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1 mai 2012 2 01 /05 /mai /2012 07:00

veridique-histoire-des-compteurs-a-air-01.jpgDans un monde futuriste et quelque peu aseptisé, l'air que nous respirons est devenu une denrée si rare qu'il est désormais compté. L'homme se balade désormais avec un compteur à air dans le dos et est tenu d'économiser coûte que coûte ce précieux "carburant". Des quotas sont imposés et les parents d'Emile dont nous suivons l'histoire lui interdisent bien d'en consommer pour « des bêtises comme respirer des fleurs ou monter l’escalier quatre à quatre ».

 

Cette fable si moderne est pourtant une réédition d'un album ô combien visionnaire paru en 1973. Evoquant de manière directe une dégradation de l'environnement telle que des compteurs deviennent nécessaire pour vivre, il pointe aussi du doigt les inégalités sociales. Alors que pour le petit Emile, le simple fait de respirer une fleur en cachette ou même de rire est du gaspillage, on voit d'autres enfants plus nantis avoir la chance de posséder un animal et de courir en leur compagnie. Plus loin, ce sont des ouvriers d'usine qui meurt dans l'indifférence. Et plus loin encore, on découvre une zone où l'air est tellement pollué qu'il en est gratuit.


Cardon dessine ici un monde effrayant, presque déshumanisé. Les humains sont affublés d'un boite disgracieuse sur le dos qui engendre une mode en conséquence et n'évite pas la surenchère sur de nouveaux compteurs toujours plus performants. Les rues sont vides, silencieuses. Il n'y a plus de voitures, plus de cris d'enfants, plus de vie pourrait-on dire. Résignation et désespoir semblent être le quotidien.

 

La mise en forme graphique dans un format à l'italienne est tout aussi curieuse. Le texte ne prend pas place dans le dessin et l'album se présente comme une alternance de dessins muets et de page de texte. Un texte court, percutant qui tient en une phrase mais éclaire l'image d'à côté. Les dessins sont donc en pleine page ou même en double page. Le trait est épuré, se construisant sur des lignes graphiques étouffantes, écrasantes qui laissent peu de place à la liberté des hommes. Aucune couleur pour alléger l'atmosphère pesante. Les seuls tâches colorées présentes ne font que souligner l'importance d'un détail : les nouveaux compteurs, la fleur interdite,...  Le monde de Cardon se veut fort sombre...

 

La véridique histoire des compteurs à air est une histoire à la fois surréaliste et se basant sur des réalités sociales et environnementales bien réelles. Vu à travers le regard d'un enfant d'ouvrier qui se confie à son journal intime, le monde inégalitaire est dénoncé de manière subtile. Un album atypique d'une grande force et qui n'a pas perdu son étonnante actualité.  

 

Liens :

Interview de Cardon

 

D'autres avis :

L'accoudoir - Du9 -

 


 

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Titre : La véridique histoire des compteurs à air

Auteur : Jacques-Armand Cardon

Éditeur : Buchet Chastel, Les cahiers dessinés

Parution : Février 2012 (1ère édition : 1973)

    160 pages

Prix : 28,40€


 

 

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26 avril 2012 4 26 /04 /avril /2012 07:00

TMLP-01.jpgBanlieue de Montmorency, dans les années 70. On y suit une bande d'ados un peu désoeuvrés qui errent dans la cité.  Des gamins comme les autres, ni des enfants de coeur, ni des caïds qui occupent leurs journées à coups de défis débiles, de petites vengeances, de parties de foot, d'échange de k7 musicales ou de vulgaires vols à la supérette du coin.

 

 « Nous à la base, on n’est pas des méchants ni des dangereux… Tout juste des branleurs, des fumistes disaient nos profs, mais pas des mômes méchants ».

 

Au pied des barres d'immeubles, la vie n'est pas rose. Promiscuité, chômage, misère. Les mères font ce qu'elles peuvent. Et l'insulte "Ta mère la pute" prend parfois tout son sens, même si tout le monde cherche à l'occulter.

Une embrouille entre jeunes, une parole qui dérape, et voilà le drame qui arrive. Bouleversant le quartier et la vie de ces jeunes garçons  considérés désormais comme de dangereux personnages que la société se fait forte de recadrer.

 

Gilles Rochier se penche ici sur la vie dans les quartiers populaires. Une vie que l'auteur connaît bien pour avoir grandi dans ces cités parisiennes constituées de tours. Il porte sur la banlieue un regard à la fois nostalgique et sombre.


"Ce quartier ce n'est pas que des super bons souvenirs mais le quitter a été une déchirure" indique l'auteur.

 

A travers l'histoire de quelques adolescents dans lesquels il s'inclut, il nous fait revivre cette période insouciante où les copains suffisaient, où le simple prêt tournant d'une cassette de musique les unissait les uns les autres, leur faisant oublier l'inertie et la misère du lieu.

Parallèlement, l'auteur n'hésite pourtant pas à évoquer le désoeuvrement qui mène à la violence, la misère sociale qui pousse à des extrémités honteuses, les autorités qui portent un regard négatif sur ces jeunes sans chercher à les comprendre.

Sans tomber dans un misérabilisme cliché, il nous donne sa vision de la banlieue exempt de tout jugement.

 

Son histoire, il nous la livre dans une bichromie beige assez douce mais qui donne corps à l'ennui persistant, à la morosité d'une vie étriquée, passée entre les barres d'immeubles. Si son trait n'est pas élégant, son économie, la simplicité de son écriture permet d'y projeter toutes les émotions de ses personnages. La narration se fait à la fois à travers le langage imagé du groupe de jeunes mais aussi par l'intermédiaire d'une voix off qui donne un regard plus extérieur, plus détaché des faits mais non dénué d'amertume.

 

Véritable témoignage urbain dont l'actualité est toujours palpable malgré la différence d'époque, TMLP est un album choc qui à travers le drame noué autour d'une bande d'adolescents nous donne à voir les meurtrissures d'une enfance désenchantée, stoppée en plein vol. Conçues dans les années 80, ces grands cités de béton recélaient une utopie de mieux vivre. Il n'en fut rien et aujourd'hui, l'état des banlieues s'est inexorablement dégradée, au détriment de ses habitants. Comment peut-on vivre sereinement dans ces grands ensembles urbains ? Les drames qui s'y nouent se sont-ils pas le reflet de la violence intrinsèque qu'ont à subir ses habitants ? Peut-on réellement sortir de la cité ou celle-ci vous marque-t'elle à jamais ? A ce jour, l'Etat français cherche toujours les réponses...


 

Lien :

Les premières pages à lire.

Blog de l'auteur.

 

D'autres avis :

Paka - Lunch et Badelel - Mr Zombi - Belzaran - Oliv' - David - Yvan -

 

 

 


 

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Titre : TMLP, Ta mère la pute

Auteur : Gilles Rochier

Éditeur : Six pieds sous terre

Parution : Février 2011

    72 pages

Prix : 16€


 

 

Challenge roaarrrPrix spécial du jury - Angoulême 2012

 

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17 avril 2012 2 17 /04 /avril /2012 19:40

 

Je les ai lu... Vous pouvez passez votre chemin...

Voici donc une petite sélection express d'albums loin d'être indispensable.

 

 

Theophilia-Werner-t1-01.jpg Théophilia Werner, tome 1:

 

1988 à Genève. Une prise d'otage est en cours à bord d'un avion à terre. A son bord : Neige d'Orchidée, une terroriste communiste et son amant Tobias, un agent double qui vient de trahir les preneurs d'otages et provoque la mort de cette dernière. Peu après, Tobias disparaît, laissant leur fille Théophilia à la garde d'une aveugle, Fausta.

On retrouve Théophilia 20 ans plus tard. La jeune femme est belle et intellligente. Biophysicienne de renom, elle est aussi une Whistleblower, une lanceuse d'alertes. Elle rencontre un jour un mystérieux kosovar qui lui fournit des renseignements sur un accident impliquant la population locale atteinte d'une mystérieuse infection. Elle se lance alors sur la piste de ce cartel qui va la mener aussi sur les traces de son père dont elle n'a jamais de nouvelles...

 

Voilà une métisse asiatique plutôt sexy que les auteurs n'hésitent pas à mettre en scène dans des tenues suggestives (robes ultra fendues et décolletées, jupes déchirées dans l'action,...) qu'on trouvera un peu vaines ou gratuites. Théophilia est une héroine tout ce qu'il y a de plus caricaturale et ce n'est pas le scénario qui vous bouleversera par son originalité. Les rebondissements et hasards sont trop téléphonés. Graphiquement, ce n'est pas vraiment ma tasse de thé non plus. J'ai trouvé le trait plat et sans grand intérêt. Ce premier album se termine malgré tout sur une révélation surprenante qui ne manque pas de déstabiliser l'héroine et apportera peut-être un peu de sel à cette histoire. Pour ma part, je n'irais pas plus loin...

 

SI quelqu'un veut se faire son propre avis, je peux lui offrir mon propre album.

 

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  Titre : Théophilia Werner, tome 1

Dessinateurs : Boudjellal / Leïla Leïz

Scénariste : Adele Roost

Editeur : Soleil

Date de parution : Mars 2012

  48 Pages

Prix : 10,95€


 

 

 

Mary-Kingsley-01.jpgMary Kingsley :

 

En 1893, Mary Kingsley débarque en Angola avec la ferme intention de s'enfoncer dans les terres. Son but : atteindre le mont Cameroun sur les traces de son père, grand explorateur africain dont elle conserve précieusement le journal avec elle. Sur la base de petits mensonges, elle réussit à trouver un guide qui pourtant l'abandonnera bientôt. Seule dans une jungle sauvage, encombrée de ses robes à crinolines, Mary va finir par atterir dans un village cannibale où elle va découvrir ue culture inconnue mais également l'amour....

 

Les éditions Glénat lancent la nouvelle collection Explora qui part sur les traces des grands explorateurs. Avec Magellan, Mary Kingsley est un des premiers titres. L'histoire d'une femme intrépide du 19ème qui part dans une aventure incroyable avait tout pour me plaire. Hélas, la déception est à la hauteur de mes attentes. Condenser la vie extraordinaire de cette femme en 56 pages est un pari difficile. Et de fait, j'ai trouvé que le portrait de cette héroine était bien trop raccourci et fort peu approfondi. L'album retrace sa première expédition africaine et Mary semble ici une femme fort inconséquente et non pas une aventurière réfléchie. Le lecteur la voit se faire arnaquer par le premier escroc venu, patauger seule dans la jungle armée de ses quelques colifichets, s'amouracher du bel africain qui lui sauve la vie et se sacrifie pour elle. Certes, l'album ne retrace que ses débuts d'aventurière mais on pouvait tout de même attendre un peu mieux d'une fille d'explorateur qui s'est nourrie des histoires de son père. Heureusement qu'un dossier de 8 pages en fin d'ouvrage vient étayer un peu plus les faits biographiques plutôt absents dans cette histoire qui finalement ne nous apprend pas grand chose sur cette grande figure féminine.

Vous l'aurez compris, j'ai trouvé que cette histoire manquait cruellement de contenu et la tournure quelque peu romantique qu'elle prend m'a franchement déçue. Où est l'illustration de l'engagement de Mary pour la tolérance ? Où est l'ode à la culture africaine ?

Tout ceci est fort dommage car graphiquement, l'album est plutôt chouette. Les décors de jungle africaine sont savamment retranscrits, les personnages sont vivants et convaincants, les couleurs rehaussent avec succès un environnement luxuriant.

Conduite sous la férule de Christian Clot, vice-président de la Société des Explorateurs Français, les auteurs semblent malheureusement être passés à côté de leur sujet, aussi riche soit-il...

Je ne désespère pas néanmoins de découvrir d'intéressants destins dans les autres titres de la collecction. A suivre... !

 

 

 

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Titre : Mary Kingsley, la montagne des dieux

Dessinateur : Julien Telo

Scénaristes : Christian Clot / Guillaume Dorison / Esteban Mathieu

Editeur : Glénat, Explora

Date de parution : Mars 2012

  56 Pages

Prix : 14,50€



 

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Rani, tome 1 :

 

Jolanne de Valcourt est la fille illégitime du marquis de Valcourt. Ce dernier se meurt et la guerre fait rage en cette Europe du 18ème . Soucieux de l'avenir de sa famille, il préfère confier son héritage à Jolanne, plutôt qu'à son fils légitime, Philippe, qui préfère courir les jupons et escroquer son père. Prêt à tout pour conserver ses intérêts, il n'hésite pas à tuer son père et à mettre le feu à l'étude abritant le testament, avant d'éliminer à son tour sa riche amante devenue encombrante et à tendre un pière à Jolanne, bientôt accusée de ce meurtre.

 

Lu il y a 2 mois, je ne retient de ma lecture qu'une histoire cousue de fil blanc ! Une héroine qui reprend tous les clichés du genre : la belle orpheline batarde naïve et sexy, spoliée par le méchant fils légitime et accessoirement libidineux qui n'hésitera pas à la violer ; le prince charmant qu'elle va embrasser tout de go et qui l'aidera dans les tomes suivants, on n'en doute pas, à se sortir de ce mauvais pas ; la scène de lesbianisme ; et j'en passe... car j'ai oublié la moitié des horreurs...

Van Hamme est certes un grand scénariste mais là, je dirais vulgairement qu'il s'est chié dessus ^^ Suivant !

 

Stephie vous propose un avis plus positif sur le roman.

 

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Titre : Rani, tome 1 : Batarde

Dessinateur : Francis Vallès

Scénaristes : Jean Van Hamme / Alcante

Editeur : Le lombard

Date de parution : Novembre 2009

  48 Pages

Prix : 14,45€


 


 

royaume t1 01Le royaume, tome 1 :

 

Il était une fois un royaume paisible où vit un roi et sa famille. Un roi qui réchauffe son lit avec la gentille Anne, une humble servante. Sauf que les gentils pioupious du village se sont mis à parler et caftent le moindre des faits à qui veut l'entendre. De fait, la reine vire illico Anne qui se retrouve à ouvrir une taverne qui bientôt sera vite fréquenté par les gens du royaume, nantis ou nobles. Anne se retrouve à gérer tout ce petit monde, le roi qui trouvera une solution pour la garder dans son lit, les princes délurés censés être au lit, les commères de la ville et enfin, le forgeron qui est tombé littéralement amoureux d'elle.

 

Voilà un univers en apparence banal ce qu'il n'est pourtant pas, compte tenu du caractère totalement improbable de ces oiseaux qui parlent. Un fait incroyable qui ne semble pas perturber grand monde sauf que ces affreux volatiles, spectateurs de tous les faits et gestes de la ville et volontiers moqueurs, n'hésitent pas à balancer les petits secrets de chacun à travers la ville, perturbant ainsi la vie de chacun. Si le scénario ne bouleverse pas par son audace, c'est ici le rire et l'humour qui est prébicisté dans cette série. Et l'humour, comme le chacun le sait est très personnel. Visiblement, celui mis en avant dans Le royaume ne correspond pas à celui qui est le mien. Je n'ai pas (sou)ri une seule fois à ma lecture.  Si j'ai apprécié l'intervention moqueuse des oiseaux, les autres gags m'ont laissés de marbre et j'ai trouvé le scénario franchement court. Le dessin ne m'a pas beaucoup plus emballé : des traits simples, des décors peu travaillés. En bref, un humour décalé qui ne m'a pas parlé mais qui sera peut-être le vôtre.

 

 

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 Titre : Le royaume, tome 1

  Auteur : Benoit Feroumont

Editeur : Dupuis

Date de parution : Septembre 2009

  47 Pages

Prix : 10,60€


 

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10 avril 2012 2 10 /04 /avril /2012 07:00

les-tournesols-de-mr-vincent-01.jpgNous sommes à Arles. La jeune Thillia découvre un pantin de bois nommé Zobo dont la poitrine est percé d'un coeur. Elle le récupère, l'habille et l'installe comme épouvantail dans un champ de tournesol. Un peintre en mal d'inspiration vient à passer et lui glisse une fleur de tournesol dans le coeur. Peu après, notre pantin prend vie et, s'il se sait pas parler, se met à peindre spontanément des toiles d'une inventivité jamais vue. Le peintre s' hésite pas alors à s'approprier ces peintures qui, bientôt, feront son succès et sa fortune. Mais ce mensonge résistera-t'il à l'amour et la franchise ?

 

Les tournesols de Mr Vincent est la deuxième aventure du pantin Zobo mais se lit de manière tout à fait indépendante.

Zobo est donc un curieux bonhomme de bois qui prend vie lorsqu'on lui met une fleur dans le trou en forme de coeur qui transperce sa poitrine. Le personnage s'anime et devient très vite attachant. Il n'attend rien des autres mais offre beaucoup sans se poser de questions, ne parle pas et pourtant il va intégrer très vite un petit cercle d'ami, en particulier Thillia qui prend soin de lui. A l'image d'un certain Vincent Van Gogh, Zobo va réaliser de magnifiques peintures où la couleur a le premier rôle. Des oeuvres exubérantes, foisonnantes que le pauvre peintre est bien en peine d'exécuter. La pression de son galeriste se fait sentir et suite à un petit quiproquo, il va lui vendre les peintures de Zobo comme étant les siennes. Mais loin d'être détestable par sa roublerie, le peintre n'en est pas moins affublé d'un bon fond et sa panne de peinture n'en est que désolante et triste. Amoureux de la maman de Thillia, une belle chanteuse de cabaret que toute la ville admire, il peine à se dévoiler et à se mettre en avant. Mais peut-être que ce petit pantin jouera son rôle dans l'histoire ?

 

Voilà une très jolie histoire, toute pleine de poésie et de fraicheur réalisée par l'auteur chinois de My Street.

On se laisse envahir par la plénitude et la douceur silencieuse de ce curieux Zobo qui semble distiller le bonheur autour de lui. Le scénario, simple et accessible à un large public, rappelle d'une certaine façon le conte.

Ce que le lecteur retiendra particulièrement, c'est la chaleur et la magie du graphisme qui, dans une explosion de couleurs, nous offre un album vivant et lumineux. Le clin d'oeil à Van Gogh est bien évidement évident avec la situation en Arles, la présence quasi permamente de ces tournesols qui semble bien inspirer notre pantin artiste, et même du fameux pont peint par ce dernier.

 

Une surprenante et fort agréable découverte que voilà à laquelle vous pourriez très facilement céder !

 

 

Lisez les premières planches pour vous en convaincre :

 

 

 

 


Titre : Une aventure de Zobo, tome 2 : Les tournesols de Mr. Vincent

Auteur : Nie Jun

Editeur : Paquet, Bao

Parution : Février 2012

    48 pages 

Prix : 13,50€


 

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6 avril 2012 5 06 /04 /avril /2012 07:00

memoire-de-l-eau-t1-01.jpgMarion et sa mère Caroline emménage dans une vieille maison de famille située au bord d'une falaise. La vue est superbe et donne sur le phare situé sur l'île d'en face. Les 2 filles prennent peu à peu leurs marques. Caroline trouve du travail et sympathise avec les locaux tandis que Marion explore les environs et remarque la présence récurrente d'étonnantes sculptures de pierre.

 

C'est dans l'espoir de commencer une nouvelle vie que Caroline est revenue dans le village (breton ?) de son enfance où elle a vécue jusqu'à l'âge de 4 ans. Si ses souvenirs de petite fille sont quasiment effaçés, il lui reste comme point d'attache cette maison léguée par sa mère et les souvenirs que les voisins ne manquent pas de partager avec elle. Nous découvrons peu à peu l'histoire familiale, le destin de ses parents et la raison de sa venue. Caroline cherche tout simplement à retrouver un équilibre qui semble bien accessible dans ce petit village tranquille. L'ambiance est bon enfant et les gens sont chaleureux. 

Marion, de son côté, est une adolescente enthousiaste et curieuse qui ne semble pas affectée par les aléas familiaux. Elle profite de ce retour aux sources pour questionner les habitants sur ses grands-parents qu'elle n'a pas connu, en particulier le grand-père, marin pris par la mer. Elle coure le village, profite de la plage, explore les cavernes en bravant les interdits et en oubliant le danger qui se rappellera à elle. De ses excursions, elle rapporte beaucoup de questions liées à ces étranges visages de pierre qu'elle a croisé à plusieurs reprises dans le village, et même en photo derrière son grand-père. Quelle signification ont-elles ? Qui est ce vieux bonhomme pas commode qui habite le phare et possède un livre ayant pour emblème ce même visage ? Le mystère s'épaissit peu à peu.

 

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Cette courte histoire qui sera en 2 tomes propose dans ce premier volume une intéressante mise en bouche.

C'est l'été, l'atmosphère est lumineuse. On prend le temps de vivre et de profiter de la vie. Pourtant, on sent malgré tout que quelque chose rode. Il y a ces sculptures effrayantes, il y a cette vague de poissons morts. Marion semble toucher du doigt un mystère qui la dépasse et que sa curiosité va pousser à enquêter. Il se passe assez peu de choses finalement et l'histoire se met tout juste en place. On devine qu'une légende se cache derrière tout ça mais nous n'en savons pas plus pour le moment. Si j'ai apprécié ce premier tome, je m'interroge tout de meme sur la suite et fin qui va lui être donné. Comment developper et conclure ce récit avec un seul volume à venir ? Je crains de rester sur ma faim tant l'histoire ne semble pas avoir encore pris toute son ampleur. Une bonne surprise est peut-être à venir !

Pour le moment, il faudra se contenter de ce que l'intrigue nous offre et du dessin à la tonalité naïve. Les traits des personnages sont arrondis, les décors sont brossés de manière légère et simple. La palette des couleurs se veut variés tout en restant dans des tonalités assez douces. ON remarquera cependant des pages notoires qui utilisent une variété de bleus et de noir particulièrement réussis.

 

La mémoire de l'eau est une histoire bien ancrée dans le réel qui, toutefois, ménage un certain suspense et ne nous laisse pas à l'abri d'une touche de fantastique légendaire. Espérons, avec ses personnages attachants et sa touche de mystère, que cette série poursuive sur la lignée des belles promesses que cette introduction nous offre ! Une histoire accessible au plus grand nombre, à découvrir donc !

 

A noter :

Le 2ème tome sortira le 1er Juin.


memoire-de-l-eau-t1-04.jpgmemoire-de-l-eau-t1-02.jpgmemoire-de-l-eau-t1-03.jpg

 


 Titre : La mémoire de l'eau, tome 1

Dessinateur : Valérie Vernay

Scénariste : Mathieu Reynès

Editeur : Dargaud

Date de parution : Avril 2012

48 Pages

Prix : 12€




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4 avril 2012 3 04 /04 /avril /2012 07:00

Poussiere-des-aieux-01.jpgAprès 20 ans d'absence, Eusebio Ramirez a décidé de retourner dans son petit village mexicain d'origine, Oaxaca. Il espère bien renouer avec la famille Rojas mais lors de son arrivée, qui coïncide avec le jour des morts, il apprend la mort du jeune Benito Rojas. Ce nouveau drame chez les Rojas le fait fuir à nouveau et c'est désormais par l'intermédiaire d'une lettre qu'il va se confier à sa mère Consuelo.

 

Éblouissant album qui nous emmène au coeur de la culture mexicaine et plus particulièrement des rites et de la tradition funéraire !

Eusébio est gardien d'un musée de masques. Son retour à Oaxaca reveille bien des souvenirs. Tous ses anciens amis sont morts désormais et la famille Rojas a eu son lot de décès. Incapable d'affronter cette ancienne famille dont il a été si proche et qu'il considère comme sienne, il se confiera dans une longue lettre. Et cette lettre qui est donné à lire au lecteur. Eusebio sera donc le narrateur de cette histoire. De l'histoire familiale des Rojas que nous suivrons par delà les générations et les époques, en découvrant les destins tragiques de ses descendants, du héros de la révolution mexicaine au petit Benito. Nous découvrirons Dolores et Candelario qui furent aussi présents que des parents. Puis Eusébio évoquera le mariage de Victor et Esperanza, chamboulé par le goût de Victor pour les hommes, avant d'arriver à la mort accidentelle du petit Bénito. On fera également un détour vers José Guadalupe Reyes, un créateur de masques mystérieusement disparu tandis que nous pénètrerons dans l'histoire du musée des masques tenu par Eusébio.

 

Mais ce portait de famille est surtout prétexte à un véritable hommage à la culture mexicaine. Les mexicains apportent une grande place et importance à la mort dans leur quotidien. Les rites funéraires sont fort présents et les morts continuent d'avoir leur place dans leur famille même après leur disparition. L'imagerie mexicaine se nourrit d'ailleurs particulièrement d'images et de représentations macabres qui sont liés à un caractère festif, contrairement à l'occident : squelettes, cranes en sucre, masques funéraires, pique-nique au cimetière, etc... Ici, la mort ne fait pas peur et la regarder en face permet en plus aux vivants d'affronter les questionnements existentiels avec plus de recul. 

 

" Au Mexique, explique l’auteur dans son avant-propos, la mort a une telle présence que non seulement la plus grande et la plus importante fête annuelle lui est consacrée mais aussi qu’on lui fait une bonne place dans la vie quotidienne. (…) Celui qui cherche sur les marchés, au musée ou même dans la rue sera vite comblé : squelettes, têtes de mort et symbolique mortuaire se trouvent partout. La Catrina de José Guadalupe Posada, la dame-squelette décadente au chapeau de fleurs, est aujourd’hui tellement ancrée dans l’art populaire que beaucoup ignorent même le nom de son créateur "


La narration se fait floue, oscillant entre souvenirs, rêves et cauchemars, affichant par moment une vision fantasmagorique où les squelettes s'animent et se mélangent aux vivants dans une ronde infernale.

 

Le plus incroyable dans cet album, c'est la prouesse graphique graphique dont fait preuve l'auteur (d'origine espagnole). A la suite de plusieurs séjours au Mexique, Félix Pestemer s'est inspiré de la tradition muralisme (grandes fresques murales réalisées dans un style naïf, célébrant à son origine, la gloire de la révolution mexicaine) pour nous offrir ces planches entièrement réalisées au crayon.

Vous découvrirez donc des pages luxuriantes, chatoyantes, surchargées de décor et de détails. Alternant couleurs (douces) à profusion avec quelques planches en tons sépia qui symbolisent le passé et les souvenirs, c'est un véritable déchainement artistique qui englobe dans chacune de ses pages des renvois aux rites funéraires. Ne cherchez pas d'endroit nu : il n'y en a pas ! Et c'est ce qui fait tout l'intérêt de cet ouvrage hors-norme qui dépasse les canons habituels. 

 

La poussière des aïeux est un ouvrage qui s'inscrit véritablement dans la tradition mexicaine. Entre histoire du Mexique, vie quotidienne d'une famille et sublimation de la tradition funéraire, l'album nous rappelle surtout la valeur de la mémoire et l'importance des morts, signifiant clairement que seuls les souvenirs des vivants gardent en vie les disparus, et que tant que nous célèbrons leur souvenir, leur esprit continueront de vivre à travers les siècles.

 

 

J'invite ceux qui n'ont pas peur d'un choc graphique à se pencher sur ce formidable album

pour lequel j'ai eu un gros gros coup de coeur !

 

 

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 Titre : La poussière des aïeux

Auteur : Félix Pestemer

Editeur : ACtes Sud / L'an 2

Parution : Janvier 2012

    87 pages 

Prix : 23,20€


 

bd du mercredi

 

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9 mars 2012 5 09 /03 /mars /2012 21:10

Shrimp-t1-01.jpgAlbert est cuistot dans un petit restaurant de quartier dont la spécialité est la croquette aux crevettes. Le rêve d'Albert est d'ailleurs de passer des vacances à Las Palmas, lieu paradisiaque où l''on trouve les plus grosses crevettes au monde. En attendant, notre homme se contente de soupirer sous les fenêtres de sa belle voisine, Mia devant laquelle il perd tous ses moyens. Et ce n'est pas l'apparition de Chang,son petit ami, à la table du diner qui arrangera les choses.

Mais coup du sort, en nettoyant le restaurant, il découvre un billet pour Las palmas, perdu par l'ami de Mia. Ni une, ni deux : Albert le fait sien, espérant bien retrouver sa belle. Pensant partir pour le paradis de ses rêves, Albert va bientôt découvrir qu'il est embarqué à l'autre bout de l'espace dans un bateau occupé uniquement par des chinois bien peu disposés à son égard...

 

Voilà une petite découverte que l'on doit à My Major Company qui offre aux internautes de financer une oeuvre apprécié, à la manière de ce qui se fait déjà en musique. Shrimp se révèle en effet une très bonne surprise : un album qui manie l'humour avec originalité.

Albert est l'anti-héros type, le français moyen comme vous et moi. Jeune adulte timide et un peu coincé, il peine à se mettre en valeur et à faire le premier pas en amour. Mal dégourdi, bafouillant, il se révèle très attachant et humain. Son envie de tout larguer pour Las Palmas montre pourtant que notre homme cache quelques réserves aventureuses dans son sac. Pourtant affronter une colonie de chinois ne va pas être une partie de rigolade. Très à cheval sur la discipline, fanatiques de Mao, prêts à le larguer dans les airs, les chinois sont gentiment moqués dans le portrait qui leur est fait. Ils vont obliger Albert à avoir d'une belle part d'auto-dérision pour supporter ses congénères. Et à cuisiner de la croquette de crevettes. Une gageure dans un "bateau" où les produits alimentaires sont transformés pour être stockés de manière très académique... Quid des oeufs carrés ??

On retrouve dans le dessin des influences larceniennes sans qu'on y décèle du copier coller et le tout est très fluide dans une veine plutôt réaliste.

 

Bref voilà un petit album hautement sympathique dont je ne peux vous en dire plus sous peine de vous gacher la découverte ! C'est juste l'histoire d'un gentil loser qui peine à s'imposer et qui, par un concours de circonstances abracadabrantesque va se retrouver propulsé dans un voyage interstellaire épique. C'est juste une très bonne histoire humoristique qui, sous couvert de science-fiction, nous emmène dans une aventure dynamique où l'attitude et les réparties du héros font tout le sel. C'est juste à lire pour passer un bon moment en compagnie de 3 auteurs belges qui nous offriront prochainement le deuxième et dernier tome de cette histoire !

 

Liens :

Les 20 premières pages à lire

 

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 Titre : Shrimp, tome 1 - Le Grand large

Dessinateur : Mathieu Burniat

Scénaristes : Matthieu Donc / Benjamin D'Aoust

Editeur : Dargaud

Date de parution : Mars 2012

48 Pages

Prix : 11,99€


 


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7 mars 2012 3 07 /03 /mars /2012 07:00

Bleu-s--01.jpgNicolas se réveille à l'hôpital. Il a eu un accident à l'école : une chute dans les escaliers. Le petit garçon n'arrive plus à parler et surtout ne se souvient plus de rien. Heureusement son père est là et les docteurs Vert et Bleu s'occupent bien de lui.  Rapidement de retour à la maison, Nicolas se remet tout doucement. Mais un cauchemar continue de le hanter. Prenant forme dans ses dessins, un dragon de feu qui ressemble à Mademoiselle Rose la directrice de l'école, semble le poursuivre.

 

Édité en 2001 de manière quelque peu furtive, ce bel album vient de connaître une seconde vie aux éditions Des ronds dans l'O.

Le lecteur va suivre les jours suivant l'accident de Nicolas.

Après un bref séjour à l'hôpital où le personnel médical s'est montré délicat et réconfortant envers lui tout en tentant d'en savoir plus sur cet accident, Nicolas retrouve la douceur du foyer. Vivant seul avec son père, il profite de cette parenthèse pour savourer sa présence tout en restant troublé par une peur violente figurée par un méchant dragon qui lui a laissé des bleus à l'âme et sur le corps.

 

Vous l'aurez peut-être deviné, Bleu(s) parle tout simplement de maltraitance sur enfant. Mais loin d'afficher un propos d'une lourdeur absolue, l'auteur se fait fort d'une approche indirecte contenant une grosse dose de pudeur et de subtilité tout en soulignant la chaleur et l'importance des rapports père-fils.

La mémoire de Nicolas n'est toujours pas revenue et son père fait preuve de beaucoup d'amour, de patience envers son fils. Une confiance et une douceur importante pour son équilibre qui lui permettra d'extérioriser ses peurs sous forme de dessins, et bientôt de se souvenir. Leur relation est particulièrement mise en valeur et l'apaisement qui en ressort est palpable auprès du lecteur troublé qui devine bien vite que cet accident d'escalier est mystérieux.

C'est Nicolas lui-même qui est le narrateur de cette histoire. Vu par ses yeux innocents qui ne comprennent pas encore toutes les notions de bien et de mal, l'histoire emprunte une voie relativement légère et naïve qui cache pourtant des côtés bien sombres. Il mange les supers crêpes de papa, joue avec lui, plaisante en sa compagnie. Son retour semble doux et heureux, excepté les quelques cauchemars qui le réveillent de temps à autre. La chute de l'album n'en sera que plus violente et marquante. Nicolas se souvient enfin et découvre qu'il n'est pas seul. Quelques cases donc qui sont une véritable claque et dans lesquelles le sens de l'album pourrait presque être condensé.

 

En lien avec la couleur du titre, avec les traces qui tachent le corps de Nicolas, Will Argunas utilise une palette bleuté. Bleu gris, noir, blanc, souvent présents en gros aplats ne manquent pas de distiller une ambiance plus difficile que les dialogues le laissent penser. Le malaise est déjà là. Et on sent bien qu'une menace pèse sur le petit garçon. Les angles de vue sont variés (plongée, contre-plongée) et dynamisent le récit.

 

Avec son approche résolument différente mais tout aussi forte d'un sujet difficile comme la maltraitance des enfants, Will Argunas a livré un récit profondément humain qui évite tous les écueils du pathos, du voyeurisme, du misérabilisme. La voix de l'enfant qui prime ici donne un ton contrasté avec l'atmosphère ambiguë qui sourde en arrière-plan et redonne surtout la parole à ceux qui peinent à exprimer leur souffrance, leur incompréhension devant les actes parfois inconséquents des adultes.

Bleu(s) est sans conteste un récit engagé sur le sujet qui, de plus, souligne l'importance de l'amour et de l'écoute familiale pour la structure et l'évolution des enfants.

 

Ouvert à réception dans l'optique de m'en faire une petite idée, je me suis retrouvé à lire cet album en entier, accroupie discrètement devant le rayon, sans plus savoir lâcher cette histoire poignante ! Je vous le recommande plus que chaudement donc (et pense particulièrement à Mo' !) !

 

 

Liens :

Les 8 premières pages à lire.

Interview de l'auteur et de l'éditrice.


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  Titre : Bleu(s)

Auteur : Will Argunas

Editeur : Des ronds dans l'O

Parution : Février 2012

    58 pages 

Prix : 14,50€


 

bd du mercredi

 

chez Mango

 

 

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14 février 2012 2 14 /02 /février /2012 07:00

atar gull 01Atar Gull est le fils d'un roi africain de la tribu des Petits Namaquas. Mais depuis la nuit des temps, la tribu est en conflit avec celle des Grands Namaquas qui font régulièrement des razzias parmi les hommes du clan pour les revendre en tant qu'esclaves au commandant Benoit. Un jour, c'est au tour d'Atar Gull d'être fait prisonnier. Alors qu'il s'est juré de ne jamais pleurer, cet homme grand et fort adopte une attitude soumise et silencieuse devant le nouveau maître auquel il est vendu. Pourtant, se cache une terrible vengeance dans son coeur.

 

Nous sommes au XIXème et l'esclavage bat son plein en Afrique. Atar Gull est une "pièce" de choix et sa force, son impassibilité vont en faire un des favoris de Tom Will, homme à l'attitude paternaliste qui se prend d'affection pour lui. Devenant rapidement son plus serviable serviteur, Atar Gull est devenu indispensable à la bonne marche de la plantation jamaïquaine de ce dernier. Mais quand l'esclave découvre que ce "bon" maître est responsable de la mort de son père, il va tout sacrifier pour assouvir sa vengeance.

 

Adapté d'un roman d'Eugène Sue paru en 1831, Atar Gull est une terrible histoire romanesque qui nous plonge dans le sujet de l'esclavage. Loin d'être daté, le propos reste d'une grande force et d'une grande modernité. Car loin des récits d'esclaves qui tendent à regagner leur liberté après des années de servitude, Atar Gull présente un visage bien différent.

Son personnage surprend par la docilité dont il fait preuve. Esclave d'un maître qui traite ces derniers comme des êtres humains, notre fils de roi est plutôt bien loti. Si le début de sa nouvelle vie se passe plutôt bien (travail pas trop éprouvant, amour naissant avec une femme esclave, confiance du maître), Atar Gull va bientôt montrer un autre visage. Si personne, excepté sa femme, ne se rendra compte du feu qui couve, le lecteur va assister aux nombreuses petites actions de l'esclave qui vont bientôt le mener à des actes bien moins estimables...

Ainsi, l'ambivalence d'Atar Gull est bien troublante. Si on compatit face à l'horreur de cette vie asservie, on ne peut malgré tout totalement adhérer aux actes secrets de cet homme torturé qui a décidé de sacrifier son propre bonheur afin d'asservir à son tour son propre maître. La chute de cette vengeance est d'ailleurs particulièrement terrible et inattendue, et laisse un goût amer dans la bouche. Elle m'a presque laissée mal à l'aise ou même déçue devant ce gachis implacable.

De leur côté, les autres personnages ne sont pas totalement noirs et pas entièrement détestables. L'armateur qui transporte les esclaves est un homme simple qui tente juste de gagner un peu d'argent pour rejoindre sa femme et son fils. Tom Will, le planteur, veille au bien-être de ses esclaves. Finalement, le personnage le plus sombre de cette histoire est l'esclave lui-même avec cette envie de vengeance qui  lui dévorera le coeur.

 

Première découverte du dessin de Brunö, je dois dire que je me suis rapidement habitué à son trait épais. Les grands aplats de couleurs chaudes laissent une empreinte forte et contrastent avec le dessin anguleux faussement minimal. Tout cela donne une grande modernité à cette histoire datant pourtant de plusieurs siècles et beaucoup de charisme a un personnage qui n'en manque déjà pas.


Bref, loin d'être un récit attendu et manichéen, Atar Gull surprend par son héros à la volonté implacable, à contre-courant des "gentils" esclaves qui ne méritent que la liberté. Pourtant l'esclavage et les négriers sont bien évidement dénoncés. On notera particulièrement la description réaliste des transports en bateau et des conditions plus que difficiles de ces "sous-hommes" qui ne manqueront pas de faire frémir. Aussi, il est toujours bon de rappeler cette époque révolue (normalement.... quoi que...), de souligner ces actes choquants et de montrer que l'aliénation et la cruauté n'amène que le mal chez l'Homme.

Atar Gull est vraiment un album puissant scénaristiquement mais aussi graphiquement parlant.

A ne pas rater donc !

 

 

D'autres avis :

Yvan - Arsenul - Lunch - Jérome - Belzaran - Alfie's mec - David Fournol - PaKa -

 

 

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Titre : Atar Gull, ou le destin d'un esclave modèle

 Dessinateur : Brunö

Scénariste : Fabien Nury

Editeur : Dargaud

Parution : Octobre 2011

     88 pages 

Prix : 16,95€


 

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10 février 2012 5 10 /02 /février /2012 07:00

bekame-t1-00.jpgBilel, un jeune adolescent du bled, vient d'arriver en France. Mais illégalement. Avec un groupe de clandestins, il est trimballé par des passeurs qui les enferment bientôt dans un hangar pour pouvoir mieux les exploiter. Bilel parle français et sa passion pour le foot va lui sauver la mise. Discutant vignettes panini avec l'un d'eux, il réussit à s'enfuir. Alors qu'il erre dans la ville de Sangatte à la recherche de son grand frère Ahmed, il fera quelques rencontres opportunes qui lui permettront de tenir. Quand, enfin, Bilel retrouve Ahmed, les choses sont loin d'être aussi chaleureuses que prévues... La désillusion est au rendez-vous.

 

Voilà tout simplement mon premier coup de coeur de l'année !

Nous avons ici une histoire d'un réalisme saisissant qui, à travers le parcours du jeune Bilel, traite du problème de l'immigration clandestine.

 

Bilel, jeune adolescent innocent débarque donc en France à bord d'une camionnette secrète afin de rejoindre son frère, parti il y a quelque temps déjà. Son rêve : aller en Angleterre avec ce dernier, sur la terre d'origine du joueur de foot Beckam dont il est supporter et dont il tire son surnom (Békame). 

Mais le parcours du jeune garçon sera loin d'être une sinécure. Il va devoir affronter la violence et la méchanceté de ses prochains qui ne le voit que comme un parasite ou une source de revenus.

Tous les aspects du problème sont abordés de près ou de loin : exploitation des clandestins qu'on fait travailler, pression et violence physique des passeurs qui confisquent les passeports, rejets des habitants envers les étrangers et les trainards, peur et danger d'aider des sans-papiers,...

La violence est constante. Une clandestine peut se faire violer sans aucun secours. Une travailleuse sans-papiers blessée se voit abandonnée à un arrêt de bus, jetée comme un objet hors-d'usage qui ne sert plus.

Pourtant, Bilel va aussi rencontrer de la compassion et de l'aide. Un SDF lui apprendra ses premiers trucs pour gagner un peu d'argent. Puis c'est un immigré arabe, entraîneur de foot, qui repère le jeune passionné et ses prometteuses capacités. Comprenant bien vite que le garçon est clandestin, il l'héberge pour un temps.

Bilel reste malgré tout un clandestin qui doit fuir. Fuir devant la police. Fuir devant ses anciens passeurs que le hasard mettra régulièrement sur sa route. Quand le souhait de ce dernier se réalise enfin, retrouver son frère, c'est toute l'horreur et l'absurdité de l'immigration qui se fait jour, où les victimes deviennent à leur tour bourreaux. La vérité des faits est glaçante.

 

Aurélien Ducoudray a longtemps côtoyé les clandestins en tant que photographe de presse. Nourri de son expérience personnelle et des différents témoignages qu'il a recueilli, il réussit avec brio à dresser un portrait plus que réaliste de la situation des immigrés clandestins d'aujourd'hui. Tenant à la fois du reportage, du témoignage romancé, Bekame s'avère véritablement édifiant quant à la situation parfois insoupçonnée ou invisible de ces hommes qui tentent tout pour quitter leur pays.

Si le propos est militant, l'auteur laisse néanmoins le lecteur tirer ses propres conclusions.

J'écris une histoire sur fond social. Je n'écris pas pour dénoncer, c'est au lecteur de se forger un avis. "


Les personnages sont particulièrement réussis. Bilel est profondément attachant et on ne peut que ressentir de l'empathie face à ses déboires et à ses désillusions. Le SDF Victor et son chien Hugo, l'entraîneur berbère, ses deux filles et la mamie arabe ont aussi de la consistance. Le frère Ahmed et une certaine amertume qui l'a transformé en petit caïd. C'est une véritable galerie de portraits qui nous est offert ici.

Les faits ne sont ni tout noirs, ni tout blancs. L'immigration est une réalité qui ne s'encombre pas de subtilités et les choses sont posées telles quelles, sans noircir le tableau.

" Ce n'est pas une vision pessimiste, ni noire, indique le scénariste. Juste gris foncé avec un peu de cynisme. "

 

Du côté du dessin, Pourquié n'est pas en reste. Il livre un travail que je trouve particulièrement réussi. A l'image de l'histoire, son trait est brut, incisif. Il retrace parfaitement la violence et la noirceur de ce monde déshumanisé. Les couleurs sont appuyées, fortes. La sensibilité n'est cependant pas absente. Les dialogues sont parfois inutiles pour montrer la force du propos et certains passages sont vibrants d'émotion.

 

Vous l'avez compris, j'ai vraiment adoré cet album. Un album nécessaire. Indispensable même. Il fait partie de ces lectures qui parlent de notre monde, qui nous montre ce que parfois nous nous refusons à voir ou ce que nous ignorons tout simplement. Bekame est un album qui remue et ne laissera personne indifférent. C'est l'histoire de l'immigration clandestine qui est condensé ici avec beaucoup de réalisme, de violence et de pudeur à la fois. Un album qui ne se penche pas sur le pourquoi mais témoigne surtout du comment. Comment vivre lorsque l'on est clandestin, comment essayer de s'en sortir ? Comment faire face au rejet ? Comment se défendre lorsque que l'on a plus rien à monnayer ? Comment continuer à espérer lorsque l'on se prend des désillusions en pleine face ? Si le jeune Békame est un personnage de papier qui ne craint que les idées de ses auteurs, combien d'hommes et de femmes sont à la rue, craignant pour leur avenir ?

Le deuxième tome du diptyque est à venir. En attendant, penchez-vous de toute urgence sur ce premier volume !

Un album indispensable vous-dis-je.

 

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Titre : Békame, livre I

 Dessinateur : Jeff Pourquié

Scénariste : Aurélien Ducoudray

Editeur : Futuropolis

Parution : 9 Février 2012

     96 pages 

Prix : 17€



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Humeur

Le 26 Août 2013 :
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