par cette idée et décide d'installer une webcam qu'il pourra surveiller de son travail. Quand il y découvre une silhouette qui se déplace chez lui, son quotidien bascule.

 

Difficile de ne pas tout vous dévoiler de ce très court roman...

Shimamura va découvrir qu'une femme vivait chez lui à son insu et sa vie va en être totalement perturbée. assimilant cette intrusion à un viol, le narrateur n'arrive plus à se sentir chez lui et se sent complètement dépossédé.


  " J'étais ébranlé. L'intérieur de mon frigo était en quelque sorte la matrice sans cesse recommencée de mon avenir : là m'attendaient les molécules qui me donneraient de l'énergie dans les jours suivants, sous la forme d'aubergines ou de jus de mangue, et que sais-je encore. Mes microbes, mes toxines et mes protéines de demain patientaient dans cette antichambre froide et l'idée qu'une main étrangère attentait à celui que je deviendrais, par des prélèvements aléatoires me troublait au plus profond. Pire : celà me révulsait. C'était ni plus ni moins une sorte de viol. "


Plus loin, c'est la parole de l'intruse (qui ne sera jamais nommée) que nous aurons loisir d'écouter. Nous découvrirons pourquoi elle est là, comment elle a pénétré et vécu de nombreux mois en clandestine, cachée dans un placard. Elle aussi a connu une certaine dépossession de son chez-soi.

 

nagasaki-2.jpg


"Nagasaki" est le récit de 2 solitudes qui se sont croisées sans vraiment se reconnaitre. Shimura-San est ambivalent envers la squatteuse : rejetant sa présence qui le rend étranger à sa propre maison, il eprouve malgré tout une certaine culpabilité d'avoir conduit cette femme dans un procès pour quelques denrées volées. De son côté, la clandestine s'est coulé dans le quotidien du météorologue, découvrant quelle est sa vie, ses manies, ce qu'il aime, etc... Bref, telle une vraie compagne, elle connait tout de lui.

 

Eric Faye a su faire preuve ici de concision. Il est allé à l'essentiel et nous offre un texte sobre où pas un mot n'est de trop, où on ne trouve aucune fioriture stylistique. Le texte n'en est pas pour autant pauvre et fermé sur lui-même.

 

Inspirée d'une histoire vraie, voici une histoire singulière qui nous pousse à réfélchir sur ce qui fait notre identité et celle de l'Autre. Nous pensons nous connaitre ainsi que les lieux que nous habitons ou fréquentons. Un intrus vient le bouleverser et voilà tout notre rapport au monde transfiguré. Nous pensons être les propriétaires des choses mais notre possession n'est que passagère. D'autres viendront après nous.

Sera également évoquée la question de l'humain et de la société individualiste qui délaisse certains de ses membres, jusqu'à les oublier. Devenus invisibles au yeux des autres, ces exclus finissent par se fondre avec les lieux qu'ils habitent.


  " Que signifie encore ce nous qui revient à tire-larigot dans les conversations ? Le nous meurt. Au lieu de se regrouper autour d'un feu, les je s'isolent, s'épient. Chacun croit s'en sortir mieux que le voisin et cela, aussi, c'est probablement la fin de l'homme."  

 

Mon seul bémol : un léger sentiment d'inabouti, parfaitement voulu par l'auteur, mais qui me laisse quelque peu sur ma faim. Le roman se termine par une lettre de l'intruse. J'aurais tant voulu lire une réaction ou une réponse à ce courrier...

 

" Je n'apporte aucune résolution, comme peuvent le faire des auteurs de romans policiers. Je réhabilite le mystère. " Eric Faye

 

 

 

Bref, une petite perle à ne pas rater dans la marée de la rentrée !

 

 

L'avis de Tulisquoi.

 

 

1% litteraire 2010

 


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3 septembre 2010 5 03 /09 /septembre /2010 08:00

 

joli-mois-de-mai-1.jpg

 

Auteur : Emilie de Turckheim

Editeur : Eloise d'Ormesson

Date de parution : 26 Aout 2010

Prix : 14  €

125 pages

 

Ce week-end, Aimé se prépare à accueilir des hotes dans la vaste propriété dont il a l'entretien. Mais cette fois-ci, il ne s'agit pas de recevoir des chasseurs de la ville mais plutot les étranges héritiers de Monsieur Louis, le propriétaire.

En effet, ce dernier vient de mourir et son testament stipule que 5 anciens clients du pavillon de chasse bénéfieront de l'héritage. Voici donc 5 "têtes de chien" qui, affichant plus ou moins une tristesse de circonstances, viennent surtout pour l'argent.

Aimé, avec l'aide de Martial, un jeune homme simple d'esprit, recoit donc les Truchon, un couple plutôt vénal ; Sacha Milou, un tenancier de bordel ; L'asiatique et discret Monsieur Hi ; et enfin le ccommandant Lyon-Saëck. Tous les six n'attendent qu'une chose : l'arrivée du notaire, prévue pour le lendemain. Ils patientent comme ils peuvent jusqu'à ce que l'imprévu survient : un des invités tombe raide mort.

De l'imprévu ? Hum... pas si sûr...

 

Ce court roman nous est donné par la voix d'Aimé qui nous parait un peu bênet de par la langue qu'il utilise. Homme simple et rustre, il ne sait pas parler le langage des nantis, des parisiens et le texte est émaillé de fautes de syntaxe et de construction. Il semble être dévoué à Monsieur Louis et à une certaine Lucette qui revient tout au long du récit.

 


Ce que le lecteur va découvrir, c'est que Aimé n'est pas si bête et naïf que ça.

Aimé décrit donc la situation avec ses mots à lui et cela donne un récit assez drôle entre son innocence supposé et le dramatique de la situation. Quelque mots "compliqués" s'insèrent dans son vocabulaire et la définition qu'il en donne lui-même est savoureuse.


  " La vulgarité, Lucette dit que c'est quand on fait des efforts tellement voyants pour être belle que tout ce qu'on voit au bout du compte c'est les efforts et pas la beauté."

 

  " Alors Lucette m'avait expliqué que la solennité c'est quand on veut montrer par tous les moyens qu'on vit un grand moment, quitte à faire un peu semblant. "

 

Peu à peu, l'histoire se densifie et ménage des révélations au détour des phrases. On apprend avec surprise qui est Lucette, autour de laquelle est centrée toute l'histoire. On découvre les travers des futurs héritiers, leur passé. On partage les souffrances d'Aimé qui porte si mal son nom.

L'intrigue se déroule innocemment, on soupçonne quelques liens et puis la chute arrive : savoureuse et dure à la fois. Les dernières pages éclairent tout, les connexions se font entre les personnages et on comprend l'ironie de ce "joli mois de Mai".

 

 

Emilie de Turckheim nous offre ici une histoire douce-amère de vengeance qui oscille entre humoir noir et tristesse et se laisse découvrir avec plaisir.

Un roman léger malgré son thème, auquel on peut tout de même reprocher l'emploi systématique du langage "bas de gamme" d'Aimé : un emploi qui finit par agacer quelque peu par sa répétition.

 

  Extrait :


  " Pourquoi que la taille des valises a rien à voir avec la taille des gens ? M. Truchonje l'ai reconnu même avant qu'il a mis son nom sur le registre des invités. Comme il avait peur qu'on le prend pas pour lui, il avait mis sa tête en photmaton sur le courrier qui disait je suis très honoré, je viendrais avec mon épouse et en dépit du chagrin qui nous frappe je me sens consolé en apprenant que Louis Yoke considérait mon amitié si hautement que, et caetera et caetera, je ne vais pas non plus vous le lire en entier son courrier, mais ce qu'est certain c'est qu'il avait l'air plus consolé que chagriné,et d'ailleurs lui et sa femme quand ils sont entrés je les ai trouvé pudiques à souhait parce qu'ils laissaient vraiment rien voir de leur chagrin. "

 

 

Ce roman a été chroniqué dans le cadre d'un partenariat avec le site

chroniquesdelarentréelitteraire.com.

 

 

chronique_de_la_rentree_litteraire.jpg

 

N'hésitez pas à voter pour vos auteurs et chroniques préférées !


 

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30 août 2010 1 30 /08 /août /2010 08:00

 

 

montagne de minuit 1

 

 

Auteur : Jean-Marie Blas de Roblès

Editeur : Zulma

Date de parution : 19 Août 2010

Prix :  16,50 €

160 pages

 

 

Bastien est le gardien taciturne d'un collège de jésuites à Lyon. Logé par charité, il exerce sa fonction en toute discrétion depuis 30 (?) ans. C'est un homme solitaire et un peu secret que ses voisins semblent fuir.

Rose est une mère célibataire. Elle vient d'emmenager dans l'immeuble de Bastien, avec son fils Paul. Ne s'encombrant pas des des médisances des voisins, elle lie peu à peu connaissance avec ce curieux vieil homme qui l'intrigue.

Elle découvre un homme doux qui vit volontairement dans le dénuement et qui réussit à tisser une relation particulière avec son fils en apaisant ses peurs. Bastien est aussi un passionné du Tibet et du lamaïsme. Ardent visiteur de la bibliothèque, il a épluché de nombreux livres et a amassé une masse de connaissances incroyables sur le sujet. Il en a fait sa philosophie de vie et compose patiemment des mandalas éphémères.

Un jour pourtant, l'équilibre de Bastien va être rompu : son protecteur au collège part à la retraite et on lui demande bientôt de faire de même et de quitter le logement qu'il occupe.

Aussi quand Rose lui propose un voyage au Tibet ensemble, ils partent pour le voyage de leur vie.

 

"La montagne de minuit" est l'histoire d'une rencontre, celle de 2 personnes que les failles réunissent.

Rose et Bastien ont tous deux un passé qui les tourmente, une culpabilité latente qui les ronge. Rose tait la mort de sa mère et Bastien occulte le passé de ses parents. Construite sur une certaine part de mensonge, leur relation n'en sera pas moins vraie et forte.


  " Si vous vous intéressez un peu au Tibet, vous savez que les coïncidences n’existent pas, il n’y a que des rencontres nécessaires. "


Leur voyage au Tibet sera une expérience forte qui leur servira de rédemption. Une quête initiatique qui leur permettra de fouiller au fond d'eux-même et de trouver la paix avec leur propre moi.

Plus que la solution, c'est le cheminement vers la solution qui est important.

 

" Un après-midi où elle était sortie faire des courses avec Gilles, mon frère ainé, je suis parti tout seul au musée Guimet. C'est là, au détour d'un couloir, que j'ai rencontré mon premier mandala. Aujourd'hui, je dirais que c'est lui, en quelque sorte qui m'a trouvé... mais je m'y suis perdu corps et âme jusqu'à l'heure de la fermeture, et il m'a fallu toute une vie pour comprendre que le centre d'un labyrinthe avait moins de valeur que nos errements pour y parvenir. "

 

montagne-de-minuit-3.jpgFabrication d'un mandala


 

La vie et le passé de ces deux êtres nous seront peu à peu dévoilés au cours du récit. Un récit à la construction étonnante avec 2 narrations qui s'alternent : la voix de Paul, qui raconte leur histoire à rebours, entrecoupée par celle de Rose qui commente et corrige avec un souci de vérité historique.


  " Finis ton roman en laissant le moindre doute sur l’existence de ces brigades, et tu contribues au déclin de la rationalité qui assombrit notre début de siècle ; une vaste embrouille des cerveaux où se nourrit le plus lointain minuit des hommes. "

 

Car de l'Histoire, il sera aussi question dans ce riche roman qui ne se laisse pas appréhender si facilement.

Le lecteur se verra projeté dans les sombres rets de l'armée nazi et de ses possibles liens avec les moines bouddhistes. Une petite étude sur la question, réalisée par Rose, sera même fournie en fin d'ouvrage.

L'invasion du Tibet par les chinois sera aussi mis en exergue à petites touches.

Jouant de la vérité et du mensonge, Blas de Roblès pousse à nous interroger sur la véracité des faits historiques, sur notre rapport à la vérité supposée.


  " Depuis que les hommes ne croient plus en Dieu, ce n’est pas qu’ils ne croient plus en rien, c’est qu’ils sont prêts à croire en tout. "

 

"La montagne de minuit" est un très beau roman à la langue simple et limpide. Réussissant à faire naitre sous sa plume, le portrait pudique mais néanmoins profond de 2 êtres torturés, Blas de Roblès excelle aussi à décrire son monde, que ce soit au Tibet ou à Lyon.

 

 

montagne-de-minuit-2.jpg

Colline de Fourvière

 

  " Le jour se levait sur la colline de Fourvière, détachant peu à peu les reliefs de son apparence familière : Saint-Just, sur la gauche, lointaine mais reconnaissable à ses vitraux encore éclairés de l’intérieur, puis les massifs accoudoirs de l’ancien couvent des Minimes, le contrefort des théâtres romains, juste au-dessus de l’Antiquaille, et pour finir, la basilique Notre-Dame, flanquée de sa petite tour Eiffel. On commençait à distinguer les strates diverses de toits rouges étagées sur les pentes, les bosquets de platanes ou de cyprès, les pans de murs safran, toutes choses qui palpitaient dans la clarté naissante et conservaient à cette partie de la ville son allure d’acropole surannée. Bastien ne se lassait pas de cette vision, une sorte de mirage dont la beauté culminait avec l’apparition du soleil ; par les belles journées d’hiver, comme celle qui s’annonçait, lorsque son premier rai frappait la masse byzantine de Notre-Dame, blanchissant sa muraille et détachant ses tours crénelées sur le bleu profond du ciel, il transfigurait sa lourdeur de pachyderme renversé. Les ors de la vierge  flambaient, tout au sommet de l’édifice, et malgré la présence de l’émetteur télé qui gâchait quelque peu la perspective, l’ensemble prenait une dimension orientale : pour dire les choses comme elles sont, Bastien lui trouvait alors une tournure de temple tibétain, si bien qu’il n’assistait jamais à ce moment sans que se réveillât son désir d’apercevoir un jour les terrasses du Potala. "

 

 

 

montagne de minuit 5

 

" C’était une chose d’admirer le Potala de loin, perché comme un modèle réduit sur sa colline, une autre de se retrouver dominé par sa masse ; au pied du palais, il fallait cambrer les reins pour distinguer un bout de ciel au-dessus des toits. Bâti dans un mélange de pierres, de bois et de mortier, le Potala superposait, loin devant, ses treize étages étalés en terrasses. Avec ses rampes d’accès latérales bordées de murets, ses façades chaulées aveuglantes, ses galeries supérieures ornées de colonnes en bois rouge, ses alignements de petites fenêtres brunes, ses toitures dorées où pointaient, comme autant de cheminées, de hauts cylindres noirs, il ressemblait, dans son allure de paquebot, à une montagne en partance. "

 


 

S'il m'a manqué le petit plus indéfinissable pour en faire un coup de coeur,

ce roman est définitivement est des titres de la rentrée à lire absolument !

 

 

 

Vous pouvez lire les premières pages ici.

 

 

Les avis tout aussi positifs de Bene et d'Emeraude.

 

 

1% litteraire 2010

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23 août 2010 1 23 /08 /août /2010 08:00

 

plage-1.jpg

 

 

Auteur: Marie Sizun

Editeur : Arléa

Date de parution : 19 Août 2010

Prix :  19 €

262 pages

 

 

 

Une femme seule au sein d'une petite ville bretonne de bord de mer. Un homme qui doit la rejoindre à la fin de la semaine. Et l'attente. L'attente qui s'installe bien trop lourdement dans le coeur de notre héroine.

Anne attend l'homme qu'elle aime, un homme marié peu disponible qui la retrouvera enfin pour quelques jours de liberté, loin des contraintes, loin de sa famille dont elle ne veut rien savoir.

Son impatience est manifeste et elle ne quitte pas son téléphone portable, attendant fébrilement les appels de l'amant.

 

" (...) ici, toute seule, je suis libre, follement libre... Libre de faire ce que je veux, de regarder et d'écouter ce que je veux, de lire quand je veux, autabnt que je veux - j'ai apporté une provision de romans - et de penser à toi, mon amour, de penser à toi : chaque instant est peuplé de toi - même quand je lis -, du désir que j’ai de toi, de nos souvenirs, de nos projets.

Je suis heureuse, tu le sens bien ? Heureuse de t'aimer, de t'attendre. On ne s'ennuie pas quand on est heureux. "


Devant elle, 6 jours à attendre, à tromper son ennui et sa solitude.

Alors Anne va sur la plage, elle observe ses voisins, écoute leur conversation.


  " Ces hommes et ces femmes, ces enfants, j'adore les regarder, les écouter, deviner leur histoire. Tu sais combien je suis curieuse (...). Je n'y peux rien : c'est précisément la solitude qui m'a rendue comme telle, qui m'a donné ce besoin de la vie des autres. C'est aussi pour ça que j'aime tant les romans. "


Elle regarde la vie qui se déroule en dehors d'elle et chaque rencontre est prétexte à l'évocation d'un souvenir. Peu à peu, son passé nous est dévoilé : son père aimant mais infidèle, sa mère haïe, son travail à la bibliothèque, sa rencontre avec François, les instants volés avec son amant et la sensation d'exister quand elle est avec lui.

Un portrait mélancolique se dresse et s'égrène au fil des pages.

Les jours se suivent, les nouvelles de l'amant se font rares. Une amitié naissante avec une jeune divorcée permet d'oublier la solitude, trop pesante.

Que l'homme tant attendu vienne ou pas, Anne ne sera plus la même à l'issue de son séjour. Libérée, elle se sentira plus forte et plus réelle que jamais.

 

plage-2.jpg

 

 

Marie Sizun nous offre ici un très beau portrait de femme : simple et sensible, vous pourriez la rencontrer au détour d'une rue. Une femme amoureuse dont le seul signe distinctif est sa solitude qu'elle essaie de ne pas trop afficher.

C'est elle qui nous raconte cette semaine d'attente, confiant à son amant lointain et inaccessible ses pensées, ses souvenirs, sa tristesse tel un journal où les chapitres scandent les différentes journées. Une semaine qui lui permettra de faire le point, le bilan de sa vie et d'avancer peut-être. Ses émotions sont confiées avec pudeur et on ne peut que s'attacher à cette femme si touchante.

 

 

" Plage " est le roman de la solitude et de l'attente. Triste et lumineux à la fois, il s'en dégage une ambiance mélancolique qui n'est pas sans me rappeler celle des Déferlantes de Marie Gallay.

Premier roman que je lis de cet auteur, je suis extrêmement charmée par son écriture toute en finesse et en simplicité.


Un auteur à découvrir, sans aucun doute !

 

 

Mon seul bémol sera pour la photo choisie pour la jaquette qui ne retranscrit pas vraiment l'univers du roman. Cette jeune femme souriante au téléphone me parait bien trop terre à terre pour un roman si poétique.

 

 

 

Ce roman a été chroniqué dans le cadre d'un partenariat

avec Ulike et le site chroniquesdelarentréelitteraire.com.


 

chronique de la rentree litteraire

 

 

Si le billet vous a plu, n'hésitez pas à voter pour lui ici !

 

 

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2 août 2010 1 02 /08 /août /2010 23:50

 

certain-sourire-1.jpg

 

Auteur :  Françoise Sagan

Editions :

-Julliard,162 pages, 16€

- Pocket, 124 pages, 5€

(1ère édition : 1956)

 

 

Dominique est une jeune fille qui s'ennuie. Etudiante à la Sorbonne, elle se laisse doucement vivre et partage son temps avec Bertrand, son petit ami. Un jour, ce dernier lui fait rencontrer son oncle, Luc, un homme plus âgé et marié à la belle et gentille Françoise. Bien que leur histoire soit vouée à l'échec, Dominique et Luc se sentent irrémédiablement attirés l'un vers l'autre...

Peu à peu, Dominique  se rapproche de Luc, en acceptant ses invitations . Une semaine de vacances en tête à tête consomme leur aventure.

 

Ce deuxième roman de françoise Sagan se découpe en 3 parties autour de l'histoire amoureuse de Luc et Dominique. Nous allons suivre Dominique avant, pendant et après son escapade avec Luc.

 

En Dominique, se dessine une jeune femme plongé dans un ennui chronique. Son quotidien est morne et quelconque. Elle ne semble ressentir aucune passion, ni envie pour quoi que ce soit et sa relation avec Bertrand ne semble pas la contenter.

Dominique se laisse donc vivre. Elle laisse les évènements arriver sans et malgré elle. Complètement passive, elle laisse presque les autres décider pour elle.

 

" Au fond, qu'avais je à faire ? Travailler un peu un examen qui ne me mènerait pas à grand-chose, traîner au soleil, être aimé, sans grande réciprocité de ma part, par Bertrand... "


Dominique se laisse donc vivre. Elle laisse les évènements arriver sans et malgré elle. Complètement passive, elle laisse presque les autres décider pour elle.

Aussi, quand le séduisant Luc fait montre d'un intérêt pour la jeune fille, sa vie semble prendre un tour inattendu et aventureux. Tout en écartant la moindre possibilité de tomber amoureux, Luc entraine Dominique dans un jeu amoureux qui débouchera sur une relation brève et sans conséquences. Il l'emmènera passer quelques jours de vacances, en bord de mer, à l'insu de leurs compagnons respectifs. Le séjour se passe dans une ambiance éthérée et Dominique, planant sur son nuage, finira par reconnaitre qu'elle est tombée amoureuse, bien malgré elle.

 

Quand la vérité éclate auprès de leurs proches, elle apporte son lot de souffrances. Dominique, pleine de désillusions, va apprendre les riques de la passion amoureuse. Alors que Françoise avait pris la jeune fille sous son aile, comme la véritable fille qu'elle n'a pas eu, alors que Luc symbolise d'une certaine façon une figure paternelle singulièrement absente ici, Dominique soufrira d'avoir blessé une si tendre amie tout en souffrant de jalousie et du vide laissé après l'amour.

 

" Peut-être le bonheur, chez les gens comme moi, n’est-il qu’une espèce d’absence, absence d’ennuis, absence confiante. A présent je connaissais bien cette absence, de même que parfois en croisant le regard de Luc, l’impression que tout était bien, enfin. Il supportait le monde à ma place. Il me regardait en souriant. Je savais pourquoi il souriait et j’avais aussi envie de sourire. "

 

Sagan a voulu ici faire un roman sur la passion amoureuse. Dominique, plombé d'ennui, aura finalement découvert le sentiment amoureux et ses souffrances. Elle apprendra l'amour, elle le vivra, elle en subira l'échec, et puis elle découvrira qu'on peut vivre avec et continuer à avancer...


  " Je me surpris dans la glace et je me vis sourire. Je ne m’empêchai pas de sourire, je ne pouvais pas. A nouveau, je le savais, j’étais seule. J’eus envie de me dire ce mot à moi-même. Seule. Seule. Mais enfin quoi ? J’étais une femme qui avait aimé un homme. C’était une histoire simple ; il n’y avait pas de quoi faire des grimaces. "

 

Si "Bonjour Tristesse" m'avait étonné par sa psychologie et sa finesse, je n'ai hélas pas vraiment été sensible à ce roman-ci...

J'ai trouvé l'héroine particulièrement énervante et exécrable. Sa passivité donne envie de la secouer à tout prix et les souffrances qu'elle occasionne à ses proches en toute ingénuité ne me l'a pas rendu beaucoup plus sympathique. 

Du coup, n'ayant pu m'attacher à Dominique, je n'ai pas su éprouver une quelconque empathie pour ses sentiments et son histoire amoureuse qui m'a paru bien fade.

La psychologie m'a semblé bien mions poussé que dans son premier roman et m'a donné l'impression d'une banale histoire adolescente.

Ma lecture fut donc à l'image de son personnage : ennuyeuse...

 

Une rencontre ratée ? Une subtilité de lecture incomprise ? Une digestion difficile ^^ ?

 

Vous pouvez découvrir l'avis complètement opposé de Lily et de Cécile.

 

 

 

j-aime-les-classiques.jpg

 

Mon classique du mois de juillet avec un peu de retard...

 

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30 juin 2010 3 30 /06 /juin /2010 23:58

 

bonjour tristesse 1

 

Auteur : Françoise Sagan

1ère Edition : 1954


Edition Julliard, 16€, 153 pages

Edition Pocket, 4,60€, 160 pages


 

 

 

Allez savoir pourquoi, je me suis toujours imaginé la lecture de Bonjour tristesse comme ennuyeuse.

C'est tentée par le billet de Cynthia que je me suis enfin décidée à le lire. Je l'ai ouvert avec pas mal de scrupules, un deuxième livre à mes côtés, au cas fort probable où le roman me tomberait des mains.

Et puis, en fait, non.

J'ai été prise tout de suite par cette histoire étonnante, venant d'une jeune fille de 19 ans.

 

bonjour tristesse 2Cécile est en vacances sur la côte d'azur avec son père. Elle a 17 ans, vient d'échouer à son bac et ne pense qu'à profiter du farniente et de la mer. Très vite, elle rencontrera le beau Cyril, un peu plus agé qu'elle, qui l'éveillera à l'amour.

Raymond, le père de Cécile, est un homme volage et séducteur. Depuis qu'il est veuf, il passe de femmes en  femmes. Sa jeune maitresse Elsa les accompagne pour ce séjour qui se déroule sans accro et empreint de la liberté qui a toujours eu cours dans leur vie.

Aussi quand Anne débarque à l'improviste, le quotidien est quelque peu chamboulé. Belle femme de 40 ans, Anne est autoritaire, rigide, cultivée et quelque peu mystérieuse. Faisant l'admiration de Cécile, elle reprend en main la vie de la jeune fille pour lui imposer quelques règles. Il en faut peu à Raymond pour succomber au charme de la nouvelle arrivante.

L'équilibre en est brisé, les tensions ont exacerbés et la jeune Cécile va tomber dans la jalousie, la manipulation, la cruauté et prooquer un drame...

 

Ca aurait pu être un simple récit de vacances sauf que ça ne le sera pas. Beaucoup de psychologie dans ce roman troublant qui nous présente différents affects.

Tout dabord, la relation malsaine qui lie Cécile à son père. Raymond semble oublier l'age de sa fille qu'il semble considérer comme une amie à qui se confier. Il l'emmène dans ses soirées alcoolisées, lui présente sans vergogne ses maitresses et ne semble se soucier aucunement de l'éducation de sa  fille qu'il laisse grandir librement. Cécile, de son côté, est très attachée à son père qui l'a pourtant laissé grandir dans un couvent (?) jusqu'à peu. Elle l'idolâtre quelque peu et tient à tout prix à leur complicité.


Jeune fille simple et douce, Cécile va pourtant se révéler très cruelle lorsqu'elle verra sa liberté menacée. Car plutôt que de réagir ouvertement avec violence comme une adolescente normale, elle va garder en elle toute sa rage et concocter un plan machiavélique pour faire capoter une relation qui l'éloigne de son père. La jeune fille apprendra à manipuler ses proches, à utiliser leurs faiblesses et leurs espoirs pour mieux arriver à ses fins.

 

Parallèllement, elle découvrira l'amour et la sexualité en compagnie de Cyril. Alors que celui-ci semble éperdumment amoureux au point de souhaiter l'épouser, Cécile montre une distance certaine vis à vis de lui. Confondant amour et recherche du désir et du plaisir, la jeune fille se révelera finalement peu éprise.

Complétement insouciante et naïve, Cécile est le reflet de son age et de son époque. Agissant selon ses envies, elle agit quelque peu comme si elle avait un droit de propriété sur son père et la vie qu'il peut mener.

Sa vie est faite de facilités et d'argent, de sorties et de voitures luxueuses. Quiconque lui en empêchera la jouissance se verra forcément sanctionné...

 

" Il fallait absolument se secouer, retrouver mon père et notre vie d'antan. De quels charmes ne se paraient pas pour moi subitement les deux années joyeuses et incohérentes que je venais d'achever, ces deux années que j'avais si vite reniées l'autre jour... La liberté de penser, et de mal pense et de penser peu, la liberté de choisir moi-même ma vie, de me choisir moi-même. Je ne peux dire « être moi-même » puisque je n'étais rien qu'une pâte modelable, mais celle de refuser les moules. "


La tension monte crescendo et le drame final est d'autant plus choquant que, provoqué d'une certaine façon par Cécile, celle-ci n'en éprouvera aucun remords... juste une certaine tristesse :


" Seulement quand je suis dans mon lit, à l’aube, avec le seul bruit des voitures dans Paris, ma mémoire parfois me trahit : l’été revient et tous ses souvenirs. Anne, Anne ! Je répète ce nom très bas et très longtemps dans le noir. Quelque chose monte alors en moi que j’accueille par son nom, les yeux fermés : Bonjour Tristesse."

 

Outre le scénario sans faille et la psychologie poussée, on ne peut qu'admirer l'écriture de cette jeune auteur d'alors pour qui ce fut le premier roman. J'y ai retrouvé avec plaisir une certaine qualité stylistique que je ne retrouve que chez de grands auteurs classiques.


 Inutile de vous dire que je compte bien replonger dans mon édition kitchissime à l'éditeur et à la date inconnus... mais qui contient encore 4 autres romans de l'auteur...



Les avis de Lily, Cynthia, Leiloona, Florinette, Brize, Clarabel,...

 

 

 

 

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Humeur

Le 26 Août 2013 :
Le grenier de choco n'est plus...
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