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4 juin 2012 1 04 /06 /juin /2012 07:00

Vers-l-aube-01.jpgAujourd'hui Murdo Munro marie sa fille. Loin de se réjouir pour cette dernière, il anticipe surtout le moment où il va se retrouver seul avec sa femme Margaret. Leurs relations sont depuis longtemps sous le signe de l'indifférence et de l'hostilité silencieuse et cette perspective lui est désormais insupportable. Murdo claque la porte de l'église en pleine cérémonie, incendie la maison familiale, symbole de compromission et d'humiliation, et s'enfuit d'Acheninver.

 

Après l'âpre et délicieuse découverte de son premier roman Le coeur de l'hiver, je me suis plongé à nouveau dans les les âmes et paysages tourmentés de Dominic Cooper.

Vers l'aube nous emmène, à son tour, sur les terres écossaises de l'auteur, dans un petit village insulaire et côtier où la vie se déroule lentement, où tout le monde se connaît.

Solitaire, silencieux, Murdo est un homme amer qui noie son ressentiment pour sa femme dans l'alcool et le travail. Son acte inconsidéré le pousse à fuir et c'est naturellement dans la Nature qu'il part se réfugier. Errant de longs jours sur des terres désertiques, dormant à même le sol,  Murdo se cache et reprend goût à une certaine forme de liberté. Aussi tourmenté que les paysages qu'il traverse, Murdo fuit pour mieux se trouver. Il se cherche une place, un rôle qu'il trouvera temporairement auprès du petit Doug, jeune substitut de sa fille qu'il n'a jamais réussi à s'attacher. Notre homme va vagabonder, s'arrêter auprès de sa soeur pour mieux repartir, envisager de rejoindre les côtes écossaises avant de vouloir retourner faire face à ses responsabilités.


 

Vers-l-aube-02.jpg©Chris Close


Entre fuite et quête de soi, le cheminement de Murdo traverse surtout des paysages grandioses que l'auteur se fait fort de mettre en valeur. Rendant avec force l'aprêté des paysages, le vent qui caresse les montagnes escarpés, la violence des pluies soudaines, le coupant des roches escarpées, Dominic Cooper donne vie aux terres de son coeur et faire la part belle aux longues descriptions extérieures qui, d'une certaine manière, symbolisent les souffrances de Murdo. Comme dans son premier roman, inutile de chercher de l'espoir et la joie ici.

 

Vers l'aube est un récit lent qui prend son temps pour se perdre dans un goût de finitude et de mélancolie. L'homme accablé de n'être rien, ni un bon père, ni un bon mari, affrontera dans cette nature sauvage et sans concession son propre reflet et se soumettra à cette terre qu'il ne sait véritablement quitter.

Un très beau roman à la langue pure et éclatante qui plaira aux amateurs de romans sur la désespérance et de nature writing !

 

 

Vers-l-aube-03.jpg©Chris Close


 

D'autres avis :

Cryssilda - Keisha - Kathel - Marie - Yv - Hecate - Aifelle -

 

 


Titre : Vers l'aube

Auteur : Dominic Cooper

Éditeur : Metaillé

Parution : Octobre 2009

    192 pages

Prix : 18€


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8 juillet 2011 5 08 /07 /juillet /2011 20:00

bouteille-endiablee-01.JPG

"La bouteille endiablée" connu aussi sous le titre "Le diable dans la bouteille" a été écrit par Stevenson en 1893 dans les îles Samoa. On la retrouve habituellement dans le recueil "Veillées des îles" mais les editions Phebus ont eu la bonne idée de l'offrir gratuitement à leurs clients.

 

Kéaoué, habitant d'Hawaï, est en voyage à San francisco. Alors qu'il s'émerveille de la magnificence des maisons, il rencontre un homme qui lui révèle que sa maison et sa bonne fortune provienne d'une bouteille magique. Incassable, celle-ci contient un petit diable qui réalise tous les voeux de son possesseur. Son seul inconvénient :

 

"Si un homme meurt avant de l'avoir vendue, il brûle en enfer à jamais. (...) mais il n'est possible de la vendre qu'à perte."

 

Kéaoué se laisse tenter et achète la bouteille pour 50 dollars. De retour à Hawaï, le vent tourne en effet et la fortune vient à lui. Tout cela fait pourtant peur à Kéaoué qui s'empresse de revendre la bouteille. Les années passent, il rencontre la belle Kokona et Kéaoué est heureux jusqu'au jour où il apprend qu'il est atteint de la lèpre...  Désormais Kéaoué cherche à tout prix à retrouver la bouteille lui permettant de le soigner. Hélas, la bouteille est passée dans bien des mains et sa valeur a considérablement chutée...

 

Voilà une petite nouvelle qui reprend bien évidemment le thème du pacte avec le Diable, comme d'autres avant lui.

Stevenson évoque ici l'attrait vain de l'argent et de la richesse. La bouteile a beau exhaucer tous les voeux, elle n'offre ici qu'un bonheur aléatoire qui dépend du fait que son possesseur s'en débarrasse à moindre prix. Voilà un paradoxe qui entraîne de nombreuses complications lorsque le prix s'approche de zéro, le don de la bouteille étant interdit. Kéaoué, pour mieux profiter de sa nouvelle femme et de plaisirs éphémères, fait le choix de la damnation. Mais le héros se rend compte également que le bonheur des uns peut faire le malheur des autres (mort qui implique un héritage, honte d'avoir provoqué la damnation d'un autre)

On retrouve aussi dans cette nouvelle l'ambiance îlienne que l'on retrouve dans d'autres récits de l'auteur. Les paysages d'Hawaï paraissent paradisiaques mais révèle aussi en leur sein des lieux plus sombres et plus dangereux.

 

La bouteille endiablée est un petit conte fantastique qui, sans bouleverser le genre, se lit facilement et devrait plaire à un large public.

 

D'autres avis :

My Lou book -

 

 

La bouteille endiablée, ou Le diable dans la bouteille

Robert L. Stevenson

Editions Folio Junior - 1978 - épuisé

Intégrale des nouvelles en 2 volumes - Editions Phébus - 2001

Editions Phébus - 2011 - Offert

 

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14 avril 2011 4 14 /04 /avril /2011 07:00

 

coeur de l'hiver 01

 

Auteur : Dominic Cooper

Editeur : Metaillé

Date de parution : Mai 2006

Prix : 18 €

  187 pages

 

 

Alasdair Moor est un homme qui vit seul depuis de nombreuses années sur une petite île écossaise. Installé dans la ferme familiale, il a vu son père mourir, son frère partir au Canada et les autres habitants quitter le hameau pour trouver une vie meilleure et plus confortable à la ville. Désormais il est seul parmi les maisons abandonnées. Mais Alasdair est un homme simple, à l'esprit un peu lent, qui se contente du strict minimum : il dort sur une paillasse de foin, se chauffe à la cheminée et s'éclaire à la lampe à huile. Il vit de la pêche au homard et sa vie est rythmée par les saisons. Ses seuls compagnons sont les quelques bêtes qui occupent l'étable et lui offrent quelque subsistance alimentaire. Seules les discussions en bord de route avec un voisin lui apportent un peu de chaleur humaine et les nouvelles du village.

Justement un nouvel arrivant fait parler de lui : Ann Sionnach s'est installé avec sa femme à Cragaig mais attire l'antipathie de par une attitude détestable. Alasdair n'epprouve qu'un peu de curiosité pour cet homme qui a choisi de vivre dans ce coin reculé et difficile. Pourtant quand ce dernier s'attaque à sa vie et à ce qui fait son quotidien depuis tant d'années, Alasdair ne pourra rester de marbre...

 


coeur-de-l-hiver-02.jpgCragaig

 

 

"Le coeur de l'hiver" est un histoire simple : un homme qui vit depuis toujours sans rien demander à personne, en parfaite harmonie avec la nature, se voit devenir la cible d'une haine féroce de manière parfaitement irraisonnée.

Alasdair est un taiseux de 45 ans. Sa vie de vieux garçon lui convient et les années passent sans que sa manière de vivre ne se modifie. C'est un travailleur de la mer qui a appris à connaître la Nature, ses bontés et ses colères aussi parfois. La moitié du livre est consacré à sa vie quotidienne, à ces petits gestes de tous les jours et son admiration sans cesse renouvelée pour l'immensité des paysages. La petite île est parfois la proie du vent et des tempêtes mais Alasdair en prend toujours son parti. La vie est ainsi faite. Il va vider ses casiers de homards ou reste à terre à s'occuper de sa vache et ses poules.


L'autre moitié du roman voit l'arrivée de An Sionnach dans la vie de notre personnage et la tension monte inexorablement. Les violences se multiplient et un acte plus destructeur que les autres entrainera Alasdair dans une spirale de vengeance. C'est un homme intrinsèquement bon qui ne comprend pas le soudain accès de méchanceté de An Sionnach qui semble lui en vouloir pour une raison indéfinie. Cette haine féroce qui va connaître une succession d'actes de plus en plus agressifs va entraîner les deux hommes dans une course poursuite finale à l'issue dramatique.

 

" Alasdair avait l'impression que sa vie venait d'être mise en déroute. Il sentait que la routine quotidienne des années avait été détruite par l'arrivée de cet étrange insensé qui paraissait ne connaître ni la peur ni le bon sens. Il se sentait injustement attaqué et harcelé; il voyait même commencer une vie dont la ruse et le secret seraient des composantes importantes. Lui, Alasdair Mor ! lui qui n'avait jamais rien caché à personne durant toutes ses années à Cragaig. Devoir ainsi commencer à se cacher et à surveiller, à attendre et à se protéger dans une guerre dure, locale... Et ainsi dans les méandres fiévreux de son esprit épuisé et tendu, les sourcils d'Alasdair se multiplièrent et proliférèrent. "

 

Voilà un roman qui renoue avec une forme d'écriture très étudiée, qui prend son temps et n'hésite pas à délayer dans de longues phrases des descriptions précises. Un style qui m'a rappelé avec plaisir nos vieux classiques français et leurs phrases à rallonge qui en a lassé plus d'un mais qui m'a toujours convenu !

La Nature est ici omniprésente et est un personnage à part entière du roman. On plonge avec délectation dans des paysages grandioses qui se dispute à la majesté de la mer.

 

" En contrebas se trouvaient les deux terrasses surplombant la grève, là où la famille de son grand-père avait fait pousser l'orge pour son whisky. Grandes marches vertes contre les collines brunes et la mer hyaline, elles étaient à présent en friche, les sillons dans l'herbe disparaissaient rapidement sous la fougère qui proliférait. C'était là que broutaient les moutons d'Achateny, tels des poux à fourrure éparpillés le long de la côte, leurs bêlement pathétiques se mêlant aux folles menaces des goélands marins, des goélands argents et des corneilles mantelées qui plongeaient, s'élevaient et tournoyaient au-dessus du littoral. Au-delà, les grands donjons crénelés des rochers noirs contrastaient avec les langues de terre et les récifs qui mouchetaient le léger ressac et que la marée était en train de recouvrir."

 

La Nature est instable, les saisons passent et l'hiver qui arrive avec son lot de tempêtes préfigure l'affrontement humain qui se dessine.

 

" Pendant la nuit, la neige fut accompagné d'un vent violent. De sorte qu'au lever du jour, on pouvait voir les visages aux fenêtres, observant avec anxiété une scène de désolation blanche tandis que la neige, poussée par le vent, balayait le pays. A présent le vent rugissait et gémissait, secouait les buissons et la bruyère, fouettait la neige, déjà à terre, la soulevait en tourbillons et en geyser ; et toujours d'autres renforts venaient du nord, de la mer. Sous la brutalité de cette attaque, la campagne prenanit une autre forme. A mesure que la neige était chassée des crêtes exposées et qu'elle s'entassait en petites congères dans les creux et les recoins, les contours anciens se modifiaient lentement. Les creux autrefois visibles disparurent ; une déclivité de bruyère noire nouée devenait gris poudré, puis gris blanc avant de se transformer en un moule de blanc pur, ponctué d'épaisses tiges noires.Les petites excroissances rocheuses qui d'habitude passaient innaperçues prenanient tout à coup une importance inconnue parce que leurs facettes verticales ne retenant pas la neige demeuraient comme des points anguleux au milieu des champs de douceur. "

 

 

coeur-de-l-hiver-03.jpgVillages abandonnés de Cragaig et Ormaig

 

 

"Le coeur de l'hiver" est vraiment un magnifique roman qui fait la part belle à la Nature et au portrait d'un homme modeste qui se sent partie intégrante de ce grand Tout.

La langue est belle, poétique et dure à la fois et entraîne le lecteur dans une ambiance de terre perdue du bout du monde. L'intrigue est mince, l'action presque inexistante. Il faut s'accrocher un peu au début pour s'attacher à cet homme taciturne que rien ne semble atteindre. Pourtant, peu à peu, on se laisse emporter sur cette terre âpre et difficile où les hommes doivent batailler pour survivre.

J'ai beaucoup aimé ce roman mais pourtant je n'en fait pas un coup de coeur. Car ce qui m'a manqué dans cette histoire, c'est l'explication de cette haine qui va tout entraîner sur son passage. Une haine tenace dont les raisons nous paraissent tellement absudes et les réactions disproportionnées qu'on se plait à attendre une révélation qui éclairerait tout. Pas d'explications pourtant, on ne connaitra pas les raisons de cet homme aveuglé par la rage et nous devrons nous contenter de son inexplicable folie, aussi incompréhensible soit-elle. 

 

Un très très beau roman (écrit il y  plus de 30 ans !!) que je vous recommande !

 

Je remercie fortement  Marie pour cette magnifique découverte !

Il me reste à attaquer son roman suivant "Vers l'aube" qui m'attends bien sagement dans la bibliothèque...

 

D'autres avis : Marie - Clarabel.

(C'est tout ?!)

 

 

Je me demande même s'il ne pourrait pas rentrer dans le cadre du challenge Nature Writing...

Folfaérie, j'attends ton autorisation... :)


 

challenge nature writing


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30 août 2009 7 30 /08 /août /2009 14:23




Le livre en partie autobiographique part des questions innocentes posées un jour par un auto-stoppeur curieux sur le père de John, le narrateur. John ment sur son père, comme celui-ci a menti toute sa vie durant. Son père a menti sur ses origines et caché la honte d'avoir été abandonné par ses parents et élevés par de nombreux inconnus. Se déroule alors le fil de la vie avec un père alcoolique, humiliant sa femme et ses enfants. On découvre la classe ouvrière et la pauvreté constante, la vie dans des préfabriqués de l'état dont personne ne veut, les promesses de changer de vie qui tombent toujours à l'eau. John grandit, devient un adolescent taciturne des années 70 qui va découvrir les drogues et l'alcool qui le feront tomber dans une sorte de folie passagère.

Récit d'une enfance difficile, "un mensonge sur mon père" est aussi un récit sur la honte et l'acceptation de soi et de ses origines. Le père n'a transmis que la haine de soi, la honte et le fait de ne pas avoir été désiré. Le père comme le fils refusent cette filiation difficile et préfèrent la fuir et s'auto-détruire dans les vapeurs d'alcool ou dans la drogue. Le fils, qui a toujours détesté cette part de mensonge chez son père, ne fait finalement que répéter le shéma familial. John oscille entre désir de ressembler à son père et de s'en éloigner, au risque de se perdre soi-même. Finissant par haïr son père, jusqu'à souhaiter le tuer, John apprendra alors le pardon en découvrant le secret des origines paternelles. Il saura alors devenir le bon père qu'il n'a pas eu en s'acceptant soi-même et en pardonnant à son père.

Ce récit fort mais sans aucun pathos bouleverse par la force et la dureté des sentiments.
Roman autobiographique tourné en fiction, il est la quête initiatique d'un enfant vers un père qu'il ne comprenait pas, la relation de deux êtres en mal d'amour.

L'auteur nous précise d'ailleurs en postface : " ce livre gagne à être considéré comme un roman. S'il était là pour en discuter, mon père serait d'accord, j'en suis sûr, pour dire qu'il est aussi vrai d'affirmer que je n'eus jamais de père, qu'il l'est de prétendre qu'il n'eut jamais de fils".



Note : ****


Editions Metailié - 20€


Vous pouvez trouver une interview de l'auteur ici.

 

 

Vous pouvez retrouver cette chronique sur le site Le Cercle Points des Editions Points Seuil.

 


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Humeur

Le 26 Août 2013 :
Le grenier de choco n'est plus...
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