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14 avril 2011 4 14 /04 /avril /2011 07:00

 

coeur de l'hiver 01

 

Auteur : Dominic Cooper

Editeur : Metaillé

Date de parution : Mai 2006

Prix : 18 €

  187 pages

 

 

Alasdair Moor est un homme qui vit seul depuis de nombreuses années sur une petite île écossaise. Installé dans la ferme familiale, il a vu son père mourir, son frère partir au Canada et les autres habitants quitter le hameau pour trouver une vie meilleure et plus confortable à la ville. Désormais il est seul parmi les maisons abandonnées. Mais Alasdair est un homme simple, à l'esprit un peu lent, qui se contente du strict minimum : il dort sur une paillasse de foin, se chauffe à la cheminée et s'éclaire à la lampe à huile. Il vit de la pêche au homard et sa vie est rythmée par les saisons. Ses seuls compagnons sont les quelques bêtes qui occupent l'étable et lui offrent quelque subsistance alimentaire. Seules les discussions en bord de route avec un voisin lui apportent un peu de chaleur humaine et les nouvelles du village.

Justement un nouvel arrivant fait parler de lui : Ann Sionnach s'est installé avec sa femme à Cragaig mais attire l'antipathie de par une attitude détestable. Alasdair n'epprouve qu'un peu de curiosité pour cet homme qui a choisi de vivre dans ce coin reculé et difficile. Pourtant quand ce dernier s'attaque à sa vie et à ce qui fait son quotidien depuis tant d'années, Alasdair ne pourra rester de marbre...

 


coeur-de-l-hiver-02.jpgCragaig

 

 

"Le coeur de l'hiver" est un histoire simple : un homme qui vit depuis toujours sans rien demander à personne, en parfaite harmonie avec la nature, se voit devenir la cible d'une haine féroce de manière parfaitement irraisonnée.

Alasdair est un taiseux de 45 ans. Sa vie de vieux garçon lui convient et les années passent sans que sa manière de vivre ne se modifie. C'est un travailleur de la mer qui a appris à connaître la Nature, ses bontés et ses colères aussi parfois. La moitié du livre est consacré à sa vie quotidienne, à ces petits gestes de tous les jours et son admiration sans cesse renouvelée pour l'immensité des paysages. La petite île est parfois la proie du vent et des tempêtes mais Alasdair en prend toujours son parti. La vie est ainsi faite. Il va vider ses casiers de homards ou reste à terre à s'occuper de sa vache et ses poules.


L'autre moitié du roman voit l'arrivée de An Sionnach dans la vie de notre personnage et la tension monte inexorablement. Les violences se multiplient et un acte plus destructeur que les autres entrainera Alasdair dans une spirale de vengeance. C'est un homme intrinsèquement bon qui ne comprend pas le soudain accès de méchanceté de An Sionnach qui semble lui en vouloir pour une raison indéfinie. Cette haine féroce qui va connaître une succession d'actes de plus en plus agressifs va entraîner les deux hommes dans une course poursuite finale à l'issue dramatique.

 

" Alasdair avait l'impression que sa vie venait d'être mise en déroute. Il sentait que la routine quotidienne des années avait été détruite par l'arrivée de cet étrange insensé qui paraissait ne connaître ni la peur ni le bon sens. Il se sentait injustement attaqué et harcelé; il voyait même commencer une vie dont la ruse et le secret seraient des composantes importantes. Lui, Alasdair Mor ! lui qui n'avait jamais rien caché à personne durant toutes ses années à Cragaig. Devoir ainsi commencer à se cacher et à surveiller, à attendre et à se protéger dans une guerre dure, locale... Et ainsi dans les méandres fiévreux de son esprit épuisé et tendu, les sourcils d'Alasdair se multiplièrent et proliférèrent. "

 

Voilà un roman qui renoue avec une forme d'écriture très étudiée, qui prend son temps et n'hésite pas à délayer dans de longues phrases des descriptions précises. Un style qui m'a rappelé avec plaisir nos vieux classiques français et leurs phrases à rallonge qui en a lassé plus d'un mais qui m'a toujours convenu !

La Nature est ici omniprésente et est un personnage à part entière du roman. On plonge avec délectation dans des paysages grandioses qui se dispute à la majesté de la mer.

 

" En contrebas se trouvaient les deux terrasses surplombant la grève, là où la famille de son grand-père avait fait pousser l'orge pour son whisky. Grandes marches vertes contre les collines brunes et la mer hyaline, elles étaient à présent en friche, les sillons dans l'herbe disparaissaient rapidement sous la fougère qui proliférait. C'était là que broutaient les moutons d'Achateny, tels des poux à fourrure éparpillés le long de la côte, leurs bêlement pathétiques se mêlant aux folles menaces des goélands marins, des goélands argents et des corneilles mantelées qui plongeaient, s'élevaient et tournoyaient au-dessus du littoral. Au-delà, les grands donjons crénelés des rochers noirs contrastaient avec les langues de terre et les récifs qui mouchetaient le léger ressac et que la marée était en train de recouvrir."

 

La Nature est instable, les saisons passent et l'hiver qui arrive avec son lot de tempêtes préfigure l'affrontement humain qui se dessine.

 

" Pendant la nuit, la neige fut accompagné d'un vent violent. De sorte qu'au lever du jour, on pouvait voir les visages aux fenêtres, observant avec anxiété une scène de désolation blanche tandis que la neige, poussée par le vent, balayait le pays. A présent le vent rugissait et gémissait, secouait les buissons et la bruyère, fouettait la neige, déjà à terre, la soulevait en tourbillons et en geyser ; et toujours d'autres renforts venaient du nord, de la mer. Sous la brutalité de cette attaque, la campagne prenanit une autre forme. A mesure que la neige était chassée des crêtes exposées et qu'elle s'entassait en petites congères dans les creux et les recoins, les contours anciens se modifiaient lentement. Les creux autrefois visibles disparurent ; une déclivité de bruyère noire nouée devenait gris poudré, puis gris blanc avant de se transformer en un moule de blanc pur, ponctué d'épaisses tiges noires.Les petites excroissances rocheuses qui d'habitude passaient innaperçues prenanient tout à coup une importance inconnue parce que leurs facettes verticales ne retenant pas la neige demeuraient comme des points anguleux au milieu des champs de douceur. "

 

 

coeur-de-l-hiver-03.jpgVillages abandonnés de Cragaig et Ormaig

 

 

"Le coeur de l'hiver" est vraiment un magnifique roman qui fait la part belle à la Nature et au portrait d'un homme modeste qui se sent partie intégrante de ce grand Tout.

La langue est belle, poétique et dure à la fois et entraîne le lecteur dans une ambiance de terre perdue du bout du monde. L'intrigue est mince, l'action presque inexistante. Il faut s'accrocher un peu au début pour s'attacher à cet homme taciturne que rien ne semble atteindre. Pourtant, peu à peu, on se laisse emporter sur cette terre âpre et difficile où les hommes doivent batailler pour survivre.

J'ai beaucoup aimé ce roman mais pourtant je n'en fait pas un coup de coeur. Car ce qui m'a manqué dans cette histoire, c'est l'explication de cette haine qui va tout entraîner sur son passage. Une haine tenace dont les raisons nous paraissent tellement absudes et les réactions disproportionnées qu'on se plait à attendre une révélation qui éclairerait tout. Pas d'explications pourtant, on ne connaitra pas les raisons de cet homme aveuglé par la rage et nous devrons nous contenter de son inexplicable folie, aussi incompréhensible soit-elle. 

 

Un très très beau roman (écrit il y  plus de 30 ans !!) que je vous recommande !

 

Je remercie fortement  Marie pour cette magnifique découverte !

Il me reste à attaquer son roman suivant "Vers l'aube" qui m'attends bien sagement dans la bibliothèque...

 

D'autres avis : Marie - Clarabel.

(C'est tout ?!)

 

 

Je me demande même s'il ne pourrait pas rentrer dans le cadre du challenge Nature Writing...

Folfaérie, j'attends ton autorisation... :)


 

challenge nature writing


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commentaires

Eeguab 18/06/2011 08:06



Tant Le coeur de l'hiver que Vers l'aube m'ont passionné.Je les ai chroniqués tous les deux.



Choco 18/06/2011 13:08



Je n'ai pas encore attaqué Vers l'aube mais je ne doute pas qu'il soit de la même qualité !



Cryssilda 18/04/2011 10:28



Oh! Il me FAUT ce bouquin, c'est une évidence pure!



Choco 18/04/2011 15:43



ça, ça ne m'étonne pas trop...



Karine:) 17/04/2011 18:34



Je n'avais jamais entendu parler de cet auteur avant quoi... la semaine passée!  Et là, je suis de plus en plus tentée.  J'en entends parler partout, ce doit être un signe!



Choco 17/04/2011 19:57



POurtant, son 2ème roman avait convaincu beaucoup de blogueuses ! Tu sais ce qu'il te reste à faire donc... ;)



Folfaerie 15/04/2011 12:15



Fanatique oui, on peut dire ça . Lors de mon premier séjour, coup de foudre total. Je mets patiemment de côté pour
pouvoir repartir prochainement, et je vais donc d'urgence me procurer ce bouquin !



Choco 16/04/2011 00:10



Ouais, comme moi avec le Japon ! sauf que je n'y suis pas encore allée...



Joelle 14/04/2011 18:33



Il me tente beaucoup mais j'ai juste un peu peur des longues phrases. En tout cas, les extraits que tu as postés m'ont bien plu ! Et hélas, la haine est souvent inexplicable, même pour celui qui
la ressent ... c'est souvent un condensé de tellement de choses accumulées au fil des ans et qui se concrétise soudainement et sans raison précise !



Choco 14/04/2011 21:40



AU début, j'ai eu un peu de mal avec l'écriture mais finalement je me suis habituée très vite ! On est très vite emporté par cette ambiance de terre à moitié désertée et battue par le vent et les
vagues.



Humeur

Le 26 Août 2013 :
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