Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
9 août 2011 2 09 /08 /août /2011 12:40

Les-belles-choses-que-porte-le-ciel-01.jpgLes-belles-choses-que-porte-le-ciel-02.jpgStephanos est un immigré éthiopien qui s'est installé à Washington. Il tient une petite épicerie dans le quartier populaire de Logan circle, et vit modestement. Ses seuls loisirs sont les moments passés avec ses 2 amis : Joseph, un congolais serveur dans un restaurant et Kenneth, un autre éthiopien devenu ingénieur. Leurs soirées dérivent bien souvent sur leurs souvenirs africains et un de leur jeu favori consiste à donner un nom de dictateur africain et de deviner la date et le lieu de son coup d'état !

Un jour, Stephanos va voir sa petite vie bousculée par l'arrivée dans le quartier de Judith et sa petite fille métisse, Naomi. Stephanos s'attache à ces 2 voisines et se prend à rêver à un avenir radieux auprès d'elles. Malheureusement, leur arrivée provoque aussi quelques changements dans le quartier...

 

Stephanos a fuit seul l'Ethiopie à la mort de son père, arrêté par la dictature locale de Mengistu. Sa famille est restée au pays et seul un oncle l'a aidé à s'installer aux Etats-Unis. Après avoir vécu un moment à son domicile, Stephanos s'est emancipé. Peu ambitieux, il a choisi d'ouvrir une petite épicerie qu'il tient de manière un peu relâchée. Sa vie est plutôt solitaire, exceptées les visites de ses 2 amis. Quand Judith, une femme blanche, professeur d'histoire américaine qui aime la littérature, s'installe dans la maison voisine, son quotidien s'anime ponctué des visites de la jeune femme ainsi que de celles de sa fille à la boutique. La petite Naomi vient partager ses lectures avec Stephanos qui n'hésite pas à lui faire la lecture de Dostoiesvki. Malgré leur différence de classe sociale, d'éducation, Stephanos est de plus en plus sensible à la chaleur de Judith, à ses invitations, à sa joie de vivre. Sans s'avouer amoureux, notre épicier s'attache fortement à ces 2 femmes. Il délaisse un peu plus son épicerie pour mieux se promener et rêvasser aux "belles choses que portent le ciel", expression qui provient de La divine comédie de Dante.

A travers l'histoire de Stephanos, c'est celle des immigrés et du rêve américain que Mengetsu évoque. Stephanos, comme ses 2 amis, sont devenus américains sans avoir su abandonner leur identité africaine.

Coincés entre 2 mondes, ils peinent à trouver leur place.

 

" Que disait toujours mon père, déjà ? Qu'un oiseau coincé entre deux branches se fait mordre les ailes. Père, j'aimerais ajouter mon propre adage à ta liste : un homme coincé entre deux mondes vit et meurt seul. Cela fait assez longtemps que je vis ainsi, en suspension."


" Soit je suis parti pour me créer une nouvelle vie, libre des contraintes et des limites culturelles, soit j'ai tourné le dos à tout ce que j'étais et à tout ce qui m'avait constitué ".

 

Une place et une famille que Stephanos semble trouver utopiquement en la personne de Judith.

Mais perdus dans une société qui n'est pas la leur, ils sont désespérément seuls et tentent de recréer l'afrique perdue avec nostalgie. Le jeu des dictateurs st d'une ironie mordante, pointant du doigt les drames de la nation africaine qu'ils continuent pourtant d'évoquer avec affection.

 

" Si ça te manque tellement, lui hurla-t-il un jour, pourquoi tu n'y retournes pas ? Comme ça t'auras plus besoin de dire sans arrêt 'C'est comme l'Afrique' et 'On dirait l'Afrique'. Mais tu veux pas y retourner. Tu préfères que ça te manque confortablement ici plutôt que la détester chaque jour sur place. "


Leur pays d'accueil est, lui bien loin des clichés fantasmatiques. Le quartier de Stephanos est pauvre, les prostituées travaillent au bout de la rue et son épicerie voit sa clientèle déserter.


"J'aimais cette place à cause de ce qu'elle était devenue: la preuve que la richesse et le pouvoir n'étaient pas immuables, et que l'Amérique n'était pas aussi grandiose que cela, après tout."


L'arrivée de Judith est un signe d'embourgeoisement du quartier qui, peu à peu, devient trop onéreux pour la population noire qui se voit expulsée des logements impayés. La révolte gronde et les incidents se multiplient, visant la population blanche.

 

La narration se fait par Stephanos qui alterne la description de son quotidien avec celui de son passé. Les flash-backs se font un peu dans le désordre et c'est au lecteur de reconstituer son parcours.

 

Les belles choses que portent le ciel est un très beau portrait d'homme. Un homme entre 2 cultures qui aura toujours la sensation d'être en exil et d'être coupable d'avoir abandonné sa famille. Un homme qui a accepté avec résignation son statut d'immigré modeste et sa solitude. Un homme qui prend la vie comme elle se présente, avec ses malheurs et ses petits bonheurs passagers.

Voilà un roman désenchanté sur le monde qui réussit malgré tout à entrouvrir une petite lucarne d'espoir : le ciel comporte aussi de belles choses...

 

Extraits :

 

"Il y a ceux qui ceux qui se réveillent chaque matin prêts à conquérir la journée, et puis il y a ceux d’entre nous qui ne se réveillent que parce qu’ils y sont forcés. Nous vivons dans l’ombre, dans les quartiers. Nous possédons de petits magasins, vivons dans des appartements délabrés qui n’ont pas assez de lumière et nous arpentons les mêmes rues jour après jour. Nous passons nos après-midi à regarder sans but par nos fenêtres. Des somnambules, voilà ce que nous sommes tous. "

 

" Nos souvenirs, dit Joseph, sont comme une rivière qui serait séparée de l'océan. Avec le temps, ils vont lentement se tarir sous le soleil, alors on boit et on boit mais on n'est jamais désaltérés. "

 

"Je n'étais pas venu en Amérique pour trouver une vie meilleure. J'étais arrivé en courant et en hurlant, avec les fantômes d'une ancienne vie fermement attachés à mon dos. Mon objectif, depuis lors, avait toujours été simple : durer, sans être remarqué, jour après jour"

 

A noter :

L'auteur sort un nouveau roman le 17 août : Ce qu'on peut lire dans l'air

Au début des années 1980, Yosef et Mariam, un jeune couple que la révolution éthiopienne a séparé pendant trois ans, se rejoignent enfin aux Etats-Unis. Pour célébrer leurs retrouvailles, ils s’offrent un voyage de noces à Nashville. Trente ans plus tard, Jona, leur fils, qui ignore tout de leur passé, revient sur leurs pas. Entre de vagues souvenirs d’enfance et le silence de ses parents sur le drame qui les a menés aux Etats-Unis, il reconstitue à tâtons l’histoire de sa famille, sa propre histoire…

 

D'autres avis :

PapillonThéoma - Saxaoul - Chiffonette - Katell - Catherine - Lili galipette -


Les-belles-choses-que-porte-le-ciel-03.jpg

Déportés Ethiopiens vers 1978, pendant la Terreur Rouge.

 

Les belles choses que portent le ciel

Dinaw Mengestu

Editions Albin Michel, Terres d'Amérique - Août 2007 - 303 pages - 21,50€

Editions Livre de poche - Octobre 2009 - 281 pages - 6,50€


Partager cet article

Repost 0

commentaires

Catherine 16/08/2011 21:25



Merci de m'avoir citée / linkée, j'ai beaucoup aimé ce roman, il est beau et triste.



Choco 17/08/2011 10:46



De rien ! Oui très triste, très désenchanté, j'en suis sortie un poil déprimé...



Hélène 10/08/2011 10:47



Un très beau roman, je viens de recevoir celui qui sort en août, j'ai hâte de me plonger dedans...



Choco 11/08/2011 00:10



Ah, je suis curieuse de lire les crotiques sur celui-là !



Joelle 10/08/2011 09:22



J'avais commencé ce roman sans idée particulière mais j'avais beaucoup aimé cette vision de l'immigration et de l'intégration ! Je sens que son prochain roman risque d'être tout aussi bien vu
l'histoire !



Choco 10/08/2011 10:27



Oui pour un premier roman, c'est très réussi, je dois dire ! J'ai oublié d'ailleurs  de préciser que l'auteur s'est appuyé sur la vie ed son grand-père pour ce texte.



Stephie 10/08/2011 07:50



Malgré certains passages un peu longuets, j'avais dans l'ensemble bien aimé ;)



Choco 10/08/2011 10:19



Ouais, j'ai oublié d'en parler mais c'est vrai que le rythme est un peu lent, il ne se passe pas grand chose finalement.



Allie 10/08/2011 02:26



Je n'aurais pas été attirée par ce roman, mais tu en parles bien et puis il y a une certaine beauté dans le texte qui me donne envie de lire ce livre. Merci!



Choco 10/08/2011 10:16



Oui, en effet, on y trouve de très belles pages et réflexions, que j'ai un peu oublié de noter...



Humeur

Le 26 Août 2013 :
Le grenier de choco n'est plus...
Ce blog sera à terme supprimé.
Suivez moi désormais sur :

 

Rechercher