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4 juillet 2011 1 04 /07 /juillet /2011 07:00

consolation-des-grands-espaces-01.jpgGretel Ehrlich vient dans le Wyoming en 1976 pour tourner un documentaire sur des bergers locaux. Son compagnon qui fait parti du projet ne l'accompagne pas : il est très malade et presque mourant. Pourtant, elle va s'immerger avec bonheur dans le monde difficile des éleveurs et des cowboys. Quand son compagnon disparait, elle décide de rester dans cette région où nature et grands espaces l'aideront à se retrouver elle-même.

 

Contrairement à ce que la 4ème de couverture et mon résumé laisse penser, ce livre n'est absolument pas centré sur le deuil de l'auteur et sa difficile reconstruction. Les mentions de son ami, de sa maladie et de sa mort ne sont présentes que dans quelques lignes. L'essentiel du récit porte sur le wyoming et la vie de ses habitants. Ce texte, disons le clairement, autobiographique est surtout une plongée dans cette région désertique qui connait des conditions difficiles (températures qui oscillent entre 40 et -50°).

Au rythme des saisons, nous allons vivre avec Gretel la vie de ces éleveurs qui, face à la difficulté de leur existence, y opposent une entraide et une chaleur humaine hors du commun.


Gretel se fait guide de troupeaux de moutons et partage la vie des ranchers conditionnée par les animaux.


" Garder les moutons, c'est découvrir un nouveau régime humain, intermédiaire entre la seconde et la marche arrière - un pas vif et ferme sans précipitation. Pas de chair superflue à ces journées. Mais le déplacement constant du troupeau de point d'eau en point d'eau, de camp en camp, devient une forme de quête. La quête de quoi ? "

 

Elle évoque avec chaleur ces hommes qui, le plus souvent silencieux, connaissent la valeur de la parole rare. Elle nous entraîne dans les restes myhiques des anciens pow wow indiens et nous rappelle que ces terres désolées leur appartenait autrefois. Elle nous fait découvrir le monde des rodéos, décrira avec précision les épreuves et leurs difficultés et souligne le lien qu'entretiennent les hommes avec les animaux.


"Parce que ces hommes travaillent avec des animaux, pas des machines ni des numéros, parce qu'ils vivent en plein air dans des paysages d'une beauté torrentielle, parce qu'ils sont assignés à un lieu et un quotidien embellis par d'impressionnants impondérables, parce que des veaux naissent et meurent dans leurs mains, parce qu'ils vont dans la montagne comme des pèlerins pour connaître le secret des wapitis, leur force est aussi de la douceur, leur dureté, une rare délicatesse."

 

" Le mutisme de l'animal a les qualités purifiantes de l'espace : nous délaissons nos séduisantes spéculations intellectuelles par lesquelles nous mesurons l'ampleur de nos misères pour réagir dans des situations d'urgence. L'animal nous rattache au présent ; à ce que nous sommes à cet instant précis, pas à notre passé ni à ce que nous valons aux yeux de notre banquier. Ce qui apparait clairement à l'animal, ce ne sont pas les foiritures qui étoffent notre curriculum vitae affectif, mais ce qui en nous est le fleuve et le lit : agressivité, peur, insécurité, bonheur ou sérénité. Parce qu'ils ont la capacité de déchiffrer nos tics et odeurs, nous leur sommes transparents et, ainsi exposés, nous sommes enfin nous-mêmes. "

 

consolation-des-grands-espaces-02.jpg


Fascinée par cet Ouest sauvage, l'auteur nous emporte avec brio loin des clichés de cow-boys solitaires et machos. Les femmes ont toute leur place ici et la confiance que ses habitants généreux lui donnent l'aideront à surmonter la souffrance du deuil et de la solitude.

Son écriture, belle et poétique, réussit à animer les paysages que le lecteur découvre sous sa plume. L'homme, face à l'immensité, n'est que fétu de paille et il se doit de respecter cette nature exigeante qui lui rappelle la nature éphémère de sa condition.

 

" La nuit, au clair de lune, le pays est rayé d'argent - une crête, une rivière, un liseré de verdure qui s'étend jusque dans la montagne, puis le vaste ciel. Un matin, j'ai vu une lune toute ronde à l'ouest, juste au moment où le soleil se levait. Et tandis que je chevauchais à travers un pré, je me suis sentie suspendue entre ces deux astres, dans un équilibre précaire. Pendant un moment, il m'a semblé que les étoiles, qu'on voyait encore, tenaient ensemble toutes choses comme des cercles de tonnelier. "

 

" En sortant de l’étable, nous vîmes une aurore boréale. On eût dit de la poudre tombée d’un visage de femme. Rouge à joues et ombre à paupières bleue veinaient les flèches de lumière blanche qui fusaient et vibraient, associant les couleurs – comme s’associent les destins – avant de s’effacer. "

 

C'est ce face à face avec la Nature qui la remettra sur les rails et lui permettra d'avancer à nouveau dans la vie. Une errance saine où l'on se perd pour mieux se retrouver.

 

" A vivre et à travailler dans ces grands espaces, où la vue porte à l'infini, on finit par perdre ses repères. Un berger à qui j'avais demandé de me décrire le Wyoming, m'a répondu : C'est pas grand-chose ­ rien que du vent et des serpents ­ si bien qu'à force tu sais plus ni d'où tu viens, ni où tu vas... et ma foi, ça ne fait pas de différence..."

 

 

La consolation des grands espaces est une véritable ode au Wyoming. Amoureuse de ces terres battues par les moutons et les vaches, l'auteur célèbre une vie au contact de la Nature et des animaux, en opposition à notre mode de vie contemporain, moderne et tourné vers la consommation et l'argent.

 

consolation-des-grands-espaces-03.jpg

 

Extraits :

 

" La vraie consolation, c'est qu'il n'y a nulle part de consolation. Nulle part, c'est-à-dire partout. "

 

" Il n'y a rien de plus fragile qu'une femme, si ce n'est un homme. "

 

" Pour être dur, il faut être fragile. La douceur est la vraie pugnacité. "

 

D'autres avis :

Keisha qui m'avait donné envie - Folfaérie -

 

 

La consolation des grands espaces

Gretel Erhlich

Parution américaine : 1985

Editions Albin Michel - 1996 - épuisé

Editions 10/18 - 2006 - 172 pages - 7€

 

 

challenge nature writing

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commentaires

Lili 28/10/2011 17:44



Oui, cette fois, nous le sommes ^^


Mon article sera publié le 2 novembre, j'ai mis un lien vers le tien dessus :)



Choco 28/10/2011 19:56



Chouette ! J'irais voir ça !



Lili 28/10/2011 12:30



Je suis en train de le terminer et en prévision de mon billet, je tombe sur le tien en furettant sur le net ^^


Très joli article en tout cas, à l'image du livre !



Choco 28/10/2011 15:12



Décidemment, nous nous croisons beaucoup


J'espère qu'on sera du même avis cette fois-ci !



Joelle 04/08/2011 11:21



Je suis une fan de ce genre de livre, où les gens changent de façon de vivre et s'installent dans une nouvelle région ! Je note (et c'est vrai que c'est joli mais un peu isolé, le Wyoming !)



Choco 05/08/2011 01:09



Isolé certes mais les descriptions de l'auteur font rêver !



Manu 07/07/2011 19:22



Tiens, les paysages ont l'air pas mal aussi par là



Choco 08/07/2011 02:06



Je croyais que les bouquins nature, c'était pas ton truc ?! Ton voyage t'aurait-il fait changer d'avis ?!



Brize 06/07/2011 12:15



Ce n'est pas le premier billet que je lis au sujet de ce livre et, cette fois encore, je me dis qu'il devrait me plaire. Je crois que c'est simplement parce que je ne l'ai pas croisé en librairie
que je ne l'ai pas déjà acheté, je l'avais un peu oublié.



Choco 07/07/2011 01:10



Ah je connais bien ce concept ! J'ai un bouquin de Ferney que je veux absolument lire mais que bizarrement j'oublie tjs en librairie...



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