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3 juillet 2012 2 03 /07 /juillet /2012 00:30

entre-ciel-et-terre-01.jpgentre-ciel-et-terre-02.jpgEntre ciel et terre, entre vie et mort, le fil est ténu. En cette Islande de 1850, la vie s'écoule, immuable, au rythme de la mer et de ses pêches à la morue, une des rares ressources disponibles sur cette terre gelée où rien ne pousse. Au printemps, les pêcheurs s'entassent dans des baraquements en bois où promiscuité et froid leur tiennent compagnie, loin de la ville et de leur famille. Nous y suivrons deux hommes : Bárður et son compagnon adolescent, « le gamin », dont nous ne connaîtrons pas le nom. Equipiers dans l'équipe de Petur, ils se distinguent par leur amour des livres et des mots. Un amour qui coûtera cher à Bárður. Plongé dans la lecture du Paradis perdu de Milton, ce dernier en oublie sa vareuse, avant de prendre la mer. Mais quand le vent monte au creux de la chaloupe et que le froid se fait déchirant, Bárður se meurt de froid devant ses compagnons impuissants. Il n'en fallait pas plus au gamin qui haissait la mer, déchiré par la perte de son seul ami, de tout quitter et décider de retourner à la ville rendre le livre coupable à son propriétaire.


"Il est mort de froid parce qu'il a lu un poème. Certains poèmes nous conduisent en des lieux que nuls mots n'atteignent, nulle pensée, ils vous guident jusqu'à l'essence même, la vie s'immobilise l'espace d'un instant et devient belle, limpide de regrets ou de bonheur. Il est des poèmes qui changent votre journée, votre nuit, votre vie.  Il en est qui vous mènent à l'oubli, vous oubliez votre tristesse, votre désespoir, votre vareuse, le froid s'approche de vous : touché ! dit-il et vous voilà mort. Celui qui meurt se transforme immédiatement en passé. Peu importe combien il était important, combien il était bon, combien sa volonté de vivre était forte et combien l'existence était impensable sans lui : touché ! dit la mort, alors, la vie s'évanouie en une fraction de seconde et la personne se transforme en passé. Tout ce qui lui était attaché devient un souvenir que vous luttez pour conserver et c'est une trahison que d'oublier. Oublier la manière dont elle buvait son café. La manière dont elle riait. Cette façon qu'elle avait de lever les yeux. Et pourtant, pourtant, vous oubliez. C'est la vie qui l'exige. Vous oubliez lentement, mais sûrement, et la douleur peut-être telle qu'elle vous transperce le coeur.""

 

 

entre-ciel-et-terre-03.jpg Gudjon Thorsteinsson, Fermier de Garðakot, Islande, 1995 © Ragnar Axelsson


 

Voilà un roman âpre qui ne se laisse pas facilement apprivoiser. Il faut prendre le temps de pénétrer ces existences dirigées par la mer et le poisson. Une vie rude, à l'écart de toute chaleur, de toute civilisation et qui réclame constament son tribut de morts. Le gamin tente de fuir tout ça pour mieux aller à la rencontre de la mort.

 

“Les sanglots apaisent et soulagent, mais ils ne suffisent pas. On ne peut les enfiler les uns derrière les autres et les laisser s’enfoncer comme une corde scintillante dans les profondeurs obscures afin d’en remonter ceux qui sont morts et qui auraient dû vivre.”

 

Il pense au suicide qui le libérerait. Il pense aussi à cette fille qui lui plaît mais ne le regarde même pas. Mais sa route aboutira à d'autres rencontres : une tenancière de bar hospitalière, un vieux capitaine de bateau devenu aveugle d'avoir trop lu et des livres, encore. Ceux dont il fera la lecture et qui lui sauveront peut-être la vie après avoir tué son ami.

 

“Certains mots sont probablement aptes à changer le monde, ils ont le pouvoir de nous consoler et de sécher nos larmes. Certains mots sont des balles de fusil, d’autres des notes de violon. Certains sont capables de faire fondre la glace qui enserre le coeur et il est même possible de les dépêcher comme des cohortes de sauveteurs quand les jours sont contraires et que nous ne sommes peut-être ni vivants ni morts.”

 

 

entre-ciel-et-terre-04.jpg© Ragnar Axelsson

 

Entre récit initiatique et fable métaphysique, Entre ciel et terre emporte son lecteur avec lenteur et fracas. Dans une langue magnifique que le traducteur a su rendre à la perfection, il nous livre ce monde où les vivants ne sont que des morts en sursis. A travers l'histoire de Bárður et du gamin, il nous rappelle combien la mort fait partie de la vie, combien sont importants les rêves et l'espoir, combien l'homme est une part infinitésimale de cet univers entre ciel et terre. Et qu'il doit lutter pour mieux comprendre le sens de la vie.

 

"(...)l’existence humaine se résume à une course contre la noirceur du monde, les traîtrises, la cruauté, la lâcheté, une course qui paraît si souvent tellement désespérée, mais que nous livrons tout de même tant que l’espoir subsiste."

 

 Le roman de Stefansson est véritablement hypnotique. La langue extrêmement poétique de l'auteur, les paysages islandais magnifiés, ce souffle qui vous prend aux tripes et vous retourne le coeur, cette importance de l'infime qui lentement se révèle être l'essentiel. Tout concourt à faire de ce roman une oeuvre hors du temps, inoubliable, qui oscille entre tragique et espoir, montrant à la fois la rudesse du pays et cette humanité parfois douce qui transpire du coeur des hommes.

 

 "Celui qui meurt se transforme immédiatement en passé. Peu importe combien il était important, combien il était bon, combien sa volonté de vivre était forte et combien l’existence était impensable sans lui : touché, dit la mort, alors, la vie s’évanouit en une fraction de seconde  et la personne se transforme en passé."

 

 

entre-ciel-et-terre-05.jpg© Ragnar Axelsson

 

 

D'autres avis :

Dominique - Clara - Livrogne - Lili - Maeve -


et le très bel article du traducteur Eric Boury, sur ce texte qu'il a brillamment mis en forme.

 


Titre : Entre ciel et terre

Auteur : John Kalman Stefansson

Éditeur : Gallimard, Du monde entier / Folio

Parution : Février 2010 / Mars 2011

  237/272 pages 

Prix : 21,30/6,50€


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4 avril 2011 1 04 /04 /avril /2011 07:00

 

 

cent portes battant 01

 

Auteur : Steinunn Sigurdardottir

 Editeur : Héloïse d'Ormesson

Date de parution : Mars 2011

Prix : 15 €

  124 pages

 

 

 

Brynhildur est à Paris. D'origine islandaise, elle a passé ses études dans la capitale française, à la Sorbonne, et revient aujourd'hui le temps des vacances. Un Paris ensoleillé d'une douce sensualité qui rappelle ses années de jeunesse. En effet, c'est ici qu'elle a connu son premier amour : un professeur de grec dont elle était follement amoureuse. C'est aussi la ville de sa rencontre avec son mari. Pétrie de souvenirs, cette récente quadragénaire se laisse aller aux souvenirs et à la liberté amoureuse dont elle a été privé à l'époque...

 

Ce court roman se découpe en 3 parties. La première est accès sur le beau et séducteurTahar.

Mariée, 2 enfants, c'est pourtant seule et libre que Brynhildur parcourt les rues de son adolescence. Une vie parfaite et bien réglée qui manque quelque peu de passion et de piment.

 

" Je déjeunais dans un restaurant de la place Toudouze lorsque je découvris ce qui manquait. Un amant. Un amant pour de vrai, avec mots doux, imposition des mains et tout le saint-frusquin. Comment n'y avoir pas pensé plus tôt ? "

 

Une aventure sans conséquence se présente sous la forme d'un charmant vendeur de paravent qui l'entraine à une douce sensualité.

Une aventure érotique qui réveille d'autant plus les souvenirs de notre héroine.

Et nous conduit à la deuxième section où nous découvrons son amour passionnée d'adolescente. Obsédé par son professeur, elle parcourt inlassablement les rues de Paris dans l'espoir de l'y croiser, guette ses allers et venues et campe sous ses fenêtres. La rencontre aura lieu mais pas celle espérée et c'est déchirée que la jeune fille de 20 ans rentrera chez elle.

La dernière partie évoque l'après de la rencontre et on découvre le soutien moral et physique de celui qui deviendra son mari. Un homme parfait aux petits soins pour elle qui lui permet d'oublier la vie qu'elle s'était imaginée. Mais un homme qui ne remplacera jamais ce premier amour défunt.


 

cent-portes-02.jpgDoisneau - Le baiser de l'hotel de ville



" Cent portes battant aux quatre vents" est la confession d'une femme qui n'a jamais pu se réaliser, amputée de cet amour originel dont elle ignorera toujours la raison de sa non-concrétisation malgré l'attirance apparente du professeur. L'auteur parle de la tristesse et des regrets d'une femme tout en gardant un style léger, pudique parfois badin et humoristique. Mais peut-être trop léger justement. Couplé à la courte longueur de ce roman, je suis resté quelque peu sur ma faim, m'attendant à une histoire plus percutante où les sentiments seraient exprimés avec plus de force.

Néanmoins j'ai aimé l'ambiance estivale de ce roman, la sensualité qui suinte de ses pages, le portrait d'un amour passionné qui défit le temps et celui d'une femme agée qui s'est construit par le manque et n'a jamais réussi à s'épanouir totalement.

 

Un roman subtil et agréable mais qui néanmoins ne marque pas assez les esprits pour en faire un titre indispensable.


  " Je poursuivais une ombre, mais c'était l'ombre qui me suivait et je ne m'en étais pas aperçue parce que je ne m'étais pas retournée. "

 


 

D'autres avis :

Canel est très mitigée et le trouve trop futile.

Pour Stephie, c'est au contraire un récit très réussi.


 

Un autre titre de l'auteur m'attend ( Le cheval soleil) et j'espère qu'il emportera mon adhésion de manière plus marquée !



 

Merci à Bob et aux Editions Héloïse d'Ormesson !

 

logotwitter2.jpg

 

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23 décembre 2010 4 23 /12 /décembre /2010 08:00

 

 

rosa candida 1

 

Auteur : Audur Ava Olafsdottir

Editeur : Zulma

Date de parution :  19 Aout 2010

Prix : 20 €

  336 pages

 

 

Arnljotur a 22 ans et a décidé de quitter la maison familiale pour gagner un obscur monastère éloigné de tout. Voilà un semblant de coup de tête qui va se révéler en fait très raisonné.

Le jeune homme, à peine sorti de l'adolescence est devenu père de façon inopinée : une aventure avec Anna, la copine d'un ami a donné une adorable petite fille prénommée Flora Sol. La mère désormais célibataire, s'occupe seule de son éducation tout en acceptant les visites de Arnljotur.

La propre famille du jeune homme n'est pas un lieu total d'épanouissement. Son frère jumeau est attardé et s'appuie beaucoup sur son double. Le père a beaucoup de mal à accepter son veuvage et continue de vivre comme si sa femme était toujours à ses cotés. En effet, la mère est décédée dans un accident de voiture tragique mais lègue néanmoins à son fils un amour immodéré pour les fleurs et l'horticulture.

Et c'est cette amour des fleurs et plus particlièrement de la fameuse Rosa Candida, espèce rare et endémique de son coin de jardin qui va pousser notre héros à prendre la route pour un monastère un peu oublié dont il veut reconstituer le jardin et la roseraie autrefois célèbres.


 

rosa-candida-2.jpgRoseraie de l'abbaye de Chaalis



Arnljotur, naif et encore malléable, part donc à la rencontre de son avenir et de sa vie d'adulte. Un départ qui nécessite de s'éloigner des siens pour mieux les retrouver.

Son chemin croisera celui d'autres hommes et femmes qui inconsciemment l'aideront à grandir et à déterminer l'homme qu'il souhaite devenir. Le moine, amateur de cinéma, et ses nombreuses réparties philosophiques est d'ailleurs succulent.

Armé de ses 3 boutures de Rosa Candida qui l'accompagneront jusqu'au bout, Arnljotur saura aller au bout de lui-même.

Profitant des plaisirs quotidiens et se plongeant avec passion dans sa tâche d'horticulteur, il accepte avec simplicité sa vie frugale et la venue d'évènements innatendus sur lesquels il n'a pas prise.

Loin de couper les liens avec sa famille, l'éloignement l'aidera à mieux comprendre ses affections : le père inquiet qui réapprend à vivre, le frère qui doit continuer sans la béquille de son frère, et Anna enfin qui en tant que mère un peu perdue finira peut-être par séduire durablement le jeune homme...

 

Ce roman lumineux, tout en simplicité et en poésie, se révèle une jolie quête initiatique d'un jeune homme un peu perdu, entre deux ages. Apprenant à faire face à la vie, à la mort et à l'amour, Arnljotur sortira grandi de son expérience qui ressemble de prime abord à une fuite.

Offrant de très belles pages sur la relation d'un homme avec ses enfants ou d'un autre avec l'être aimé, "Rosa Candida" se découvre par petites touches subtileset s'apprécie avec douceur.

 

Si le roman a été un coup de coeur pour de nombreux lecteurs, pour ma part je n'y vois pourtant qu'un bon roman.

Touché par l'atmosphère quelque peu éthérée de l'histoire et par la justesse des personnages et de leurs sentiments, je ne saurais pourtant en faire un roman inoubliable dans mon panthéon personnel. Une lègére déception donc pour ce roman que j'attendais comme extrêmement fort...

 

 

rosa-candida-3.jpgCouvent du Mont Saint Odile

 


 

 

Extraits :

 

" Est-ce qu’un homme élevé dans les profondeurs obscures de la forêt, où il faut se frayer un chemin au travers de multiples épaisseurs d’arbres pour aller mettre une lettre à la poste, peut comprendre ce que c’est que d’attendre pendant toute sa jeunesse qu’un seul arbre pousse ? "

 

" Ceux qui arrivent à entrer un court instant dans la vie des autres peuvent avoir plus d'importance que ceux qui y sont installés depuis des années ; j'ai déjà fait l'expérience de ce que le hasard peut être sournois et lourd de conséquences."

 

" (...) ce n'est pas la première nuit qui est risquée, mais la deuxième, quand la magie de l'inconnu a disparu mais pas celle de l'imprévu."

 

" - Comment savoir si une femme vous aime ?
- Il est difficile d'être sûr de quoi que ce soit en amour, dit l'abbé en poussant la poupée vers l'enfant.
- Et si une femme dit qu'elle a peur que l'homme ne revienne pas quand il va faire une course ?
- Alors il se peut que ce soit elle qui ait envie de partir seule.
(...)
- Et quand une femme a l'esprit ailleurs, est-ce que cela veut dire qu'elle n'est pas amoureuse ?
- Cela peut vouloir dire ça, mais aussi qu'elle est amoureuse.
- Et si une femme dit à un homme qu'il ne doit pas tomber amoureux d'elle ?
- Cela peut vouloir dire qu'elle l'aime. Il me vient à l'esprit un vieux film italien que tu aurais peut-être plaisir à voir et qui traite du même problème. Le metteur en scène fait assurément fi des dialogues pour démêler les sentiments.
- Et si elle dit qu'elle n'est pas prête pour une union ? (...)
- Ça peut vouloir dire qu'elle est prête mais qu'elle ne sait pas si toi, tu l'es et qu'elle redoute que tu la rejettes.
- Et si elle dit qu'elle a envie de partir et qu'elle veut être seule ?
- Ça peut vouloir dire qu'elle veut que tu viennes avec elle. "

 

 

Les avis de  Cuné, Théoma, Cathulu, Tulisquoi, Kathel, Béné, Mélopée, Clara, Chiffonnette, Keisha, Antigone, ...

 

 

 

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Humeur

Le 26 Août 2013 :
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