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21 octobre 2011 5 21 /10 /octobre /2011 07:00

tu verras 01

  "Tu verras". Une expression serinée par le narrateur mais qui parle pourtant d'un futur qui ne sera pas. Car contre toute attente, Clément est mort. Il avait 12 ans. Son père nous dit la douleur qui l'habite, ses regrets, son impossibilité à continuer quand ce qui donnait sens à sa vie disparaît. Divorcé, il vivait seul avec son fils qu'il ne savait pas toujours comprendre. Toujours prompt à le reprendre, à pointer du doigt ses défaillances, le père s'escrime désormais à retrouver ces petits riens, à replonger dans le flot de ses souvenirs, coupable de ne pas avoir assez montré son amour.

 

Malgré les apparences, Tu verras n'est pas un récit autobioraphique. L'auteur s'est juste appuyé sur une expérience personnelle où il a failli perdre son enfant, renversé par une voiture. Une expérience forte qui rejaillit dans ce roman poignant où l'auteur a mis toutes ses peurs et ses propres interrogations.

 

Ecrit à la première personne du singulier, Tu verras est conduit par le père, narrateur de sa propre vie, de ses propres sentiments. Dès les premières pages, le lecteur plonge dans la douleur qui l'habite. Aucun parent n'est prêt à perdre des enfants si jeunes et pourtant Colin doit faire face à cette absence. Chaque geste, chaque objet, chaque son est prétexte à le renvoyer à Clément : un emballage qui traîne dans la voiture, une musique qui passe à la radio,... 

Le quotidien n'est que douleur. La vie n'est que douleur. Une douleur et un vide constant que Colin tente de remplir à l'aide de ses souvenirs. Alternant entre le quotidien qui rattrape violemment le père et les souvenirs et anecdoctes filiales qui affluent, la narration nous plonge véritablement dans l'horreur du deuil.  

Nicolas Fargues traduit la torture de voir l'avenir de son fils s'effacer. Clément ne connaîtra pas l'amour, ni la joie des baisers, ni ces milliers de petites choses qui font les petits bonheurs d'une vie. Clément ne comprendra pas les fameux "Tu verras" quand tu seras plus grand de son père.

 

Mais au-delà de l'aspect émotionnel de la mort et du deuil, l'auteur se penche particulièrement sur le rôle d'un père, sur l'amour et l'éducation que nous donnons à nos enfants. Au fil des moments avec son fils qu'il se remémore, le narrateur s'interroge sur la manière dont il a élevé son fils, sur ses propres réactions, sur la vision idyllique que nous avons de la parentalité qui s'avère bien différente de la manière dont nous l'appliquons. Colin se montrait détaché vis à vis de son fils : il ne gardait pas ses dessins, ne le prenait jamais en photo. Il avait une attitude assez dure envers Clément qu'il n'hésitait pas à alourdir de sarcasmes pour mieux dénoncer cette façon ridicule qu'il avait de suivre ses copains, de s'habiller comme eux, d'écouter la même musique ridicule. Un père sans souplesse donc qui a, d'une certaine façon, oublié sa propre jeunesse.

Colin se sent coupable et ne s'épargne pas dans les descriptions. Il a oublié ses principes personnels, s'est compromis avec des femmes qu'il n'aimait finalement pas, incapable de donner la priorité à son fils. Il observe la société d'aujourd'hui avec ses nouveaux codes, ses familles recomposées, les jeunes amantes qui n'assument pas les enfants d'une première union, les pères qui tentent de rester jeunes et ne sont que des vieux cons dépassés par leur époque, et les enfants dans tout ça qui doivent faire avec et s'émancipent en secret du poids des parents.

 

Je n'avais jamais lu Nicolas Fargues. Je suis rentrée dans ce roman avec circonspection, sujette d'a-priori un peu "parisien". Et pourtant, ce roman m'a totalement emballé. Scotché même. L'auteur évoque avec une grande force et surtout avec justesse des sentiments pour lesquels le lecteur ne peut ressentir que de l'empathie. L'émotion est présente dans chaque ligne. On vibre à l'unisson du narrateur et on aimerait tant que sa douleur s'allège.

Je n'ai pas d'enfants et la perspective d'en avoir reste pour le moment très lointaine mais ce roman m'a totalement renvoyé à cette position. C'est quoi être parent ? Comment doit-on envisager le quotidien à leur côté ? Que voulons-nous transmettre à nos enfants ? Comment leur montrer notre amour tout en les éduquant de manière juste ? Des questions certainement universelles mais dont les réponses ne sont pas si évidentes. L'auteur ne donne pas de réponses : elles sont à trouver en chacun de nous.

 

Tu verras est une véritable plongée dans le gouffre du deuil, de toute la douleur dont on ne sait que faire. Une douleur qu'on peut choisir d'affronter ou pas. On peut décider d'arrêter notre propre vie, fuir dans des paradis artificiels pour mieux oublier ou partir à l'autre bout du monde comme Colin. Une fuite qui ne résoud rien mais permet peut-être d'avancer. Un peu.

C'est aussi un portrait sans concession des relations d'un père avec son fils, tous deux ancrés dans une époque qui les sépare malgré eux. En analysant la complexité des rapports avec ses conflits de générations, ses incompréhensions, ses silences, Fargues dénonce aussi le poids de la société d'aujourd'hui qui, avec ses conventions, ses évolutions, ses petites compromissions quotidiennes, finit par fausser les rapports entre personnes.

 

Tu verras est véritablement un roman très puissant qui parlera aux parents comme aux autres. Un roman bouleversant sans tabous, sans pathos dont je regretterais uniquement l'épisode final en Afrique qui ne m'a pas complètement convaincue. L'absence d'un véritable dénouement m' a laissé une impression un peu flottante et presque interrogative sur le sens à donner aux derniers faits.

Un bémol qui ne doit pourtant pas vous empêcher de plonger dans cette histoire !

  

Extraits :

 

" Aimer son enfant, est-ce aimer un autre que soi ou bien continuer de s'aimer soi-même, mais sans s'accabler de la mauvaise conscience d'être égoïste ? Peut-on vraiment parler de sens du sacrifice et de générosité lorsqu’il s’agit de donner aux siens ? "

 

" Cette impression que, quels que soient mes regrets et mes frustrations personnels, quels que soient mes rêves inaccomplis, c' était lui et personne d'autre qui donnait du sens et du goût à mes journées. Que je n'avais pas besoin d'aller chercher plus loin que lui pour me trouver moi-même que mon bonheur, comme on dit, c'était de le voir heureux."

 

 

D'autres avis :

Celui de La ruelle bleue qui retranscrit bien mieux que moi les sentiments de lecture ressentis - Livrogne -

 

 


Titre : Tu verras

Auteur : Nicolas Fargues

Editeur : POL

Parution : Janvier 2011

194 pages 

Prix : 15,50€


 

prix lectrices ELLE

 

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commentaires

lucie 01/11/2011 09:57



j'ai aimé aussi, quant à la fin elle ne m'a pas gêné comme toi, ayant déjà lu des romans de cet auteur.



Choco 01/11/2011 12:22



POurquoi, ses autres fins de roman sont du même acabit ?



clara 28/10/2011 17:28



Comme je le disais chez Leiloona, j'avais été incapable de lire "nos étoiles ont filé..  Certains thème sont trop durs pour moi.



Choco 28/10/2011 19:56



Je suis assez blindée de mon côté ^^



Krol 26/10/2011 17:44



C'est un livre que j'ai apprécié aussi avec comme toi un bémol sur la fin, peut-être plus gros que toi (le bémol). Nicolas Fargues a un vrai talent pour nous embarquer dans son histoire. Et ses
mots tapent souvent juste.



Choco 26/10/2011 18:20



C'est vrai que la fin est décevante... Mais j'ai été tellement scotchée par le reste du roman que pour une fois, je n'en ai pas trop tenu compte !



La Ruelle bleue 23/10/2011 18:31



Intéressant de lire ton avis et de voir que Nicolas Fargues arrive aussi à impliquer le lecteur qui n'a pas d'enfant, à faire résonner en lui des questions profondes quant à la filiation et à la
parentalité... J'ai été très touchée par ce roman, pas forcément bouleversée ou profondément émue - j'ai un coeur de pierre ;) - , mais touchée car je me souviens que la première pensée qui m'est
venue quand mon fils est né et que je l'ai pris pour la première fois dans les bras est celle de sa mort, justement... Il n'y avait aucune morbidité, juste une évidence qui se révélait pour la
première fois aussi clairement, celle que vie et mort sont inextricables et ne valent rien l'une sans l'autre, mais aussi une peur viscérale inconnue qu'il faut apprendre à dompter !



Choco 23/10/2011 20:23



Oui, je dois dire que ça m'a beaucoup surpris que le roman ait autant d'écho pour moi alors que ma situation diffère totalement. J'imagine que c'est le signe d'un bon roman ! :)


Je ne suis pas surprise de ce que tu rapportes si joliment sur ton fils. Car finalement, en offrant la vie, on leur promet la mort aussi.Voilà une chose inévitable qu'il faut apprendre à accepter
en effet.



L'irrégulière 22/10/2011 13:13



Je crois que je suis trop sensible pour le sujet...



Choco 23/10/2011 20:11



Ah ça, je peux comprendre...



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