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16 juin 2011 4 16 /06 /juin /2011 07:00

 

légende de nos peres 01

 

Auteur : Sorj Chalandon

Editeur : Grasset

Date de parution : Août 20

  256 pages

Prix : €

 

 

Je n'avais jamais lu Chalandon et grace à Emmyne, j'ai découvert un excellent auteur !

 

Marcel Frémaux est le fils d'un ancien résistant. Modeste et très pudique, ce dernier n'a jamais voulu parler de son passé à son fils. Il mourra sans lui avoir laissé la clé.

Devenu adulte, Marcel est devenu biographe. Non pas biographe de personnes célèbres, non. Biographe familial. Biographe des petites gens qui souhaitent léguer leurs histoires à leur famille, à leurs amis.

"Toute vie mérite d'être contée" argue-t'il dans ses publicités.

Un jour, c'est une certaine Lupuline Beuzaboc qui se présente à lui. Elle souhaite mettre par écrit les mémoires de son père et toutes les grandes histoires qu'il lui racontait au bord du lit.

Marcel se souvient : Beuzaboc et sa fille était présent à l'enterrement de son père. Beuzaboc était résistant lui aussi mais c'est également un homme blessé qui refuse tout hommage et qui est réticent à se lancer dans cette biographie. Lupuline réussit à le convaincre et Marcel commence alors ses entretiens avec le vieil homme.

Cherchant son père à travers le père de Lupuline, Marcel va aller à la recherche de la vérité. Mais la vérité correspond-t'elle toujours à ce qu'on souhaiterait ?

 

"La légende de nos pères" est un roman formidable. Ce n'est pas un roman trépidant, l'histoire s'installe lentement. On suit les entretiens du biographe et du résistant, les recherches de Marcel concernant des points de détails de l'histoire ou quelques incohérences. Néanmoins la puissance de ce roman grandit inéxorablement au fil des pages. L'ambiance s'alourdit et va conduire vers la terrible tension finale.


On pourrait penser qu'il s'agit d'une livre sur la 2ème guerre mondiale mais il n'en est rien.

Il s'agit surtout ici de la question de la mémoire. La mémoire des vivants et des morts. De la façon dont elle est transmise et des éléments que l'on transmet. Sommes-nous ce que nous sommes ou seulement ce que nous racontons de nous-même ? Où est la part de vérité et d'imagination, d'interprétation de notre passé et de notre vie ?

Marcel n'a pas su entendre son père avant qu'il meure et il s'aperçoit qu'il ne sait pas qui est réellement son père. Lupuline, au contraire, a grandi avec les récits héroiques que ce dernier lui contait avec enthousiasme pour ne pas la décevoir mais connait-elle mieux pour autant son père ?

 

L'auteur ne se pose pas ici en juge et se contente de montrer toute la difficulté de la transmission familiale. Nos propos ne sont-ils pas faussés d'une certaine manière par notre manque de recul, d'objectivité sur nous-même. Ne racontons-nous pas aussi ce que nos interlocuteurs aimeraient entendre ? Les choses que nous choisissons de raconter ont été au préalable passées au prisme de notre propre sélection naturelle. Mais dès lors, peut-on malgré tout nous accuser de mensonges ?

 Etre fidèle à quelqu'un peut signifie en trahir en autre alors où se trouve la juste position ?


Les mots justes peuvent être difficiles à trouver également, pour le personnage du biographe comme pour l'auteur lui-même. On découvre la difficulté de l'écriture, d'être au plus près de ce que l'on souhaite exprimer à travers nos mots.

 

J’avais la première phrase de la biographie. “Novembre. C’était novembre, et il pleuvait sur nous.” Non. Trop solennel. Il fallait dépouiller chaque mot. “C’était novembre, et il pleuvait.” Les élaguer encore. “Il pleuvait. C’était novembre.” Les tailler d’avantage. “Novembre, et il pleuvait.” Voilà. C’était ça. Je me suis arrêté à un angle de rue. J’ai sorti mon carnet noir à élastique et écrit cette phrase avant de la souligner. “Novembre, et il pleuvait.” "

 

Pourtant que dire de l'écriture de Chalandon : si juste et d'une belle sobriété qui n'empêche pas un style poétique à la force poignante.

 

Les extraits parlent d'eux-même :

 

" On fait son deuil. C'est effroyable, mais on le fait. Après avoir été au loin, au plus profond, creusé par l'absence et le silence, sans air, sans lumière, sans souffle, sans pensée, ans rêve, sans voix, après avoir perdu la faim, la foi, les nuits, après avoir tremblé à l'infini, après avoie eu froid de tous ces jours sans l'autre, après avoir traversé seul les fêtes maudites, les saisons détestables, après tant de matins pour rien, on défroisse le linceul qui nous couvrait aussi. On caresse l'étoffe, on la regarde encore, on la plie avec soin, on la range dans un coin de sa vie en attendant la suite. On fait son deuil, mais on ne revient pas d'un rendez-vous manqué. "

 

 

"Je suis sorti au crépuscule. Je marche parfois la nuit pour recueillir un mot. J'ai regardé le ciel au dessus de la grand place. Un ciel de juin avant l'orage. je me suis demandé si je pouvais écrire le ciel sans autre mot que ciel. Comment décrire cet état de lumière. Comment approcher l'évident, le simple, des feuilles qui frissonnent. Parce qu'écrire frissonner, c'est déjà s'éloigner de la feuille. Elles ne frissonnent pas les feuilles. Elles font tout autre chose que ce qu'en dit le vent. Elles ne bougent pas, ne remuent pas, ne palpitent pas. Elles feuillent, les feuilles. Elles font leur bruit, sans autre mot. Et le ciel, il nuage. je me suis dit, qu'un matin, au réveil, il me faudrait pour Beuzaboc quelque chose de Tescelin. Ne pas le dégrader par un prêt-à-écrire, mais prendre ses mesures et coudre un mot pour lui. "

 


" Je me demandais comment ces mots avaient pu survivre à ces hommes, continuer leur chemin de mots, revenir plus tard sous nos plumes, dans nos lettres, sur nos lèvres en paix. Je me demandais comment nous avions pu après eux encore écrire " adieux ", " amitié " ou " chagrin ". Je me demandais ce que seraient devenus nos mots sans les leurs. "

 

Il sera aussi question ici de choix, d'engagement, de notre culpabilité face à certains mais aussi de pardon et de renoncements. Pleins de choses très belles que je vous laisse de toute manièe découvrir.


 

"La légende de nos pères" est un très très beau roman qu'il serait dommage d'oublier.

 

 

 

D'autres avis :

L'avis d'Emmyne, amoureuse - Stemilou -

( Pas d'autres lecteurs ??! je ne peux pas le croire ! )


 

Quand elle vous dit qu'il faut lire Chalandon, écoutez-là.

Parce que moi aussi, je vous le dis !

 

 

Faites moi lire

Lu dans le cadre de mon opération Faites-moi lire !

Merci Emmyne !

 


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commentaires

Joelle 17/06/2011 11:22



Moi non plus, je n'ai pas encore lu de livres de cet auteur et pourtant, il revient assez souvent lors des clubs lecture ... d'ailleurs, on a parlé de son livre "La promesse" mardi : c'était le
coup de coeur d'une des participantes !



Choco 17/06/2011 14:09



Ah ben voilà ! Tu sais ce qu'il te reste à faire !



Marie 17/06/2011 09:23



J'adore cet auteur ! Il faut absolument que je lise ce titre.


J'ai craqué pour Mon traître (d'ailleurs en partie autobiographique) et j'ai également beaucoup aimé Une promesse.


 



Choco 17/06/2011 14:07



Oui il le FAUT !! A mon tour, d'attaquer les autres titres !



emmyne 16/06/2011 19:53



" Pourtant que dire de l'écriture de Chalandon : si juste et d'une belle sobriété qui n'empêche pas un style poétique à la
force poignante."


Merci, merci à toi pour ce billet que je n'ai pas su écrire, je suis heureuse de ton enthousiasme à la découverte
de la plume de S.Chalandon et de ton plaisir de lecture, de partager ces mots là avec toi.



Choco 17/06/2011 13:55



Ma chère Emmyne, je te dois cette belle découverte. Je n'ai pas l'impression d'avoir bien rendu le style de l'auteur justement mais comme toi j'espère avoir fait passer le bonheur que cette
lecture m'a procuré !



Stemilou 16/06/2011 14:04



J'avais adoré cette histoire



Choco 17/06/2011 13:50



Oui j'ai vu ça et c'est tant mieux !



Nanne 16/06/2011 13:21



Je te rassure de suite, Choco, j'ai prévu de le lire et de découvrir Chalandon dans le même temps ... Pourtant, j'ai "Un traître" dans ma PAL, mais c'est par "La légende de nos pères" que je veux
commencer mon initiation ! Dans tous les cas, un livre magnifique autour de la transmission et de la mémoire ...



Choco 17/06/2011 13:49



Voilà une bonne résolution ! Je suis vraiment étonnée qu'on ne parle pas plus de cet auteur sur les blogs, ou du moins de ce titre-là.



Humeur

Le 26 Août 2013 :
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