Auteur : Eric Holder
Editions :
Flammarion - 1996 - 16€
J'ai Lu - 2001 - 4,20€
GF, étonnants classiques - 2008 - 3,50€
Note : 2 / 5
Trouvé complètement par hasard pour 1€ chez un bouquiniste, je me suis laissée tentée par ce roman à cause de l'adaptation ciné qui est sortie il y a peu et qui me tentait beaucoup. Voilà donc une bonne occasion de commencer mon challenge Lunettes noires pour pages blanches !
Jean est maçon et vit une routine sans heurts avec Anne-Marie, sa femme et leur petit garçon Kevin. Son quotidien s'épanouit autour des chantiers où il travaille, des visites intempestives de son patron et de leur maison à Montmirail, petite ville où tout le monde se connait mais où plus personne n'échange.
"Il faut avoir grandi, puis vivre dans le même bourg de la province profonde pour épouver le poids de l'enlisement, les grandes espérances ramenées aux proportions d'un compte bancaire, l'ennui auquel on n'échappe plus que par d'infimes détails : un magasin qui ouvre, la fermeture d'un ancien, le vote, au conseil municipal, d'une nouvelle fontaine. "
C'est la rencontre avec la maitresse de son fils qui va servir d'électro-choc. Antonio va chercher Kevin pour la première fois à l'école. Mademoiselle Chambon bouleverse notre maçon et elle-même aura le coeur qui s'emballe. Chacun va essayer d'établir un rapprochement de façon innocente : Antonio va prendre l'habitude d'aller chercher son fils, Mademoiselle Chambon lui demandera de changer une fenêtre.
Personne ne parle de ce qu'il ressent et les deux personnages en resteront là, avec leur sentiments.
Iront-ils alors au bout de leur attraction mutuelle ?
Ce roman prometteur m'a finalement pas mal déçue...
Très marquée par les quelques extraits du film où le couple semble sublime, tout en retenue et en pudeur, j'ai trouvé ce roman très froid et très distancié. Je ne me suis pas vraiment attachée aux personnages et je n'ai pas ressenti du tout l'intensité de leurs sentiments. Au contraire des auteurs asiatiques ( exemple pris complètement au hasard
) qui savent montrer les non-dits et la force des sentiments à petites touches, on retrouve ici un style complètement plat (excepté quelques passages) qui n'est pas capable de traduire l'amour que se porte les deux personnages. Au point que je me suis même posé la question, si c'était vraiment de l'amour ou un prétexte pour fuir le quotidien...
Car c'est bien de fuite qu'il est question ici. Tel le champ de blé qu'ils contemplent à la fin du roman, leur amour a muri et prêt à être "récolté". Pourtant chacun se dérobera devant leur attirance pour mieux se conformer à ce qu'on attend d'eux. Plus que l'histoire d'un amour impossible, j'y ai surtout vu de la lacheté et du conformisme chez deux êtres qui préfèrent choisir la fuite donc et le désespoir de leur petite vie étriquée.
Le Crotoy
On y trouve cependant quelques beaux passages, comme la scène des champs de blé ou celle où Antonio part au Crotoy et cherche des traces de la présence de Mademoiselle Chambon alors que cette dernière a décidé de ne pas y partir pour mieux trainer du côté de la maison d'Antonio. Constat amer de deux personnages qui se croisent et ne sont pas destinés à se retrouver.
Je dois dire que j'ai très hâte maintenant de voir le film en question et j'espère qu'il sera à la hauteur de mes attentes en me faisant ressentir toute la force de cet amour impossible que j'attendais.

L'adaptation ciné :
Je viens de visionner à l'instant même le très beau film de Stéphane Brizé et je m'empresse de rédiger la suite de mon billet !
Et bien, je dois dire que j'y ai trouvé dans cette adaptation tout ce qui faisait défaut dans le roman.
L'histoire avance par petites touches, de façon très lente et laisse ainsi les sentiments grandir peu à peu. La narration est plus fluide, les choses se font de façon beaucoup plus naturelle.
Ici, on ne pénètrera pas dans les pensées des 2 personnages et l'essentiel ne sera exprimé qu'au travers des gestes et des regards. Peu de dialogues et c'est tant mieux. Certains sentiments se passent de commentaires. Peu de musique aussi : un minimum d'effets pour plus de force encore dans les moments essentiels.
Le réalisateur a fait le choix d'ajouter des scènes (dont je ne dirais rien pour ne pas vous gacher le plaisir !) et d'en enlever d'autres. Pas d'ami à qui confier ses penchants affectifs, pas de patron perturbateur, pas de vacances au Crotoy.
Au final, paradoxalement, le film m'a paru beaucoup plus dense que le roman alors qu'habituellement on attend plutôt le contraire ! Les acteurs sont remarquables de justesse et de retenue.
Surtout, je n'ai pas retrouvé le sentiment de lacheté qui imprégnait le roman. On ressent beaucoup plus le côté amour impossible et je dois dire que j'ai versé ma petite larme !
Inutile de vous dire que tout ça m'a rappelé le côté minimaliste de certains films asiatiques...
Bref, le réalisateur a réussi le pari de filmer une histoire d'amour pudique faite de silence, sans tomber dans le côté larmoyant. Je vous le conseille très chaudement donc !
(et oubliez le roman qui, au final, n'a que peu d'intérêt...)