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19 octobre 2011 3 19 /10 /octobre /2011 07:00

terre-sans-mal-01.jpgEn 1939, la jeune linguiste Eliane Goldschmidt se rend pour la troisième fois au Paraguay afin de poursuivre son étude de la langue guarani. Vivant au sein de la communauté Mbya, elle partage leur quotidien, leur repas et leurs jeux. Pourtant, depuis son retour, leur attitude a changé et ces derniers semblent résignés, se laissant aller et négligeant leurs terres. Eliane l'ignore encore mais l'Homme-Dieu, le Karaï va bientôt arriver dans la tribu pour emmener son peuple vers la Terre sans mal pour les sauver de la fin du monde. Un peu malgré elle, Eliane va se retrouver engagée dans cette improbable quête. U voyage initiatique à travers la jungle dans laquelle elle va bientôt se lancer corps et âme lorsqu'elle découvre que la guerre gronde en Europe et a commencé à faire ses premières victimes.

 

Emmanuel Lepage et Anne Sibran nous emmène dans un voyage fabuleux à travers les mythes et les espoirs d'un peuple voué à disparaître. Déambulant semaines après semaines, mois après mois, à travers la forêt qu'il parcoure d'Est en Ouest, croisant jaguars affamés, cathédrales abandonnées au beau milieu de la nature, paysages défigurés par la main de l'homme et ses industries, Karaï et les siens cherchent cette fameuse terre où le mal serait absent. Eliane, surnommée Napagnouma ("la femme blanche qui fait pleurer son bâton", comprendre celle qui écrit et dessine avec son crayon) les accompagne et bientôt s'immerge totalement dans cette culture qui n'est pas la sienne, voulant tirer un trait sur cette Europe guerrière qui lui a pris ses proches.

Pour Eliane, cette quête devient vite la sienne et prend une forme personnelle où elle se cherche une nouvelle identité. Elle abandonne ses attributs occidentaux et se rase les cheveux pour symboliser sa nouvelle naissance. Désormais, elle est une Mbya.

 

Le récit nous est raconté par Eliane, elle-même, par l'intermédiaire de son carnet où elle note ses impressions. L'album débute d'ailleurs par une reproduction de quelques pages (7) de ce fameux carnet où le lecteur découvre ses croquis, ses notations linguistes, des anecdotes de vie des Mbyas. Le tout est ponctué d'annotations plus tardives où Eliane s'adresse directement à son fils...

On retrouve ainsi au fil de l'histoire des phylactères quadrillés, reprenant ainsi l'idée de la narration issue de son carnet de notes. Très rythmé, le récit nous emmène véritablement au coeur d'un univers totalement inconnu qui flirte avec la mythologie et la magie, sans tomber dans un description ethnologique trop marquée.

 

Cette grande fresque épique est, par ailleurs, totalement sublimé par le dessin d'Emmanuel Lepage dont c'est le premier album qu'il réalise en couleurs directes. Et quelle flamboyance ! En effet, la forêt semble luxuriante, dense et humide. Les couleurs sont fortes, alternant entre la touffeur sombre des arbres et la lumière éclatante du soleil et des feux.

 

On sent chez le dessinateur comme chez la scénariste une recherche précise et très documentée de cette culture disparue.

Les communautés Mbyas sont des des groupes primitifs de chasseurs-cueilleurs qui vivent dans la forêt amazonienne, au Paraguay, au Brésil et en Argentine. La disparition progressive de la forêt au profit de l'industrie forestière amenuise leur territoire et entraîne leur propre disparition. Au Paraguay, il resterait à l'heure actuelle 14 000 Mbyas ; 8000 en Argentine et 7000 au Brésil. Une culture en danger donc (certains parlent de "génocide silencieux") et dont la langue est de moins en moins transmise.

 

La terre sans mal est véritablement un petit bijou qui réussit à sublimer une culture indienne peu connue à travers la quête mythique et spirituelle d'un peuple, à la recherche d'un paradis perdu inaccessible dont il serait le seul élu. Une recherche où sagesse et sacrifice personnel sont de mise et révélant peut-être d'une certaine manière la place de l'Homme dans un univers qui le dépasse. 

Laissez vous donc bercer par la magie indienne des tambours et par l'utopie d'un monde sans mal !


Un indispensable qui est malheureusement épuisé (il serait d'ailleurs de bon ton qu'une réédition soit à nouveau envisagé...) qu'on trouve facilement sur certains sites en ligne d'occasion ou que vous trouverez peut-être en bibliothèque.

 

D'autres avis :

Cely qui attiré mon attention sur cet album- Scénario BD -

 

A noter :

Il existe un roman jeunesse qui évoque précisément le drame de la tribu Mbya :

Les fils de la forêt, de Reine Marguerite Bayle

Editions Belin, 2010 - 5,90€

Pour ceux que ça intéresse, l'auteur organise même des interventions (payantes) en classe.

 

On peut également relever l'existence d'un documentaire sur ce peuple : Mbya, tierra en roja

 

 

 

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Titre : La terre sans mal

Scénariste : Anne Sibran

Dessinateur : Emmanuel Lepage

Editeur : Dupuis, Aire Libre

Parution : Juin 1999 - Réédition en 2004 et 2008

  62 pages 

Prix : épuisé


bd du mercredi

 

Challenge roaarrr

L'album a reçu le prix des libraires en 2000

et le prix du Jury Oeucuménique de la BD en 2000

 

challenge récit de voyage

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15 octobre 2011 6 15 /10 /octobre /2011 07:00

secrets-le-serpent-sous-la-glace-t1-01.jpgsecrets-le-serpent-sous-la-glace-t2-01.jpgsecrets-le-serpent-sous-la-glace-t3-01.jpg 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2004, Moscou. Un jeune homme est poursuivi par de mystérieux assaillants qui veulent l'abattre. Sauvé par un SDF qui le cache, il lui raconte son histoire. A 32 ans, Valentin Kozlov vient de perdre son père Vassili, un photographe célèbre qui ne s'est jamais vraiment occupé de lui et de sa soeur et est resté toujours très mystérieux sur son passé. En triant ses affaires, Valentin est tombé sur une valise contenant, semble-t'il, des restes de son ancienne vie : Une vieille photo, de l'eau quasi pure, un tissu avec matricule. Valentin décide alors de mener l'enquête en allant directement à Moscou interroger sa famille. Il débarque alors chez la soeur de son père qui l'accueille très froidement, et pour cause, Vassili avait une autre famille en Russie : une femme et une fille, Elena, qui l'attendent depuis des dizaines d'années !  Cepandant, le lendemain, ces derniers s'apercoivent que le père de Vassili qui apparait sur la photo n'est pas le Vassili qu'ils connaissent ! Où donc a disparu le vrai Vassili ? Et comment s'appelle véritablement le père de Valentin ? Est-il l'assassin de Vassili ? Voilà de nombreuses questions auquel Valentin va tenter de répondre en faisant sur place sa propre enquête, aidé en celà par la fille du Vassili disparu qui cherche à connaître la vérité sur son père. Une enquête familiale qui va pourtant déranger certains russes qui vont tout faire pour que Valentin ne déterre pas le passé...

 

Valentin ne se résoud pas à abandonner l'enquête et refuse de se faire intimider. Outre celle d'Elena, l'aide viendra de ses nouveaux amis SDF qui s'avèrent plein de ressources face aux dangers meurtriers qui viennent de la rue et d'ailleurs. Fouillant dans les archives russes, rencontrant d'anciens connaissances des disparus, s'appuyant sur les objets trouvés dans la valise de son père, Valentin remonte petit à petit le fil du passé : orphelinat, expédition au cercle polaire, déportation dans un goulag,...

Mais, parallèlement à ses recherches, Valentin doit faire face aux menaces grandissantes sur sa vie. L'ennemi cherche à le faire expulser du pays en vain et le rend même coupable d'un meurtre qu'il n'a pas commisPas facile de mener de front recherches et défense !

 

Cette courte série en 3 tomes nous embarque en pleine Russie communiste dans les méandres des secrets familiaux. Le lecteur plonge directement dans l'action qui, tout au long de l'histoire, s'avèrera très rythmée.

Les rebondissements suivent le fil des découvertes du jeune homme et nous plonge véritablement dans une ambiance russe très marquée ponctuée d'histoire : goulags, purges staliniennes, mafia russe.

Franck Giroud est au scénario et propose comme souvent une histoire enlevée et dense, fort bien rythmée donc qui fournit une histoire de quête des origines dans une Russie contemporaine, qui peine à se relever de son passé stalinien. Les personnages sont bien souvent hantés par un passé que l'Etat russe peine à assumer et ses répercutions contemporaines dans un pays fragilisé sont encore pleinement visibles : surveillance de la population, pauvreté, corruption au sein de l'Etat et de la police, négation du passé,...

On pourra néanmoins déplorer quelques ficelles scénaristiques qui permettent à l'auteur de mieux enchaîner certaines scènes, plus particulièrement dans le dernier tome, comme des coincidences bien pratiques (la découverte d'un journal tenu par le père de Valentin), des actions décalées (Par exemple, Valentin annonce à Elena sa découverte du sort de son père, au détour d"une conversation alors qu'il s'agissait tout de même un des buts les plus importants de leurs recherches !)

L'histoire personnelle entre Valentin et Elena est également cousue de fil blanc et on se doute de l'issue dès les premières pages, malgré le fait que les protagonistes soient en couple tous les deux.

Quelques faiblesses donc mais qui n'enlèvent rien au plaisir de suivre l'aventure de Valentin, aiguillé que nous sommes de connaître le fin mot de l'histoire et le destin de ces 2 hommes. La révélation finale s'avère d'ailleurs pleine de surprise en intégrant un troisième larron dont le secret va s'emmêler avec ceux déjà existants !

Au niveau du dessin, je dois avouer que le style présenté ici n'est pas tout à fait ma tasse de thé : un trait plutôt classique, qui m'indiffère généralement, mais qui réussit malgré tout à dépeindre sans fioritures un Moscou et une Russie tout à fait réalistes et précis.

 

Au final, Le serpent sous la glace s'avère plutôt une bonne série intéressante qui, sans innover sur le fond comme sur la forme, offre une histoire assez palpitante que l'on suit avec grand plaisir.

 

A noter :

Je viens d'ailleurs de relever par hasard qu'une intégrale de la série est prévue pour le 28 octobre 2011.

 

 

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Titre : Secrets, Le serpent sous la glace (3 tomes)

Scénariste : Franck Giroud

Dessinateur : Milan Jovanovic

Editeur : Dupuis, Empreinte(s)

Parution : Septembre 2004 - Novembre 2005 - Décembre 2006

  56 pages 

Prix : 13,95€ 


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12 octobre 2011 3 12 /10 /octobre /2011 07:00

abelard-t2-01.jpgAprès un premier volume où nous avions découvert le petit Abélard prendre la route pour aller en Amérique afin de décrocher les étoiles pour la belle Epilie, nous retrouvons notre compère dans un tome 2 à la tonalité bien plus sombre.

Abélard et Gaston, son compagnon de route toujours aussi grincheux se dirige vers la ville et son port où un bateau devrait les conduire en Amérique. La ville se révèle un environnement brutal où Abélard peine à trouver sa place : voleur, arnaqueur de tout poil profite de la naïveté de notre poussin et n'hésite pas à en venir aux mains.

Heureusement, Gaston et ses gros bras sont là pour sauver Abélard et lui permettre d'embarquer clandestinement sur un bateau en partance vers l'Amérique. Un voyage éprouvant qui se terminera tragiquement.

 

Alors que le premier tome respirait la joie et la force de l'imagination, ce deuxième volume nous laisse un véritable goût de poussière dans la bouche. Après le temps de l'espoir et des illusions, voici venu celui du désenchantement et de la désillusion. Tout poésie disparaît de la ville et ses sombres recoins et il faut être fort et égoïste pour subsister dans un tel environnement. Abélard, désemparé, ne trouve le salut que dans l'amitié qu'il éprouve pour Gaston.

Gaston pourtant est un être désabusé que la vie n'a pas épargné. Revenu de tout et de ses propres illusions, il sert régulièrement à Abélard un discours pessimiste sur la vie mais surtout sur les gens, qui l'ont bien souvent déçus. L'amitié, pour lui, "c'est du flan", "ce sont des parasites qui sont là quand tout va bien et qui disparaissent au premier coup dur." Un constat amer donc auquel Abélard tente de résister. Pourtant la traversée maritime ne va pas exactement se passer comme prévu et notre héros va devoir faire à la cruauté, la maladie, la mort et pire que tout, le désespoir.

L'album se termine de manière totalement inattendue sur un final bouleversant qui m'a fait verser quelques larmes (bien la première fois qu'une Bd me fait ça, je crois...!)

 

Dillies illustre avec succès cette fable en adaptant son trait à la tonalité plus ou moins pessimiste de l'histoire. La très belle scène où Abélard découvre le mer fleure bon le soleil, la lumière et la joie innocente alors que, peu après, l'arrivée nocturne en ville se pare déjà de teintes sombres et écrasantes qui s'accentueront un peu plus dans le bateau et ses cales misérables peuplées de passagers miteux qui cherchent l'espoir en Amérique.

 

Abélard se révèle un diptyque très cohérent et néanmoins surprenant qui passe de la poésie la plus éclatante à un pessimisme des plus noirs. Offrant au lecteur les 2 faces de la vie, les auteurs n'en présentent pas moins une conclusion qui oscille entre mélancolie, tristesse et espoir en l'avenir.

Retenons qu'il faut toujours aller au bout de ses rêves quitte à en payer le prix.

 

" La grande leçon de la vie, c'est que, parfois, ce sont les fous qui ont raison. "

 

 

Aussi, je confirme le gros coup de coeur que j'avais eu déjà pour le premier tome

et vous invite instamment à découvrir cette merveilleuse histoire !

 

 

D'autres avis :

Belzaran - David Fournol - Mo' -

 

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Titre : Abélard, tome 2 : Une brève histoire de poussière et de cendre 

Scénariste : Régis Hautière

Dessinateur : Renaud Dillies

Coloriste : Christophe Bouchard

Editeur : Dargaud

Parution : Septembre 2011

  64 pages 

Prix : 13,95€ 


bd du mercredi

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5 octobre 2011 3 05 /10 /octobre /2011 07:00

3-secondes-01.jpgImaginez : vous suivez le parcours d'un rayon de lumière se réfléchissant  sur la moindre surface qui croise son parcours.

Imaginez que ce parcours de 3 secondes soit ralenti et découpé de manière à vous permettre de voir à taille humaine l'environnement qu'elle parcoure.

Imaginez que cet environnement que vous découvrez contient en son sein l'intrigue d'un meurtre, ses protagonistes et ses raisons.

Imaginez que c'est à vous de démêler le pourquoi du comment en faisant preuve d'observation.

Vous obtiendrez l'album 3''.

 

Difficile d'expliciter mieux cet album hors-norme et très conceptuel. 3 '' est un album sans paroles qui place le lecteur au coeur du trajet d'un photon et va lui permettre de suivre le trajet de la lumière sur 3 secondes. Un trajet pas anodin qui va traverser une ville de divers côtés et former peu à peu un scénario que le lecteur va devoir reconstituer. 

Par exemple, vous partez d'un oeil dans lequel se reflète le téléphone portable que tend devant lui le personnage ; téléphone qui lui-même reflète la scène qui se passe derrière le personnage, scène qui contient un miroir, etc...  Vous allez ainsi sauter d'une surface réfléchissante à une autre, dans une sorte de travelling zoomé. A vous d'observer attentivement les éléments du décor et de reconstruire un récit de manière linéaire à l'aide des différents indices.


L'intrigue en elle-même se base sur un scandale qui parait dans la presse et va entraîner la suppression de celui qui dérange. Qui est visé ? POurquoi ? Quels sont les commanditaires ? A vous de le découvrir !

Une intrigue qui, il faut bien le reconnaître, ne s'avère pas fort originale et laisse quelque peu froid.

Mais pour autant, l'intérêt de l'album est ailleurs. Vous l'aurez compris, il s'agit de la construction extrêmement ingénieuse que Marc-Antoine Mathieu a donné à cette histoire. Habitué aux expérimentations graphiques, il compose à travers des planches de 9 cases, un parcours étudié qui donne toutes les clés au lecteur à coup de ricochet lumineux.

En effet, en suivant les reflets de la lumière, le lecteur va avoir droit à différents angles de vue d'une même scène, complétant ainsi à chaque page les informations distillées sur la scène. Je dirais même les scènes. Car outre, la scène centrale, la lumière va se balader aux alentours, dans le ciel, dans d'autres bureaux, etc... offrant ici encore d'autres pistes.

3 secondes qui paraissent peu, d'un point de vue temporel, mais MAM réussit à faire sensiblement avancer les faits décrits. Par exemple, nous pouvons voir l'avancée d'une balle tiré d'un pistolet. Des secondes tout à fait essentielles qui vont amener les suppositions du début à une autre conclusion finale.

Bref, toute la difficulté et la prouesse de cet album est de tracer un découpage cohérent qui donne à chaque planche des indices pertinents pour le lecteur avec la contrainte de la réfléction de la lumière. Mais aussi, en dehors du scénario lui-même,c'est la justesse et la cohérence des images entre elles. Certaines images sont des reflets, des reflets de reflet. Le sens gauche / droit des décors doit être respecté.Le lecteur doit d'ailleurs se munir d'un miroir afin de découvrir certains indices.

Tout a été extrêmement calculé donc et a dû nécessiter une somme de travail !

 

On pourra noter également de nombreux clins d'oeil qur l'auteur a distillé tout le long. On peut relever Nikki de Saint-Phalle ou Anish Kapoor par exemple. On croisera aussi un certain Cantona dont l'anagramme du nom se retrouve chez tous les personnages (Tony Carcena, Carine Tonca, ...). Sans compter tous les autres que de nombreux lecteurs s'acharnent à débusquer sur le forum dédié :)

 

Ce qu'il faut indiquer également, c'est que l'album possède un pendant numérique accessible grace à un code situé à l'intérieur. Le site en question vous permet de vivre la même expérience graphique mais sans la coupure de la page dans une sorte de zoom infini (ou presque !) que vous pouvez ralentir ou accélérer, ou même revenir en arrière. Une vidéo graphique intéressante mais qui ne m'a, pour ma part, rien apporté de plus par rapport à l'album papier.

 

Pour moi, s'il ne m'a pas totalement convaincu sur l'histoire en elle-même qui reste un poil légère de par le concept de l'album, 3 '' est vraiment un chef d'oeuvre au niveau de la construction !

De plus, j'ai aimé que MAM mette ici le lecteur au centre de l'action. Loin de demander la lecture passive habituelle, l'auteur pousse son lecteur à réfléchir et d'une certaine façon à construire lui-même l'intrigue. Tout n'est pas donné dans cet album et finalement il y a un certain travail créatif à fournir. Un album qui ne se lit pas en 3 secondes donc !

Un album à l'expérimentation narrative et graphique fortes dont on parle beaucoup actuellement mais, pour une fois, à juste titre. N'hésitez pas !

 

D'autres avis :

Mo' - Noukette - Lunch - Antigone - Yaneck - mec d'Alfie - Lelf -

 

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Titre : 3 ''

  Dessinateur / scénariste : Marc-Antoine Mathieu

Editeur : Delcourt

Parution : Septembre 2011

   80 pages 

Prix : 14,95€


 

bd du mercredi

 

 

Merci à Babelio et à Delcourt !

 

 

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30 septembre 2011 5 30 /09 /septembre /2011 07:00

intrus-a-l-etrange-01.jpgMartial vient d'apprendre le décès de son grand-père Hector. Il se lamente de n'avoir pu être à ses côtés et regrette de ne pas avoir été très présent ces derniers mois. A son arrivée au domicile, il se rend compte avec amertume que son cousin est même déjà passé rafler les objets de valeur... Ce qu'il va découvrir pourtant a certainement plus d'importance : 2 valises scellées cachées sous le canapé adressées à un certain Félix Larose à Magnat-L'étrange. Puis, c'est toute une correspondance amoureuse avec Mme Georgette Blizard qu'il découvre. Une femme qui demeure elle aussi à Magnat. Martial, intrigué, n'a pas grand chose à perdre à rechercher ce village. Sans emploi, il vient d'être mis à la porte par sa copine qui se fera un plaisir de jeter ses affaires à la rue. Avec 3 sous en poche, le jeune homme part donc en direction de la Creuse où se niche le petit village campagnard de Magnat-l'étrange. S'il retrouve Georgette, personne ne connaît en revanche de Félix Larose. A la place, Martial va découvrir un village agité. Un de ces habitants, Lilin, a été quasiment lynché par ses voisins. D'autres évènements étranges atiirent toute une faune de curieux : Vampirisme, cas de rage inexpliquées, espèces de chauve-souris hors de leur zone de nidification... Tout cela est très... étrange !

 

Loin de ce que laissait présager les premières pages avec le deuil du grand-père (qui m'a laissé un peu chaos au bout de quelques pages tant je m'y suis reconnue il y a si peu...), Intrus à l'étrange part dans une sorte de quête teintée de fantastique sur les pas de Martial.

Notre héros fuit la ville et ses soucis et découvre en apparence un village tout ce qu'il y a de plus bucolique. Un de ces villages à l'ancienne où tout le monde se connaît et où on tape le bout de gras au troquet du coin. Sauf que Martial va découvrir qu'il est loin de la carte postale. Il croise un certain Lilin qui sort de l'hôpital où l'ont envoyé ses voisins, excédés par son côté sauvage et atypique. Un passage à tabac dont il ignore tout tout comme les étranges faits observés ces derniers temps dans le village. Pris pour un journaliste, il tente de démentir en vain avant d'en profiter et de se joindre à d'autres curieux enquêteurs : un scientifique mordu de chauve-souris et un blogueur gothique axé sur le vampirisme. Alors que les 2 énergumènes rivalisent de théories plus ou moins fumeuses, Martial cherche toujours de son côté son Félix Larose et n'hésite pas à braver les menaces des habitants et les secrets que ces derniers renferment...

 

Voilà une longue intrigue qui prend le remps de s'installer et installe une atmosphère de mystère qui ne s'évanouira pas complètement en refermant l'album. Le scénario s'est révélé très original et à mille lieux de ce à quoi je m'attendais !

Le personnage principal a un petit côté suranné à travers son chapeau melon et les expressions désuètes qu'il emploit comme Sapignotte, gueuse,... Les autres personnages secondaires ont tous un profil intéressant plus ou moins atypique et donnent ainsi beaucoup de couleur au récit. Martial a pourtant bien les pieds sur terre et son regard innocent et neuf sur le village nous permet de découvrir son univers avec beaucoup de recul. Un village avec ses habitants accueillants mais aussi ses sales cons qui s'adonnent à la mesquinerie, la méchanceté en trouvant un bouc émissaire facilement atteignable : querelles de voisinage, ostracisme, etc...

L'auteur réussit à mener de front les différentes pistes du récit sans perdre son lecteur. Entre le conflit entre Lilin et les autres habitants, la prolifération de chauve-souris, la vieille mamie qui a vu une bête se faufiler dans le village en pleine nuit, l'adolescent qui affirme avoir vu un vampire, le chien enragé mort embroché sur un pieu... et la quête personnelle de Martial, le lecteur est balloté d'un mystère à un autre sans qu'il puisse rien deviner du vrai ou du faux. Pourtant la deuxième moitié de l'album nous mènera dans un univers secret et sauvage très différent qui laissera notre héros seul et se déroulera sans une parole sur une quarantaine de pages ! Une partie qui nous donnera habilement toutes les clés du mystère ou presque !

 

Le trait de Simon Hureau, que je découvre ici (en fait non, je viens de me rendre compte que j'avais lu son Tout doit disparaître !), est en noir et blanc et plutôt rond. Les décors sont très fouillés : les paysage, le village, l'intérieur des maisons fourmillent de détails.

On notera des passages graphiques plus "flous" qui viennent souligner les moments nostalgiques du passé que Martial se remémore avec son grand-père.

 

Voilà donc au final un bel album qui oscille entre chronique de village, quête personnelle et douce nostalgie, le tout emprunt de mystère sans être dénué d'humour et de critique ! A découvrir !

 

 

D'autres avis :

Mo' que je remercie pour cette découverte ! - Kactuss - CatherineLystig -

 

Lien :

Preview de l'album

 

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Titre : Intrus à l'étrange

  Dessinateur / scénariste : Simon Hureau

Editeur : La boite à Bulles

Parution : Juin 2011

  150 pages 

Prix : 24€


 

 

palseches

 

Challenge roaarrr

Prix BD Boum 2011

Fauve : Prix Polar 2012


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29 septembre 2011 4 29 /09 /septembre /2011 07:00

polina-01.jpgPolina est une petite fille russe de 6 ans qui se prépare à sa première audition. L'enjeu est ici d'intégrer la fameuse école de danse du professeur Bojinski. Notant son manque de souplesse, ce dernier repère pourtant chez elle un potentiel et l'admet à l'académie. Grandissant en son sein, elle doit faire face aux difficultés du travail de danseuse. Bojinski la prend sous son aile et lui donne des cours particuliers. Professeur exigeant, il ne prodigue que peu de compliments et demande toujours plus de travail de ses élèves. Mais Polina échappera bientôt à l'ascendant de son mentor pour mieux se réaliser et finalement se rendre compte de tout ce que ce dernier lui a apporté.

 

« La danse est un art, il ne s’apprend pas. Il faut l’avoir dans le sang. Ensuite, il faut travailler. Et avec moi, vous allez travailler tous les jours et croyez-moi, il va falloir vous accrocher » annonce Bojinski.

Voilà qui augure une vie de travail incessant. Et de fait, Polina est une danseuse acharnée qui n'hésite pas à sacrifier des heures de sommeil et les sorties entre amis pour être à la hauteur des exigences de son professeur. Leur relation est particulière. Ses camarades se moquent de cet homme taciturne et réprobateur. Polina se soumet à son autorité mais bientôt une sensation d'étouffement la pousse à s'émanciper et à chercher d'autres pistes de travail qui la mèneront dans un théâtre de Russie puis dans une troupe contemporaine. Mais l'ombre de Bojinski plane toujours sur elle et ce n'est que bien des années plus tard que Polina, devenue jeune femme, reconnaîtra tout ce qu'elle lui doit.

 

Nous allons suivre ici le parcours d'une jeune fille de ses 6 ans à sa vie de femme adulte : les 20 années d'une danseuse en devenir à son accomplissement, le parcours d'une jeune fille qui a choisi de consacrer sa vie à la danse. Un parcours pas forcément facile qui demande du travail et des convictions.

Et contrairement aux apparences, Polina n'est pas un album sur la danse. Ou du moins pas que. C'est surtout le récit d'initiation d'un être en devenir. Car Polina va grandir dans cet environnement bien particulier de l'art. Elle va se construire au sein des différentes écoles qu'elle va fréquenter. Elle va y connaître ses premières souffrances, ses premières déceptions, ses premières amours aussi et les chagrins qui vont avec. Mais celui qui lui donnera les plus de clés est le professeur Bojinski. Lui inculquant des valeurs, un esprit de dépassement de soi, le don de soi dans son propre art, l'importance de ses propres choix, ..., il lui donnera la véritable base de sa vie, de qu'elle va devenir par la suite.

Bastien Vivès réussit ici à tracer le portrait de toute une vie (ou presque). On suit parfaitement la progression de Polina dans son travail de danseuse, dans sa vie personnelle. On découvre ses abattements, ses joies, la difficulté de prendre certains choix qui vont bouleverser votre vie. On observe la manière dont petit à petit la jeune fille s'affirme et tatonne pour trouver sa place. Les ellipses narratives se font de manière tout à fait naturelle et les tranches de vie de Polina se succèdent avec bonheur. 

Tout est très finement abordé sans lourdeur et la fin éclaire avec douceur et émotion tout le parcours de la jeune fille qui s'est enfin réalisée. Une reconnaissance tardive mais nécessaire à celui qui a fait ce qu'elle est.

 

Bastien Vivès a construit cet imposant album dans une palette de noir, blanc et gris. Le trait est épais mais est fait de légereté. Les décors sont souvent succincts et toute l'importance est donné aux personnages, à leur corps et à leur mouvement. Leur mise en scène est sobre et fluide. Le geste est plus important que le réalisme du corps dessiné. Bref, le style est très esthétique et m'a parfois un peu gêné dans certaines représentations du corps inachevées ou déformées. La tache noire qui fait office de nez chez Polina m'a sensiblement agacée par exemple.

Le récit qui se fait finalement très psychologique m'a un peu semblé adouci par rapport à la réalité d'une vraie danseuse. Même si blessures, manque de sommeil, rivalités sont évoqués, je les ai trouvés un peu amoindris et la vie de Polina ne m'a pas semblé aussi "difficile" si je puis dire que ce à quoi je m'attendais. L'absence de la famille m'a églement marqué. Même si le sujet était plutôt la relation de Polina avec son mentor, il m'a semblé étonnant que la famille n'est pas une place plus importante dans la construction personnelle de la jeune fille.


Quoi qu'il en soit, malgré ces quelques bémols, Polina est un très bel album qui, sans être un coup de coeur, m'a émue par le destin à la fois hors du commun de Polina et le fait que chacun de nous passe par ce genre d'étape qui nous permettent de grandir et de nous accomplir. La relation nouée avec son professeur est troublante de sensibilité et de non-dits et sa force n'en est que plus importante. Bref, un beau récit initiatique qui met la transmission et l'art au coeur de son scénario.

 

 

D'autres avis :

Yvan - Yaneck - David - Bauchette - Mr Zombi - Antigone - Véro - Théoma - Chiffonnette - Bulles et onomatopées - Lili galipette - Lorraine -

 

Liens :

Préview de l'album

 

 

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Titre : Polina

Scénariste / dessinateur :  Bastien Vivès

Editeur : Casterman, KSTR

Parution : Mars 2011

  210 pages 

Prix : 18€


 

Challenge roaarrr

 

Prix des libraires 2011

 

palseches

 

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28 septembre 2011 3 28 /09 /septembre /2011 07:00

reve-de-meteor-slim-01.pngEdward Ray Cochran, dit Météor Slim, est parti sur les routes à la rencontre de son destin. Il a tout lâché, femme et enfant, pour suivre la voie de la musique et rêve de devenir un célèbre bluesman. Sur son chemin, il croisera à plusieurs reprises le grand Robert Johnson qui n'hésitera pas à lui donner quelques coups de pouce. Mais la route vers le succès et la reconnaissance est longue et même parfois impossible entre vie dans les rues et concerts dans des bars miteux.

 

Duchazeau qui m'avait déjà ébloui par son album Les vaincus (avant blog) sur la fin de l'empire inca réitère ici avec ce superbe Méteor slim qui se présente dans un format carré un peu atypique.

Nous sommes en Amérique dans les années 20-30. Le blues est une forme populaire qui prend son essor dans la société noire et se développe dans les bars et cabarets. Nous y suivrons Météor depuis son départ jusqu'à sa mort. Son quotidien se fait dans l'errance, au gré des rencontres et des petits boulots.

Personnage imaginaire, Météor Slim a pourtant tout du bluesman légendaire : galères de la route, difficultés à se faire embaucher dans les bars, à se faire connaître, ivresse notoire, frime et envie d'épater les filles pour les mettre dans son lit, rencontres magiques avec Robert Johnson qui l'invite à l'enregistrement d'un disque, avec une autre célébrité avec qui il improvise un boeuf, etc... On le suit à l'enregistrement de son premier disque, à la découverte de son propre disque vinyl, à ses fantasmes de grandeur dans une chambre d'hotel pourrie, à sa chute aussi.

Bref, c'est l'histoire d'un homme qui vit pour le blues et ne peut vivre sans la musique.

L'auteur intercale de nombreuses références dans son récit : chansons de Robert Johnson et autres bluesman, décès de ce dernier, mentions de Charley Patton, Son House, Big Bill Bronzy, etc... Cela donne un album très réaliste qui, par les détails et l'ambiance d'époque, font revivre l'âme du blues.

 

Au niveau du dessin, Duchazeau reprend ici le même genre de travail graphique que sur Les vaincus : du noir et blanc absolument magnifique qui magnifie l'univers du blues noir. L'ombre et la lumière sont beaucoup utilisés, les personnages parfois simplement esquissés pourtant il en ressort une grande force. Il y a quelques pleines pages formidables.

 

Vous l'aurez compris, j'ai adoré cet album ! Lu en écoutant un album de Robert Johnson, je me suis totalement immergée dans cet univers passionnant !

Le rêve de Météor Slim est donc une formidable plongée dans le monde du blues, dans une époque où tout était encore possible à travers la musique, où les rêves cristallisent tous les espoirs au risque de les voir se briser. Je le conseille plus que chaudement aux amateurs de blues et aux autres !

 

(Maintenant, il faudrait que je lise Lomax ! )


 

D'autres avis :

Joelle - Mango - Yvan -


 

 

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Titre : Le rêve de Météor Slim

Auteur : Frantz Duchazeau

Editeur : Sarbacane

Parution : Février 2008

  160 pages 

Prix : 23€ 


 

 

bd du mercredi

 

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23 septembre 2011 5 23 /09 /septembre /2011 07:00

page-noire-01.jpgKerry est une jeune critique littéraire qui essaie de faire son trou. Admirant l'oeuvre de Mc Neal, écrivain très mystérieux qui ne laisse filtrer aucune information sur sa vie ou même son image, elle va tenter de démasquer cet homme qui se cache et ramener le scoop de sa carrière.

Parrallèlement, nous suivons Afia, une palestinienne orpheline qui tente de se reconstruire après un passage en prison pour prostitution et drogue.

Les 2 intrigues n'ont rien à voir ensemble... et pourtant !

 

Voilà un récit croisé fort intriguant. Kerry pénètre l'intimité de l'écrivain à force de ruses et réussit à s'attirer sa sympathie...et plus si affinités. Pourtant notre journaliste se débat également avec quelques soucis familiaux : son père, avec qui elle est fâchée depuis quelques années pour divergence d'opinion quant à sa carrière, est en train de se mourrir d'un cancer. Son seul souhait est de lui prouver qu'il avait tort et de lui montrer sa réussite professionnelle.

Afia, de son côté, est également une jeune femme tourmentée. Des cauchemars l'assaillent toutes les nuits et lui donnent à voir des bribes d'un passé qu'elle ne comprend pas. Pourtant, elle tente tant bien que mal de s'en sortir et son quotidien dans un centre social lui offre l'espoir d'un avenir meilleur où elle aidera les autres.

 

Le lecteur comprend, dès le départ, que l'histoire d'Afia est le futur roman de Mc Neal que Kerry vient d'obtenir. Les 2 intrigues alternent et sont parfaitement identifiables par 2 styles graphiques différents. Le récit avance lentement mais le mystère autour de l'écrivain s'épaissit alors que peu à peu les souvenirs d'Afia se font jour. La tension monte jusqu'à ce que vérité et fiction se mélange de manière surprenante et intelligente...

 

L'intrigue en quinconce qui nous permet d'avancer tour à tour sur les 2 récits est très intéressante. L'idée d'introduire 2 styles graphiques différents est aussi très efficace et se passe d'explication au niveau de la narration. Le lecteur ne se perd pas dans ces 2 temporalités et les différencie bien. Du coup, lorsque celles-ci se recoupent, l'incompréhension et la surprise est tout aussi importante pour nous que pour Kerry qui ne comprendra rien à ce qui lui arrive.

La réflexion sur le travail d'auteur est aussi en quelque sorte une mise en abyme du propre travail des auteurs et offre une belle piste de réflexion.

Pourtant, contrairement à toute attente, je dois dire que j'ai été déçue par cet album... Je ne suis pas du tout rentrée dans l'histoire...


Si les personnages de Mc Neal et d'Afia m'on parus fouillés et suffisamment intriguants, j'ai trouvé Kerry pas totalement crédible. Son histoire d'amour avec l'écrivain tombe comme un cheveu sur la soupe et m'a semblé totalement irréaliste (genre il se connaissent depuis 3 jours et s'aiment passionnément). Elle tente de faire pleurer dans les chaumières avec son histoire personnelle un peu miteuse. Bref, elle m'a été très antipathique.

Malheureusement, j'ai trouvé que le dessin ne l'a mettait pas plus en valeur, elle comme le reste...

Comme je le disais, il y a 2 genres de dessin. Le premier, associé à Afia, est dans une ligne plutôt claire, de genre classique avec une majorité de teintes bleues, grises et vertes. Le récit autour d'Afia est au contraire, plus chaleureux. Les couleurs sont rouge clair, orange, saumon et les traits plus fondus, plus doux.

Si la partie concernant Afia m'a plu, je n'ai pas du tout mais alors pas du tout accroché à l'autre section. Les personnages, en particulier Kerry, sont grimaçants et figés. Les décors sont réduits à un simple aplat de couleur sur certaines cases. La réunion graphique de ces 2 styles en fin d'album ne m'a pas beaucoup plus convaincue, gardant les défauts relevés ci-dessus.

De plus, si l'intrigue en elle-même tient parfaitement la route, la fin m'a laissée un peu dubitative et j'ai refermé l'album avec un "tout ça pour ça ?"

 

Au final, Page noire est une grosse déception pour moi qui avait pourtant tant aimé le Berceuse assassine de Ralph Meyer, un de mes premiers coups de coeur en BD... où son dessin était autrement plus fin et travaillé, je trouve. C'est dommage, l'histoire avait tout pour plaire : une intrigue puzzle à reconstituer, des personnages aux psychologies poussées, une réflexion sur le travail d'écriture,le pardon et la redemption, un arrière-fond historique même... La rencontre a été ratée... alors que je n'entends que des éloges de cet album !

 

Il est à noter tout de même la belle performance des 2 scénaristes. Chacun s'est attribué une partie des 2 intrigues avant de se rejoindre dans les dernières planches en même temps que Kerry et Afia. Une idée originale qui a dû demander une certaine complicité entre les 3 auteurs !

 

 

D'autres avis :

Mo' - Yvan - Joelle - Papillon - Antigone - Jean-Mi -

 

Liens :

Premières pages à lire

 

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Titre : Page noire

Scénaristes : Frank Giroud / Denis Lapière

Dessinateur : Ralph Meyer

Editeur : Futuropolis

Parution : Août 2010

  104 pages 

Prix : 18€


 

palseches

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21 septembre 2011 3 21 /09 /septembre /2011 07:00

princesses aussi 01Un homme sur un lit d'hôpital réussit à s'échapper en neutralisant un infirmier. Il se procure une arme et s'enfuit à bord d'une van qui le prend en stop. Ses occupants sont un couple en vadrouille qui a décidé de larguer les amarres et qui se retrouve bientôt pris en otage par leur auto-stoppeur. L'homme semble perturbé, traqué à la limite de la paranoïa : peur des caméras, des portables repérables, des espions d'industriel, etc. Où est le vrai, où le faux ,

Parallèlement, nous suivons un autre homme : il s'achète des baskets, il fait son jogging, il fume sur la plage, ...Plus loin, on le découvre chez lui avec sa famille. Mais nous ne verrons pas son visage.

Des corrélations se font parfois : même lieu, même van, même objet du décor. Mais impossible de relier les 2 histoires...jusqu'à la pirouette finale.

 

Chabouté nous offre ici encore un récit surprenant qui prend tout son sens dans les dernières pages par une de ses inventions finales qu'il a coutume d'utiliser.

Et c'est pour cela qu'il va m'être très difficile d'évoquer et d'analyser le sujet de cet album car cela vous gâcherait totalement la surprise. Tout ce que vous devez savoir c'est que l'imagination a une fois encore le rôle principal !

Les personnages sont intéressants, tout particulièrement Jorn le paranoïaque et le mari. Ce dernier fait usage de nombreuses réparties ironiques devant la catastrophisme presque pathétique du fuyard qui ne lui fait aucunement peur et son franc-parler est assez savoureux. On regrettera juste que la femme soit trop effacée et n'ait pas un rôle d'importance ici.

La relation entre ces 2 est très intéressante. Loin d'être celle de victime à bourreau, une certaine entente s'installe entre eux, presque une complicité. POur le couple, Jorn est l'élément perturbateur qui vient animer leur vie.

Néanmoins, le récit semble ne mener nulle part, on s'impatiente et l'incompréhension gêne/

POurtant, ce n'est que dans le dernier quart de l'album que le lecteur pourra éventuellement recoller les morceaux du puzzle. Une deuxième lecture vous permettra d'ailleurs d'identifier les signaux antérieurs, les petits détails imperceptibles que vous ne pouviez pas comprendre ou prendre la peine de relever avant. Bref, le procédé est inventif et montre une belle mise en abyme...

 

Au niveau du dessin, pas de surprise. C'est du Chabouté pur-jus. On retrouve le même types de visages, ce même noir et blanc ponctué de grand aplats sombres, de même découpage des cases et de l'action qui ralentit le rythme pour mieux le mettre en valeur.

 

Pourtant, je dois le reconnaître ma première lecture m'a laissé un peu perplexe. On reste effectivement un peu en dehors de l'histoire à cause de l'incompréhension. Il aura fallu la deuxième lecture pour que j'apprécie au mieux l'intrigue déconstruite qui nous est offerte ici. Le seul bémol que je soulignerais, c'est peut-être la toute fin de l'histoire (après la révélation) qui m'a semblé manquer un peu de contenu.

Au final, Les princesses aussi vont au petit coin (origine du titre dans la dernière planche) est un album très intéressant dont le sujet est.... ah oui, je ne peux pas vous parler du sujet... lisez-le donc !

 

 

D'autres avis :

Jérôme -

 

Lien :

Interview de l'auteur (attention spoiler dans l'avant-dernière question)

 


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Titre : Les princesses aussi vont au petit coin

Auteur : Chabouté

Editeur : Vents d'ouest

Date de parution : Avril 2011

  106 pages

Prix : 17,99€


 

 

bd du mercredi

 

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14 septembre 2011 3 14 /09 /septembre /2011 12:50

pinocchio-01.jpgComme vous pouvez vous en douter, l'album ici présent est une relecture de l'histoire originelle de Pinocchio.

Gepetto est ici un inventeur sans scrupules qui a conçu une arme destinée aux militaires sous la forme d'un androïde de métal, résistant au feu. Alors qu'il s'absente pour fourguer son pinocchio, ce dernier est habilement utilisé par la femme de Gepetto : ménage, vaisselle, service en tout genre, et même plaisir sexuel... Mais l'accident arrive. Pinocchio prend la route en compagnie d'un cafard SDF qui a élu domicile dans son crâne et se laisse guider au gré de ses rencontres. A son tour, lorsque Gepetto découvre la disparition de son invention et des dégâts provoqués, il prend la fuite et part à la recherche de celui-ci.

 

Vous aurez reconnu les différents éléments de l'histoire d'origine habilement détournée en un récit beaucoup plus trash.

Car le Pinocchio et le monde qui l'entoure sont totalement pervertis par les hommes. C'est donc à une relecture fort désenchantée que nous assistons.

Le monde pollué donne naissance à des créatures monstrueuses. On tue les SDF pour mieux récupérer leurs organes et les revendre. Les enfants sont des esclaves employés pour fabriquer des jouets (!) puis jetés dans les flammes lorsqu'ils sont trop fatigués pour continuer à travailler. L'ile enchantée s'avère un cloaque d'immondices où la misère règne en maître. Les cirques sont devenus des lieux d'embrigadement sous un emblême ressemblant au drapeau nazi.

L'auteur n'hésite pas non plus à replacer d'autres mythes classiques ou contemporains qu'il réinterprètre à sa manière : Blanche Neige est séquestrée par des nains salaces qui, après lui avoir offert un nouveau coeur, s'adonne au plaisir du viol collectif... Bambi et ses amis ne perdont pas une miette du spectacle et s'avèreront très déçus lorsque celui-ci s'arrêtera. Bref beaucoup de références implicites que je n'ai pas toujours su décoder mais peu importe.


Vous l'aurez compris, nous sommes loin des images de contes de fées et l'auteur prend plaisir à dévoyer ses personnages et son univers.

Pinocchio s'avère un spectateur muet de la décadence de notre monde. Winshluss énonce ici une sacré critique de nos sociétés menées par la guerre, le vice et l'appât du gain avant tout.

 

L'auteur fait montre d'une grande inventivité narrative et graphique et je rejoins les précédents lecteurs qui crient au chef d'oeuvre.

Loin d'être un récit linéaire, l'auteur construit son récit en différentes séquences. La narration présente de nombreux personnages qui vont finir d'une manière ou d'une autre par se rencontrer ou se croiser dans une intrigue aux nombreuses portes mais totalement fluide.

Le récit principal est totalement muet et Winschluss réussit avec brio à construire un récit fort qui se passe de tout commentaire. Il donne à son dessin et à ses couleurs une touche totalement vintage qui rappelle l'esthétique des années 50.

Les aventures de Pinocchio sans paroles donc alternent avec des encarts très verbaux qui mettent en scène Jiminy Cafard, un alcoolique qui a perdu ses allocations chômage, ainsi que sa copine, et qui se retrouve à squatter l'espace vide de la tête de Pinocchio. Les planches ne sont pas colorisés et se présentent dans l'esprit d'épisodes de revues à suivre. On découvrira également quelques passages indépendants revenant sur le passé misérable de certains personnags secondaires, expliquant leur état de délabrement avancé. Là encore, l'auteur donne un style différent à son dessin. 

 

Le Pinocchio de Winshluss est un album noir, vous l'aurez compris, cynique et désabusé. Un album extrêmement dense qui mérite même plusieurs lectures afin de bien saisir toute sa richesse narrative et graphique qui nous offerte. Un album pour lequel il y aurait encore beaucoup à dire mais je vous laisse le soin de découvrir par vous-même une oeuvre véritablement marquante. Indispensable !


 

D'autres avis :

Yvan - Mo' - Yaneck - Zorg - K-BD - Sara - Du9 -

 

Liens :

Preview de 20 pages

 

 

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Titre : Pinocchio

Auteur : Winshluss

Editeur : Requins Marteaux

Parution : Novembre 2008

  194 pages 

Prix : 30€


 

palseches


bd du mercredi

 

Challenge roaarrr

Prix Fauve d'or du meilleur album 2009

 

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Humeur

Le 26 Août 2013 :
Le grenier de choco n'est plus...
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