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19 octobre 2009 1 19 /10 /octobre /2009 00:10




Etienne Lanos vient d'être nommé substitut du procureur d'un tribunal de province. Ancien avocat, il va découvrir le monde merveilleux de la magistrature. Entre justice à deux vitesses, réglements innapliquables, déléguation des responsabilités à de simples subalternes, Etienne nous confie son regard ironique sur la justice française. Il nous fait partager également sa vie personnnelle, ses fantasmes en pleine cour, son gout pour les pétards... Ses collègues n'échappent pas à son regard assassin et sont jugés sévèrement.

Il faut savoir que l'auteur est lui-même un ancien avocat et magistrat. Ce roman, tiré de son expérience, est très réaliste et démonte fortement la qualité et soi-disante égalité de la justice française. L'institution vue de l'intérieur a de quoi faire peur... Il pointe du doigt l'état des prisons, la part de subjectivité dans les jugements,  les fausses statistiques, la perméabilité entre des fonctions qui doivent rester séparées, la prégnance de la rapidité devant la vérité,... et j'en passe.
Bref, il s'agit d'un témoignage très documenté et très vrai sur ce milieu, comme on en lit peu.

Pourtant, quelle déception au niveau du style et de l'histoire...
Le roman est une tranche de vie du héros, émaillé de divers personnages, aussi creux les uns que les autres et de passages où notre magistrat laisse libre cours à son penchant libidineux.
L'ironie et le cynisme du narrateur, très appréciables, ne suffisent pas à relancer une intrigue inexistante.
Les textos érotiques, échangés pendant une audience et les masturbations dans les toilettes du tribunal devant des photos de victimes sont complètement déplacés et m'ont plutôt choqués. 
Etienne dénonce l'état de la justice mais finalement ne fait pas grand chose pour changer les choses.
Bref aucune empathie pour les personnages de ce roman.

je vous laisse juger de ces extraits :

« Je me disais en réalité, à l'avoir entendue soupirer à travers notre cloison mitoyenne, que, pour optimiser désormais l'efficacité de ma séduction, je devais impérativement m'efforcer de représenter dans son esprit (par mon image masculine d'une maturité intermédiaire) une aspiration déconstruite de l'homme-animal : une proximité professionnelle irréprochable, des intentions fortement paritaires et un pénis bienveillant. La tâche à accomplir était lourde, je le savais, mais le prix de ma transfiguration était celui à payer pour une vraie surprise sexuelle sans risque excessif de dépression »

 
« Quand le président annonça que le tribunal se retirait pour délibérer, je sentis comme la manifestation téléologique d'une érection ».

Un roman intéressant à lire pour l'état des lieux de la justice mais n'en attendez rien d'autre.

Je remercie malgré tout Keisha pour l'envoi de ce livre voyageur qui va poursuivre sa route.
Keisha qui, elle, a trouvé ce "livre tout à la fois drôle, instructif et dérangeant ".



Note : **



Editions Denoël - 16€



Et ce roman était le premier de la rentrée littéraire que je lis ! Challenge, challenge...


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18 octobre 2009 7 18 /10 /octobre /2009 14:31




Nous sommes début XXème. Les époux Kampf sont de nouveaux riches qui cherchent à mettre en valeur leur nouvelle opulence. Ils décident d'organiser un bal qui assoiera leur nouveau statut. Antoinette, leur fille de 14 ans, rêve bien sûr d' y assister mais sans compter le refus et la rigidité de sa mère qui lui refuse tout signe d'affection et lui dénie toutes projections dans sa vie de future adulte. Il en résultera un acte malveillant de la part d'Antoinette, fait dans l'innocence et la méchanceté de l'enfance, qui amènera un joli drame dans la famille.

"Le bal", écrit en 1930, est un court récit sur l'adolescence tourmentée, les relations mère-fille mais aussi une critique sociale acerbe sur les nouveaux riches et leur ambition.
Le couple pathétique de parvenus cherche tant bien que mal à intégrer l'aristocratie et espère lui en mettre plein la vue en organisant un bal dantesque, paré des meilleurs mets et visité par tout le gratin mondain de l'époque. L'auteur n'hésite pas à tourner en dérision ce couple, plus préoccupé à se faire une place dans le monde qu'à aimer leur fille unique.

"Dis donc, tu vois d'ici la tête de la tante Loridon qui s'est brouillé avec moi parce que j'avais épousé un Juif, et de Julie Lacombe et de l'oncle Martial, tous ceux dans la famille qui prenaient avec nus un petit ton protecteur parce qu'ils étaient plus riches que nous, tu te rappelles? Enfin, c'est bien simple, si on n'invite pas Isabelle, si je ne sais pas que le lendemain ils crèveront tous de jalousie, j'aime autant ne pas donner de bal du tout !"

Fille unique, justement, plus encombrante qu'autre chose... Refusant le bal à sa fille et la reléguant dans une lingerie pour laisser place au bal et à ses festivités, Mme Kampf l'estime comme une quantité négligeable, juste bonne à être sage et à faire ses devoirs. Les face à face entre la mère et sa fille sont violents et dénués de toute affection.

" Mme Kampf éclata subitement :
-
Ca, par exemple, ça, c'est magnifique, cria-t-elle d'une voix enrouée de colère : cette gamine, cette morveuse, venir au bal, voyez-vous ça !... Attends un peu, je te ferai passer toutes ces idées de grandeur, ma fille... Ah ! Tu crois que tu entreras 'dans le monde' l'année prochaine ? Qu'est-ce qui t'a mis ces idées-là dans la tête ? Apprends, ma petite, que je commence seulement à vivre, moi, tu entends, moi, et que je n'ai pas l'intention de m'embarrasser de sitôt d'une fille à marier... Je ne sais pas ce qui me retient de t'allonger les oreilles pour te changer les idées, continua-t-elle sur le même ton, en faisant un mouvement vers Antoinette
. "

On pénètre dans l'incompréhension de l'adolescence, ses tourments à travers les pensées d'Antoinette qui, cherchant à suivre les traces de sa mère, s'en voit finalement refuser l'accès. Quelle ironie !

"Un bal... Mon dieu, mon dieu, ce serait possible qu'il y eût là, à deux pas d'elle, cette chose splendide qu'elle se représentait vaguement comme un mélange confus de folle musique, de parfums enivrants, de toilettes éclatantes...de paroles amoureuses chuchotées dans un boudoir écarté, obscur et frais comme une alcôve...et qu'elle fût couchée ce soir-là, comme tous les soirs, à neuf heures comme un bébé... Peut-être des hommes qui savaient que les Kampf avaient une fille demanderaient-ils où elle était ; et sa mère répondrait avec son petit rire détestable : "Oh, mais elle dort depuis longtemps, voyons..." Et pourtant qu'est-ce que ça pouvait lui faire qu'Antoinette, elle aussi, eût sa part de bonheur sur cette terre ?... Oh ! mon Dieu, danser une fois, une seule fois, avec une jolie robe, comme une vraie jeune fille, serrée dans des bras d'homme... Elle répéta avec une sorte de hardiesse désespérée en fermant les yeux, comme si elle appuyait sur sa poitrine un revolver chargé :

- Seulement un petit quart d'heure, dis, maman ?"


La vengeance non-préméditée de cette dernière (que je vous laisse découvrir !) provoquera un véritable séisme chez la mère, qui n'aura d'autre consolation que de se réfugier auprès de sa fille.
Une conclusion on ne peut plus cynique sur l'honnêteté des sentiments maternels !

Un petit roman très fort et très cruel à ne pas rater !



Note : *****                         


Editions Grasset - 6,90€
Editions Hachette, Bibliocollège - 3,50€

Objectif-PAL.jpg
Objectif PAL : # 3



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28 juillet 2009 2 28 /07 /juillet /2009 17:00




Yvan a été libraire, à Strasbourg, Vichy, Marseille et  ailleurs. On le retouve dans une maison de la presse à Méribel, où ce dernier a essayé de privilégier des romans de qualité qu'il aime au détriment des nouveautés. En vain. Son patron le met à l'amende et l'oblige à revoir ses positions et à vendre du tout venant... Jusqu'au jour où Francesca, bonne cliente bourgeoise et argentée, vient lui proposer d'ouvrir une librairie où on ne vendrait que des bons romans. Notre libraire saute sur l'occasion de cet emploi rêvé !
La librairie s'ouvrira à Paris et un cercle de 8 grands lecteurs, écrivains tenus anonymes, est créé afin d'assurer la sélection des titres.
Le succès est immédiat mais dérange... Une riposte s'organise contre la librairie et des lecteurs anonymes sont agressés. Comment ont-ils pu être identifiés ? Qui sont derrière ces attaques ?
L'enquête est confié à un policier, client de la librairie "Au bon roman", de façon officieuse.

Un thème très accrocheur pour une libraire qui rêve d'ouvrir sa propre librairie !
L'entrée en matière est quelque peu déstabilisante : il vous faudra plusieurs chapitres pour comprendre de quoi retourne l'intrigue. La première partie se concentre sur les accidents qui touchent nos lecteurs anonymes et vous demanderez ce qu'ils viennent faire dans cette galère !
Le lecteur est enfin happé lorsque l'enquête par le policier commence. En effet, les 2 protagonistes, Yvan et Francesca, vont raconter l'aventure de la librairie et ses déboires, à ce fameux policier et leur récit servira enfin d'explication au lecteur et le sera jusqu'à la fin du roman ou presque. Mais on a du mal à imaginer comment ce dernier trouve le temps d'écouter cette hsitoire abracadabrante avec une tonne de détails fournis expressément pour le lecteur... Tout ça n'est pas très réaliste !

Forcément vous y trouverez de nombreuses références littéraires et pas des plus connus : à vos notes pour vos piles à lire !
On y découvrira un peu le fonctionnement d'une librairie : les offices et réassorts sont cités et expliqués en qqs mots aux néophytes. Mais pas sûr que ça suffise pour comprendre réellement les enjeux et les complexités du métier.
On peut y voir aussi des clins d'oeil au monde littéraire contemporain. Par exemple, on y parle d'un directeur de 160 librairies appelées LA VLAM... (ne pourrait-on y voir la FNAC ?!).
Je vous laisse le soin de trouver les autres !
Le roman est bien sûr aussi un prétexte pour critiquer le monde de l'édition, sa course à la nouveauté, ses prix truqués et la recherche de profits avant tout.

Très emballée par l'idée de ce projet utopique, j'ai pourtant été déçue. 
La construction du roman, qui devait renforcer le suspense m'a carrément empêché de rentrer dans l'histoire de suite et la fin qu'on attendait surprenante est carrément quelconque et ne donne pas toutes les clés... L'intrigue policière tourne court et on y trouve beaucoup de longueurs.
Une histoire d'amour se greffe à notre intrigue mais ne prend pas vraiment.
Le thème de la librairie parfaite en intriguera plus d'un mais finalement on risque de rester sur sa faim.
 
Mon regard de libraire a peut-être biaisé ma lecture. La réflexion sur la commercialisation des livres est intéressante mais démontre que la librairie idéale n'existe pas. Rien ne définit clairement  un bon roman d'un mauvais et le choix de chacun est subjectif. Tous les gouts sont dans la nature... et heureusement !
Mais faut-il (et peut-t'on) avoir uniquement des chefs d'oeuvre dans sa librairie et écarter les romans plus "faciles", au risque de supprimer l'accès aux livres et à la lecture à des lecteurs moins exigeants et plus occasionnels ? La question se pose...  que le roman n'approfondit pas assez.
Chaque librairie est le reflet de ses libraires (et/ou parfois de leurs patrons...).
A chacun de choisir celle qui lui ressemble le plus !


"Nous voulons des livres nécessaires, des livres qu'on puisse lire le lendemain d'un enterrement, quand on n'a plus de larmes tant on a pleuré, qu'on ne tient plus debout, calciné que l'on est par la souffrance;" "Nous voulons des livres écrits pour nous qui doutons de tout, qui pleurons pour un rien, qui sursautons au moindre bruit derrière nous." " Nous voulons des livres splendides qui nous plongent dans la splendeur du réel et qui nous y tiennent;" "Nous voulons des romans bons."


Note : ***

Editions Gallimard - 22€
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13 juillet 2009 1 13 /07 /juillet /2009 13:34



C'est à une promenade littéraire et équestre que nous invite Jérome Garcin, éternel amoureux des chevaux.
En effet, "Cavalier seul" est un journal tenu pendant 2 ans qui ne contient que des anecdoctes autour du cheval.
L'auteur va nous faire partager sa passion pour le cheval : Vous vous promènerez au coeur de la Normandie verdoyante, vous travaillerez vos compétences de dresseur, vous rencontrerez des hommes de chevaux illustres ou inconnus ( Bartabas, Jean Rochefort, Maxime Le Forestier, les ecuyers de Saumur, ...), vous connaitrez sa compagne Anne-Marie, auteur de la série "Danseur" pour les plus jeunes, vous assisterez aux spectacles de Zingaro et de l'école nationale d'équitation de Saumur, vous découvrirez les guerres d'idéologie autour des écoles de dressage du 19ème siecle.
Mais vous partagerez aussi sa relation unique avec Eaubac, trotteur français, qu'il va devoir mettre prématurement à la retraite pour cause d'arthrose. Amoureux de son cheval, Garcin va devoir apprendre à vivre sans son double équin et "réapprendre à marcher".

Très beau témoignage d'amour d'un homme dont la vie gravite autour des chevaux. Dans une langue très poétique, il nous fait partager ses joies, ses découvertes et ses déceptions.
Même si une certaine sensibilité chevaline est préférable pour comprendre le plaisir à renifler l'odeur du cuir et à aimer la sensation à serrer un cheval entre ses cuisses :
«Chaque jour, à Paris, j'éprouve à ne pas monter un manque physique parfois difficile à supporter. Mon corps tout entier, mes cuisses en particulier réclament un cheval à prendre, à serrer, à sentir. Ce n'est pas très loin de la pulsion érotique. On est dans le registre de l'amour bestial.» ,
le néophyte pourra toucher du bout des doigts tout ce que nous apporte les chevaux et épprouvera peut-être l'envie de s'y essayer...
Cavalier un jour, cavalier toujours...

Note : ****

Editions  Gallimard - 18€

Editions Folio - 7€

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Humeur

Le 26 Août 2013 :
Le grenier de choco n'est plus...
Ce blog sera à terme supprimé.
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