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14 novembre 2011 1 14 /11 /novembre /2011 07:00

parfum de jitterbug 01Tom Robbins qui m'avait régalé avec son roman Une bien étrange attraction est à nouveau mis à l'honneur chez Gallmeister.

 

Cette fois-ci, le lecteur va plonger dans les délices du parfum et d'un élixir de jouvence qui traversera plusieurs siècles.

Priscilla, serveuse à Seattle, consacre ses nuits à faire des expériences chimiques pour trouver la recette du Taco parfait.

A la Nouvelle-Orléans, Mme Devalier et son assistante V'lu travaille dans leur petite parfumerie en perte de vitesse pour confectionner le parfum ultime qui leur fera remonter la pente.

Enfin, à Paris, l'excentrique Marcel Fever, nez de la société du même nom qu'il dirige avec son cousin Claude peaufine le futur best-seller de la maison.

Rien ne les relie excepté le fait que, tous les jours, une betterave leur est livré mystérieusement.

 

" Un vieux proverbe ukrainien nous met en garde : "Une histoire qui commence avec une betterave finit toujours avec le diable."
Voilà un risque qu'il nous faut prendre."

 

L'origine de ces betteraves est à chercher dans l'autre histoire que Robbins nous sert en parallèle : Alobar, roi de Bohème du 8ème siècle refuse de se soumettre à la tradition qui commande de tuer leur dirigeant aux premiers signes de vieillissement (impuissance, cheveu gris). Ce dernier s'échappe grâce à un subterfuge et prend la route à travers l'Europe et le monde mais aussi à travers les siècles. C'est que notre homme vivra 900 ans et que sa quête éperdue d'immortalité se réalisera à force de conviction et de rencontres. Les moines Bandaloop l'initieront à leurs secrets et la belle indienne Kudra le régénérera à force d'amour et de sensualité. Le dieu Pan sera aussi de la partie et son fumet de bouc, un ingrédient fort peu goutu de cette aventure au goût de betterave. Il faut dire aussi qu'avec tout ce christianisme tapageur, notre dieu-bouc n'est plus honoré et perd peu à peu de son pouvoir.


Parfum, betterave, dieu, immortalité, religion : voilà un cocktail improbable que Tom Robbins réussit avec brio à entrelacer ! Ne cherchez pas ici un récit réaliste, l'auteur part comme à son habitude dans des élucubrations loufoques qui cachent malgré tout une intense réflexion.

Le roman se construit autour de chapitres alternés qui nous conduisent soit auprès d'Alobar, soit auprès de nos 3 parfumeurs. Le lien n'est évidemment absolument pas évident et ne se fera jour qu'au terme d'une lente narration qui balade son lecteur sur les traces du roi immortel. On le suit et on découvre à travers ses yeux de néophyte différentes civilisations, différentes conditions auquel notre homme s'adapte toujours sans soucis.

Toujours obligé de fuir pour différentes raisons ou circonstances, dont le fait que son visage ne vieillit pas, il croise sur sa route différentes religions : les hindouistes qui exigent d'une veuve qu'elle s'immole par le feu sur le cadavre de son mari, les moines bandaloop (bouddhistes ?) qui voit le secret de la longévité dans la méditation et l'ascèse, les païens qui honorent le roi de la galette pour mieux en lui offrant tout ce qu'il souhaite pour mieux le tuer 7 jours plus tard et les chrétiens enfin qui crient à la magie noire et aux socières dès que quelque chose leur échappe et qui tuent le dieu Pan à petit feu par leur rigorisme et leur individualisme.

Il sera donc question ici de vie, de mort, d'amour et de plaisir de vivre. Alobar, lui, a fait clairement le choix de la vie, s'épanchant régulièrement dans des activités à haute teneur sexuelle, un bel hommage au lubrique Pan dont il essaye de sauvegarder l'image et la force (l'odeur de bouc en rut, elle, est toujours là !).

 

"On dit que lorsqu'un homme est dans l'attente de relations sexuelles imminentes, sa barbe pousse à un rythme accéléré. Il n'est pas impossible qu'Alobar doive s'arrêter pour aller se raser avant la fin de ce paragraphe."

 

On retrouve la prose mystique de notre auteur qui s'amuse de ses personnages et leur met dans la bouche bon nombre de théories plus ou moins fumeuses sur l'immortalité mais qu'importe le flacon pourvu qu'on est l'ivresse ! Mais le flacon est ici de qualité. L'écriture est toujours aussi pleine d'absurdités et l'auteur sait parler avec beaucoup de sérieux de choses totalement décalées.

Le roi de la métaphore impossible (le "Houdini de la métaphore" tout de même !) est toujours en forme et, même si je regrette que ma lecture ait été un poil moins jouissive que son roman précédemment édité, je ne me lasse pas de l'humour et de l'inventivité dont il fait preuve.


" Priscilla vivait dans un studio. On appelait ça un <<studio>> parce que l'art est censé donner du prestige et que les propriétaires ont un intérêt personnel à nous faire croire que les artistes préfèrent dormir dans leur atelier. Les vrais artistes ne vivent presque jamais dans des studios. Il n'y a pas assez d'espace et la lumière n'y est pas bonne du tout. Ce sont les employés qui vivent dans des studios."

 

" La masse de son corps  qui tenait à la fois du carré de citrouilles, de la salle de bal espagnole et de l'idole païenne fit floc quand elle s'affala sur un confident couleur citron vert. "

 

" Les toilettes dans chaque appartement faisaient le même bruit qu'un ténor italien qui se gargarise avec du Lavoris, et la nuit les réfrigérateurs faisaient penser à des bisons en train de brouter. "

 

Un parfum de Jitterbug est donc là encore un roman jubilatoire qui ne lassera pas de surprendre son lecteur qui cherchera toujours le rapport entre parfum et Jitterbug !

Que les amateurs de betterave se rallient !

 

 

 

Extraits :

 

L'apologie mémorable de la betterave :

 

" La betterave est le plus profond de tous les légumes. Le radis, convenons-en, est plus fiévreux, mais le feu du radis est un feu froid, ce n'est pas le feu de la passion, c'est celui du mécontentement. Les tomates ne manquent pas de vigueur ; toutefois, il court en elles une veine de frivolité. Les betteraves, elles, sont terriblement sérieuses.
Les peuples slaves doivent leurs caractéristiques physiques aux pommes de terre, leur inquiétude sourde aux radis, et leur sérieux aux betteraves.
La betterave, légume mélancolique par excellence, est le plus disposé à souffrir. Essayez donc de faire couler du sang en pressant un navet...
La betterave, c'est l'assassin qui retourne sur les lieux de son crime. La betterave, c'est ce qui arrive lorsque la cerise finit avec la carotte. La betterave, c'est l'ancienne ancêtre de la lune d'automne, barbue, enterrée, presque fossilisée, les voiles vert foncé du bateau lunaire échoué, cousues de veines où coule un plasma primitif ; la ficelle du cerf-volant qui reliait autrefois la Lune à la Terre ; barbe boueuse, désormais, forant désespérément le sol à la recherche de rubis.
La betterave était le légume préféré de Raspoutine. Ça se voyait dans ses yeux.
En Europe, on cultive beaucoup une grosse betterave appelée betterave fourragère. Peut-être que c'est cette betterave fourragère que l'on voit chez Raspoutine. A n'en pas douter, il y a de la betterave fourragère dans la musique de Wagner, même si c'est le nom d'un autre compositeur qui commence par B-e-t-, pardon, B-e-e-t...
Bien sûr, il y a des betteraves blanches, desquelles suinte du jus sucré et non du sang, mais celle qui nous intéresse, c'est la betterave rouge ; la variété qui s'empourpre et enfle comme une hémorroïde, une hémorroïde contre laquelle il n'existe aucun remède.
(En fait, il y a bien un remède : demandez à un potier de vous faire un anus en céramique - et quand vous ne serez pas assis dessus, vous pourrez toujours l'utiliser comme bol pour déguster votre bortsch.)"

 

" La réalité est une notion subjective, et cette culture se caractérise par une tendance stupide à considérer que quelque chose est important seulement si c'est sérieux et sévère.(...) Quand on est malheureux, on en vient à s' préoccuper énormément de soi-même. Et on en vient à s'prendre tellement au sérieux ! Les gens véitablement heureux, c'est-à-dire les gens qui s'aiment véritablement, eux n'pensent pas beaucoup à eux-mêmes. Vous prenez une personne malheureuse, elle ne supporte pas que vous essayiez d'lui remonter le moral, parce que ça veut dire qu'elle doit arrêter de s'appesantir sur elle-même et reporter l'attention sur l'univers. Se sentir malheureux, c'est la forme ultime de l'autocomplaisance."

 

Liens :

Premières pages du roman

 


 Titre : Un parfum de Jitterbug

Auteur : Tom Robbins

Editeur : Gallmeister, Americana

Parution : 6 Octobre 2011

    456 pages 

Prix : 24,90€

 


 

1% littéraire 2011

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commentaires

Brize 18/11/2011 11:59


J'avais adoré "Comme la grenouille sur son nénuphar", fait un flop avec "Même les cow-girls..." et pas récidivé depuis car j'attends que le thème me parle, ce qui n'est pas le cas avec le roman
que tu présentes.

Choco 20/11/2011 12:06



Les 2 titres que tu cites sont dans ma PAL mais j'ai craqué et j'ai lu son nouveau roman ! Je dirais que pour ma part, peu importe le sujet, l'auteur réussit à m'emporter avec sa folie et sa
verve ! :)



emmyne 14/11/2011 20:50



Merci, mais pas en ce moment, ça déborde !!



Choco 16/11/2011 12:13



Zut ! Et moi qui t'impose un autre...



Catherine 14/11/2011 20:02



Je ne connais pas du tout ! Pourquoi pas, mais pas pour l'instant en tout cas.



Joelle 14/11/2011 17:43



Je n'ai jamais lu cet auteur mais il m'a l'air assez spécial ;) Du coup, dans le doute, je préfère faire un essai en empruntant un de ses romans à la biblio ... j'aime bien ce qui flirte avec
l'absurde mais je crains de ne pas trop accrocher à son style ... disons que les extraits sont savoureux mais j'ai peur de me lasser sur la distance !



Choco 16/11/2011 12:13



Oui spécial, je ne le nie pas ! Je ne le définirais pas comme absurde néanmoins. ça me ferait très plaisir que tu tentes le coup... :) Cet auteur n'est pas assez connu selon moi !



Hélène Choco 14/11/2011 16:26



Excellent! que de découvertes intéressantes sur ton blog!! Mélanger betteraves et religion, c'est très fort...



Choco 16/11/2011 12:09



Oui c'est un mélange détonnant ! Merci Hélène :)



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