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22 septembre 2011 4 22 /09 /septembre /2011 07:00

urkas-01.jpgUrkas ! est une autobiographie, sous forme de roman. Son auteur explique qu'il s'appuie beaucoup sur les propos de son grand-père et donc qu'il a une part de conte et de réinterprétation des faits.

Nicolaï raconte sa jeunesse sibérienne en Transnitrie. Qu'est-ce que la Transnitrie me direz-vous ? Non, ce n'est pas un pays imaginaire. Il s'agit d'un petit état indépendant et non reconnu, coincé entre la Moldavie et l'Ukraine. Il s'avère que de nombreux sibériens ont été déportés contre leur gré dans cette partie du monde. On ignore presque tout de ces exils en masse : La Russie a détruit les archives et seules la mémoire des anciens rappellent ce fait.

 

Nicolaï grandit donc dans cette communauté sibérienne où les tous les membres vivent entre eux. C'est un univers très fermé où la violence est omniprésente.

Mais une violence contre-balancée par un code d'honneur très rigoureux qui valorise l'entraide et l'humilité.

Les sibériens se considèrent comme des bandits, vivant de menus larcins : vols, trafics qui parfois amènent aussi le meurtre. Ils font preuve d'une haine viscérale envers les policiers. Les hommes ne sont d'ailleurs pas autorisés à leur parler directement et doivent passer par l'intermédiaire d'une femme. Si le meurtre n'est pas une fin en soi (on se bagarre plus qu'on ne tue), il peut devenir une sanction pour une traitrise, pour une question d'honneur, etc... Par exemple, le viol d'une jeune-fille peut devenir une véritable vendetta contre le coupable.

Les régles sibériennes font appel à une codification très développée dans tous types de rapports : salutations, demande d'aide, accueil au domicile, visites à d'autres communautés criminelles,... Alors que l'homosexualité est totalement réprimé, ils ont un profond respect pour les handicapés qu'ils protègent de l'agressivité des autres et sont très religieux. Une religion qui fait se cotoyer Dieu et d'autres croyances plus folkloriques. L'humilité est toujours de mise et la modernité venue des Etats-Unis proscrite. L'idée de liberté est complètement sacré.

 

"Seul celui qui apprécie vraiment la vie et la liberté, et qui combat jusqu'au bout, mérite de vivre libre... Même si  c'est une simple poule. "


Vous l'aurez compris donc, les sibériens ne sont pas des tendres et l'éducation de leurs enfants en est aussi le reflet. Les enfants cotoient dès leur plus jeune âge les armes auquels les sibériens vouent un véritable culte. La possession de sa première pique (couteau) est un véritable évènement dans la vie d'un garçon qui se voit intégré à la communauté criminelle. Les enfants apprennent à grandir avec la mort pour ne pas la craindre. Leur éducation se fait auprès des vieux criminels et à 12 ans, on leur demande de choisir leur future voie.

L'auteur est le parfait symbole de ces traditions : Il obtient sa première pique à 6 ans, connait les centres de redressement pour mineurs avant de découvrir la prison à 13 ans. Mais le métier que se choisit Nicolaï est celui de tatoueur, fasciné par les symboles complexes tatoués sur ses aînés.

  urkas-02.jpg

Si Urkas ! est autobiographique, il se lit néanmoins comme un roman. A travers la jeunesse de l'auteur, on découvre toute une société secrète dont les règles sont très clairement définis. Qui les enfreint s'expose à des représailles. Une communauté très ambivalente qui oscille entre la violence la plus extrême et un certain honneur dans leurs règles de vie qui démontre aussi une certaine bonté chez ces hommes.

L'auteur adopte un ton assez détaché pour décrire cette société et devant la violence des faits. Cela pourra peut-être en hérisser certains. On plongera par exemple dans le quotidien de prisons totalement effroyables où les viols et humiliations sont quotidiennes entre les adolescents, où les gardiens utilisent les enfants pour tourner des films pornos, où on prend une douche par mois (âmes sensibles s'abstenir). Mais la distance ou la froideur que l'auteur donne à son texte donne ici une vérité nue, sans rien cacher, sans enjoliver. Sans misérabilisme non plus. Et finalement, c'est presque à un texte documentaire que nous assistons tant les informations sont riches et presque sans parti-pris. L'auteur donne à voir sa communauté, ses proches tels qu'ils sont, avec leurs qualités et leurs défauts.


Mais loin d'être un récit linéaire de ses premières années, Nicolai donne du rythme à son récit en intégrant de nombreuses anecdotes qui permettent d'enrichir un peu plus l'idée que l'on peut avoir de cette communauté ou de son éducation. On reprochera peut-être à certaines d'être un peu longue mais au final l'auteur réussit toujours à retomber sur ses pattes et à recadrer le récit.

On peut citer par exemple tout un chapitre qui aborde le sujet du tatouage sibérien : une partie qui m'a véritablement passionnée ! Tout aussi codifié que les règles de vie, il répond à des normes bien précises mais secrètes. Nicolaï apprend à "lire" sur le corps de chaque criminel la vie qu'ils ont menés. Les tatoueurs sibériens ne sont pas considérés comme des criminels, ils ne tuent pas. Pourtant en URSS, c'est un crime passible de prison.


urkas-03.jpgBref, ce n'est pas un récit ni une enfance légère que vous découvrirez ici. Les bagarres vont se succéder et il faut lutter constamment pour sa survie. Pourtant, malgré la violence, on se prend à éprouver de l'affection pour ces personnages hors-normes. Si l'auteur décrit sans concessions sa communauté, on décèle un véritable amour pour celle qui l'a vu grandir en son sein. Car au delà de sa propre histoire, Urkas est surtout un récit témoignage d'une communauté qui n'existe plus. L'auteur le reconnait lui-même. Les règles ne sont plus respectés, les vieux ont disparus et les traditions séculaires avec eux. Les plus jeunes se sont laissés influencés par l'argent et le pouvoir.

Nicolaï Lilin a quitté la Transnitrie en 2003 pour l'Italie qu'il considère comme sa patrie désormais. Il continue d'y excercer le métier de tatoueur et devrait nous offrir la suite de son parcours dans d'autres romans à venir.

 

Urkas s'est révélé un texte entre roman et autobiographie, un texte qui a su complètement m'embarquer dans cette société traditionnelle. Je me suis créé un véritable film dans ma tête en le lisant.

Après une dizaine de jours, ma lecture garde une empreinte si forte sur moi que je peux donc affirmer que j'ai eu un coup de coeur pour ce livre !

 

 

Un ouvrage que je recommande aux amateurs de cultures différentes qui n'auront pas peur de se salir un peu les yeux !

 

Extrait :

 

"Et tu sais pourquoi Dieu nous as donné une vie plus longue qu'aux animaux ?

- Non, je n'y ai jamais pensé...

- Parce que les animaux vivent en suivant leurs instincts et ne font pas d'erreurs. L'homme vit en suivant sa raison, il consacre donc une partie de sa vie à faire des erreurs, une autre à les comprendre, et une troisième à tenter de vivre sans se tromper. "


 

D'autres avis :

Saraswati - Emeraude - Diddy

 

Liens :

Le Myspace de l'auteur où vous pourrez découvrir des photos de son travail de tatoueur

Son site personnel (en italien)

Interview vidéo et Interview écrite de l'auteur



Titre : Urkas ! Itinéraire d'un parfait bandit sibérien

Auteur : Nicolaï Lilin

Editeur : Denoël

Parution : Août 2010

  493 pages 

Prix : 23,50€

 




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7 janvier 2011 5 07 /01 /janvier /2011 08:00

 

Noir toscan 01

 

Auteur : Anna Luisa Pignatelli

Editeur : La différence

Date de parution : Octobre 2009

Prix : 14€

123 pages

 

 

Nous sommes en Toscane, auprès d'un homme mûr, vieil ours solitaire, qui cultive son indépendance et son côté sauvage. Attentif à la nature qui l'entoure, il préfère se contenter de l'essentiel et vivre dénué du superflu pour pouvoir mieux rester sur ses terres et chérir ses arbres qu'il protège comme de vrais enfants.


  " Noir aimait cette campagne, les arbres qui y poussaient : c'était surtout cet amour qui le séparait des autres. Les gens d'ici maltraitaient la nature comme si elle pouvait tout supporter. Ils se vengeaient sur elle de leurs instincts violents, de leurs échecs, de leurs rancoeurs accumulées. "

 

Noir, c'est ainsi qu'on le surnomme, doit faire face aux quolibets des gens du village qui le considèrent toujours comme un étranger, aux chasseurs qui viennent braconner chez lui au mépris de ses interdictions, à son fils parti à la ville vivre dans le confort. Noir est seul, désespérement seul. Aussi, quand une louve est un jour repéré près de son habitation, il ne peut s'empêcher d'être attiré par cette autre âme solitaire qui doit aussi se battre pour sa survie.

 

" cette créature solitaire qu'il nourissait lui semblait être la seule avec laquelle il se fût jamais trouvé en harmonie, la seule à laquelle il se sentit véritablement lié."

 

Il se met à lui laisser de la nourriture, à surveiller ses passages et à la protéger des chasseurs, bien décidés à lui faire la peau. 

Les Hommes sont violents, durs et sans concessions avec la Nature et ceux qui la défendent...


  " Les lois de la nature voulaient que les chevreuils soient la proie des loups, par conséquent ce qui était arrivé était tolérable tandis qu'il ne l'était pas que les hommes massacrent les chevreuils pour s'amuser, puisque la plupart du temps ce n'était pas leur chair qu'ils convoitaient. Les hommes tuaient par vanité, donnaient la mort pour se prouver leur force, leur adresse. En visant un chevreuil ils murmuraient parfois : <<Tu es vraiment joli>> de façon à se faire pardonner, non sans quelque superstition, le coup mortel qu'ils s'apprêtaient à infliger. Et ils déchargeaient leur fusil sur leur victime, parce qu'ils ne savaient pas apprécier la nature pour ce qu'elle était, mais désiraient simplement démontrer qu'ils en étaient les maîtres. "

 

Je n'aurais jamais découvert ce texte sans Katell qui en a fait un livre voyageur.

Et je dois dire que ça aurait été une sacrée bêtise...

 

"Noir Toscan" est un superbe roman qui se passe presque de mots et pourrait se contenter de nombreux extraits.

C'est le portrait d'un homme comme il en existe de moins en moins. Un homme solitaire et amoureux de la Nature et des animaux. Un homme qui se bat pour préserver une certaine idée de la vie faite de respect et d'amour, quitte à sacrifier son bonheur personnel pour ses convictions.

La langue de l'auteur est d'une poésie parfaite, nostlagique et puissante à la fois.

 

 

Bref, il faut vraiment découvrir ce roman !

(et comme il voyage toujours.... )

 
 

" <<Quand une chose s'abîme, si on ne la répare pas à temps...>> pensa-t'il. Puis lui vint l'idée que parfois les choses finissaient, d'une certaine manière, par se réparer toutes seules, comme les cyprès tordus qui un beau jour se mettaient à pousser droit. Et l'âme aussi se réparait, la douleur s'effaçait avec le temps. Le temps avait raison de tout. Il suffisait de savoir attendre. "

 

" Etre jeune c'est faire un avec son propre passé : l'inexorable passage du temps dénoue les liens de notre identité, nous rapprochant peu à peu d'autres formes de vie auxquelles notre âme tend à s'assimiler pour se purifier. "

 

 

 

Les avis de Kathel, qui m'avait donné envie, Theoma, Clara, Grimmy, Fransoaz

 

 

Je me demande même s'il ne pourrait pas rentrer dans le cadre du challenge Nature Writing de Folfaérie....

 

 challenge nature writing

 

 

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6 mai 2010 4 06 /05 /mai /2010 21:50


temps suspendu 1

 

 

 

 

Auteur : Valeria Parella

 Editeur : Seuil

Date de parution : Avril 2010
Prix : 16,50 Euros

 ISBN : 9782020985000

154 pages

 

 

Note : 3 / 5

 

 

 

 

 

 

Maria a 42 ans et elle est enceinte. Un choix tardif, un père qui n'assume pas et une petite fille qui arrivera trop vite. Irène est prématurée et va devoir vivre en couveuse, relié à la mécanique médicale, luttant entre la vie et la mort. 

Sa mère, seule et plongée dans l'attente et l'incertitude, nous confie alors des bribes de sa vie, de son travail et de l'insupportable attente.

 

temps-suspendu-2.JPG

Dans ce texte touchant, l'auteur nous entraine dans le quotidien des mères de prématurés. On vit avec Maria les visites quotidiennes à l'hopital, le manque de compassion des médecins qui n'osent se prononcer, le soutien mutuel entre mères, les amis qu'on n'osent plus appeler car la situation n'évolue pas, et surtout l'incertitude quant à l'avenir de la petite Irène.

Une incertitude qui rend folle, qui empêche de penser, de travailler, qui exige des réponses même négatives, des statistiques, qui ne viennent pas.

 

Maria va vivre pendant 2 mois dans une sorte d'état intermédiaire, un temps suspendu, à attendre la deuxième naissance de sa fille. On sent qu'elle n'ose pas s'attacher encore à ce petit être qui peut disparaitre du jour au lendemain, à ce bébé qu'elle n'a pourtant pas encore serré dans ces bras.

 

 

La construction du roman évoque à elle-seule ce refus de s'impliquer trop. L'ambiance cottonneuse de ce roman ne tombe pas dans le voyeurisme ou le larmoyant. L'auteur sait ouvrir des espaces plus légers dans sa narration. Au lieu de s'enfoncer trop dans ses sentiments difficiles, Maria fuit la douleur en se remémorant son passé, son enfance. Elle évoque son travail de professeur en formation continue, ses relations amicales avec ses étudiants : des immigrés, des travailleurs en marge qui cherchent tous à rebondir et qui, à leur façon, vont symboliser un autre genre de combat. Ils auront en commun la même envie de s'en sortir et de trouver leur place.

 

Même s'il a manqué du petit truc qui fait la différence, "Le temps suspendu" est un doux récit mélancolique et pudique d'une belle plume en devenir.



  " Si les yeux coulaient, c'était à cause de cette tension oculaire de cabinet des merveilles. Et nous là-dedans, nous étions des expériences de médecins sorciers, des mains entrant par les hublots pour ramener à la vie ce dont nous avions accouché. Nous étions prisonnières d'un ghetto et aucune de nous ne possédait le mot à introduire dans la bouche de son golem. "

 

 

 

Les avis de Théoma, Kathel, Mango, Amanda, Cathulu, Aifelle, Sylire, ...

 

 

 

Merci à Suzanne !

chez-les-filles.jpg

 

 

( illustration : peinture d'Hammershoi)


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Humeur

Le 26 Août 2013 :
Le grenier de choco n'est plus...
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