Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
6 août 2010 5 06 /08 /août /2010 08:00

 

danseuze d'izu 1

 

Auteur :  Kawabata Yasunari


Editions :

- Albin Michel, 1973, 183 pages, 13€

- Livre de poche, 1984, 124 pages, 4€


 

 

 

 

 

" La danseuze d'Izu "est la première publication de Kawabata. Cette nouvelle, paru en 1926, rendra célèbre celui qui deviendra un des plus grands auteurs japonais. 

Les cinq nouvelles qui composent le recueil ici présent tournent toutes autour du sujet de l'amour, de la beauté des femmes et de la mort, comme on le retrouvera fréquemment dans son oeuvre.

 

La danseuze d'izu (1926) :

Cette première nouvelle, qui donne son nom au recueil, est inspiré de l'expérience personnelle de l' auteur.

En 1918, Kawabata part en voyage vers Izu. Lors de son parcours à pied, il rencontre une troupe de théâtre itinérant.

On retrouve la même trame dans ce récit où le narrateur est fasciné par la beauté d'une des jeunes actrices. Il accorde son chemin à celui de la troupe, lie amitié avec le meneur, Eikichi, pour mieux se rapprocher de sa soeur, la belle Kaoru qui se révèlera très jeune.


  " La lampe de la cabine s'éteignit. Une odeur de poisson frais, de marée, montait vers la bateau et devenait plus intense. Il faisait complètement noir. Je me réchauffais à la tiédeur du corps de mon compagnon et je laissais couler mes pleurs. Ma tête se résolvait en eau claire, qui s'écoulait sans rien laisser en moi ; et j'en éprouvais une douceur paisible. "

 

Elégie (1932) :

Une femme veuve se souvient de son mari et continue à le croire vivant à travers la nature. Parlant aux fleurs, aux plantes, elle continue d'honorer son amour pour lui au delà de la mort.

 

"Quelle est navrante cette coutume des vivants d'invoquer les morts ! mais comme elle est navrante surtout cette croyance que l'être survit en conservant, dans un monde à venir, la forme qui fut déjà sienne dans un monde antérieur !"

 

" Les grandes eaux tumultueuses des massacres, des destructions, ne peuvent donc anéantir ces riens qui ont existé entre un homme et une femme ? "

 

Bestiaire (1933) :

Un homme un peu solitaire élève des oiseaux. Il se passionne pour ces animaux, les regarde vivre, grandir, s'aimer, se battre et mourir avec indifférence. Il n'aime pas les hommes car "les liens sont difficiles à rompre". alors que les animaux tendent "vers un canon de beauté très arbitraire, sans égard pour leur vie ni pour leurs moeurs". Ses réflexions sur les animaux, non dénués de cruauté, l'amène plus loin à se souvenir de Chikako, une danseuse avec qui il a eu une liaison.

 

" Prenons les chiens, par exemple : après avoir eu des colleys, on continue de préférence avec la même race, comme on aime les femmes qui vous rappellent votre premier amour, au point de vouloir, pour finir, en épouser une qui ressemble à celle qu'on a perdue. "

 

Retrouvailles (1946) :

Nous sommes en 1945. Un homme, qui revient de la guerre, assiste à une représentation et aperçoit dans le public une ancienne amante. Leur rencontre fait remonter les souvenirs à la surface et la belle Fujiko s'attache aux pas de Yuzo, lui contant à demi mots les difficultés de sa situation.

 

" Cela rappelait à Yuzo ce qu'il avait aussi ressenti : que l'extrême abnégation et l'extrême égoïsme se confondaient parfois, en un curieux mélange : de la critique de soi-même à la fatuité, de l’altruisme à l’exclusif souci de ses intérêts, de la bienveillance à la méchanceté, de la torpeur à l'excitation. "

 

La lune dans l'eau (1953) :

Un homme invalide et malade se voir forcé de garder le lit. Sa femme Kyoko lui fait alors voir le monde à travers un miroir à main. Observant sa femme en train de jardiner à travers la fenêtre, le mari finit par y découvrir un autre monde, plus étincelant. Kyoko y découvre une autre image d'elle-même.

 

" On ne connait que le reflet de son visage ; ces traits qui vous sont personnels, uniques, vous demeurent invisibles. On se touche la figure chaque jour, comme si les traits que renvoie le miroir étaient ceux de votre vrai visage..."

 

" Pour conserver ce reflet du monde, il aurait sacrifié sa vie. Certain jour, après une forte averse, tous deux contemplaient la lune reflétée dans une flaque d'eau. Cette lune, dont on pouvait à peine dire qu'elle fut l'illusion d'une illusion, resurgit dans le coeur de Kyoko. "

 

 

Voilà donc 5 nouvelles d'une beauté exemplaire, parfois hermétiques et qui nécessiteront pauses et réflexion (ou même plusieurs lectures) pour en comprendre tout le sens. 5 nouvelles qui nous parlent d'amour avec subtilité et non-dits, de la vieillesse et de la beauté de la mort qui exacerbe les sensations et les sentiments.

5 nouvelles contemplatives et poétiques qui souligne l'impermanence du bonheur et l'éphémère de la vie.

 

 

A noter : les traductions françaises existantes sont plutôt anciennes et certaines semblent avoir quelque peu remodelé le sens de certains passages. Par exemple, il semblerait qu'une touche d'homosexualité pointe dans le premier texte qui a été occulté avec la traduction.

Cécile Sakai a étudié ces différences de sens et on peut en trouver quelques exemples ici.

 

 

 


challenge In the mood for Japan


Partager cet article

Repost 0

commentaires

béné 11/08/2010 20:56



Jamais lu mais très tentée!



Choco 14/08/2010 16:21



Si tu n'as jamais lu Kawabata, je te conseille plutôt Les belles endormies ! C'est un roman et un de ses meilleurs !



Manu 07/08/2010 08:15



On m'a souvent parlé de cet auteur mais si tu dis que c'est un peu hermétique, je vais peut-être passer sur ce recueil.



Choco 08/08/2010 13:06



Rhaaaa, toi aussi tu t'y mets !


C'est un auteur que j'adore et qu'il faut découvrir ! Il n'est pas hermétique comme je le disais précédement. En fait, il faut faire très attention aux subtilités du roman pour comprendre le sens
caché. Pour certaines, il m'a fallu les relire pour déceler les non-dits du texte. Après elles sont compréhensibles au sens premier.


De toute façon, j'ai l'intention de tout lire/relire l'auteur . T'as pas fini d'en entendre parler !



Lukes 06/08/2010 18:26



C'est marrant de constater que beaucoup d'auteurs japonais semblent s'orienter vers les courts romans ou les nouvelles. Du moins, ceux que je découvre. Et les sujets sont toujours bien
particuliers.


Je ne connais pas encore Kawabata, mais il fera sûrement partie de mes lectures pour le challenge.



Choco 08/08/2010 13:02



ah je n'avais pas noté ça. Je t'assure qu'il y a de bons gros romans, (genre La pierre et le sabre) ! Bon ok ça n'atteint pas le poids des romans russes lol !


POur Kawabata, je te conseille de commencer par Les belles endormies, son chef d'oeuvre !


Je ferais peut-être un billet un de ces 4 car j'ai très envie de le relire !



Aifelle 06/08/2010 17:45



En ce moment je cherche des romans d'abord plus facile, mais je note quand même pour plus tard



Choco 08/08/2010 12:56



Je suis sure que ça pourrait te plaire ! Ce sont des nouvelles digne d'un japonais !


Beaucoup de subtilité, de non-dits que le lecteur doit découvrir.



Karine :) 06/08/2010 16:02



J'ai été attirée par le titre et la mention d'une danseuse... mais des nouvelles, un peu hermétiques en plus... pas certaine que ce soit pour moi!



Choco 08/08/2010 12:54



Bon décidement, j'ai mis un mot tabou avec mon "hermétisme" !


En fait, elles sont faciles à lire mais elles ont surtout un sens un peu plus caché qui dénote de certaines obsessions de l'auteur. Bref, typiquement japonais donc !



Humeur

Le 26 Août 2013 :
Le grenier de choco n'est plus...
Ce blog sera à terme supprimé.
Suivez moi désormais sur :

 

Rechercher