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19 décembre 2011 1 19 /12 /décembre /2011 19:05

rien ne s'oppose à la nuit 01Avec Rien ne s'oppose à la nuit, Delphine de Vigan écrit sa mère, sa famille mais aussi sa difficulté d'écrire sur soi, de prendre du recul sur sa propre histoire.

Ainsi donc, Lucile, la mère de l'auteur. Lucile s'est suicidée quelques années plus tôt. La douleur de cette perte est toujours sensible, d'autant plus que les relations entre les 2 femmes n'ont pas toujours été facile.

Delphine de Vigan choisit de se confronter à l'histoire familiale. Elle interroge les différents membres de sa famille, enregistre leurs confidences, lit correspondance et carnets. Peu à peu, elle reconstruit le passé de sa famille et de sa mère et livre un portrait très personnel de ses ancêtres tout en dévoilant à la fois sa propre intériorité.


On suit tout d'abord l'enfance de Lucille. Cette dernière a grandi dans une famille nombreuse, entourée de nombreux frères et soeurs (8). La jolie Lucille coure les séances photos pour des publicités de vêtements pour enfants. La mère leur laisse beaucoup de liberté et très tôt les laissent se prendre en charge eux-mêmes. Mais bientôt, les drames surgissent : un frère décède accidentellement. C'est le début de plusieurs disparitions qui toucheront la famille sur de longues années. Malgré les pertes, la famille reste soudée mais la douleur sourd à travers les silences plus nombreux.

Plus loin, l'auteur poursuit son portrait en y ajoutant ses propres souvenirs. Elle évoque le mariage de sa mère, sa propre arrivée, celle de sa soeur. On découvre les premiers problèmes de comportement de Lucille, ses séjours en maison de repos, le diagnostic de bipolarité. On assiste à ses multiples abandons, dérèglements et à la souffrance mais aussi la peur de ses filles.

Enfin, l'auteur conclut son portrait en donnant un regard distancé sur sa mère, analysant les conséquences à travers les générations des drames familiaux qui se répètent.

 

Comme ce livre dû être douloureux à écrire ! Douloureux mais nécessaire à la fois. L'auteur, en se penchant sur l'histoire de sa mère, tente d'exorciser sa propre douleur et de comprendre peut-être les raisons du geste fatal de sa mère. Une mère compliquée qui fut loin d'être exemplaire et dont la fille tente de reconstruire la vie pour mieux, peut-être, assumer la sienne.

De vigan fouille donc dans la mémoire des survivants de la famille. Elle interroge les oncles, les tantes, soulève certains secrets de famille (infidélité du grand-père, inceste sur Lucille possible). Les versions sont parfois différentes de l'un à l'autre mais l'auteur reconstruit sa propre vision, sa propre "Lucille".

Mais à travers ce portrait maternel, De Vigan se penche également sur le processus d'écriture. Le texte alterne régulièrement avec la voix de l'auteur en plein work in progress. Elle confie la difficulté de l'exercice, l'aspect plus terre à terre de ses entretiens familiaux, ses recherches personnelles, ses questions sur la vérité des faits. Elle fait le parallèle avec sa propre famille et ses enfants, se penche sur son propre rôle de mère.

 

Rien ne s'oppose à la nuit est donc à la frontière entre récit autobiographique et texte romancé. Delphine de Vigan recrée ici la personne de sa mère. Une mère qu'elle a tenté de nous offrir avec ses qualités et ses défauts, avec une certaine neutralité. Néanmoins, l'émotion affleure et on ne peut rester insensible à la souffrance partagée de cette famille qui a connu son lot de drames. L'auteur se dévoile ici avec beaucoup de pudeur tout en ne nous cachant rien des côtés sombres.

L'histoire est bien évidemment bouleversante. L'écriture s'est faite simple et assez épurée, évitant d'alourdir un peu plus une ambiance qui ne manquerait pas d'étouffer son lecteur dans le cas inverse.

Pourtant malgré toutes ses qualités, je garde une certaine réserve vis à vis de ce texte que j'ai pourtant aimé. Bien que je n'ai eu aucune impression de voyeurisme, j'ai malgré tout eu le sentiment que cette histoire ne m'appartenait pas. Cette famille, ces deuils, toute cette souffrance. Le tout est joliment raconté certes mais chaque famille a son lot de drames. Si j'avais lu ce texte comme une fiction, il en aurait certainement été autrement. Ici, je ne peux que constater que, une fois de plus, les auteurs trouvent du réconfort à se raconter. Je comprends parfaitement la démarche et trouverais plaisir et soulagement peut-être dans une démarche cathartique de raconter mes propres souffrances. Mais l'exercice reste peu innovant et, malgré la présence d'une narration de l'auteur se voyant en train d'écrire, Rien ne s'oppose à la nuit manque de la petite touche qui me permettrait de m'approprier le texte.

 

Au final, c'est véritablement un récit qui m'a beaucoup touchée par cette façon de se mettre à nu, de mettre à jour ses propres failles, de s'interroger avec recul sur son histoire familiale. Mais je regrette peut-être l'absence de portée plus universelle. Un texte qui toucherait tout le monde en dépit peut-être d'un parallèle avec sa propre histoire. Un très beau texte hommage donc mais pas le roman bouleversant de l'année pour moi... J'ai aimé mais je n'ai pas vibré.

 

D'autres avis :

Hérisson - Mango - Leiloona - Clara - Emeraude - Cathulu - Ankya - Marion - Kactusss - Hélène - Theoma - Val - Saxaoul - Irrégulière - La ruelle bleue - Lili -

 

 

 


 Titre : Rien ne s'oppose à la nuit

  Auteur : Delphine de Vigan

Editeur : JC Lattès

Parution : Août 2011

    440 pages 

Prix : 19€


 

1% littéraire 2011

 

prix lectrices ELLE

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commentaires

céline 25/06/2012 16:46


Un livre qui m'a beaucoup émue, que j'ai trouvé plus universel que prévu, justement. Mais je comprends ta réserve quand à l'impudeur, qui ne m'a pas choqué car la démarche est faite avec beaucoup
de respect.

Choco 27/06/2012 00:06



J'ai du mal à exprimer mon ressenti sur cette lecture car je l'ai aimé ce livre c'est sûr mais en même temps quelque chose me retient... Et avec le temps, je ne garde que ce petit quelque chose !



antonella 09/01/2012 14:40


je me"retrouve" dans la majorité des commentaires(honnêtes et lucides).S'il lui est si difficile d'écrire sur soi" pourquoi le faire?Pr nous lecteurs?certainement pas!qui n'aurait ps des
"cadavres à sortir des placards" c'est 1 livre impudique!et même  cruel parfois:qui pourrait répondre à sa mère en pleurs(ce n'était ps vrai;même au pire de sa torpeur,elle n'était ps comme
çà.Je l'ai regardée) J AI DIT SI.

Yv 23/12/2011 18:41


très bien ce livre qui évite les écueils inhérents au genre, grâce notamment aux questionnements constants de l'auteure sur le bien fondé de son livre

clara 23/12/2011 12:20


Comme  tu le sais, j'ai beaucoup aimé ce livre. La question d'universalité est intéressante. Je trouve que les livres d'Annie Ernaux tout en étant autobiographiques s'inscrivent dans ce
registre.


Ici, oui, livre cathartique  sûrement et je suis d'accord.  Mais je pense que pour des lecteurs se retrouver dans des écrits vécux et non iventée  leur permet également d'avancer
ou de faire le deuil d'un passé douloureux.

Choco 29/12/2011 21:06



ça, oui, je comprends tout à fait que ça puisse parler aux personnes qui ont un vécu similaire, ça doit même être fort pour eux. Je n'ai pas lu assez de texte autobio (pa lu Ernaux d'ailleurs)
pour juger mais je regrette malgré tout que les auteurs peinent à dépasser leur propre expérience.



Aifelle 21/12/2011 13:58


Choco, ce n'est pas une rencontre hélas, seulement une séance dédicace  Et s'il y a trop de monde à mon goût,
je n'attendrai pas.

Choco 21/12/2011 22:20



Aïe... alors oui ça limite la discussion...



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