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10 juillet 2011 7 10 /07 /juillet /2011 07:00

Parce que parfois la vie de libraire n'est pas facile, parce que parfois on a envie de raler sur les éditeurs...

 

L'écrivain Nicolas Ancion a su résumer tout ça très bien dans un article que je vous recopie dans son intégralité :

 

" La rentrée littéraire se prépare dès le printemps, c’est bien connu. Les journalistes et critiques en vue ont reçu leurs exemplaires des romans de la rentrée, les jurés des prix sont déjà courtisés depuis plusieurs semaines. Et, dès l’été, les livres vont débarquer sur les tables des libraires, sans que ceux-ci aient vraiment le choix. La plupart des titres leurs sont envoyés d’office. Une pratique étrange qui permet aux grandes maisons et à leur distributeur de remplacer le libraire pour la commande des livres. En échange de ce « service », les libraires touchent une remise plus importante sur les livres qu’ils achètent ou se voient octroyer des facilités de paiement.

L’office est un outil magique pour les éditeurs. Il leur permet de choisir eux-mêmes quels livres arriveront en librairie. Ainsi, les derniers livres totalement inintéressants sur les ministres en campagne, les biographies de stars de la télé et les romans soi-disant écrits par des actrices débarquent de force dans presque toutes les librairies. Cette avalanche de livres non choisis contraint les libraires à leur consacrer un peu de leur précieux temps, ne fut-ce que pour déballer les caisses. Ce temps, ils ne l’auront plus, ensuite, pour ouvrir le premier roman d’un inconnu ou le dernier recueil d’un poète qu’ils apprécient pourtant. Encore moins pour regarder les catalogues des petits éditeurs qui ne figurent pas du tout dans l’office des gros.

Les libraires se plaignent souvent de cette situation mais personne ne les aide à résister face à cette malheureuse pratique.

C’est pour cette raison que j’ai pris mal plus belle plume, directement arrachée sur mon oie blanche favorite, pour rédiger un modèle de lettre de refus à adresser aux éditeurs par les libraires.

Ma lettre est simple et passe-partout, un peu anonyme, certes, mais les éditeurs ont depuis belle lurette appris à abuser de cette plume de bois qui évite de trop en dire...

 

 

Madame, Monsieur,

J’ai bien reçu les ouvrages de votre rentrée littéraire et je vous en remercie.

Le comité de lecture de notre librairie s’est penché sur vos différents titres et, malgré les qualités indéniables de fabrication (noter ici quelques arguments flatteurs pour l’éditeur), nous sommes au regret de vous informer que vos livres ne correspondent pas à la ligne éditoriale que défend notre magasin. Ils ne pourront donc trouver place sur nos rayonnages.

Ceci n’est en aucun cas un jugement de valeur sur votre travail d’éditeur mais la simple expression d’un choix propre et forcément partial. Nous resterons bien entendu attentifs à vos futures publications.

Étant donné le nombre de titres que nous recevons à la librairie, nous ne sommes pas en mesure de renvoyer tous les livres à leur éditeur. Votre caisse de livres a reçu le numéro XXXX. Elle sera conservée en réserve pendant trois semaines à dater de l’envoi de cette lettre. Durant cette période, il vous est loisible de venir la récupérer sur place. Passé ce délai, ces livres seront détruits ou donnés à de bonnes œuvres.

 

Nous vous prions d’agréer, Madame, Monsieur, l’expression de nos salutations respectueuses.

 

Ce modèle est libre de droits, bien entendu, à vous de l’adapter à vos besoins comme il vous chante et de le faire circuler. "

 

Voilà une action qui va m'aider à lire le bouquin de l'auteur qui traine dans ma PAL...


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commentaires

l'or des chambres 05/08/2011 12:19



Excellent !!!! Mais aberrant aussi... Voilà que tu m'éclaires sur ce qui se passe réellement dans l'ombre des librairies et comme d'habitude ce n'est pas joli, joli... Heureuseument en tant que
lectrice ils ne pourront jamais nous forcer à lire ce dont nous n'avons pas envie !



Noukette 20/07/2011 14:39



Voilà qui est bien dit ! Quant à Quatrième étage, à lire d'urgence, j'ai adoré !



Choco 20/07/2011 19:02



Bon, il faut que je m'y mette quoi ! :)



saab 17/07/2011 10:02



Comme d'hab, ce sont toujours les petites structures qui sont soumises à ce genre de dictat!!! Perso, ces bouquins (bio, mémoires de politiciens...) me gavent aussi.


Lisant tout type de bouquins, en mode fantasy en ce moment mais non-exclusif, je discute souvent avec les petits libraires à Metz et ils confirment cette pratique.


Néanmoins si ils faisaient dess actions en commun il y aurait peut être plus de chances que ça aboutisse... Mais ça reste toujours la loi du Talion en général...


Intéressant de voir un auteur se mouiller.



Choco 19/07/2011 19:46



Hélas oui... Bon après ce genre de bouquins ont leurs lecteurs mais les éditeurs en font maintenant des coups marketing dont on va parler pdt 3 mois et après basta !


Moi aussi, ça m'a surpris que cette initative vienne d'un auteur ! Ces histoires de sous ne le concernent que de loin, je me demande boen ce qui a provoqué ce parti-pris !



Ambroisie 14/07/2011 22:22



Donc les petits libraires sont ceux qui souffrent le plus. Aïe ! aïe ! aïe!



Lystig 13/07/2011 22:04



ma grande surface spécualisée essaye de placer leurs coups de coeur et c'est tant mieux et, manque dechance pour ma CB, ils se sont agrandis !



Choco 14/07/2011 17:54



Oui, c'est le signe que certains libraires peuvent faire face aux diktats économiques ! :)



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