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21 juillet 2011 4 21 /07 /juillet /2011 07:00

librairie-tanabe-01.jpgMonsieur Iwa est un vieux monsieur de 65 ans qui tient la librairie Tanabe, depuis la mort de son successeur et ami. Aidé par son petit fils de 17 ans, Minoru, il tient avec sérieux cette petite boutique d'occasion située dans les faubourgs de Tokyo sans pour autant être un grand lecteur. Ses qualités d'écoute et le sérieux de sa gestion font le reste. 


La librairie Tanabe est en fait un recueil de 5 histoires qui tournent autour de Mr Iwa. Sa position de commerçant l'amène à rencontrer toute sorte de gens qui, ici, sont l'occasion d'amener dans le récit un mystère ou une enquête particulière : un petit garçon qui vient voler un livre est prétexte à une enquête sur la maltraitance dont il est sujet, la visite d'une fonctionnaire qui enquête sur les conditions de vie des personnes âgées est l'occasion d'évoquer le mystère d'une maison hantée , la vente d'une série de livres d'occasion du même titre aidera à se pencher sur la disparition suspecte d'un homme, etc...


Les sujets abordés sont divers et touchent particulièrement la société japonaise dont on découvre les dessous plus ou moins sombres. Chaque récit permet aussi d'en savoir un peu plus sur Mr Iwa et sa famille, leurs relations et leur complicité. L'humour qui pointe dans chaque échange entre Mr Iwa et son petit fils sont savoureux et bourré d'humour.

Néanmoins, nous sommes loin des roman policiers classiques. Si Mr iwa prend part à la résolution des énigmes présentées, il est loin d'en être toujours le coordinateur. J'ai parfois eu l'impression de suivre de loin les enquêtes sans être concerné plus que cela par ces dernières.

Les 5 histoires sont de plus, de qualité inégale. La première, tout particulièrement qui n'a de policier que le nom, m'a quelque peu ennuyée et fait craindre pour la suite. On finit pourtant par s'attacher à notre vieux libraire, à découvrir son quotidien et sa vie de famille ;et  à découvrir avec intérêt quelques détails de la vie japonaise.

 

Bref, ce recueil manque un peu de cohérence et semble un poil "mou" au niveau du rythme. Mais il se lira sans déplaisir si vous n'attendez pas des histoires au suspense trépidant !

Les autres romans de l'auteur sont à mon avis bien plus intéressants.

 

D'autres avis :

Virginie - Emmyne - Mrs Pepys - Béné - Keisha - Le vent sombre


 

librairie-tanabe-02.JPG

 

La librairie Tanabe

MIYABE Miyuki

Parution japonaise : 1993

Editions Picquier - 1995 - épuisé

Editions Picquier, poche - Juin 1999 - 221 pages - 7,50€


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1 juillet 2011 5 01 /07 /juillet /2011 15:00

 

le-pont-flottant-des-songes-01.jpgTadasu est un adulte aujourd'hui et il revient avec nostalgie sur son enfance et les 2 femmes qui ont bercées ses rêves. Sa mère Chinu le laisse orphelin à l'age de 5 ans, à la suite de complications lors de sa 2ème grossesse. Au bout de quelques années, son père décide de se remarier avec une femme un peu plus jeune que lui. L'affection que Tadasu porte à ces 2 femmes est très forte et le texte de Taniguchi est une vraie ode à l'amour.

 

Le titre Le pont flottant des songes fait référence à un célèbre texte de la littérature japonaise : Le dit de Genji.La mère de Tadasu reprend le titre d'une des parties dans un poème :

 

"En ce jour où le coucou      

A l'ermitage aux hérons      

Vient chanter                     

Le pont flottant des songes 

Est désormais franchi. "      

 

Tadasu débute le récit de ses souvenirs mais ces derniers sont un peu flous.  L'image de ses 2 mères se confond et il ne sait pas toujours exactement à laquelle des 2 femmes ils sont associés. C'est le père de Tadasu qui a voulu que la nouvelle venue prenne la place de sa première femme dans le coeur et l'esprit de son jeune fils. Elle sera renommée Chinu elle aussi et effectuera les mêmes gestes que sa première mère. Elle jouera du koto sur l'instrument de la morte et bercera le garçon en lui donnant le sein comme autrefois. Aussi, les 2 femmes finissent pas ne plus faire qu'une dans l'esprit du petit garçon, comme son père le souhaitait.


" je voudrais que tu ne penses pas que c'est une deuxième maman qui est venue, mais que c'est ta maman, celle qui t'a mis au monde, qui vit toujours et qui est revenue après avoir fait un long séjour quelque part ! D'ailleurs, même si je ne te le disais pas maintenant, tu finirais tout naturellement par le penser un jour. Tes deux mamans se fondront en une seule, et tu ne pourras plus les différencier. Ta maman s'appelait Chinu, et ta nouvelle maman s'appellera aussi Chinu ! Et de plus, elle fera tout comme l'aurait fait ta première maman, elle agira comme elle et te parlera comme elle."

 

le-pont-flottant-des-songes-02.jpgSôzu (ou shishi-odoshi)

 

Tadasu se souvient avec bonheur de la beauté des pieds nus de sa mère trempés dans l'eau de l'étang, du bruit sec et régulier du sôzu, des berceuses maternelles au creux des seins, des séances de koto que son père écoutait religieusement... A 10 ans, quand sa deuxième maman arrive, ces mêmes habitudes reprennent.

Leur vie se déroule harmonieuse et sans tâche. Chinu attend un enfant mais le bébé est très rapidement confié et éloigné à la campagne sous le prétexte qu'il reste la priorité de la famille.


"Mais à mon âge, je ne tiens pas à avoir un bébé. D'ailleurs, moi, tant que j'ai mon petit Tadasu, je suis comblée ! "

 

Tadasu grandit et continue d'aimer sa mère et de lui prodiguer affection et calineries. L'éloignement de son frère le dérange et il cherche à le retrouver mais en vain. Même son mariage sera lié à Chinu, son père lui imposant de ne pas faire d'enfant ou de les faire adopter afin qu'il se dévoue exclusivement à elle.En mauvaise santé, il espère bien que, après sa mort, son fils qui lui ressemble tant devienne le soutien de Chinu.

 

" Soucieux de renforcer encore, en prévision de ce qui se passserait après sa mort, les liens intimes que j'avais noués avec maman, ne l'avait-il pas persuadée de me considérer après sa disparition comme un autre lui-même ? "


Un bonheur sans tâches ? Des rumeurs vont pourtant bon train : la famille sort peu et on les soupçonne de relations coupables.

Et effectivement, le lecteur très attentif pourra relever quelques notations ambigües qui laisse plâner un certain doute et révèle que les choses ne sont peut-être pas si simples qu'elles y paraissent.

 

" ... plus je réfléchissais au sens caché de tout cela, et moins je comprenais ce qui s'était passé. ..."

 

Tout l'art de l'auteur est là : celui de ne pas dire toute la vérité tout en la suggérant. A travers une narration pure et délicate, Taniguchi insère dans son récit des subtilités si légères qu'on peut facilement passer dessus sans s'arrêter. Le texte mérite même une deuxième lecture afin de mieux repérerles indices.


"Je peux certes affirmer que tout ce qui est rapporté ici est strictement véridique, exempt de la moindre invention, de la moindre déformation, la vérité a néanmoins des limites, et il y a une ligne au-delà de laquelle on ne peut plus l'écrire. Aussi, bien que je n'invente rien, je ne livre pas pour autant toute la vérité. Il se peut que, par respect pour mon père, pour ma mère, pour moi-même aussi, et pour d'autres encore, je laisse de côté une partie de cette vérité. Certains diront que ne pas raconter toute la vérité, c'est déjà mentir ; je ne me risquerai pas à les contredire, c'est leur façon de voir les choses. ... [...]"

 

Au lecteur de juger ! L'auteur n'en livrera pas plus !

Le pont flottant des songes se révèle finalement un petit texte bien malsain qui va au-delà d'une simple ode à la maternité. Je vous le recommande mais sachez lire entre les lignes !



D'autres avis :

Mrs pepys - Ambroisie - Purple velvet - Jana -

 

le-pont-flottant-des-songes-03.jpg

 

CHALLENGE-2-EUROS.jpgchallenge In the mood for Japan

 

 

 

 

 

 

 

 

quinzaine nippone Quinzaine nippone - Jour 12

 

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30 juin 2011 4 30 /06 /juin /2011 14:30

 

pluie-noire-01.gif1950. La jeune Yasuko vit avec son oncle et sa tante, près d'Hiroshima. A 25 ans, elle n'est toujours pas mariée et cela inquiète sa famille. En effet, une rumeur coure dans le village disant qu'elle aurait été contaminée par la bombe atomique. Pourtant Yasuko n'était pas à Hiroshima ce jour-là et n'a reçue que la puie noire qui a suivie l'explosion de la bombe. Elle se porte bien et ne présente aucun signe de maladie. Les certificats médicaux n'y change rien, les prétendants se désistent au fur et à mesure. Alors qu'une nouvelle demande en mariage pointe son nez, son oncle Shizuma décide de prouver que la jeune fille n'a pas été touchée en faisant une copie de son journal de l'époque. Plus tard, il y ajoutera même le sien, persuadé que le mariage ne pourra qu'aboutir.

C'est ce procédé qui va permettre aux lecteurs de découvrir les évènements du 6 Août 1945 et des jours qui ont suivis.

 

Si Pluie noire est un roman et non pas un témoignage, il en possède pourtant toute la force.Il semblerait d'ailleurs que IBUSE se soit inspiré du journal d'un rescapé pour écrire un feuilleton qui est devenu par la suite Pluie noire.

Au gré des recopiages de l'oncle, le lecteur plonge dans la réalité historique du Japon en guerre et ce qu'il y découvre est assez édifiant. Des quelques heures qui précèdent la bombe à bien des années plus tard, on se rend compte de toute l'importance et la portée de ce drame.

Alors que Yasuko était à l'écart d'Hiroshima, son oncle Shizuma a vécu le désastre de l'intérieur depuis la gare d'Hiroshima sans pour autant être à l'épicentre de l'impact. L'auteur part du regard extérieur de la jeune fille avant de continuer sur le témoignage de Shizuma.

On vit avec la population le grand éclair blanc qui brûla tout sur son passage : humains, animaux, maisons, ...

Les gens ignorent ce qu'il s'est passé et parlent d'une arme nouvelle sans connaître la portée de l'irradiation qui vient de leur être porté. Les gens sont brûlés mais sans ressentir de souffrance.Certains n'ont plus de vêtements, ont la peau qui "dégouline" en lambeaux. D'autres sont coincés sous les décombres sans possibilité de s'en dégager. La folie gagne chez les plus faibles. Et alors que le feu commence à cerner la ville, la population tente de reprendre ses esprits, de sauver ce qui peut encore l'être avant de tenter de se mettre à l'abri des flammes. 

 

" À l’est de la gare se trouvait le temple de Yokogawa, mais du sanctuaire intérieur, il ne restait debout que des colonnes, Quant au pavillon extérieur, il avait complètement disparu, ne laissant qu”une place rase. Sur le chemin qui longe le parvis, il y avait des gens, tous couverts d’une espèce de cendre ou de poussière et qui tous, sans exception, saignaient de la tête, de la face, des mains, et ceux-ci étaient nus, de la poitrine, du dos, des cuisses, de partout. Il y avait une femme dont la joue trop gonflée pendait comme un sac, et qui marchait les mains en avant, comme un fantôme. Un homme, aussi nu que lorsqu’on plonge dans la piscine d’un bain public, marchait en se baissant comiquement. Une fenme en chemise courait, exténuée, en poussant des gémissements. Une autre, un bébé dans les bras, criait« De l’eau ! », et entre deux cris continuait d’essuyer les yeux de l’enfant, où était entassé quelque chose comme de la cendre. Un homme criant à tue-tête, des femmes, des enfants courant en hurlant de douleur, un homme assis au bord du chemin et agitant follement ses bras levés vers le ciel, une femme au seuil de la vieillesse priant avec ardeur, les mains jointes, auprès d’un tas de tuiles, un homme à moitié nu trottant et se heurtant à elle, et qui filait en jurant « L’idiote, la folle », un homme qui flânait, un autre en pantalon blanc qui rampait en sanglotant ha ha et avançait très lentement, voilà ce que j’ai vu en faisant cent vingt mètres à peine sur la route nationale qui va de la gare de Yokogawa, au parc de Mitaki."


On suit Shizuma, sa femme et Yasuko qui a réussi à les rejoindre dans leur traversée de la ville pour tenter de rejoindre l'usine de l'oncle où ils pourront trouver un abri. Leur chemin est un enfer, les images effroyables, la fumée étouffante mais il faut avancer coûte que coûte, en ignorant les appels à l'aide des condamnés.

Les jours suivants, nous assistons à la désorganisation complète de la ville qui tente tant bien que mal de continuer à "tourner" : manger, boire, trouver du charbon, brûler les morts qui s'accumulent. Les personnes irradiés et brûlés sont soignées par des remèdes de grand-mère et personne ne sait vraiment comment réagir face aux conséquences médicales de cette bombe, les médecins les premiers.


pluie-noire-03.jpgCe récit extrêmement fort et difficile est heureusement allégé par l'alternance de la temporalité. Pluie noire ne s'arrête donc pas au récit de la catastrophe. On revient régulièrement au temps présent et aux difficultés du mariage. Cela permet également de constater que les conséquences de la bombe restent bien présentes malgré les années. Les gens irradiés sont le plus souvent déjà morts et il en est de même pour les équipes bénévoles de secours qui ont parcouru la ville les jours suivants. Les survivants ont des difficultés à travailler, tout effort favorisant une rechute de leur état et cette situation "d'oisiveté" est pointé du doigt par certains en bonne santé, obligé de trimer. On suit par la suite l'évolution de Yasuko dont l'état de santé finit par se dégrader.


Le procédé des journaux est repris un peu plus loin pour que le lecteur puisse découvrir d'autres points de vue de la catastrophe. Le systématisme de ce parti pris semble un peu artificiel mais la force des propos efface ces imperfections pour offrir au lecteur un compte-rendu réaliste et complet des faits.

La narration est faite de manière plutôt détachée. Point de larmoyant ici pour ce drame qui se suffit amplement à lui-même.

 

C'est un livre dur, poignant qui ne laissera personne insensible et qui fera peut-être fuir les petits coeurs mais pour moi Pluie noire est un ouvrage essentiel pour qui veut comprendre l'importance historique et l'impact que fut la bombe atomique dans la vie des japonais et même du monde. A l'heure actuelle où les japonais se retrouvent face, une nouvelle fois, à une menace nucléaire d'importance, on ne peut s'empêcher de craindre le même type de conséquences sanitaires et morales pour la population.

Ce roman est un véritable plaidoyer anti-nucléaire INDISPENSABLE à découvrir !

 

A noter : l'ouvrage a été adapté au cinéma par Shôhei IMAMURA en 1989.

 

D'autres avis :

Sandy -

 

 

Pluie noire

IBUSE Masuji

1ère édition japonaise :1966

Editions Gallimard - 1972 - épuisé

Editions Folio - 2004 - 382 pages - 7,80€

 

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 "Pluie noire" de Shôhei IMAMURA

 

Le réalisateur japonais, grand lecteur de IBUSE, adapta le roman en 1989.

S'il reprend une grosse partie du livre, il s'en diffère également.

Le film s'ouvre directement sur la scène du bombardement avant de retrouver Yasuko et sa famille 5 années plus tard par une ellipse temporelle. Ici, la description du drame ne se retrouve que dans 10% du film. La majeure partie de l'histoire est centrée sur l'après Hiroshima et sur les conséquentes concrètes que la bombe a pu avoir sur les populations.

La représentation du drame parait quelque peu "bricolée". Pas de grands effets spéciaux, des brûlés et des morts qui sentent un peu le maquillage grossier et les mannequins en plastiques. On passe vite à autre chose et c'est ce qui intéresse le réalisateur. Le film est fortement focalisé sur Yasuko et reprend de nombreux passages du texte.

 

" Qu’est-ce que la vie humaine? Ainsi que toutes choses, ce monde n’est qu’illusions. Le milieu, le début et la fin ne sont que de brèves étincelles. L’homme ne vit qu’un instant. La vie passe si vite : aujourd’hui est déjà hier. Partirai-je le premier ou sera-ce mon prochain? Aujourd’hui ou demain? Tous mourront tôt ou tard plus nombreux que les gouttes de rosée sur les branches ou les cimes. Au matin, un teint vermeil, le soir sera d’os blancs. " 

Soutra des morts récité par Shizuma. 

 

Nous sommes dans la campagne rurale d'Hiroshima, l'ambiance parait presque bucolique et apaisé. POurtant, l'esprit de la bombe est toujours dans les esprits. Nombreux sont ceux atteints physiquement et moralement par la bombe H. Là encore, les irradiés se font houspiller de flemarder en bord d'étang plutôt que de travailler. Un voisin traumatisé devient fou à chaque passage de véhicule, revivant l'attaque des chars ennemis à chaque pétarade de moteur.  La femme de Shizuma, obsédée par les esprits des morts perd le contrôle d'elle-même. Shizuma voit ses amis irradiés mourir au fur et à mesure et enfin, Yasuko, malade, cache la maladie à ses proches avant de devoir être emmenée à l'hôpital.

Imamura n'hésite à pointer du doigt la bêtise humaine et l'absurdité de la guerre quand il fait entendre par Shizuma à la radio le discours d'un Truman déclarant qu'il n'hésiterait pas à utiliser la force nucléaire contre les communistes de Corée.

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Le réalisateur souhaitait à l'origine y intégrer des images d'archives (il renonça devant leur mauvaise qualité). C'est pourquoi il avait choisi de tourner ce film en noir et blanc. C'était également une manière de montrer avec sobriété la mort qui hante le film jusqu'à la fin.

Imamura s'est attaqué à un sujet encore tabou à  l'époque : la représentation du drame d'Hiroshima et par là-même de l'humiliation du Japon face à la suprématie américaine, et la manière dont les victimes irradiées sont niées et rejetées par la société.

 

Le film Pluie noire est là aussi essentiel. S'il déstabilise par l'angle de vue différent qui est donné par rapport au roman (la représentation de la bombe au début du film ne m'ayant pas convaincue), la suite confirme pourtant bien son statut d'oeuvre majeure. Ne vous attendez donc pas à une reprise des descriptions réalistes d'Hiroshima en Août 1945

 

Lien :

Interview de Imamura sur Pluie noire

Avis sur Cinémasie

 

A noter : En 1991, Akira Kurosawa tournera sur le même sujet  "Rhapsodie en Août".

 

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challenge In the mood for Japan

 

 

 

 

 

 

 

quinzaine nippone

Quinzaine Nippone jour 11

 

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28 juin 2011 2 28 /06 /juin /2011 07:00

 

voyage-vers-les-etoiles-01.jpgVoyage vers les étoiles regroupe 2 nouvelles : Celle qui donne son titre au recueil et Un spécimen transparent.

 

Le livre s'ouvre sur Un spécimen transparent où on découvre l'histoire de Kenshiro. Kenshiro travaille dans un hôpital universitaire et occupe un poste fort méprisé.


"Sa profession était méprisée et détestée par les gens. Il aimait se retrouver seul pour cette tâche ignoble, et éprouvait même une certaine assurance à se vautrer dans le mépris des autres qu'il ressentait."

 

A 60 ans, sa fonction a souvent été un frein à sa vie sentimentale, ses compagnes ne la supportant pas. Aujourd'hui, Kenshiro garde le secret sur son métier et s'est finalement marié à Tokiko, femme de 40 ans qui s'est unie par pauvreté et par complaisance pour offrir des éudes à sa fille. Mais quel est donc son travail, me direz-vous ! Kenshiro s'occupe de fabriquer des squelettes d'étude. Pour celà, il doit effectuer une série de tâches ingrates et quelque peu ragoûtantes : on lui confie des corps en décomposition avancée qu'il doit désarticuler, puis en extraire les chairs pour libérer les os et enfin traiter les os pour les blanchir et recomposer en squelette.

Un travail très particullier donc qui passionne pourtant Kenshiro, fasciné par la beauté des os au point d'avoir le rêve secret de fabriquer un squelette à la transparence parfaite.

 

" Lorsque l’autobus s’arrêtait aux croisements, une légère ondulation se propageait de passager en passager. Chaque fois, Kenshiro qui avait les nerfs à fleur de peau se focalisait sur le corps de la jeune femme qui se tenait à ses côtés […] il lui semblait que les os du bassin sur lequel la jupe était tendue étaient hérissés comme les piquants d'une carapace d'araignée de mer. Profitant des oscillations du châssis, « Kenshiro » tentait subrepticement de la frôler. C’était son habitude matinale de se rapprocher des femmes dans l’autobus qui le conduisait à son travail. (...) Son seul but était la forme des os qu'il sentait pointer à travers les vêtements. "

 

Une passion quelque peu morbide qui semble avoir son origine chez son beau-père :

 

" [Kenshiro] n’avait pas pu oublier la magnifique couleur des os sculptés par son beau-père, que les policiers lui avaient mis si souvent sous le nez […] Quand on les lui avait mis dans la main, il avait pris conscience de leur légèreté et de leur douceur incroyable, et de la couleur luisante de l’os. "


Kenshiro effectue donc des expériences pour atteindre cet état de transparence mais la difficulté de se procurer un cadavre frais (destiné aux prélèvements d'organes) est un frein à son ultime but...

 

Voilà donc une histoire bien macabre où Yoshimura décrit avec une écriture froide et précise la folie d'un homme obsédé par les os. Une passion bizarre qui touche presque au fétichisme et se déploit petit à petit avec un malaise certain dans cette nouvelle au goût de cendre qui n'épargne pas son lecteur. L'auteur ne juge pas ses personnages et reste en retrait, faisant le portrait d'un homme glacial et silencieux qui préfère s'épanouir auprès des cadavres plutôt que des vivants.

 

voyage-vers-les-etoiles-02.jpg

 

Voyage dans les étoiles tourne également autour de la mort mais est quelque peu différent.Keishi, après avoir été un élève assidu, a arrêté d'aller en cours un peu hasard.

 

" A cette époque, même s'il partait de chez lui le matin pour aller à la gare, la vue des trains bondés lui enlevant tout désir d'y monter, il avait perdu l'habitude de fréquenter son école préparatoire. Sans but, il prenait le train ou l'autobus, errait dans des quartiers inconnus, se laissait aller au sommeil sur les bancs des jardins publics."


Un ennui profond le gagne et bientôt il rencontre un groupe de jeunes aux mêmes aspirations qui a hissé le désoeuvrement en art de vivre.

 

Leur activité commune était de regarder fréquemment la progression des aiguilles sur leurs montres »

 

 

Jusqu'au jour où l'un d'eux fait une proposition :  " Et si on mourait ? "

Voilà donc notre bande de 5 partie en camion pour une destination fatale qui devrait les emmener vers les étoiles...

 

Inspiré d'un fait réel, Yoshimura s'attaque ici au suicide des jeunes. Touchés par un profond ennui, ne sachant plus vraiment ce dont ils ont envie et quel plaisir ils peuvent retirer de la vie, ces adolescents choisissent une solution radicale qui peut paraitre excessive. Il leur est devenu "intolérable de continuer à vivre" et en même temps, aucun évènement douloureux ne leur les avoir atteint spécialement. Un choix simple mais qui, malgré tout, ne supprime pas la peur et les interrogations face à la mort. Faute de trouver leur place dans une société qu'ils ne comprennent pas et où l'avenir leur parait aussi morne que le présent, ces jeunes qu'on voit pourtant vivre et apprécier leurs derniers instants se sauveront de l'ennui à leur façon.

 

Vous l'aurez noté, nous retrouvons ici une des thématiques préférées de Yoshimura : la mort. Les lecteurs de La jeune fille suppliciée sur une étagère, de  Naufrages ou d'  Un été en vêtements de deuil ne s'étonneront pas de la retrouver une fois encore dans ce recueil de grande qualité. L'auteur montre un détachement désarmant vis à vis de ses personnages pour lesquels il ne montre aucun parti-pris. Il se contente de décrire d'une écriture ciselée et sans fioriture les faits. Un style simple, des thématiques dérangeantes mais qui laisse comme un goût de poésie morbide dans la tête.

 

On va encore dire que j'aime les bizarreries mais ce recueil est un coup de coeur ! Les amateurs l'apprécieront tout autant ! 

 

D'autres avis :

Mrs Pepys - Orient extrême -

 

Voyage vers les étoiles

YOSHIMURA Akira

1ère édition japonaise : 1974

Editions Actes Sud

Octobre 2006 - 151 pages - 16€

 

 

challenge In the mood for Japanquinzaine nipponeJour 9 :

 

Vous pouvez découvrir chez :

 

 

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23 juin 2011 4 23 /06 /juin /2011 17:30

contes-de-pluie-01.jpg

 

Les "Contes de pluie et de lune" est un des classiques de la littérature japonaise. Ce recueil de nouvelles est paru en 1776 environ sous le titre "Ugetsu Monogatari" et contient 9 histoires tournant autour du fantastique et des fantômes.

 

Shiramine :

Le moine Sagyo, dans son cheminement, décide de s'arrêter au mausolée de l'empereur retiré Sutoku, au lieu-dit de Shiramine. Le spectre de ce dernier lui apparait et les 2 hommes y discourt politique et philosophie.

 

Le rendez-vous aux chrysanthèmes :

Hasabe Samon , un jeune lettré, découvre un guerrier fort malade. Alors qu'il lui prodigue des soins, une amitié forte nait entre les 2 hommes. Le guerrier reprend la route et promet à son ami de revenir pour la fête des chrysanthèmes. Prisonnier d'un seigneur, l'homme revient vers son ami sous forme d'esprit.

 

La maison des roseaux :

Katsushirô est un homme de condition modeste aux grandes ambitions. Afin de retrouver la prospérité de sa famille autrefois, il décide d'accompagner un marchand d'étoffe à la capitale pour faire fortune. Laissant sa femme Miyagi au village, Katsushirô restera finalement de longues années. De plus, la guerre entre les seigneurs fait rage et le désordre gagne le pays. Dépouillé de ses richesses, 7 ans plus tard, il reprend le chemin de son village d'origine et découvre sa femme qui l'attendait toujours à la maison. Au matin, pourtant, que tout n'était qu'illusion...

 

Carpes telles qu'en songe... :

Le moine Kogi est également peintre. Spécialiste des animaux et de la nature, il aime à représenter les carpes. Depuis qu'un jour, une sorte de songe lui ai fait partager la vie de ces poissons, le moine s'émeut désormais de la sort, destiné à être découpé et mangé.

 

Buppôsô :

Un vieil homme et son fils errent dans les montagnes et s'arrêtent au Mont Koya. Ne trouvant pas d'abri pour la nuit, ils sont contraint de coucher dehors. Au cours de la nuit, leur apparait le prince Hidetsugu Toyotomi et toute sa cour qui leur demande bientôt de réciter quelques poèmes.

 

Le chaudron de kibitsu :

Shôtarô est un homme marié qui s'est quelque peu lassé de sa femme Isora. Prenant une maîtresse, il abandonne son épouse qui se laissera alors mourir de faim. Revenant sous forme de fantôme, cette dernière est bien décidée à se venger.

 

L'impure passion d'un serpent :

Toyoo est le 3ème fils d'un pêcheur. N'ayant aucune aptitude pratique, il s'est plutôt dirigé vers les lettres. Un jour de pluie, il s'abrite dans une cabane de pêcheur. Peu après, une belle dame très distinguée vient également s'y réfugier. Subjugué par le charme de Manago, il n'hésite pas à lui prêter son parapluie.  Quand celui-ci vient à son domicile, récupérer l'objet, il ignore qu'il vient de tomber sous la séduction d'un serpent transformé en femme dont il va être difficile de se défaire de sa magie.

 

Le capuchon bleu :

Un moine itinérant atteint le villge de Toda. L'ayant pris pour le démon de la montagne, son hôte lui conte l'histoire d'un saint homme devenu fou qui hante désormais la région. S'enfonçant dans la montagne, le moine décide d'aller à sa rencontre.

 

Controverse sur la misère et la fortune :

Un homme fortuné et quelque peu avare est réveillé en plein nuit par une voix. C'est l'esprit de l'or qui s'adresse à lui. Débute alors entre 2 une grande discussion philosophique sur le pouvoir de l'argent.


 

contes-de-pluie-06.jpg

 

 

Vous l'aurez donc noté : ces 9 contes s'attachent chacun à présenter une apparition ou un fait surnaturel. Le titre du recueil vient du fait que ces apparitions étaient favorisées par un ciel pluvieux à la tombée de la nuit.

Le terme de Monogatari renvoit à tout type de récit n'étant pas de la poésie pure. A cheval entre nos romans et nos contes d'aujourd'hui, c'était un genre littéraire très prisé vers le 13ème siècle. On peut citer d'autres Monogatari célèbres : Le dit du Genji, Le dit des Heike.

A l'époque de UEDA, le genre est plutôt tombé en désuétude. Pourtant l'auteur fait preuve d'une grand innovation et lance un nouveau genre : le Yomihon, courts récits fantastiques. Reprenant de nombreuses légendes chinoises ou s'appuyant sur des contes japonais, l'auteur réécrit à sa manière des histoires connues de tous. Grand stylisticien, grand lettré, ses textes sont bourrés d'allusions littéraires et peuvent être considérés comme une anthologie de style dont il joue avec son lecteur. On peut y voir aussi une anthologie des différents types de revenants : femme vengeresse, animal maléfique, guerrier fidèle, ...

Chaque récit évoque donc la rencontre d'un homme avec un spectre dans une ambiance souvent crépusculaire. Mais au delà de l'aspect fantastique, UEDA fait intervenir également dans son récit des morceaux philosophiques et des refélexions de tout ordre sur la vie en général : débat sur le pouvoir, sur l'argent, sur l'éthique bouddhiste, ...

 

Il en ressort que ces textes sont malgré tout très datés et difficilement accessibles au profane. Heureusement une introduction et une cinquante de pages de notes du grand spécialiste René Sieffert viennent expliquer les récits de UEDA. Indispensables à la lecture, elles expliquent le contexte historique et les nombreuses références implicites que nous ne savons pas relever. Il est donc difficile pour un lecteur contemporain d' apprécier toute la finesse du style et de réécriture. Pour ma part, je dois avouer que je ne m'attendais pas du tout à ce que j'ai lu. Je pensais qu'il s'agissait de simples récits folkloriques, faisant intervenir fantômes et démons. Et je dois dire que l'aspect historique, politique, philosophique m'a un poil rebuté et ennuyé, n'ayant donc pas les clés pour tout comprendre malgré le riche appareil critique.

Certaines histoires sont plus passionnantes que d'autres, s'attardant plus des sentiments humains que sur une réflexion plus poussée. On y trouve de très belles pages descriptives de décor, de la nature.


"Conte de pluie et de lune" est pourtant un recueil de référence en littérature classique japonaise. Seuls les aficionados sauront apprécier cette plongée fantastique et historique dans des temps éloignés où l'apparition de spectres n'étonnait personne. Un ouvrage de qualité évidente mais qui ne se livre pas facilement et nécessite une mise en condition culturelle !

 

Il est à noter que le réalisateur japonais Kenji MIZOGUCHI a tourné une adaptation de cet ouvrage.

La dernière réédition de l'ouvrage dans la collection L'imaginaire de chez Gallimard propose par ailleurs en bonus le DVD du film, le tout pour 12,50€ ! ça vaut le coup :)


 

"Contes de pluie et de lune"

UEDA Akinari

1ère édition : 1956

Editions Gallimard, connaissance de l'orient - 1990 - 228 pages - 7,90€

Editions Gallimard, L'imaginaire (avec DVD) - Juin 2009 - 12,50€


 

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Les Contes de la lune vague après la pluie :

Kenji Mizoguchi - 1953

Lion d'argent au festival de Venise en 1953

 

Adaptation du roman sus-nommé, le film reprend en fait 2 des histoires que le réalisateur a fondu en une : "La maison dans les roseaux" et "L'impure passion d'un serpent".

 

Genjuro est un potier qui vit misérablement avec sa femme et son fils.Obsédé par son art et l'argent qu'il va pouvoir lui rapporter, il se rend régulièrement à la ville avec Tobei, son beau-frère. Mais les temps sont troubles et des hordes de soldats hantent les environs, jusqu'au jour où ces derniers surviennent dans leur village faisant fuir la population. Heureusement la production de pots est sauve et les les 2 hommes retournent à la capitale vendre leur production, laissant femmes et enfant. Eblouis par leur désirs, leur absence sera longue...  Genjuro se laisse séduire par une mystérieuse femme (le démon serpent) oubliant sa femme qui mourra au village sous les coups de soldats voraces, tandis que Tobei éblouit par l'héroisme des samourais cherche à tout prix à intégrer une armée. Son épouse abandonnée et violée finira prostituée.

Leur rêve de grandeur finira par s'écrouler et le retour à la réalité sera bien rude.

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Mizoguchi a ici fortement bien adapté ce recueil tout en se limitant à 2 des histoires. On apprendra même dans les bonus que le réalisateur s'est également inspiré d'une nouvelle de Maupassant (laquelle ?). On retrouve tout la thématique fantômatique, si je puis dire, des contes. Les histoires, légèrement modifiées fusionnent parfaitement et donnent même un éclairage plus marquant que les textes. En effet, leur mise en image permet au spectateur d'investir le récit sans l'appareil historique qui alourdissait les récits de UEDA et cette adaptation s'avère très abordable pour les non-initiés. Le film est très esthétique, on y voit des références au théâtre No et la musique traditionnelle japonaise qui ponctue les scènes est très prégnante.

Dénonçant de manière plus marquée que UEDA, la course au profit et à l'argent, l'ambition et la gloire éphémère, Mizoguchi souligne la souffrance que les femmes ont à supporter à cause des hommes, veules et égoistes.

 

Bref, pour qui veut lire "l'Ugetsu Monogatori", le film Les contes de la lune vague après la pluie" est une bonne porte d'entrée !

 

 

 

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challenge In the mood for Japan


quinzaine nippone

 

Quinzaine nippone Jour 4 :

Vous pouvez découvrir également aujourd'hui :

 

Mango parle de : "le sang des cerisiers" , du blogueur Ötli

Monsieur Happy présente "Les paupières" de Yoko Ogawa

Emma évoque un album jeunesse : "Dans l'herbe"

Emma toujours prêche pour la bonne cause :)

 

A suivre !


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21 juin 2011 2 21 /06 /juin /2011 20:20

 

la-mort-l-amour-01.jpg"L'amour, la mort et les vagues" est une recueil de 3 nouvelles : la nouvelle éponyme, "Le jardin de pierre" et "Anniversaire de mariage".

 

Dans "L'amour, la mort et les vagues", on suit un homme qui est descendu à un petit hôtel désert près des falaises. Sugi n'est pas venu pour le tourisme mais avec la ferme intention de se suicider, un scandale entachant son nom étant à venir. Il passe ses derniers jours à observer le temps passé et à terminer la lecture de "Voyage en Orient" de guillaume de Rubrouck. Seulement, il découvre la présence dans l'hôtel de  Nami, une jeune femme qui a elle aussi choisi de mettre fin à ses jours par amour. Oseront-ils malgré tout à aller jusqu'au bout ?


" Il y a des gens qui prétendent que la gloire est due à une accumulation de malentendus. Il doit en être de même du déshonneur. "


 

"Le jardin de pierre" nous transporte à Kyoto. Uomi vient de se marier et choisit d'emmener sa femme  en voyage de noces dans la ville où il a passé sa jeunesse. Conduisant Mitsuko au pavillon de thé du Ninnaji puis au jardin zen du Ryôanji, Uomi se rappelle des souvenirs liés à ces lieux : son amitié avec Totsuka et leur amour pour la même fille qu'ils se sont disputés. L'escapade se révèlera dramatique à bien des égards...

 

Dans "Anniversaire de mariage", nous découvrons les souvenirs de Karaki Shunkichi. Veuf à 37 ans, il a du mal à concevoir de se remarier. Mais ce n'est pas l'amour qu'il avait pour elle qui le retient mais un défaut commun qui les liait : le sens de l'économie poussé à l'extrême. Se remémorant leur vie passée, il porte un regard attendri sur le voyage effectué ensemble pour leur cinquième anniversaire de mariage. Shunkichi vient en effet de gagner 10 000 yens et c'est partagé entre le désir d'économiser et celui de laver la honte de n'être jamais parti en voyage de noces que le couple décide de partir. De partir, l'avarice en bandoulière...

 

Voilà un recueil bien ironique sur les les faits de la vie et de l'amour !

Inoué dépeint ici 3 couples qui se mentent, et parfois même à eux-même. L'amour n'est qu'une façade bien commode qui cache parfois lâcheté, regret et avarice. L'amour n'est pas vraiment de l'amour et les personnages de ce recueil jouent tous la comédie.

C'est une vision bien pessimiste que nous livre l'auteur mais loin de nous faire éprouver de la compassion pour ces personnages, Inoué use d'une ironie cinglante à l'écriture simple et belle à la fois !

 

Un très bon recueil pour découvrir la littérature japonaise !


 

la-mort-l-amour-02.jpgJardin du Ryôanji - Kyoto

 

 

La mort, l'amour et les vagues

INOUE Yasushi

Editions Picquier - 1994 - épuisé

Editions Picquier Poche - 1999 - 104 pages - 5,50€

 

 

challenge In the mood for Japanquinzaine nippone


 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quinzaine nippone Day 2

 

Vous pouvez aussi découvrir  :

 

Mango nous parle de l'artiste Japonais Takashi Murakami

The Bursar nous présente les 2 premiers tomes du manga "No money"

Emma nous fait découvrir "Le jour de la gratitude au travail"

 

A suivre !


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10 juin 2011 5 10 /06 /juin /2011 19:40

 

clef-01.jpg

 

Auteur : TANIZAKI Junichiro

1ère édition : 1998

Editeur : Folio

Date de parution : Mars 2003

195 pages

Prix : 5,70€

 

 

La confession impudique est un curieux roman écrit sous forme de journal tenu par les protagonistes de l'histoire.

Un homme, agé de 56 ans, débute la nouvelle année qui s'annonce en débutant un jounal ou plutôt en décidant d'y confier désormais tous les faits qui touchent à sa vie conjuguale et sexuelle. Marié depuis 20 ans à Ikuko, 45 ans, cette dernière semble avoir des désirs insatiables concernant les plaisirs de la chair et son mari vieillissant peine désormais à lui apporter satisfaction.

Le mari, persuadé que sa femme n'ignore pas où il cache son journal et la soupçonnant de le lire en cachette, souhaite ainsi aborder les sujets tabous du sexe pour Ikuko, élevée dans une forte éducation traditionnelle où l'épouse se doit de rester à sa place et de rester extrêmement prude.


  " C'est la frustration de ne pouvoir parler directement avec elle de notre intimité qui m'a décidé à consigner tout cela. Désormais, je tiendrais ce journal comme pour m'adresser indirectement à elle, en supposant - que ce soit ou non le cas en réalité - qu'elle le lit en cachette. "

 

De son côté, Ikuko découvrant ta tenue du journal de son mari décide de faire de même, tout en affirmant haut et fort qu'elle ne lit pas le sien en cachette.

 

" (...) je me refuse catégoriquement à lire son journal. Je ne tiens pas à franchir les limites que je me suis imparties et à m'immiscer dans l'esprit de mon époux.  (...) Un être comme moi, qui ne se dévoile pas devant autrui, éprouve le besoin de se raconter au moins à soi-même. (...) La raison principale qui m'a poussée à tenir ce journal, c'est ce délicieux sentiment de supériorité que j'éprouve à connaître l'emplacement du sien tandis qu'il ignore même que j'en tiens un. "

 

Le lecteur va suivre ensuite la vie des 2 époux à travers le récit du quotidien que chacun en fait dans son journal. Ils ont une vie régulière et monotone. Ikuko trouve son mari repoussant et se refuse à tout impudeur à son égard alors que son mari lui reproche son manque de tendresse, de passion, de démonstration et d'inventivité pour les choses de l'amour.

Leur fille Tochiko est en âge de se marier et Kimura, un gendre potentiel leur rend de fréquentes visites qui se terminent le plus souvent en soirées fortement arrosées qui font perdre connaissance à Ikuko. Profitant de son inconscience, ce dernier va en user et abuser pour dénuder et photographier le corps toujours mystérieux de sa femme.

Mais le vieux professeur va finir par se rendre compte également que la jalousie provoquée par la présence de Kimura exacerbe ses désirs et lui permet de satisfaire sexuellement sa femme. Manoeuvrant d'autant plus pour pimenter sa vie conjuguale, le mari d'Ikuko va jouer avec le feu. 

 

"Depuis toujours, éprouver de la jalousie déclenche en moi des pulsions. C'est pourquoi en un certain sens ce sentiment est pour moi une nécessité et une jouissance. Ce soir-là, en me servant de la jalousie que je ressens envers Kimura, j'ai réussi à donner  du plaisir à ma femme. Il m'a donc fallu admettre que, désormais, notre couple ne saurait continuer à mener une vie sexuelle satisfaisante sans cet indispensable stimulant qu'est devenu Kimura. "

 

Utilisant chacun leur journal pour partager leurs sentiments sur les affaires sentimentales, chacun écrit en étant persuadé que l'autre le lit, tout en se refusant à admettre "officiellement" que c'est le cas, tout comme en déclarant ne pas lire l'autre (suis-je claire ? ^^).

Le lecteur qui découvre simultanément les propos du mari puis d'Ikuko voit se dresser un véritable dialogue entre les 2 époux et assiste à une sorte de jeu où chacun cherche à manipuler l'autre et à arriver à ses fins.

 

 

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Ce roman a été écrit en 1956 et loin, d'offrir les descriptions érotiques qu'on aurait pu attendre, il se révèle malgré tout assez pudique. Les choses du sexe sont évoquées à demi-mot et si l'on y trouve aucune mention un tant soit peu choquante pour notre époque, on peut aisément concevoir que ce roman ait pu choquer à celle de l'auteur.

On lira, par exemple que Madame est doté "d'un organe absolument exceptionnel" !

Les fantasmes sont stimulés par des éléments subtils mais néanmoisn érotiques : fétichisme du pied nu, blancheur d'un lobe d'oreille, baiser les aisselles ou les paupières closes.

 

Le sujet de ce roman épistolaire est bien le badinage amoureux qui se transforme peu à peu en manipulation érotique et intellectuelle. Sachant (ou du moins le croyant) que l'autre lit nos propos, disons-nous toute la vérité ? Est-ce que Ikuko et son mari sont totalement francs dans leur journal ou bien travestissent-ils la vérité pour mieux obliger l'autre à tel fait ou tel acte ? Les journaux des mariés, loin d'être toujours la vérité nue va se révéler une somme d'hypocrisie et de faux-semblants.

Mais derrière ce libertinage non assumé, se cache aussi l'amour. Ikuko, dont la famille lui a imposé ce mari qui la dégoûte, qui fantasme grace un autre homme mais qui finalement s'entiche davantage de ce plaisir honteux que lui offre son mari.

 

" Vous dites que je hais mon mari, mais d'un autre côté, je dois admettre que je l'aime. Plus je le hais, plus je l'aime aussi. Son désir ne peut s'enflammer que s'il vous fait intervenir, s'il vous inflige fe la souffrance ; mais quand je pense que tout ceci, il ne le fait en définitive, que pour me procurer du plaisir, je me trouve de plus en plus incapable de le trahir. "

 

Le mari qui, obsédé par des fantasmes érotiques qui l'enferment, finit par ne vivre qu'à travers eux, a enfin l'impression de vivre et d'être heureux.

 

Des contradictions inhérentes à la nature japonaise, empêtré entre ses obligations et ses traditions.

Ikuko, issu d'une famille ultra traditionnelle, est censée se comporter en femme soumise, obéissante à son mari et répondre à ses besoins.

 

" Puisque mon mari aime me voir nue, mon devoir d'épouse fidèle est de supporter au moins d'être dévêtue sans le savoir, et bien que ce soit de très mauvais goût. A l'époque féodale, la vertu d'une femme voulant qu'elle se soumette absolument à son mari, elle se serait pliée à tous ses désirs, aussi infâmes ou répugnants qu'ils soient, et n'aurait d'ailleurs pu faire autrement. Jene fais pas que remplir mon devoir. D'un certain point de vue, je demeure une épouse vertueuse et docile et, en échange, j'obtiens de lui qu'il comble mes appétits charnels dévorants. "

 

 

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Mais la nuit, cette dernière prend la forme d'une femme vorace qui, par ses appétits sexuels, épuise son mari. Leurs confessions dévoilent l'ascendant que Ikuko et ses désirs prennent sur son pauvre mari.

 

" La passion violente que suscite la jalousie, l'exacerbation des pulsions sexuelles obtenues grâce au spectacle inépuisable de ma femme nue, tout cela me conduit à une folie qui ne connaît pas de limite. "

 

" Certes, je déteste cet homme du fond du coeur, mais, à le voir si plein de passion pour moi, je trouve un certain intérêt à lui donner du plaisir au point de lui faire perdre la tête. Autrement dit, je suis ainsi faite que je suis incapable de dissocier totalement amour et sexualité, si bien que tout en éprouvant d'un côté de l'aversion pour mon mari - cet homme écoeurant à m'en donner la nausée -, je ne peux m'empêcher, en l'emmenant dans le monde de la volupté, de m'y perdre moi aussi. "

 

Vous en douterez cette histoire se terminera dramatiquement. La chute en suprendra plus d'un, même si on peut lui reprocher d'arriver de manière un peu sèche et abrupte.


Reflet de la transition du Japon vers une ère plus moderne, Ikuko est le parfait reflet de son pays. Issue d'une tradition patriarcale, elle doit concilier ses devoirs d'épouse avec ses besoins charnels. Ne pouvant les assouvir publiquement, elle doit recourir à des subterfuges et des ruses pour être ce qu'elle est de manière cachée et honteuse. Le lecteur la trouvera perverse et haissable mais au final, n'a-telle pas donné à son mari ce qu'il souhaitait ?


  " Je crois pouvoir dire qu'en définitive je me suis montrée fidèle à mon mari. Il a eu l'existence heureuse qu'il souhaitait. "

 

"La confession impudique" se révèle au final un roman extrêmement moderne, de par son abord des sujets tabous (sexualité et érotisme au sein du couple) et par le traitement inversé du plaisir. Que la femme ne soit pas restreint au rôle passif où elle est cantonné habituellement, voilà qui bouleverse les codes traditionnels japonais !

 

Pour ma part, ce roman est une vrai réussite et un gros coup de coeur !

 


 

Lecture commune avec Cynthia dont je vous invité à lire l'avis !

 

 

D'autres avis :

Liliba - Gio - Orient extrême - Lili galipette


 

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29 mars 2011 2 29 /03 /mars /2011 08:00

 

wasurenagusa 01

 

Auteur : SHIMAZAKI Aki

 Editions :

Actes Sud - 2003 - 123 pages - 12€

Actes Sud, Babel - 2009 - 125 pages - 6,50€

 

 

 

Je continue ma poursuite de la série à pas de tortue...

Pour les tomes précédents :

Tome 1 : Tsubaki

Tome 2 :  Hamaguri

Tome 3 : Tsubame


Dans ce quatrième tome, nous suivons les pas de Kenji Takahashi, héritier d'une noble famille. Il est issu d'une famille très autoritaire qui ne rigole pas avec la morale et les traditions. Divorcé d'une première femme avec qui il n'a pas eu d'enfant, sa famille le presse de se remarier afin de perpétuer la lignée familiale. Mais ce jeune homme discret va pour une fois s'élever contre ses parents : il a rencontré Mariko mais cette dernière est issu d'un milieu populaire et s'avère en plus être mère célibataire. Alors que ses parents désapprouvent complètement leur union, Takahashi épouse Mariko et envisage même d'adopter son fils, Yukio. Ce dernier a en effet découvert qu'il était stérile...

 

Avec la voix de ce nouveau personnage, nous plongeons une fois de plus dans les méandres des relations d'un petit groupe de personnes. Une fois de plus, un secret de famille bien enfoui se cache dans le passé famillial. Takahashi, qui a coupé toute relation avec ses parents, se rappelle l'importance qu'avait eu sa nurse pendant son enfance. Attentive et chaleureuse, elle était la seule à donner de l'affection à ce petit.

De fil en aiguille, il cherche à rertouver sa trace et découvre un fait marquant concernant ses parents et lui-même. Voilà encore une histoire qui démontre que les secrets familiaux rejaillissent toujours d'une manière ou d'une autre sur les enfants.

Au-delà du secret de famille, l'histoire est aussi prétexte à dénoncer la pression sociale et à montrer que le poids des traditions est encore bien présent dans les familles japonaises. L'importance de la lignée familiale, le rôle de procréer assigné aux femmes, le problème que la stérilité peut provoquer dans le couple et la famille : tout ceci apparait en filigrane de l'histoire.

L'écriture de l'auteur est toujours aussi simple et subtile. Pas d'emphase, la simplicité des sentiments se suffit à lui-même. Seules quelques remarques affleurent ici et là sur des évènements marquants de l'histoire du Japon : l'invasion de la Mandchourie par les japonais, le massacre des corréens après le tremblement de terre déjà évoqué dans un tome précédent.

 

 


Les nombreux avis de :

Karine - Marie - Joelle - Stephie - Snowball - Clara - Leiloona - Cynthia - Manu - Restling - ...

 

 

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26 mars 2011 6 26 /03 /mars /2011 16:38

 

 

Mémoires d'un yakuza 01

 

Auteur : SAGA Junichi

 Editeur :Picquier, poche 

Date de parution : Juin 2007

Prix : 9,50 €

  362 pages

 

 

 

Comme le titre l'indique, il s'agit ici des mémoires d'un yakusa japonais. Alors qu'il se meure lentement d'un cancer, le gangster va confier son parcours au médecin qui le soigne, SAGA Junichi. A sa mort, dans les années 70, ce dernier relatera alors sur papier son étonnant parcours.

 

On se fait tous une idée ultra-violente des yakusas, véhiculée par les nombreux films qui leur sont dédiés. On les associe toujours à une image de criminels violents qui flinguent à tout va.

Sauf que dans ces mémoires, on va découvrir qu'à l'origine, les yakusas étaient surtout des joueurs professionnels et que la plupart de leurs activités étaient consacrés aux tripots de jeu.


  " Le vrai métier des yakusas, c'étit le jeu, et rien d'autre. De mon temps, si un yakuza avait gagné sa vie d'une autre manière, les gens l'auraient regardé de haut. << Oh, lui, auraient-ils dit. Il veut ramasser des oeufs de tous côtés, parce qu'il n'arrive pas à gagner sa vie avec le jeu, il n'est pas assez bon. C'est un imposteur, et rien d'autre >>. "

 

 

memoires-d-un-yakuza-02.jpg

 

 

Nous allons donc suivre notre homme de 1910 à 1970 environ.

Ijichi Eiji a une quinzaine d'années quand il quitte la maison familiale pour aller travailler à Tokyo chez un oncle dans son entreprise de charbon. A force de cotoyer les dockers, il finit par sympathiser avec eux et à intégrer leur cercle de jeu, à fréquenter les quartiers des plaisirs. Il travaille ensuite clandestinement sur les "bateaux de minuit", qui permettaient aux gens de se déplacer la nuit sans éveiller les soupçons de la police, les jeux d'argent étant interdits à l'époque.


  "Avant la guerre, la façon dont vivaient la plupart des japonais consistait à se lever quand il faisait encore noir et à se rendre à leur travail, puis à travailler de toutes leurs forces toute la journée, et enfin à rentrer quand il commençait à faire sombre, manger et se coucher : ce qui veut dire que dans la plupart des familles, tout le monde dormait déjà à neuh heures du soir. Alors si quelq'un se trouvait dans les rues à cette heure-là, ils pensaient tout de suite que ça ne valait rien de bon. "

 

Ijichi Eichi finit par intégrer les maisons de jeu et entrer dans un gang. Il fait son apprentissage :


" Qu'est-ce que je faisais en fait ? La lessive, le ménage, la cuisine et les courses. A côté de ça, il fallait que je m'entende bien avec les commerçants du quartier et que j'aide à l'entretien des rues du voisinage. Les balayer et les nettoyer, ce genre de travaux."

 

On découvre avec lui les codes d'honneur, le business du jeu, le système de l'ascension interne, l'entraide entre ses membres.

 

" Il y avait des règles précises pour pratiquement tout - de la façon dont on salue quelqu'un au-dessous ou au-dessus desoi, la façon de parler aux gens, la façon d'indiquer que vous les écoutez, tout. C'est un monde féodal, très différent de la vie ordinaire extérieure. "

 

 

mémoires d'un yakuza 03

 

Puis il devient joueur professionnel, connait la prison. Il s'élève dans la hiérarchie et dirige son propre tripot, avant de devenir chef du gang.

 

" La plupart des gens s'imaginent que les yakusas sont des brutes, mais pour arriver en haut, il faut bien plus que du muscle et de la force. Autrement n'importe quel idiot pourrait y parvenir. Ce qui compte, c'est d'avoir les qualités  qui font que les gars sous vos ordres sont loyaux, prêts à mourir pour vous si nécessaire. "

 

Au-delà, de l'aspect "technique" des gangs, on découvre aussi le parcours humain d'un homme qui a dû lutter et travailler dur pour trouver sa place. On suivra ses multiples aventures amoureuses et la relation forte qui l'unit à ses frères de gang.

A travers ce portrait d'un vie, se dessine aussi en filigrane le portrait d'une époque. Il évoque les années difficiles de l'après-guerre, la corruption de la police, le tremblement de terre de 1923 qui détruisit une grande partie de Tokyo puis les difficultés économiques, les affaires qui ne marchent plus. Les portraits des petites gens, des geishas ajoutent une couleur encore plus humaine à ce récit qui l'est déjà.

 

Vous l'aurez compris, inutile de chercher dans ce texte, une intrigue trépidante, avec assassinats et bagarres à chaque page. Sans être un enfant de coeur, Ijichi Eiji se révèle un chef de gang à l'ancienne, respectueux des codes et des hommes.

"Mémoires de yakusa" est un portrait au long cours ponctué d'une découverte intéressante d'un milieu et d'une époque révolue loin des clichés convenus du cinéma.

 

 

 

L'avis de Saraswati que je remercie pour le prêt !


 

Pour ceux que le sujet intéresse, vous pouvez lire :


- " Yakuza, la mafia japonaise ", de Dubro et Kaplan, chez Picquier à 11,50€

- "Yakuza : enquête au coeur de la mafia japonaise", de Pierrat et Sargos, chez Flammarion à 20€

 

 

 

challenge In the mood for Japan

 

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26 février 2011 6 26 /02 /février /2011 08:00

 

naufrages 01

 

Auteur : Akira Yoshimura

Editions :  

Actes Sud - Janvier 1999 - 190 pages - épuisé

Actes Sud, Babel - Février 2004 - 192 pages - 7,50€


 

Isaku est un jeune garçon de 9 ans qui vit avec sa famille dans un village japonais très pauvre. Coincé entre la montagne et les rivages rocheux de la mer, le village ne possède que peu de moyens de subsistance. L'élevage et l'agriculture étant impossibles, la population vit de la pêche, de maigres cultures et de quelques échanges avec les villages à proximité. La vie est tellement difficile que certains habitants sont même obligés de se louer à la ville pour obtenir de l'argent qui permettra à la famille de subsister en leur absence. C'est le cas du père d'Isaku. Parti travailler pour 3 ans, il a laissé sa famille et Isaku, malgré son jeune âge, se retrouve chef de famille. Isaku prend très à coeur son rôle et va commencer son apprentissage de jeune adulte.

Durant 3 ans environ, nous allons suivre le jeune garçon et découvrir le quotidien du village. Rythmées par les saisons, les tâches se répèrent années après années : Pêche au poulpe puis aux encornets, la saison des sardines et des maquereaux, cuisson du sel, échanges avec d'autres villages, etc... La mère d'Isaku est plutôt dure avec son fils et la tendresse n'est pas à l'ordre du jour lorsqu'il faut se battre pour survivre.

Mais Isaku, au fur et à mesure de son apprentissage, va finir par découvrir que les grands feux allumés la nuit ont surtout une autre fonction : tromper les navires perdus dans la tempête et les entrainer à s'échouer sur les rochers pour pouvoir mieux récupérer leurs cargaisons. Ces naufrages tant recherchés sont en effet une véritable bouffée d'air pour ces villageois en leur permettant de vivre à leur faim pendant plusieurs années et d'éviter de louer leur travail.

Hélas, parfois le prix à payer pour cette tranquillité du ventre est parfois un peu trop lourd...

 

 

naufrages 02

 

Ce petit conte qui prend place dans une époque indéfinie évoque la vie extrêment difficile dans un village dénué de tout. On y vit de façon archaïque et rurale. La faim fait partie du quotidien. Posséder de nouveaux vêtements ou manger du riz à tous les repas est un véritable luxe qu'aucun d'entre eux ne peut s'offrir. La survie est un combat de tous les jours et qui ne sait pas pêcher condamne sa famille à la mort. C'est pourquoi Isaku se révèle un personnage extrêmement attachant. Au départ, peu averti dans son travail, il se bat néanmoins avec opiniatreté pour réussir à ramener à manger à sa famille. Isaku veut être digne de la responsabilité que lui a donné son père et veut que ce dernier soit fier de lui à son retour. 

Les difficultés n'enlèvent pas une part de légereté et de bonheur malgré tout. Isaku va connaitre ses premiers émois amoureux. Il a une part de naiveté qui l'empêche d'avoir une vue pessimiste de la vie.

 

Le narrateur est d'ailleurs Isaku lui-même. Le récit est plutôt descriptif et le jeune garçon raconte son quotidien au fil des saisons. Le temps passe, le cycle des choses et de la vie continue de tourner. Il nous fait partager ses pensées, ses peurs, ses espoirs.

En bref, il s'agit d'une tranche de vie et il ne faut pas s'attendre à une intrigue trépidante. Le rythme est lent, la fin est abrupte et le lecteur sait que la vie du village continuera de façon immuable.

Cruelle et noire, l'histoire souligne les extrémités auquelles la misère et la faim peuvent nous conduire, et transforme le simple récit en une réflexion philosophique.

 L'Homme n'est qu'un simple élément de la Nature. En provoquant et en demandant plus, en devenant avide et paresseux, peut-être dépasse-t'il les limites de sa simple condition d'humain. Le châtiment n'en serait alors que d'autant plus justifié ? Dans tous les cas, la Nature donne et reprend. La vie est un éternel cycle où la nature, les hommes naissent et meurent indéfiniment.

 

Je vous laisse méditer là-dessus et vous encourage à lire ce petit bijou !

 

Extraits :

 

" Le mort, un homme de plus de cinquante ans du nom de Kinzo, était nu, simplement couvert d'un linge autour des reins. Après une mauvaise chute, il s'était couché, et depuis quelques jours sa famille ne lui donnait plus que de l'eau. On n'avait pas l'habitude au village de nourrir les mourants. "

  

" Il commençait à comprendre. Il avait été longtemps persuadé que la cuisson du sel était une cérémonie pour que les bateaux en difficulté viennent s'échouer sur la plage, et il se rendait compte maintenant que c'était surtout un moyen de provoquer un naufrage."

 

Les avis de Papillon, Marie, Bluegrey, Kalistina,       

 

 

 

 

challenge In the mood for Japan

 

 

 

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Humeur

Le 26 Août 2013 :
Le grenier de choco n'est plus...
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